vignette|droite|Bronisław Malinowski parmi des natifs des îles Trobriand vers 1918. La méthode d'observation participante est une méthode couramment utilisée lors de travaux de recherche ethnographiques effectué dans des disciplines telles que l'anthropologie culturelle, la sociologie, ou encore le journalisme d'investigation. Selon Alain Touraine cette méthode vise à atteindre .. L'idée apparaissait déjà en 1800, à l'époque des grands voyages d'exploration scientifique dans l'esprit de Joseph-Marie de Gérando qui écrivait dans un ouvrage publié par la société des observateurs de l'homme : Mot retranscrit tel-quel dans son orthographe ancienne. ; et c'est en apprenant leur langue qu'on deviendra leur concitoyen.

Popularisée par des anthropologues et ethnographes tel que Frank Hamilton Cushing, Bronislaw Malinowski et John Layard au début du , cette méthode consiste donc à étudier une société en partageant son mode de vie, en se faisant accepter par ses membres et en participant aux activités des groupes et à leurs enjeux. Il s'agit donc pour le chercheur, de pratiquer une immersion participante sur leur terrain d'enquête durant idéalement plusieurs années.

Une technique nouvelle Avec l'observation participante, l'ethnologue s'immerge pleinement dans la vie sociale où il prend un rôle réel, participe aux rites et aux institutions. Elle induit l'idée de compréhension d'une autre culture et non sa description stéréotypée. L'arrivée de cette technique d'observation pose les prémices du relativisme culturel et va contribuer à réduire l'ethnocentrisme de l'observateur.

La radicalisation de Malinowski Dans le contexte d'omniprésence de l'évolutionnisme dans les milieux anthropologiques, Malinowski est amené à radicaliser ses positions : l'ethnologue doit lui-même effectuer le travail de terrain sans passer par un intermédiaire ; l'apprentissage de la langue des populations étudiées constitue pour lui un minimum ; il entend se couper du monde occidental dans ses études de terrain ; il veut ainsi « se défaire de sa propre culture » ; son objectif est de « pénétrer la mentalité des indigènes ».

En sociologie, recherches selon cette approche Éléments théoriques de l'observation participante Posant la question du matériau de l'observation, François Simiand donne aux documents la valeur d'indices : .. C'est la méthode historique qui est plutôt en cause ici. Mais l'auteur pointe du doigt le recueil le plus direct possible des informations sur l'institution. Ce mode d’appréhension du réel, peu prisé par les chercheurs pour diverses raisons, doit se faire avec un minimum de précautions. Plusieurs études peuvent servir de point de départ pour exposer les solutions aux problèmes rencontrés par l'observation participante.

En usine Il y a tout d’abord la question de la sociologie d’intervention selon l'expression de Karl Marx : La sociologie d'intervention est la sorte de corollaire méthodologique de l'analyse institutionnelle. Rémi Hess distingue quatre statuts pour le sociologue interne : il est payé par l'établissement pour conduire l'intervention ; le sociologue est l'un des membres de l’institution et il est reconnu pour l'action qu'il met en œuvre ; c'est l'institution elle-même qui met en œuvre l’intervention comme « analyste collectif » ; l'intervenant est une unité sociale importante (syndicat dans une entreprise par exemple)..

Dans ce cas, la composante principale du travail sociologique s'appuie sur une participation forte au point de modifier le milieu. L'observation passe au deuxième plan et n'est plus qu’un outil puisque l'analyse se donne pour objectif le changement. Cette forme de recherche va au-delà de ce qui nous occupe : l'observation participante.

Selon Jean Peneff, Jean Peneff, Les Débuts de l'observation participante ou les premiers sociologues en usine in Sociologie du Travail, 38, , .. On a là les premiers ingrédients de l'observation participante : l'intégration à un processus de production, une certaine durée et une certaine « familiarisation » avec le milieu pour obtenir des informations « les plus proches des faits ». L'auteur limite son analyse au contexte industriel, cependant on peut facilement transposer ou étendre sa définition à d'autres milieux. Le terme « spécifique » utilisé par Peneff donne finalement (peut-être à son insu) la dimension unique de la rencontre enquêteur/enquêté selon tel ou tel contexte particulier. On peut avancer le terme de recette dans l'appréhension du terrain adaptée pour chaque cas qui se présente. L'observation participante pourtant obéit à un certain nombre de principes qu’on peut qualifier de minimums en vue de ne pas perturber le milieu.

F. J. Roethlisberger et W. J. Dickson, Management and worker, cité in Grawitz Madeleine, Méthodes des sciences sociales, Paris : Dalloz, collection Précis, 1990 (), .. Ne pas faire ceci, ne pas faire cela, telles sont les prescriptions négatives du chercheur dans cet extrait. Ce texte pourtant pose plus nettement l’étendue de la difficulté de l'observation participante : où se situer par rapport à l'enquêté ? Et finalement, que reste-t-il du moment qu’on est trop éloigné de l'acteur ? L'aspect inverse serait une identification trop importante au terrain et générant des effets pervers du type parti pris. La crainte de Roethlisberger réside notamment dans l'effet HawthorneL’effet Hawthorne consiste en des modifications de la situation observée du fait même de la présence de l’observateur. Des chercheurs ont pu remarquer que les acteurs se sentaient subitement valorisés et que, par exemple, en ateliers, la productivité en était améliorée..

