vignette|Crucifixion par Le Pérugin.

La Crucifixion (du latin classique ) désigne le crucifiement de Jésus de Nazareth décrit dans les évangiles canoniques et mentionné dans les épîtres et d'autres sources anciennesEddy, Paul Rhodes and Gregory A. Boyd (2007). The Jesus Legend: A Case for the Historical Reliability of the Synoptic Jesus Tradition. Baker Academic. .. Selon les textes néotestamentaires, Jésus-Christ fut condamné à mort par le préfet romain Ponce Pilate, et exécuté par le supplice de la croix avec l'inscription « INRI ». La date de cette crucifixion fut un vendredi 14 (selon saint Jean) ou 15 (selon les évangiles synoptiques) Nisan, au cours d’une éclipse de lune, ce qui correspondrait au vendredi selon l’astronome Jean-Paul Parisot. Sept paroles de Jésus en croix sont décrites dans les évangiles canoniques.

Les péricopes de l'arrestation de Jésus, de son procès, du portement de croix et de sa crucifixion, font partie du récit de la Passion. Le passage de la crucifixion à la résurrection de Jésus est aux fondements de la religion chrétienne.

Récit des évangiles

vignette|upright=0.8|Jésus crucifié aux pieds non cloués. Porte de l'église Sainte-Sabine de Rome datée du . L'identification des causes de la condamnation de Jésus reste un sujet débattu : les récits évangéliques qui attribuent aux Juifs l'initiative des poursuites et rapportent une condamnation hâtive et une exécution romaines, ont en effet une forte portée théologique, visant notamment à montrer que le procès n'a pas été régulier.. Toujours est-il que l'exécution de Jésus a pour les autorités juives des raisons essentiellement religieuses, et pour les autorités romaines des raisons politiques. Certains contemporains de Jésus le tenaient pour un menteur, un faux prophète, voire un idolâtre, ce qui a certainement inquiété les autorités juives craignant que ses disciples voient en lui une figure messianiqueGraham Stanton, « Jesus of Nazareth: A Magician and a False Prophet Who Deceived God's People ? », dans Jesus and Gospel, Cambridge University Press, 2005, .. Chez les Romains, le crucifiement était un supplice infamant réservé aux criminels, ce qui indique que les charges retenues contre Jésus devaient être très sérieuses : , criminel politique, il fut probablement accusé de créer de graves troubles à l'ordre public, ..

Dans l'Évangile selon Jean, Jésus est obligé, comme d’autres condamnés au crucifiement (qui deviendra pour ce cas précis la Crucifixion), de porter sa propre croix jusqu’au mont du Golgotha (la place du crâne), le lieu de l’exécution. D’après les Évangiles synoptiques, sur la route du Golgotha, les soldats obligent un passant, Simon de Cyrène, à porter la croix de Jésus. La raison n’en est pas donnée dans les Évangiles, mais l’Évangile selon Marc trouve opportun de citer les enfants de Simon, Alexandre et Rufus, comme s’ils avaient été des personnages connus des futurs lecteurs de Marc.. Paul cite aussi un « Rufus » dans son Épître aux Romains (Rm 16,13).. Luc ajoute que les femmes disciples suivaient Jésus, et pleuraient sur son destin, mais qu’il leur répondait par des citations (notamment du Livre d'Osée, Os 10,8)..

Le récit littéraire de la mort se déroule dans un cadre marqué par un rythme de trois heures dans l'Évangile selon Marc. : Jésus est crucifié à la troisième heure (9 heures du matin)., les ténèbres débutent à la sixième heure (à midi). Ces ténèbres sont sans doute dus à une éclipse de lune, phénomène qui dure plusieurs heures, voir ; certains auteurs ont voulu y voir un embellissement théologique du rédacteur biblique pour répondre à la prophétie du Livre d'Amos ( dans la Bible Segond), voir : . et la mort survient à la neuvième heure (trois heures de l'après-midi).. On doit prendre garde à ne pas confondre cette « sixième heure » avec celle dont il est question en Mt 27,45, puisqu'il s'agit du « jour » dans ce dernier passage. La péricope marcienne a une visée théologique manifeste car ces trois blocs de trois heures correspondent aux trois moments de prières journalières dans le judaïsme. au temps de Jésus..

