Le Grand Prieuré des Gaules est une obédience maçonnique, fondée le sous la dénomination de Grand Directoire des Gaules à l'initiative de francs-maçons français, dont principalement le docteur Camille Savoire. Constituée pour réactiver le Rite écossais rectifié tombé en désuétude dans les années 1830 en France, l'obédience est créée après plusieurs tentatives échouées de réactivation ou de création d'une juridiction autonome au sein du Grand Orient de France.

Au travers d'une franc-maçonnerie française fortement impliquée dans les débats politiques et sociétaux de la Troisième République, cette création se fonde sur la volonté d'ouvrir un espace maçonnique moins politisé. Refusant les débats politiques ou religieux dans les travaux des loges, sur la recherche d'une spiritualité ouverte et tolérante et sur la volonté de renouer des liens avec la franc-maçonnerie dite . Camille Savoire et Édouard de Ribaucourt choisissent différentes voies pour parvenir à ces buts. Le Grand Directoire des Gaules ou Grand Prieuré des Gaules, créé en 1935, peine toutefois à s'inscrire dans le paysage maçonnique français. Sa mise en sommeil durant la Seconde Guerre mondiale et sa réactivation à l'issue de celle-ci, ne lui permettant pas de s'implanter largement en France.

Il connait cependant dans la seconde partie du un développement et des évolutions qui, tout en augmentant ses effectifs, l'amènent à des modifications structurelles et idéologiques. Modifications qui provoquent des conflits doctrinaux, diverses scissions et créations d'obédiences pratiquant le Régime écossais rectifié. Organisme de haut grade pour la Grande Loge nationale française de 1958 à 2000, il se transforme, au fil du temps, en un ordre chrétien pluriel, intégrant d'autres rites maçonniques ainsi que des ordres maçonniques chevaleresques de la tradition anglo-saxonne. Rajoutant à son nom originel, il achève sa transformation en complétant sa dénomination par la titulature et établit comme base de sa constitution en 2006 la foi en Dieu, la profession de la religion chrétienne et les serments sur l'Évangile de Jean.

Contexte historique Extinction du Rite écossais rectifié en France

Le convent de Wilhelmsbad en 1782, acte fondateur du Rite écossais rectifié, n'a pas de grand développement en France. En 1786, les régions lyonnaise et alsacienne sont les deux seules régions à compter quelques francs-maçons du rite, n'entretenant pas les meilleures relations. La Révolution française arrête toutes activités maçonniques. En 1797, Jean-Baptiste Willermoz fondateur du rite et âgé de près de 70 ans, est quasiment le seul détenteur et porteur français du régime rectifié. Plusieurs tentatives pour réactiver le RER vont avoir lieu. Sous le Premier Empire et jusqu'en 1843, diverses créations ou réanimations de loges et de directoires sont actives, mais aucune n'aboutit à une installation pérenne du régime rectifié dans le paysage maçonnique français. L'extinction progressive des provinces françaises du RER, amène Jean-Baptiste Willermoz à constater, en 1820, un au sujet du rite rectifié. En s'éteignant à l'âge avancé de 94 ans, l'histoire du RER semble se terminer avec celle du fondateur et patriarche du rite. Toutefois, le rite survit de manière chétive au sein du Grand Prieuré indépendant d'Helvétie à Bâle. Dans les années qui suivent, plusieurs loges sont créées et au début des années 1820, la Suisse compte une dizaine de loges maçonniques travaillant au rite rectifié. Dont, la loge de Genève qui fournit, en 1910, les rituels des loges rectifiées à Camille Savoire et Édouard de Ribaucourt.

