La base aérienne 200 Apt-Saint-Christol est une ancienne base aérienne de l'Armée de l'air française située sur le territoire de la commune de Saint-Christol, près de la ville d'Apt, dans le Vaucluse.
De 1971 à 1996, elle était la base-support des missiles balistiques de la force de dissuasion nucléaire française situés sur le plateau d'Albion. Le de missiles stratégiques dépendant des forces aériennes stratégiques était chargé des installations qui comprenaient dix-huit silos à missiles.
Après le démantèlement des missiles, la base a été renommée quartier Maréchal Kœnig et accueille depuis 1999 le étranger de génie de l'Armée de terre ainsi qu'une station d'écoute de la direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE).
Historique Contexte
La Seconde Guerre mondiale tout juste achevée, la France se lance dans le nucléaire militaire et civil avec la création, en , du Commissariat à l’énergie atomique (CEA), sous l'impulsion du général de Gaulle, alors président du gouvernement provisoire de la République. Dans les années qui suivent, la guerre froide va accentuer les velléités françaises d'avoir la bombe, perçue par certains comme seule capable de dissuader les vastes forces du pacte de Varsovie d'envahir l'Europe de l'Ouest. Son développement reste pourtant lent et secret sous la Quatrième République.
Dans le cadre de l'OTAN, les forces françaises en Allemagne se familiarisent avec l'armement nucléaire dès 1960, mais ces armes, tactiques, sont strictement sous contrôle américain. Aussi, les limitesLe 30 octobre 1953, la doctrine proposée par l'administration Eisenhower indique que toute attaque contre des troupes américaines entraînerait une riposte massive sauf si cela devait jouer au détriment de la sécurité nationale. de la doctrine de « représailles massives » adoptée par l'administration Eisenhower en 1953, le refus des États-Unis d'utiliser leur droit de veto pour défendre les intérêts français lors de la crise du canal de Suez en 1957, puis la stratégie de « riposte graduée », introduite par l'administration Kennedy en 1962, convainquent l’état-major français que les États-Unis n'engageraient leurs forces stratégiques qu'en cas de menace directe contre leur territoire et se limiteraient à des frappes tactiques en cas de conflit strictement européen. Des armes nucléaires stratégiques françaises sous commandement français pourraient servir de « détonateur » aux armes américaines, obligeant un président américain réticent à aider ses alliés. Dans le cadre d'un commandement occidental intégré, les États-Unis seraient ainsi forcés de consulter les Français pour toute prise de décision, affirmant le statut de grande puissance de la France voulu par Charles de Gaulle. Pour les dirigeants français, ce statut nécessitait que le pays se dote d'un arsenal nucléaire aussi varié que celui des deux grands ; comme le formula Jacques Chirac : .
Développement vignette|gauche|Missile S2 exposé au musée de l'Air et de l'Espace au Bourget. Il s'agit du premier missile balistique français, avec un premier vol d'essai en 1965. En 1960, De Gaulle, devenu président de la République, commande 50 bombardiers stratégiques à Dassault Aviation et lance le développement des missiles sol-sol balistiques stratégiques (SSBS) et des sous-marins nucléaires lanceur d'engins (SNLE). En il précise ce que seront les vecteurs nucléaires français, à savoir les avions Mirage IV, emportant des bombes au plutonium, puis les SSBS, équipés d'ogives au plutonium, et enfin les SNLE et leurs MSBS à ogives à l'uranium enrichi dopées.
C'est à l'Armée de l'air que revient la responsabilité de mettre en œuvre les SSBS. Si l’Armée de terre ne s'y oppose pas, préférant des armes nucléaires tactiques plus souples d'emploi, la Marine nationale y oppose les SNLE, réputés invulnérables. Les aviateurs rétorquent qu'une seule torpille pourrait couler un sous-marin et avec lui la totalité de ses vecteurs alors qu'il faudrait à l'ennemi au moins une charge nucléaire par SSBS, protégés dans des silos, pour anéantir cette force.
À partir de 1963, des recherches sont menées en Corse, dans le massif des Vosges, dans le Massif central et dans la Drôme afin d'y implanter les missiles. Le plateau d'Albion est finalement choisi face au plateau voisin de Valensole en en raison de sa faible densité humaine et de son sol calcaire, permettant une construction peu coûteuse des silos qui renfermeront les missiles, mais aussi capable d'amortir efficacement l'onde de choc d'une attaque nucléaire.
Construction Début 1966, il est décidé de construire et de conduite de tir (PCT) sur ainsi que la base Apt-Saint-Christol (BA 200) sur . C'est au Génie que revient cette tâche.
Des manifestations ont lieu pour s'opposer à cette implantation. Les plus grands artistes prennent position. Notamment, en , sur une affiche décorée par Picasso baptisée La Provence point Oméga, René Char déclare : Olivier Bastides explique, à propos de Char : "sa poésie est foncièrement étrangère à toute évanescence. Sa vérité s'ancre dans la terre de Vaucluse et la chair des hommes qu'il côtoie. Char est un paysan qui charrue le pays avec ses mots, un paysan pour lequel la terre nourrit la poésie". .
Les travaux du durent deux ans et demi, de à . Le chantier du démarre en pour se terminer moins d'un an après, en . Les travaux du PCT3 et ses silos associés sont entamés mais arrêtés en à la suite de restrictions budgétaires. Les installations opérationnelles représentent de dérochage, de terrassements et de béton. Simultanément, l'ensemble du réseau routier environnant est modernisé et élargi pour permettre le passage des convois militaires.
