Henri Cadiou ( - Relevé des fichiers de l'Insee) est un artiste peintre français. Fondateur du « mouvement Trompe-l'œil/Réalité », il fut aussi un défenseur du patrimoine architectural parisien et des cités d’artistes.

Biographie

Jeunesse

Henri Cadiou est né à Paris le . Il est le fils unique d'Edmond Cadiou et Anna Lehners. Cadiou est un nom assez répandu en Bretagne, d'où ses ancêtres paternels étaient originaires, et ayant émigré vers l'est, dans un premier temps en Normandie, puis son père poursuivant jusqu’à Paris. Sa mère était d'une modeste famille luxembourgeoise.

Le couple vit d'abord sur la butte Montmartre, puis au faubourg Saint-Antoine, alors une pépinière d'ouvriers d'art exerçant ces superbes métiers artisanaux que le progrès technique a fait disparaître par la suite. Il est probable que l'immersion dans cet environnement a marqué la sensibilité de cet enfant plutôt calme et déjà très porté sur l’observation. Il montre, dès son plus jeune âge, un goût prononcé pour le dessin et griffonne sur tout ce qui lui tombe sous la main.

Son père occupe un poste très modeste d'employé dans une petite entreprise. Socialiste, ami de Jaurès, il est actif en politique et envisage d'y faire carrière. Cette ambition ne s'accomplira pas, car il meurt en 1920 d’un accident d'anesthésie, au cours d'une intervention chirurgicale bénigne.

On peut imaginer la difficulté de survivre pour sa veuve, avec un enfant de 14 ans venant de réussir au concours d'entrée à l’école Estienne et contraint par ce décès à renoncer à des études qu'il affectionnait, pour travailler comme apprenti, d'abord chez un ciseleur sur cuir, puis dans une imprimerie. L'enfant et sa mère se retrouvent dans un dénuement tragique, tentant de survivre en fabriquant à domicile des ressorts de cadenas.

Malgré ces difficultés, Henri Cadiou tente de compenser sa frustration de formation en lisant tous les livres qu'il trouve, fréquentant assidûment la bibliothèque municipale. À l’époque, les musées étaient gratuits tous les dimanches. Il y passe une grande partie de son temps libre. Il fréquente également les cours du soir de dessin, car il n'a jamais cessé de crayonner. Il y rencontre des artistes qui l'aideront à se cultiver et à s'extraire, au moins par la pensée, de la misère matérielle dans laquelle il baigne. Il n'a jamais oublié la pauvreté de son enfance et son influence est évidente dans les sujets qu'il choisira plus tard pour ses toiles.

En 1925, il visite l'exposition des Arts décoratifs. Il est fortement impressionné par les conceptions de Le Corbusier.

Il est appelé à faire son service militaire et intègre, en 1926, un régiment de dragons basé à Colmar. Il ne supporte absolument pas la vie militaire, mais profite tout de même de son séjour pour aller admirer le célèbre retable de Grünewald, auquel il voue une admiration qui ne se démentira pas.

Nouveau malheur dans une vie déjà très éprouvée, il perd sa mère en 1927, alors qu'il vient d'avoir 21 ans et se retrouve totalement seul. Il a une telle soif de connaissance qu'il utilise tout le temps libre que lui laisse le chômage dans lequel il se trouve plongé dans cette période de récession économique pour étudier et dessiner. Il s'intéresse aussi bien à la science qu'à la littérature, à l'histoire qu'à la sociologie et à l'art. Il est alors attiré par le surréalisme de Dali.

Il décide de devenir peintre à la suite de sa visite de l'exposition de 1934 : Peintres de la réalité du , à l'Orangerie. À cette époque, il abandonne son poste salarié dans une imprimerie pour monter avec un ami un atelier de décoration publicitaire, à Paris rue Duméril. Il se marie en 1935, et emménage au 65, boulevard Arago, dans le , un ensemble d'ateliers d'artistes qui ne s'appelle pas encore Cité fleurie.

À cette période, il est très impliqué dans le monde de l'art. Il fonde, avec Gaston Diehl et quelques artistes proches sur le plan des idées, le groupe Regain, fortement influencé par Giono, qui prône le retour à la nature. Il organise de fréquentes manifestations sur les différents mouvements littéraires et artistiques de l’époque. Sa femme, Myrtille, est pianiste, ce qui permet d'organiser des soirées musicales où se retrouve un monde jeune, bouillonnant et passionné.

Sa doctrine picturale est en train de s'élaborer et il commence à affirmer sa volonté de « peindre principalement pour émouvoir et non pas afin d'illustrer des théories », ce qui était peu conforme aux mouvements picturaux de l'époque. Il expose pour la première fois en 1937, au Salon des indépendants, auquel il restera fidèle toute sa vie.

En 1939, à 33 ans, une tumeur se déclare dans son œil gauche, et un chirurgien doit en pratiquer l'ablation, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre son œuvre.

L'art et la publicité étant insuffisants pour faire vivre son épouse et leurs deux enfants, il fonde en 1941, une école de dessin d'art graphique, qu'il installe dans le , rue Léon-Maurice-Nordmann (qui s'appelle alors rue Broca), dans un lieu qui est devenu depuis la Cite Verte. Cette école sera plus tard reconnue par l'État et Henri Cadiou en sera nommé directeur titulaire en 1950.

Il fait, en 1943, sa première exposition particulière dans une galerie parisienne, sous le titre « Peinture de la réalité ». Il y expose surtout des paysages. La critique des journaux de la collaboration est assez défavorable, ce qui ne le décourage pas dans la voie qu'il est en train de se tracer. L'invitation, en forme de fenêtre à deux battants, comporte une phrase qui est déjà une profession de foi :

Entre 1937 et 1945, les tableaux d'Henri Cadiou sont pour les deux tiers des paysages, des témoignages des endroits qui l’environnent, c'est-à-dire Paris, et le Morvan où la famille passe tous les étés dans la maison familiale de son épouse Myrtille à Moulins-Engilbert.