Quand ils arrivent au Golgotha, les Évangiles synoptiques relatent qu'un soldat propose à Jésus du vin mêlé de myrrhe pour atténuer la douleur, mais il le refuse. Jésus est alors crucifié, d’après les Évangiles synoptiques, à la « troisième heure » du jour (9 h). Selon les récits et traditions, il aurait été crucifié avec trois ou quatre clous..

Les quatre Évangiles canoniques mentionnent un titulus, pancarte qui porte une inscription laconique déclarant, sur un ton moqueur, Jésus roi des JuifsDans tous les Évangiles il y a de légères différences dans la formulation. (le futur acronyme INRI). L’Évangile selon Jean dit que l'inscription avait été rédigée par Pilate et était en « hébreu », en latin et en grec. L'affichage de la condamnation sur des croix est peu attesté historiquement..

Les Évangiles canoniques relatent alors que les vêtements de Jésus lui sont retirés par les soldats, pour être répartis entre eux en plusieurs lots. L’Évangile selon Jean évoque cette pratique qui correspondait à la coutume, mais aussi, par le procédé de l'intertextualité, l'accomplissement d'une prophétie. de Ps 22,18.. Au , l'Évangile de Nicodème mentionne le port d'un pagne ceint autour des reinsJésus sortit du prétoire accompagné des deux larrons. Lorsqu'ils furent sur place, on le dépouilla de ses vêtements, on le ceignit d'un linge et on lui posa une couronne d'épines sur la tête. Évangile de Nicodème 10:1.. Il est probable que les bourreaux romains aient retiré le michrasim, le caleçon en toile de Jésus, mais il est moins vraisemblable qu'ils l'aient recouvert de ce pagne afin de respecter la pudeur juive (humiliation supplémentaire de la part des Romains, la dénudation est complète comme pour la flagellation.), la représentation du périzonium par les artistes n'apparaissant qu'à partir du ..

Historicité

vignette|upright=0.8|Giovanni Previtali crédite. Giotto de l'innovation du Christ en croix avec trois clous et le suppedaneum (c. 1320-1325), disposition cependant existant déjà dans la peinture de style byzantin du illustrée dans la galerie ci-dessous.

L'historicité de la crucifixion ne fait plus de doute pour les chercheursOn peut se reporter à quelques études : ; ; ., qui y retrouvent les principaux critères d'authenticité, comme le souligne John Paul Meier : l'embarras ecclésiastique, l'attestation multiple et la cohérenceJohn Paul Meier, « How do we decide what comes from Jesus », dans The Historical Jesus in Recent Research, James D. G. Dunn et Scot McKnight, 2006, .. Bart Ehrman estime que la crucifixion de Jésus sur l'ordre de Ponce Pilate est l'élément le plus certain de sa biographieBart Ehrman, A Brief Introduction to the New Testament, 2008 ..

Les causes et les détails de l'exécution de Jésus sont sujets à discussions, certains auteurs soutenant que les évangélistes proposent un récit fidèle aux faitsMathieu Lavagna, "Soyez rationnel, devenez catholique", chapitre "Fiabilité des évangiles", Editions Marie de Nazareth, 2022, d’autres qu’ils auraient enrichi ces épisodes bibliques de symboles théologiques.. Il y a donc absence de consensus sur la possibilité ou non de retracer un déroulement exact des réels évènements selon les évangiles.

