François Michel Le Tellier, marquis de Louvois, comte de Tonnerre, né le à Paris et mort le à Versailles, est un homme d'État français et l'un des principaux ministres de Louis XIV.

Biographie Origines et famille vignette|gauche|Anne de Souvré (portrait par Simon Dequoy au Château de Versailles).|alt=

François-Michel Le Tellier voit le jour dans une famille proche du pouvoir, alors que la France connaît une crise profonde, notamment avec les événements de la Fronde. Il est le fils du chancelier Michel Le Tellier, premier marquis de Barbezieux et de Louvois, et d'Élisabeth Turpin, fille de Jean Turpin, seigneur de Vauvredon, conseiller d'État..

Il épouse le Anne de Souvré (1646-1715), marquise de Courtanvaux et de Messey, fille de Charles de Souvré, petite-fille de Jean II de Souvré et arrière-petite-fille du maréchal Gilles de Souvré.. Née posthume, Anne de Souvré a été élevée dans la famille du second mari de sa mère Marguerite Barentin, Urbain II de Montmorency-Laval, marquis de Bois-Dauphin et de Sablé, le fils de la célèbre Madeleine de Souvré alias « Madame de Sablé. ». Madeleine de Souvré était la sœur de Jean II de Souvré, la fille du maréchal Gilles et la grand-tante d'Anne de Souvré ; elle avait eu Urbain II de son mari Philippe-Emmanuel de Laval, fils du maréchal Urbain Ier de Laval-Bois-Dauphin ; Marguerite Barentin (1626-1704) avait épousé successivement les deux cousins germains Charles de Souvré en 1645 puis Urbain II de Laval en 1649, d'où postérité des deux mariages.

Carrière politique Son père lui obtient de la part de Louis XIV la transmission de sa charge de secrétaire d'État de la Guerre, alors qu'il n'a même pas quinze ans, le . Il n'en fut le plein détenteur qu'en 1677 mais, dès le (soit à 21 ans), il est autorisé à exercer la charge en l'absence de son père et à assister celui-ci dans l'administration de la Guerre. On estime que vers 1670 il y joue le premier rôle. En 1672, il devient ministre d’État et entre au Conseil d'en haut.

En 1668, il rachète la charge de surintendant général des postes, relais de France et de chevaucheurs de l'écurie du roi, et fonde en 1672, la ferme générale des postes« Histoire de la Poste », in: Musée de la Poste, en ligne..

En 1674, en pleine guerre de Hollande, il découvre l'existence du complot de Latréaumont, conspiration contre le roi de France visant à instaurer une « République libre » en Normandie.

Il intrigue contre Jean-Baptiste Colbert pendant l'« affaire des poisons » et, à la mort de ce dernier, obtient sa place de surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures de France (), ce qui lui permet de prendre en main la construction du château de Versailles..

En 1689, il convainc Louis XIV de la nécessité d'un second ravage du Palatinat.

Voltaire le décrit ainsi dans Le Siècle de Louis XIV, publié en 1751 :

Louvois était, avant tout, passionnément attaché au service du roi et il n'hésitait jamais à lui sacrifier ses propres intérêts. C'est peut-être la seule fois sous l'Ancien Régime qu'un même personnage fut à la fois ministre d'État, Secrétaire d'État de la Guerre et surintendant des postes. Cela permet de comprendre la place particulière qu'occupe Louvois dans ses listes. Il eut la possibilité de faire de la Surintendance des postes un redoutable instrument politiqueAndré Corvisier, Louvois, ..

