vignette|Congas, caractéristiques de la musique cubaine.

La musique cubaine est issue d'un métissage culturel entre des musiques autochtones, et d'autres venues d'Europe, d'Afrique, d'Asie et du continent américain. Toute classification que l'on entend faire de la musique cubaine dépendra plutôt du degré de métissage culturel entre les influences espagnoles et africaines qu'on y découvre, car en réalité c'est le résultat créatif riche et complexe de ces deux sources, auquel il s'est ajoutée historiquement l'influence des cultures et des courants musicaux les plus divers.

Histoire La musique cubaine est le résultat de la fusion entre la percussion africaine et la guitare espagnole. Cette fusion sera plus tard enrichie par d’autres instruments musicaux arrivés de l'Amérique du Sud tels les « claves » (petits bâtons en bois) et les maracas, faites à partir des arbres typiques cubains appelés « güiras ». Le Son, genre musical né vers la fin du , constitue la base de pratiquement toute la musique cubaine contemporaine, étant lui aussi le précurseur de la salsa et s’étant vite répandu à Cuba pendant les premiers vingt ans du .

Santiago de Cuba est le berceau de nombreux genres musicaux cubains tels le boléro cubain et le Son, des rythmes qui se sont diffusés partout et qui ont influencé à leur tour d’autres musiques du bassin caribéen. On sait que le Son cubain est arrivé à Santiago au début du , et qu’il a vu le jour dans les montagnes qui entourent cette ville. Il est entendu pour la première fois de la voix des Guajiros (fermiers) qui allaient d’une contrée à l’autre, guitare à la main, en faisant courir des bruits et des nouvelles tels les ménestrels et jongleurs du Moyen Âge. C’était aussi le temps de la naissance de la Première République, ainsi, le son devient un excellent moyen pour renforcer les idéaux de liberté du peuple et les plus grandes aspirations de la jeune nation cubaine.

Le boléro cubain, quant à lui, a des origines qui remontent à la deuxième moitié du . Il est né lui aussi à Santiago de Cuba, sous les balcons et les vérandas, derrière les fenêtres coloniales où se cachait « la bien-aimée », souvent une femme courtisée par un musicien ou simplement par un amant inconsolable qui se faisait accompagner par un trio ou un petit orchestre qui chantait une sorte de sérénade « à la napolitaine » aux accents d’opéra et de romances françaises.

Le grand succès qu'ont le boléro et le son est aussi dû en partie aux agitations politiques et aux fréquents changements de régimes qui avaient secoué Cuba pendant les premières trente années du : ces chansons servaient à l’époque pour dénoncer les fléaux sociaux qui touchaient la société cubaine et l’ingérence militaire, économique et politique du puissant voisin nord-américain. Alors, le Son fit son entrée dans les principales salles de bal de l'Oriente cubain, voyageant des campagnes aux villes et vice-versa, jusqu’à ce qu’il débarque triomphalement à La Havane, plein de paroles à double sens et de dictons malicieux. Boléro et son seront joués par des musiciens légendaires tels Miguel Matamoros, Sindo Garay, Pepe Sánchez, Manuel Corona, Miguelito Cuní, Ñico Saquito et, enfin et surtout, Joseíto Fernández, compositeur de guantanamera. Ces personnages mythiques jetèrent les fondements des riches traditions artistiques cubaines et d’un grand éventail composé de plusieurs variantes musicales régionales qui donnent lieu, des années plus tard, à d’autres tendances comme le mambo, le cha-cha-cha, la salsa et le filin.

La musique cubaine, quoique distincte en elle-même, possède comme élément commun le mélange des différentes cadences tropicales et des compositions musicales novatrices. Avec un usage cubanisé des instruments, elle a su reconstituer ses racines sonores, européennes et africaines, auxquelles se sont ajoutées des influences caribéennes et sud-américaines tels les sons apportés par la marímbula ou botijuela. En somme, la grande famille musicale cubaine, composée de mambo et salsa, son et boléro, des guitares et percussions, de danse et feeling, conquiert le monde, et en partant de Santiago de Cuba fait salle comble à La Havane, Paris, Mexico et New York, pour s’installer à jamais au sommet de la culture universelle.