Aucun des évangélistes ne mentionne au moment de la crucifixion le cloutage des pieds et des mains. Plus tard, pendant l'épisode de l'incrédulité de Thomas, Jean évoque un cloutage des mains., et Luc décrit Jésus ressuscité montrant ses mains/poignets et ses pieds.. Si la tradition du cloutage peut être interprétée comme un embellissement théologique des évangélistes Jean et Luc, ainsi que de l'apocryphe Évangile de Pierre, pour répondre à la prophétie du Livre des Psaumes., cette tradition (développée après par Justin MartyrJustin Martyr, Dialogue avec Tryphon, 97. vers 160). repose sur une réalité historique. La recherche contemporaine la confirme en s'appuyant sur les sources documentaires relatant les crucifiements à l'époque romaine, sur le contexte historique (les crucifiements en masse privilégiaient les cordes mais il n'était pas rare pour des exécutions singulières d'utiliser des clous) et sur les découvertes archéologiques et James H. Charlesworth, « Crucifixion: Archaeology, Jesus, and the Dead Sea Scrolls », dans In Jesus and the Dead Sea Scrolls, éd. J. H. Charlesworth, Doubleday, 1992, ... Mais si la tradition du cloutage des mains a une certaine autorité, celle des pieds est moins assurée mais elle est vérifiée par l'archéo-anthropologie, l'évangile de Jean et de Pierre ne le mentionnant pas..

Si l'évangile selon Jean est le seul des quatre évangiles canoniques à mentionner le coup de lance, il ne cite aucun texte de l'Ancien Testament qui aurait pu inspirer cette mention de l'effusion de sang et d'eau, ., ce qui suggère son authenticité.. Cependant, le passage johannique peut être une allusion à une prophétie du Livre d'Ézéchiel.. Néanmoins, l’authenticité réelle du texte reste d’autant plus renforcée qu’elle surprend même les spécialistes scientifiques du monde médico-légal par la justesse du constat, qui selon le docteur Philippe Boxho ne pourrait être fait que par un témoin oculaire, de l’écoulement de sang et d’eau en lien avec l’action du coup de lance.

Théologie de la croix Le Christ rédempteur La théologie de la croix désigne une théologie qui au lieu de mettre en avant la puissance divine insiste sur la souffrance et la faiblesse d'un Christ crucifié. Elle apparaît notamment d'abord chez l'apôtre Paul. qui prêchait un Paul de Tarse, Première épître aux Corinthiens, 1-23., puis chez Luther pour qui Luther, Études sur les psaumes..

Les deux larrons

Les quatre évangiles canoniques relatent que deux criminels sont crucifiés avec Jésus. Le crucifiement était une peine romaine réservée aux esclaves et aux grands brigands, aux pirates, parfois aux prisonniers de guerre et aux condamnés pour motifs politiques mais non pas à de simples voleurs. Les évangiles selon Marc et selon Matthieu les appellent « brigands » ou « bandits » en les qualifiant en grec de , mot qui signifie « brigand, pirate »A Greek–English Lexicon : , ceux de Luc et Jean les dénomment génériquement malfaiteurs, en utilisant le mot grec . Ces deux mots étaient des appellations classiques des Romains à l'encontre des sicaires ou des zélotes. Il est possible que les évangélistes aient voulu faire référence à des séditieux et aient introduit ces personnages dans un but théologiqueEn réponse à la prophétie . et que la tradition chrétienne ultérieure ait voulu atténuer ce côté violent et politique..

Tandis que Marc et Matthieu disent que tous deux insultaient Jésus, dans l'Évangile selon Luc l'un des deux le respecte et lui demande : . En raison de la réponse de Jésus dans cet évangile : , on le considère comme un saint, en l’appelant « le bon larron »Terme dérivé du mot latin utilisé dans la Vulgate et dans la Vetus Latina pour traduire à la fois , « bandit » et , « malfaisant ». Le mot latin signifie « brigand » non pas « voleur », Lewis and Short : latro..

Souvent on appelle le « bon larron » Dismas (Dysmas) et « le mauvais larron » Gestas, en suivant l'histoire des Actes de Pilate du , qui ont connu une très large diffusion en Occident. Des textes plus antiques les appellent Joathas et Maggatras (Capnatas, Gamatras), ou Zoatham et Camma. Dans l'Évangile arabe de l'Enfance ils sont Titus et Dumachus<ref>Raymond E. Brown, The Death of the Messiah''', Doubleday, 1994, p. 969.</ref>.. L'Église catholique commémore le 25 mars Martyrologium Romanum, Typis Vaticanis, 2004 , p. 205., et l'Église orthodoxe célèbre le 12 octobre du calendrier julien (25 octobre grégorien) la Calendrier orthodoxe : fêtes et saints de l'Église orthodoxe – octobre..

Pratiques du crucifiement Aspect juridique