Ses convictions picturales s'affirment peu à peu, souvent en réaction contre les mouvements artistiques de son époque. Tout d'abord, Henri Cadiou privilégie une facture rigoureuse, tournant le dos à la facilite en vogue. Ses préoccupations esthétiques se retrouvent dans ses écrits :

Un tournant dans les sujets abordés intervient en 1949, avec le début de sa période misérabiliste, à la fois influencée par les souvenirs de son enfance et par le cinéma réaliste d'après-guerre (Carné, Clément, Fellini…). Cette période dure jusqu'en 1956, avec une évolution progressive vers une facture de plus en plus soignée, ainsi qu'une attirance de plus en plus forte pour les natures mortes

Le chef de groupe au Salon Comparaisons

Dès la fin de la guerre, Henri Cadiou a cherché à créer autour de lui un mouvement en regroupant des peintres partageant les mêmes conceptions. C'est ainsi que s'est constitué le mouvement des Peintres de la réalité, qui devait aboutir a l'Exposition Internationale des Peintres de la réalité en 1955. Celle-ci réunissait 15 peintres de différents pays. Il devait réitérer au cours des années suivantes, tant en France qu'à l'étranger, la liste augmentant à mesure que de nouveaux artistes rejoignaient le groupe.

Mais c'est surtout avec le Salon Comparaisons que le mouvement des Peintres de la réalité est devenu Groupe trompe l'œil/réalité, et a connu un rayonnement international. Henri Cadiou, membre fondateur, en a été vice-président-fondateur et chef de groupe durant 34 ans, aux côtés d'Andrée Bordeaux-Le Pecq et François Baboulet, ainsi que des autres chefs de groupe dont Jean-Pierre Alaux, André- Gabriel Bernadou, Marc Boussac, Rodolphe Caillaux, Georges Delplanque, Jean Feugereux, Jacques Gestalder, Pierre Gilou, Arnaud d'Hauterives, Bernard Mougin, André Sablé, André Valézy, Jacques de la Villeglé, etc.

En effet, dès la fin des années 1950, "Comparaisons" a entrepris une politique internationale très active avec des expositions au Japon et au Mexique ainsi que dans de nombreux autres pays.

La philosophie d'Henri Cadiou

Henri Cadiou a exprimé très souvent, dans ses écrits, la philosophie qui rassemble les participants de son mouvement : On trouve ailleurs un écrit plus combatif :

Dès la fin des années 1940, Henri Cadiou s'est intéressé de plus en plus à la nature morte mais, contrairement aux peintres classiques, il ne cherche pas à reproduire des objets luxueux, au contraire. Là encore, il est sans doute influencé par la modestie du monde dont il est issu. Il y a sans doute également aussi chez lui le désir de relever un défi :

En même temps qu'il perfectionne son approche de la nature morte, une nouvelle évolution se fait jour au début des années 1960, c'est la peinture de contestation. Il traduit sur la toile sa remise en question de certains mouvements picturaux contemporains. Sa première toile de ce genre est : « Transcendance spatiale », qui pastiche en trompe-l’œil l’artiste Fontana, qui exposait des feuilles de papier qu'il incisait avec des lames de rasoir. Henri Cadiou s'en explique dans de nombreux écrits dont on peut extraire le passage suivant :

C'est à partir de cette époque qu'il commence à s'adonner de façon systématique à un type de peinture, qui lui vaudra, de la part de Paul Guth, la qualification de « Pape du trompe-l'œil ». Cette évolution a peut-être pour cause sa volonté de marquer encore plus la distance qui le sépare de l'art officiel. Il avance la définition suivante :

Ses détracteurs l'accusaient de faire de la photo sur toile. Il s'en défendait :

La lutte pour la Cité fleurie

C'est en 1950 qu'il découvre que les ateliers d'artistes dans Paris sont menacés par la promotion immobilière. Il s'implique d'abord dans la défense de la cité Vercingétorix . Il s'élève ensuite contre cet urbanisme qui détruit des hôtels particuliers du , pour y substituer des grands ensembles de béton dont la laideur révulse sa sensibilité. Il milite dans les associations de défense du patrimoine parisien, encore peu considérées à l’époque. Ses écrits de l’époque témoignent de son aversion pour les grands ensembles : Dans la phrase suivante, il prophétise un procédé qui est aujourd'hui courant : . Plus loin, on trouve cette appréciation : « Ne dites pas ce lieu commun : on n'arrête pas le progrès. Détruire est une régression. La destruction du passé est une régression. Il n'y a pas de civilisation sans la présence vivante du passé. Enrichir la civilisation c'est ajouter le présent au passé. Le passé est l’épaisseur, la profondeur de la civilisation dont lIe présent n'est que la surface. " L'âge d'or reste situé du côté des origines, malgré toutes les propagandes. La poésie sera toujours l’enfance retrouvée et non la vieillesse entrevue. Elle est à sens unique et irréversible."

C'est en 1970 que se profilent des menaces sur le 65, boulevard Arago, dans lequel Henri Cadiou vit depuis 1935 avec sa famille. Il s'agit d'un ensemble de 29 ateliers, au milieu de de verdure, construits avec les matériaux du pavillon de l'alimentation de l'Exposition universelle de 1873, vingt ans avant la Ruche et le Bateau-lavoir. Beaucoup d'artistes y ont vécu dont Gauguin et Modigliani (dans l’atelier repris par Cadiou). Rodin y venait fréquemment chez son patineur, Limet.