Roger du Plessis-Liancourt (vers 1598-), de La Roche-Guyon (ou La Rocheguyon), dit « duc de Liancourt », pair de France, est un militaire français, premier gentilhomme de la Chambre et premier écuyer de la Petite Écurie sous le règne de .
Il est connu par un incident qui survient le . Son confesseur, vicaire de Saint-Sulpice de Paris, lui refuse l'absolution parce qu'il fréquente des jansénistes. Le Grand Arnauld publie deux lettres pour dénoncer l'attitude du prêtre. Quelques mois plus tard, Blaise Pascal soutient Arnauld dans la dispute en publiant la première Provinciale.
Biographie Famille
Roger du Plessis-Liancourt naît vers 1598Christophe Levantal, Ducs et pairs et duchés-pairies laïques à l'époque moderne : 1519-1790, Paris, Maisonneuve et Larose, 1996, 693.. Il est le fils unique de Charles du Plessis, seigneur de Liancourt (1545-1620), comte de Beaumont-sur-Oise, marquis de Guercheville, conseiller du roi en ses conseils d'État et privé, premier écuyer de la Petite Écurie du roi, gouverneur de Metz, puis de ParisPère Anselme, Histoire généalogique et chronologique de la maison royale de France, sur books.google.fr, Paris, Compagnie des libraires, 1728, IV, 756 (consulté le 5 juin 2018).. La mère de Roger est Antoinette de Pons (vers 1560-1632), dame d'honneur de Marie de MédicisMarie-Claire Daveluy, « Bibliographie de la Société de Notre-Dame de Montréal (1639-1663) », sur erudit.org, Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 13, , décembre 1959, 450 (consulté le 4 juin 2018).. Elle est veuve d'Henri de Silly, comte de La Roche-Guyon (1551-1586). Elle a un fils de ce premier mariage, François de Silly ( duc de La Roche-Guyon, † en 1628 au siège de La Rochelle, sans postérité), puis elle s'est remariée avec Charles du Plessis-Liancourt en 1594.
Roger a une sœur, Gabrielle, épouse de de La Rochefoucauld, premier duc du nom. Roger du Plessis-Liancourt est donc l'oncle de de La Rochefoucauld, l'auteur des Maximes« La Rochefoucauld (François VI, duc de, 1613-1680) », sur amisdeportroyal.org (consulté le 3 juin 2018)..
Jeunesse
Liancourt est un compagnon d'enfance du dauphin, le futur Voir là-dessus Jean Héroard, Journal sur l'enfance et la jeunesse de Louis XIII (1601-1628), Paris, Firmin Didot, 1868, 2 vol. Lire en ligne, sur books.google.fr : tome I (1601-1610) ; tome II (1610-1628) (consulté le 6 juin 2018).. À six ans, il a son appartement au LouvreAntoine Adam, dans Tallemant des Réaux, « Madame de Liancourt et sa belle-fille », Historiettes, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1961, II, 145, .. Il va rester proche du souverain, . C'est un . Il mène une vie dissipée, dans Ferdinand Buisson (dir.), « Liancourt (madame de) », sur inrp.fr, Nouveau Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, Paris, Hachette, 1911 (consulté le 4 juin 2018).. Il se lie avec des libertins. Théophile de Viau lui dédie son ode « Les origines de la première Provinciale : l’affaire Liancourt, début 1655 », sur les-provinciales.univ-bpclermont.fr (consulté le 29 mai 2018)..
vignette|alt=Gravure ancienne noir et blanc. Vue en plongée, de face, sur les bâtiments du château et un très grand parc qui fuit jusqu'à l'horizon.|droite|redresse=1|Le château de Liancourt au .
En 1620, Liancourt devient premier écuyer de la Petite Écurie, sur démission de son père. Le , il épouse Anne de Schomberg, dite Jeanne (née en 1600), fille d'Henri de Schomberg, maréchal de France, et sœur de Charles de Schomberg, maréchal de France. Liancourt est, dit-on, . Le père de Roger meurt le . En fin d'année, naît l'unique enfant du couple Liancourt, Henri-Roger. En , le demi-frère de Roger, François de Silly, est créé duc de La Roche-Guyon et pair de FrancePère Anselme, , 738-741. — Christophe Levantal, , 299 et 692..