En 1967, est créé le de missiles stratégiques () dépendant de l'Armée de l'air pour s'occuper des installations du plateau d'Albion. De nombreuses autres unités sont créées pour veiller à la sécurité du site dont l'escadron de protection , en 1968, qui regroupe une section de commandement, un « cynogroupe » et quatre compagnies de parachutistes. Les premières ogives nucléaires MR 31 sont livrés à la BA 200 en .
18 missiles opérationnels vignette|Carte topographique du plateau d'Albion et positions des Zones de Lancement (ZL) et autres systèmes. La première unité opérationnelle, avec neuf missiles S2, est mise en service le , la seconde le . Au début des , ces engins sont remplacés par les missiles S3 : la première unité opérationnelle SSBS S3 est mise en service le , la seconde le .
À l'origine, il était prévu que les missiles S3 soient remplacés à l'horizon 2005 par une version terrestre du missile M5 dont le développement débuta en 1992. En 1994, il est annoncé que des M45 succéderont aux S3. Ces projets seront finalement abandonnés en raison de l'annonce du démantèlement des installations en 1996.
La surveillance aérienne des silos est d'abord effectuée par des hélicoptères Sikorsky H-34. Le , est créé l'escadron d'hélicoptères 4/67 Durance qui s'installe sur la base. Quatre types d'appareils sont utilisés : , , et . De 1971 à 1996, la et le plateau d'Albion sont « les endroits les mieux gardés de France ».
En , la de missiles stratégiques est activée sur la base.
En raison de la visite de nombreux chefs d’état étrangers pendant le temps de l’activité de la , une grande variété d'appareils se sont posés sur l'aérodrome de la base.
Démantèlement et reconversion Le , le président Chirac annonce la fermeture de la base et le démantèlement des missiles du plateau d'Albion, en raison de l'évolution de la géostratégie européenne et du vieillissement des missiles coûteux en entretien et pour lesquels une modernisation n'est pas souhaitée.
Dans un premier temps, il est annoncé que la base sera reconvertie en école franco-allemande d'hélicoptères de combat. Face aux protestations des habitants qui craignent des nuisances sonores, le projet est abandonnéAlbion a débranché ses têtes nucléaires.Les 18 missiles, de la puissance de mille Hiroshima, seront démantelés d'ici 1999., article Libération du 16 septembre 1996.. Le ministère de la Défense annonce alors que la présence militaire sur le site sera maintenue avec l'installation d'un régiment du génie de la Légion étrangère.
Les opérations de démantèlement des missiles débutent le et le site est déclaré dénucléarisé fin Le plateau d'Albion a fait le vide dans ses atomes. Le dernier élément nucléaire a quitté le site mercredi., article Libération du 28 février 1998.. Les ogives nucléaires ont été transférées au centre de ValducArmée : la résurrection d'Albion, article L'Express du 25 février 1999..
De à , l'escadron de formation des commandos de l'air (EFCA) stationne sur la base aérienne, avant de rejoindre celle de Dijon, puis celle d'Orange. Le de missiles stratégiques et l'escadron d'hélicoptères sont dissous le .
Le régiment étranger de génie est créé le et prend possession du site. La BA 200 devient le quartier Maréchal Koenig.
En 2003, la Direction générale de la Sécurité extérieure installe une station d'écoute sur la base.
Les installations vignette|Un bâtiment de surface technique, seule partie d'une zone de lancement (ZL) au-dessus du niveau du sol. Sur les (ZL) et les (PCT) prévus à l'origine, seuls et ont été achevés.
Zones de lancement En surface, le seul élément d'une ZL construit au-dessus du sol est le bâtiment de surface technique abritant les outils nécessaire à l'entretien du site. La majeure partie de la ZL est souterraine, sous une dalle de béton armé de sur , épaisse de . Au centre de cette dernière un puits d'acier et de béton, le silo, de de diamètre, s'enfonce à de profondeur. Une porte de , épaisse de , recouvre directement le silo. Sur ordre de lancement la porte aurait été propulsée sur des rails, violemment tirée par des câbles actionnées par des vérins pyrotechniques, dégageant le silo. Le design du site s'inspirait des silos du missile américain Minuteman dont les dimensions furent adaptées au missile français S2, plus petit. vignette|La porte recouvrant le silo 1-2, épaisse de et montée sur des rails. Pour les opérations de maintenance, une autre porte blindée de deux tonnes permettait d'accéder à un ascenseur menant aux niveaux et du silo. À ces niveaux, des échafaudages escamotables permettaient d'accéder aux éléments du missile, soit l'ogive et l'inter-étage. Dans le silo, le missile reposait sur un socle (couronne porteuse), suspendu par des câbles, capable d'absorber les ondes sismiques engendrées par une explosion au niveau du sol. Chaque silo était accompagné d'un abri auxiliaire enterré, renfermant les équipements de servitude, dont des générateurs de secours.
Chaque ZL était distante d'au moins de sa voisine afin qu'une seule attaque ne puisse détruire plusieurs sites en même temps car les effets mécaniques d'une explosion nucléaire ont une portée relativement limitée et . Le système occupait une place limitée. Seule une aire de de côté autour de chaque ZL était triplement clôturée, par une clôture domaniale délimitant la zone contrôlée, une clôture intermédiaire et une clôture électrifiée. Le reste du plateau, habité, restait ouvert à l'exploitation agricole.
Liste des zones de lancement