Après la révolution cubaine les grandes sociétés de distribution ont cessé de diffuser très longtemps les œuvres des musiciens qui travaillaient dans l'île. C'est surtout depuis la sortie du film Buena Vista Social Club et l'éveil de Ry Cooder à la musique cubaine que le monde redécouvre une infime partie de la richesse musicale de Cuba.

Communautés autochtones Il reste peu de chose des peuples antillais qui avaient habité à Cuba. Parmi les différentes cultures qui existent — et qui sont décimées au —il y avait les peuples siboney, taíno et guanajatabibe. Ils ne transmettent aucun héritage musical, les historiens témoignent la présence de formes de danse, de musique et différents instruments.

Grâce aux études archéologiques et aux récits des chroniqueurs, il est possible de connaître le mode de vie des aborigènes et, dans ce cadre, leur développement culturel. La musique aborigène était un moyen de communication magico-religieux, avec lequel ils aspiraient à dialoguer avec des forces invisibles pour faciliter la réalisation de leurs objectifs magiques, représentés à travers les areítos, considérés comme de véritables rituels qui unifiaient toute une série de manifestations culturelles. Dans les témoignages adressés par Fray Bartolomé de las Casas dans , il est dit que les paroles chantées dans les areítos faisaient référence aux récits de leurs traditions, à l'histoire de leurs origines, à la succession de leurs caciques et aux légendes sur leurs dieux..

Ils utilisent des instruments de musique avec des éléments naturels qui sont perfectionnés plus tard, parmi lesquels se distinguent les suivants : tambours ou mayohuacán, guamos ou trompettes aux escargots ; flûtes articulaires ou osseuses ; maracas ; des sifflets et des cloches qu'ils fabriquaient avec des escargots univalves, principalement de l'espèce Oliva reticularis. Ils utilisaient également des flûtes comme instrument de musique à vent. A Arroyo de Palo (Mayarí), les archéologues Ernesto Tabío. et José Manuel Guarch Delmonte ont trouvé la seule flûte fabriquée à partir d'un os d'oiseaux signalée à Cuba, cet instrument a été trouvé par un agriculteur près d'une sépulture d'un enfant aborigène.

Avec l'extermination de la population autochtone, une partie de leur culture a péri, bien que grâce aux progrès scientifiques et à la légende occasionnelle racontée de génération en génération, il a été possible de découvrir plusieurs de leurs mystères spirituels et matériels qui clarifient la question de savoir si oui ou non il n'existait pas d'environnement musical dans la communauté primitive.

Genres musicaux Par ordre alphabétique, les genres incluent : boléro cubain, cha-cha-cha, changüí, conga, contradanza, danzón, filin, guajira, guaracha, habanera, jazz afro-cubain, mambo, mozambique, nueva trova, pachanga, punto guajiro, rumba, son, songo, timba, trova et tumba francesa. Par ordre chronologique, ces genres apparaissent comme suit : conga, punto guajiro, guaracha, tumba francesa, contradanza, rumba, habanera, trova, changüí, danzón, boléro, son, guajira, mambo, jazz afro-cubain, filin, cha-cha-cha, pachanga, mozambique, nueva trova, songo, timba (et timbaton). Les autres genres comprennent notamment : sucu-sucu, et pilon.

Quelques artistes cubains chantent de la salsa, qui n'est pas un genre cubain seulement mais international et qui est apparu en fait dans l'East Harlem à New York, basé sur différents genres cubains mais également porto-ricains et colombiens entre autres. Le reggaeton originaire du Panama s'est répandu à d'autres pays, principalement à Porto Rico et Cuba, où l'on parle de cubaton.