L'apogée de Louvois (1679-1691) L'influence politique Dans cette période, l'intimité du roi et de Louvois semble avoir atteint son plus haut niveau. Les deux hommes étaient liés par des souvenirs de jeunesse. Face à face, ils avaient leur franc-parler. Même s'ils ont commis des erreurs, ils ont eu en commun le souci des décisions bien étudiées, prudentes et raisonnables. Esprits cartésiens, ils procédaient par information, analyse et choix. Ils étaient durs et faisaient toujours taire leur sensibilité qui était réelle. Tout comme Louis XIV avant l'âge mûr, Louvois n'a pas toujours retenu ses larmes. Un énorme fossé toutefois les séparait. L'un était roi et maître de lui, comme il pensait qu'il devait l'être. L'autre était serviteur et servait avec passion l'État et le monarque qui personnifiait l'État. Cette passion sincère amenait parfois le serviteur à disputer avec le maître et le plus souvent à argumenter pour le convaincre, comme Richelieu avait fait avec Louis XIII. Tantôt le roi se rendait aux avis de son ministre, tantôt ce dernier s'inclinait devant celui qui seul était responsable des destins de la FranceAndré Corvisier, Louvois, Fayard, 1983, ..

La disparition de Colbert (1683) donna l'impression que Louvois était devenu tout-puissant. Dans son Origine du pouvoir ministériel en France : les secrétaires d'État sous Louis XIV, Hélion de Luçay écrit :

André Corvisier, conclut sur l'apogée de Louvois : Louvois, ..

Réorganisation de l'armée vignette|François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, peinture de Pierre Mignard, Musée des beaux-arts de Reims.

Hiérarchie et discipline furent les soucis constants de Louvois. Il ne put abolir la vénalité des grades de colonel et de capitaine : aussi les régiments restaient-ils propriétés de leurs officiers. Mais Louvois réprima les abus, sévissant contre l'absentéisme des officiers (en 1674 en pleine campagne, on vit encore des régiments presque sans officiers présents !). Il réprima aussi le pillage, lequel était généralement excusé par l'arriéré de solde et le retard du ravitaillement.. Dans la même optique, il fonda, au nom de Louis XIV, l'hôtel des Invalides, dont il se fit lui-même directeur d'hôpital et administrateur général.. Particulièrement attaché à cet immense complexe architectural, il souhaitait d'ailleurs y reposer à sa mortSon corps y fut déposé dans une sépulture provisoire, en attendant d'être placé dans les caveaux de la chapelle royale, encore inachevée ; mais en raison de sa disgrâce posthume, sa famille obtint en 1699 de transporter ses restes à l'église des Capucins de la rue Saint-Honoré. À la Révolution, les cendres du marquis furent dispersées et son tombeau démantelé. Quelques pièces du monument funéraire échappèrent cependant au vandalisme et furent transférées en 1819 à l'Hôtel-Dieu de Tonnerre. Voir ..

Il interdit aux soldats de se livrer à des exactions : jusqu'alors, les pillages militaires étaient tolérés, notamment pour compenser les retards dans le versement des soldes. Il ne fut guère apprécié des militaires. Ces derniers se méfiaient de ce grand commis de l'État qui se permettait de leur donner des ordres et n'hésitait pas à sévir contre l'absentéisme des officiers. Les officiers disposaient d'enveloppes pour payer et équiper les nouvelles recrues, mais ce système entraînait de nombreux abus. Certains supérieurs dotaient leurs hommes d'uniformes et de chaussures de mauvaise qualité et empochaient la différence. On usait du même stratagème avec la nourriture, achetée à vil prix. Dernière filouterie : les officiers n'hésitaient pas à gonfler artificiellement les effectifs placés sous leur commandement afin d'empocher le surplus de soldeGEO Histoire de janvier 2011 ..

Louvois, travailla à donner au roi une armée efficace, par un entretien amélioré et une discipline plus rigoureuse, mais il voulut qu'elle soit plus supportable aux populations. Il ne fut jamais un militaire et resta avant tout un administrateur. Cependant, ce Robin et homme de Cour fut plus proche des militaires qu'on a pu le penser. Cela convenait à son tempérament brutal et à la dureté de son caractère. Aussi son nom reste-t-il attaché à l'histoire de l'armée françaiseAndré Corvisier, Louvois, p. 221..