Paysage maçonnique sous la Troisième République

La franc-maçonnerie française sous la Troisième République est très largement impliquée dans la vie politique et sociale du pays. Constitutive de l'armature idéologique et institutionnelle du camp républicain, ses membres sont fortement ancrés au sein du Parti radical. Ils interviennent souvent de manière directe ou indirecte dans la vie publique. Constante de la vie politique durant cette époque, elle a l'audience d'une grande partie du corps électoral, qualifiée , ses thèses sont généralement soutenues et adoptées. Divisée en deux obédiences proches et concurrentes, elle fait face aussi à des créations et des scissions diverses, animées par des courants plus traditionnels ou spirituels.

S'engageant totalement contre l' et affichant une claire volonté d'en finir avec le cléricalisme, la franc-maçonnerie française soutient ouvertement le Parti républicain et s’implique largement dans le combat pour l'enseignement laïque et la sécularisation de la France. Du pacifisme d'avant le premier conflit mondial à l'union sacrée durant la guerre de 1914-1918, elle s'élève, à l'issue du conflit, contre les atteintes à la laïcité de 1920 à 1924, puis elle soutient majoritairement la Société des Nations.. À la chute de cette dernière, elle prend du recul sur l'engagement politique et ravive sensiblement ses fondements symboliques et initiatiques..

Les deux obédiences principales pratiquent des rites maçonniques propres à leurs histoires, le Rite français pour le Grand Orient de France. et le Rite écossais ancien et accepté pour le Suprême Conseil de France et la Grande Loge de France à sa création en 1904.. Les décisions du convent du Grand Orient de 1877, supprimant l'obligation de croire en Dieu, voient la Grande Loge unie d'Angleterre s'autoproclamer et seule tenante de la , isolant les obédiences libérales françaises et européennes des obédiences anglo-saxonnes principalement.

Grand Directoire des Gaules / Grand Prieuré des Gaules Terminologie Lors de sa création, l'obédience est créée sous le nom de Grand Directoire de Gaules comme le stipule les lettres patentes que délivre le Grand Prieuré indépendant d'Helvétie (GPIH). Toutefois, les noms de Grand Prieuré indépendant des Gaules ou de Grand Prieuré des Gaules sont rapidement utilisés dans les correspondances entre le GPIH et le Grand Directoire. La convocation aux ayants droit pour le précise les modalités du réveil et de l'installation d'une de Paris, et à la remise des octroyant le droit de créer . Le traité d'amitié de 1936 fixant le cadre des relations entre les deux organismes, Grand Prieuré indépendant d'Helvetie et Grand Directoire des Gaules est signé par Camille Savoire qui porte le titre de Grand Prieur. La demande d'ampliation des patentes faite par le successeur de Camille Savoire, Julien Ribesky, les patentes originelles ayant été égarées, sont assorties d'un préliminaire. LE GPIH confirme son acceptation en constatant . Les historiens de la franc-maçonnerie, utilisent exclusivement, dans leurs travaux sur cette période et pour qualifier cette obédience, du nom de même si l'organisme maçonnique est bien constitué en 1935 sous celui de Grand Directoire des Gaules.

1910 - 1935 : réveil du Rite écossais rectifié

Camille Savoire avec Édouard de Ribaucourt principalement, franc-maçon du Grand Orient de France (GODF), entreprennent de créer en France et au sein des obédiences existantes, un espace maçonnique ayant avec les obédiences étrangères, des relations susceptibles de rétablir des liens avec la franc-maçonnerie française. Liens rompus à la suite du convent de 1877, mettant un terme à l'obligation de la croyance en Dieu, créant une rupture avec les obédiences anglo-saxonne notamment, et propulsant la principale obédience française dans un certain isolement international. Il espère également par cette création retenir les membres rejetant l'activisme politique ou d'attirer de nouvelles élites intellectuelles ou sociales que les tendances politiques de certains environnements maçonniques éloignent.