En fait, comme chaque recherche a quelque chose d'unique, la question principale porte sur le juste milieu du rapport à l'objet d'analyse. Le compte rendu de recherche exposera l'attitude spécifique de l'enquêteur pour que la « vérification » ou la critique scientifique puisse éventuellement s'appliquer.

Dans la rue et les quartiers Ce qu'on appelle l'« École de Chicago » des décennies 1920-1930 a créé l’idée d’écologie humaine. Il s'agissait de décrire l'Homme dans son environnement. C'est alors que la ville fut considérée comme un laboratoireYves Grafmeyer et Joseph Isaac (présentation de), L'École de Chicago, Naissance de l'écologie urbaine, Paris : Aubier, Ers, collection champ urbain, 1990, 198 p.. Ainsi, le comportement humain est analysé par rapport au milieu industriel, géographique et urbain (Robert Ezra Park). L’expansion de la ville crée des organisations et des désorganisations sociales (Ernest W. Burgess). Les communautés sont étudiées selon des processus identifiés par l’écologie végétale et animale (M. Roderick, D. MacKenzie). Louis Wirth fait de la ville un phénomène social. La méthode de recueil des informations la plus fréquemment utilisée est la biographie. Grafmeyer Yves in Encyclopaedia Universalis, Dictionnaire de la Sociologie, Paris : Encyclopaedia Universalis, Albin Michel, 1998, p. 107.

Un auteur est souvent englobé dans ce qui a pris le nom d’École de Chicago : William Foote Whyte. Si sa thèse fut présentée à Chicago, si son objet d’analyse se situe dans les rues de la ville, il se défend d’y appartenir (ce serait plutôt l'École de ColumbiaGuth Suzie, « Ordre et désordre dans les quartiers de rue » in Revue Française de Sociologie, 1996, 37, . et on repère une méthode très personnelle : se couler dans l’objet d’analyse, qui en fait Henri Peretz, « Préface » in William Foote Whyte, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), .. Dans un quartier d’immigrants italiens de Boston aux États-Unis, tout en restant l’intellectuel, il participe directement aux activités des gangs jusqu’à user de leur langage, ou encore il s’insère dans les œuvres sociales du quartier.

Sur six pages environ, « L’apprentissage de l’observation participante » est décrit par Whyte dans la postface de son ouvrageWhyte William Foote, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), 399 p.. Muni d’aucune recette particulière, en 1937, il construit peu à peu sa méthode d’investigation par rapport aux gens des lieux : « Au début, j’avançais une explication plutôt compliquée. J’étudiais l’histoire de Cornerville - mais sous un angle nouveau. Au lieu d’aller du passé au présent, je cherchais à avoir une connaissance approfondie des conditions actuelles pour remonter ensuite au passé. Sur le moment, je fus assez content de cette explication, mais ça n’avait pas l’air de convaincre grand monde. Je m’en suis servi en deux occasions et, chaque fois, mon discours provoquait un silence gêné. Personne ne savait quoi dire, et moi pas plus que les autres » Whyte William Foote, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), 325 p.. Par la suite, il écrit avoir trouvé « un véritable collaborateur de ma recherche » : Doc.

C’est ce dernier qui lui explique quelle devait être son attitude après une expérience qui l’avait mis mal à l’aise : « Le lendemain, Doc m’expliqua la leçon du soir précédent. « Vas-y doucement, Bill, avec tous tes « qui », « quoi », « pourquoi », « quand », « où ». Si tu poses des questions de ce genre, il suffit que tu traînes avec eux et tu finiras par avoir les réponses sans même avoir besoin de poser les questions. » J’ai constaté que c’était vrai. Rien qu’en restant assis et en écoutant, j’ai eu les réponses à des questions que je n’aurais même pas imaginé poser si j’avais cherché à m’informer uniquement sur la base d’entretiens »Whyte William Foote, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), 328 p.. Son intégration au quartier se faisant à un bon rythme, à un moment donné il s’est posé la question d’une immersion trop prononcée (qui se matérialisait en particulier dans l’usage des injures et de tournures de langages autres que celles du canon universitaire) au cours d’un incidentWhyte William Foote, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), 329 p.. La question du langage a son importance. Les traducteurs du livre de Whyte ont été confrontés à ce que, le chercheur qui a consulté les matériaux bruts de l’étude, Suzie Guth, a qualifié « d’autocensure de l’auteur, tant de la langue que de certains sujets, comme les filles, le sexe, les aventures féminines » ; en effet, « Paillardises et mots obscènes, jurons et blasphèmes composent le code de la virilité entre les gars de la rue et les gars du racket »Suzie Guth, « Avertissement » in Whyte William Foote, Street corner society, la structure sociale d’un quartier italo-américain, Paris : La Découverte, collection Textes à l’appui, 1995 (traduction de l’américain, : 1943), .. Il semble donc que Whyte ait pris aussi du recul vis-à-vis de la communauté universitaire comme pour proposer sa « traduction » du milieu dans lequel il a vécu.