Instruments Les instruments utilisés dans la musique cubaine sont le résultat de plusieurs siècles d’innovation et de développement.

Instruments européens Les instruments importés à Cuba d'Europe comprennent des instruments à cordes, plusieurs sortes d'instruments à vent comme les bois et les cuivres, des claviers et des percussions. Leurs principaux pays d'origine sont l'Espagne, la France, l'Allemagne, l'Angleterre et l'Italie. Beaucoup d'instruments espagnols sont d'origine arabe et d'autres sont des instruments folkloriques comme des tambours, des percussions et différentes flûtes. Les cordes, les cuivres, les bois et les claviers viennent des autres pays européens.

Les instruments de la famille de la guitare sont parmi les premiers instruments à être importés à Cuba, déjà lors du . Ils étaient utilisés principalement dans des chansons genre troubadour et ils comprennent des vihuela, des bandurria et des laúd. La guitare évolue à partir de ces premières versions, comme le sont des variétés plus petites comme le requinto et le tiple. Les instruments de la famille du violon apportés à Cuba furent tous les instruments de la famille des violes de gambe. Ils furent utilisés dans de la musique symphonique, des opéras et du théâtre lyrique.

Beaucoup de bois et de cuivres arrivèrent à Cuba pendant le avec les fanfares militaires. La corneta ou cornet était d'usage courant en Espagne dans la musique militaire. Plus tard les Français apportèrent au des piccolos, des flûtes à cinq clefs, des hautbois, des clarinettes, des cuivres, des trompettes et des cors. Bien qu'il ne fasse pas précisément partie des bois ni des cuivres, la botija est un instrument important de la musique cubaine populaire traditionnelle. La botija (ou botijuela) est une large cruche en céramique qui était utilisée à l'origine pour transporter l'huile d'olive depuis l'Espagne, et elle fut utilisée comme un instrument de basse jusqu'au milieu du dans le son.

Les instruments à clavier tels que les orgues, l'accordéon et le piano arrivèrent à Cuba très tôt après leurs inventions respectives en Europe car l'île était le principal port de commerce des Caraïbes. L'orgue à tuyaux arriva d'Espagne dans la cathédrale de Santiago de Cuba en 1544, plus tard, différents types d'orgues sont apportés par les Français à la fin du . Une version cubaine appelée órgano oriental est développée dans la province de l'Oriente à la fin du . Cet orgue ressemble à un piano mécanique et il peut jouer des valses, des polkas et de la musique cubaine.

Le piano arrive avec les Français qui fuyaient la révolution haïtienne à la fin du . Il n'appartient qu'au répertoire de musique classique jusqu'au et le développement de styles populaires comme la contradanza, la guaracha et la guajira. Le piano est incorporé dans la musique populaire cubaine au début du , il devient alors éventuellement une partie de la section rythmique de certains ensembles (telle qu'avec l'instrumentation charanga). Vers 1940, il est incorporé à l'instrumentation du conjunto dans l'interprétation du son.

L'accordéon est utilisé principalement dans la musique paysanne à la fin du dans des ensembles appelés charanguitas.

L'Espagne contribue à amener beaucoup d'instruments de percussion à Cuba. Les castañuelas (castagnettes) accompagnaient certaines danses; la pandereta est un tambourin équipé de petites cymbales tandis que le pandero est un tambourin sans cymbale. La pandereta portoricaine est dérivée du pandero espagnol car elle n'a pas de cymbale. Elle est aussi accordable. D'autres instruments de percussion furent introduits d'Europe à la fin du comme la timbale française.

Instruments africains Les croyances et les pratiques africaines ont exercé une puissante influence sur la musique de Cuba. La percussion polyrythmique est un élément inhérent à la musique africaine, tout comme le style de la mélodie fait partie de la tradition musicale européenne. Aussi, dans la tradition africaine, la percussion est toujours associée au chant et à la danse, ainsi qu'à un environnement social particulier.

Instruments yoruba