Tallemant des Réaux suppose que Jeanne souffre de ne pouvoir figurer dignement à la cour, n'étant pas duchesse Tallemant des Réaux, , 1961, II, 146. — Au souper du roi ou au cercle de la reine, les duchesses avaient le droit de s'asseoir sur un tabouret. « Tabouret », sur littre.reverso.net (consulté le 5 juin 2018).. Roger la délaisse quelque peu. Elle se retire au château de Liancourt, dans le Beauvaisis. Elle l'aménage, embellit le parc. Elle réunit une galerie de tableaux et pensionne une cour d'artistes. Elle se tourne peu à peu vers la dévotion.
vignette|alt=Manuscrit détaillant les noms des propriétaires des biens confisqués et leurs méfaits. Il est signé Louis.|droite|redresse=1|1625. Donation à Liancourt de biens confisqués, signée par .
En , Liancourt devient mestre de camp du régiment de PicardieLouis Susane, « Régiment de Picardie et du Colonel-Général », sur ancestramil.fr, Histoire de l'infanterie française, Paris, Dumaine, 1876, II, 165-277. Mis en ligne en juillet 2009 (consulté le 3 juin 2018).. Il en prend le commandement effectif en mai de l'année suivante, dans la deuxième campagne de contre les protestants. À la tête des Enfants perdus, il joue le rôle décisif dans la prise de Sommières le . Il se distingue également au siège de Montpellier, le .
En 1623, il achète l'hôtel de Bouillon de la rue de Seine« Paris (France) - Hôtel de La Rochefoucauld-Liancourt », sur catalogue.bnf.fr, notice FRBNF15603501, 8 février 2013 (consulté le 4 juin 2018). — Cet hôtel se trouvait à l'emplacement des 14-18, rue de Seine. Il ne doit pas être confondu avec l'hôtel de Bouillon (ou hôtel de la Bazinière, ou hôtel de Chimay) du quai Malaquais. Antoine Adam, , 1961, II, 146, .. Son épouse fait démolir celui-ci. Elle le remplace par l'hôtel de LiancourtTallemant des Réaux, , 1961, II, 146. — L'hôtel de Liancourt sera légué par Roger à son neveu, le moraliste François VI de La Rochefoucauld. L'hôtel restera dans la famille de celui-ci jusqu'à la Révolution. Il sera démoli en 1825. « Paris (France) - Hôtel de La Rochefoucauld-Liancourt », notice citée.. Le couple et les La Rochefoucauld vivent ensemble dans cet hôtel, où ils s'entendent parfaitementSaint-Simon, Mémoires, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1985, IV, 723.. Le , Liancourt devient premier gentilhomme de la Chambre. Le , il cède le régiment de Picardie à François de Béthune, duc d'Orval. Il connaît auprès de .
En 1628, son demi-frère François de Silly, duc de La Roche-Guyon, meurt sans enfants. Antoinette de Pons, mère de François et de Roger, hérite du comté de La Roche-Guyon, qui passe ainsi dans la famille du Plessis-LiancourtPère Anselme, , 738.. Antoinette meurt le Date donnée par le père Anselme, , 756. — Reprise par Christophe Levantal, , 692. — Le , selon Marie-Claire Daveluy, , 450..
Cette année-là, Liancourt rentre en grâce auprès de . Le , il est fait chevalier des ordres du roi. Corneille lui dédie sa première pièce, MéliteCorneille, Mélite ou les Fausses Lettres, sur gallica.bnf.fr, Paris, Targa, 1633. — Créée en décembre 1629, cette est éditée en 1633.. En 1635 et 1636, les époux Liancourt font construire par Lemercier la partie droite du corps principal de leur hôtel parisien, ainsi que l'aile gaucheNicolas Courtin, « Hôtel de La Rochefoucauld-Liancourt », sur centrechastel.paris-sorbonne.fr, dans Corpus des hôtels parisiens du : inventaires après décès, centre André-Chastel, 2011. Annexe à Nicolas Courtin, L'Art d'habiter à Paris au : l'ameublement des hôtels particuliers, Dijon, Faton, 2011 (consulté le 3 mai 2018)..
Conversion vignette|alt=Tableau, portrait. Barbu. En surplis blanc.|droite|redresse=1|Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, par Philippe de Champaigne.