Formation de l'armée moderne vignette|Sébastien Le Prestre de Vauban, Charles-Philippe Larivière. Étape décisive Bien des choses ont changé aux alentours de 1678. La France ayant dû faire face à une coalition continentale a été menacée d'une coalition générale, l'Angleterre n'étant pas une alliée sûre. Louis XIV, en attendant de pouvoir éventuellement profiter de la succession d'Espagne, a mis un terme à sa volonté de conquêtes. Avec Louvois et Vauban, dans le cadre de la Louis XIV et la stratégie de cabinet, mythe et réalité, Revue historique des Armées : Année 2001/222, p. 25-34. qui s'est instauré depuis 1674, le roi a opté pour une amélioration des frontières, les . Si la paix est troublée, la France connaît dix années sans guerre véritable, dix années de paix relative, ou Louvois a tout loisir de perfectionner l'armée en vue de la mission nouvelle qui lui est assignée : garder le territoire du royaume à l'abri d'une ceinture de fortifications, sans pour autant lui ôter ses capacités de manœuvre.

Triomphe de la prudence dans le domaine stratégique, prudence devenue plus que jamais indispensable avec la montée des périls accumulés par les réactions à la politique de Louis XIV, la délivrance de Vienne renforçant les Habsbourg, et la révolution d'Angleterre faisant passer ce pays aux mains d'un adversaire délibéré du roi. Quelques chiffres traduisent l'effort militaire réalisé en France pendant cette période de paix : l'armée réduite de moitié après la paix de Nimègue, il reste à entretenir environ contre entre la paix des Pyrénées et la guerre de Dévolution, et entre cette dernière et la guerre de Hollande.

En 1684, une augmentation assez sensible de l'armée se produit, à cause de la guerre contre l'Espagne. Cette augmentation sera maintenue, la victoire de l'empereur sur les Turcs incitant à ne pas relâcher l'effort. Quand éclate la guerre de la Ligue d'Augsbourg, les effectifs sont doublés dès 1688. Leurs total atteindra en 1690 (troupes de campagne et troupes de garnison), soit de plus que ceux atteints pendant la guerre de HollandeService historique de la Défense, Château de Vincennes, archives de la guerre.. L'augmentation du nombre et de la qualité des troupes font de l'armée la première activité nationale dans le royaume. Cela se traduit par la place qu'occupent les dépenses militaires dans le budget du roi. Avec 54 millions de livres en 1683, soit 47 % du total des dépenses, en comprenant 8 % pour les fortifications, l'armée vient loin devant la marine (9,5 %), la Cour (8,5 %) et les bâtiments royaux (6,27 %).

Dépenses militaires vignette|230px|Évolutions des recettes et dépenses de la monarchie française de 1600 à 1715 en millions de livres tournois.

Louvois fut un ministre qui dépensa beaucoup, il le fit cependant sans gaspillage, il n'attendait pas le dernier moment pour solliciter l'argent dont l'armée avait besoin. Dans le Journal de Philippe de Courcillon de Dangeau., qui écrit après la mort de Louvois :

Le budget de la guerre et des fortifications passa de 47 % des dépenses du roi en 1683 à 51 % avec la guerre en 1687, 63 % en 1690, 71 % en 1691. Dans le même temps, les dépenses de la marine et des galères montaient de 9,5 % à 10 %, 14 % et 16 %. Entre 1683 et 1691, les dépenses militaires avaient augmenté de 92 %, celles de la marine de 67 %. Louvois rappelait sans cesse à ses subordonnés à la plus grande exactitude, il n'agit pas autrement dans les dépenses de la guerre que Colbert dans celles des départements dont il avait la chargePas moins de 240 registres représentant près de sont conservés aux Archives de la guerre, Service historique de la Défense, au Château de Vincennes..

Formation des officiers vignette|Garde du corps et officier du régiment du Roi, Louis XIV, 1676, Musée de l'Armée (Paris).

Les problèmes de la formation des officiers préoccupèrent Louis XIV et Louvois qui allèrent jusqu'à une mesure révolutionnaire, l'institution des compagnies de cadets. Au moment de la guerre de Hollande, les académies, qui, au début du siècle, avaient enseigné aux jeunes gens les armes et un peu de fortification, avaient à peu près disparu. On apprenait la guerre comme cadet ou volontaire dans la compagnie d'un parentLa société militaire et l'enfant. André Corvisier, Annales de Démographie Historique, Année 1973, ..