Fort des nombreuses relations maçonniques nouées lors des multiples voyages en Europe, au travers de ses participations à des congrès et des conférences médicales, Camille Savoire se rapproche de la Grande Loge suisse Alpina, obédience à la reconnaissance internationale et dernier conservatoire d'un rite maçonnique d'essence chrétienne, constitué en France au , le Rite écossais rectifié (RER). Mis en contact avec le Grand Prieuré indépendant d'Helvétie (GPIH) à Genève, Camille Savoire, Édouard de Ribaucourt et Gustave Bastard sont reçus, le 9 juin 1910, au grade de Chevalier bienfaisant de la Cité sainte, grade terminal du régime maçonnique rectifié. Le , le GPIH constitue une commanderie du Rite écossais rectifié (RER) sous son autorité à Paris, et leur donne les premières lettres patentes pour réactiver le rite en France.

De retour en France, ils réactivent rapidement, le , une loge bleue, dernière loge parisienne à travailler au RER au , . Cette annonce est en première instance rejetée par le conseil de l'ordre du GODF. Après quelques échanges et éclaircissements entre le GODF et le GPIH, le conseil de l'ordre accepte la création d'une loge au rite rectifié et autorise le réveil du , à cet effet. Les 15 et sont signés à Paris et à Genève un traité d'alliance et d'amitié entre le GODF et le GPIH. La loge est installée par Gaston Bouley, président du conseil de l'ordre du GODF le , Edouard de Ribaucourt en est le premier vénérable maître.

Édouard de Ribaucourt : le choix de la Grande Loge unie d'Angleterre thumb|upright|Édouard de Ribaucourt. dans les mois qui suivent connait une existence paisible, en 1911, la loge compte 32 membres, elle reconnait le règlement du Grand Orient de France et ne semble pas contrevenir au principe de liberté absolue de conscience. Toutefois, à compter de 1913, des difficultés apparaissent autour des rituels du rite rectifié. Le conseil de l'ordre remettant à la loge des rituels où les invocations de fermeture et d'ouverture des travaux, ainsi que les formulations au sont absentes. Lors du convent du Grand Orient du , une proposition d'autorisation d'utilisation de la formule du Grand Architecte est porté par Édouard de Ribaucourt. Ce dernier, dans son discours de soutien, évoque des suppressions pourtant compatibles avec les principes de liberté de conscience. Les invocations ayant été aménagées par Antoine Blatin, alors grand commandeur. Le discours, circonstancié de Ribaucourt, se termine toutefois sur une menace voilée de quitter l'obédience si sa demande de rétablissement n'aboutit pas. Malgré cette intervention empreinte d'émotion, le caractère chrétien et les formulations jugées trop religieuses se heurtent au vote des députés qui rejettent la proposition.

Au lendemain de ce rejet, Édouard de Ribaucourt rompt tous liens avec le GODF et fait transiter une demande par Gleward Roehrich, franc-maçon suisse et ancien grand officier à la Grande Loge unie d'Angleterre (GLUA), afin qu'elle lui accorde une reconnaissance de l'obédience qu'il fonde sous le nom de . La GLUA accorde sa reconnaissance à la nouvelle obédience le , Édouard de Ribaucourt, premier grand maître, l'annonce à une tenue du le . Malgré le succès de cette rapide reconnaissance, celle-ci reste sans lendemain. Les ralliements de loges attendues et évoquées pour consolider la jeune obédience ne se produisent quasiment pas. De la sorte, le RER ne se développe pas au sein de la nouvelle obédience, rejointe par les nombreux anglo-saxons résidents en France, formant des loges pratiquant en anglais exclusivement le Rite émulation. Le RER devenant très minoritaire, comme les francs-maçons français dans l'obédience, incitent ses détracteurs à la surnommer la . À sa mort, isolé au sein de l'obédience qu'il a fondé, une seule loge travaille au RER consacrant l'échec de l'implantation du rite rectifié dans la Grande Loge indépendante et régulière pour la France.

Camille Savoire reste fidèle pour sa part au Grand Orient de France et poursuit ses activités maçonniques au sein du Grand Collège des rites.

1936 - 1947 : Camille Savoire et le Grand Directoire des Gaules thumb|upright|Camille savoire.