En , Jeanne tombe gravement malade. Bouleversé, Liancourt vend la plus grande partie de ses toiles de maître pour distribuer de l'argent aux œuvres charitablesMarie-Claire Daveluy, , 454, .. Il devient . Les époux Liancourt ont pour directeur de conscience le jésuite César-François d'Haraucourt. Sous l'influence de celui-ci, sous l'influence également de sa pieuse femme, Liancourt s'assagit. Il mène désormais une .
Il se tourne volontiers vers les jansénistes, dont sa femme et lui sont déjà proches depuis quelques annéesAntoine Adam, , 1961, II, 147, .. Il rend visite dans sa prison à l'abbé de Saint-Cyran, ancien compagnon de Jansénius ayant introduit le jansénisme en FranceSaint-Cyran a été enfermé au château de Vincennes par Richelieu en 1638. Il sera libéré en 1643, après la mort du cardinal.. Saint-Cyran charge son disciple Antoine Singlin de diriger Liancourt. Ce dernier a de nombreux amis à Port-Royal : son beau-frère le maréchal de Schomberg, le Grand Arnauld, Léon Bouthillier, Robert Arnauld d'Andilly, Marin Le Roy de Gomberville. Il reçoit à Liancourt Le Maistre de Sacy. Il loge dans son hôtel de la rue de Seine l’abbé de Bourzeis.
À la fin de l'année 1641, ou au début de 1642, les Liancourt entrent dans la Société Notre-Dame de Montréal. Ils se montrent particulièrement généreux envers les œuvres de mission en Nouvelle-FranceMarie-Claire Daveluy, , 454 et 457..
Duc et pair vignette|alt=Fond argent divisé en quatre carrés. Les carrés 1 et 4 ont une croix rouge dentelée portant cinq coquilles d'or. Les carrés 2 et 3 ont une bande horizontale striée d'or et de rouge.|gauche|redresse=1|Blason de Roger du Plessis-Liancourt, duc de La Roche-Guyon.
En , quelques jours avant la mort de , Roger du Plessis-Liancourt est créé duc de La Roche-Guyon (parfois écrit La Rocheguyon) et pair de FrancePère Anselme, , 741-743. — Christophe Levantal, , 300 et 693.. Mais ses contemporains l'appellent plutôt « duc de LiancourtGazette de France, 15 novembre 1659 et 22 décembre 1663. Rapporté par Christophe Levantal, , 693, . ». En 1645, il est reçu à la Compagnie du Saint-Sacrement (le « parti des dévots »).
Le , son fils unique est tué au siège de Mardyck, à Antoine Adam, , 1961, II, 146, .. Il laisse une fille, Jeanne-Charlotte, née en 1645. Les Liancourt la recueillent. En 1647, ils la mettent en pension à Port-RoyalMarie-Claire Daveluy, , 454, .. Par l'intermédiaire de son intendant Pierre de Carcavy, Liancourt reçoit rue de Seine Blaise Pascal. Le duc et la duchesse se font construire un pied-à-terre à Port-Royal des Champs. Liancourt est le supérieur de la Compagnie du Saint-Sacrement en 1648, puis en 1650.
Jeanne refuse d'être dame d'honneur de la reine. Quant à son mari, il n'exerce plus depuis longtemps sa charge de premier gentilhomme de la ChambreSaint-Simon, , 1985, IV, 724.. Le , il s'en démet. de ce , les Liancourt sont très mal vus de . Le duc et la duchesse, dit Saint-Simon,
vignette|alt=Tableau ovale couleur. Portrait de face. Calotte et soutane noires. Rabat gris et blanc.|droite|redresse=1|Antoine Arnauld fils, dit le Grand Arnauld, par Jean-Baptiste de Champaigne.
Liancourt se répand en dons au profit d'œuvres de mission et de charité. Jean-Jacques Olier et Vincent de Paul lui portent . Mais le duc se montre également généreux à l'égard de Port-RoyalRacine, Abrégé de l'histoire de Port-Royal, dans Œuvres complètes, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », Paris, Gallimard, 1966, II, 55 et 56.. Olier s'alarme des fréquentations jansénistes de Liancourt et de son épouse. Il leur adresse des avertissementsMarie-Claire Daveluy, , 453.. De 1651 à 1654, Liancourt est premier marguillier de la paroisse Saint-Sulpice. En 1653, les cinq propositions sont condamnées par . Liancourt ne s'exprime pas là-dessus. Il est certes proche des jansénistes, mais il reste un modéré.
L'affaire de l'abbé Picoté