La transmission des ordres dans la marine à voile, c'est-à-dire aux différentes composantes d'une Armée Navale est un problème de première importance pour son commandant. Des manœuvres de plus en plus complexes et la présence de flottes de plus en plus nombreuses va imposer l'utilisation de systèmes très élaborés de transmission des ordres. vignette|Utilisation de pavillons en tête de mât pour donner des ordres Regardons en détail ce tableau : Le vaisseau qui est au centre est le « Royal George », navire amiral de Hawke. On le sait par le pavillon bleu qui est en tête du grand mât qui indique le vaisseau amiral (pourquoi bleu ? Parce que Hawke est amiral de l'escadre bleue. Les amiraux britanniques sont classés dans trois escadres fictives, la bleue, puis la blanche et enfin la rouge. Au gré de leur avancement de carrière, ils passent de l'une à l'autre). En haut du mât de misaine, on a deux pavillons. Ils montrent les ordres donnés par l'amiral. Celui du haut avec la croix rouge est celui qui a ordonné aux sept premiers vaisseaux de se placer en ligne de front pour rattraper l'escadre française. En dessous, le pavillon rouge est celui qui ordonne « chasse générale » . Battle of Quiberon Bay, 1759 (N. Pocock, 1812). Au cours du , vont apparaître . Les signaux sont faits, de jour, avec des pavillons dont la forme, le motif ou l'emplacement, indiquent la référence à un ordre, dont le libellé exact est à rechercher dans un ouvrage imprimé et distribué au préalable par le commandant en chef à tous ses capitaines.

Dans un premier temps, les signaux sont définis par l'amiral. Chacun d'eux renvoie à un article de la liste des ordres qu'il a prévu. Au fil du temps, les besoins liés à la direction des flottes vont conduire à augmenter le nombre de signaux. La complexification croissante en résultant va mener à la création de codes numériques désignant une lettre, un mot, une phrase voire un ordre complet, et ne réclamant l'usage que de quelques pavillons. Ce système de transmission des ordres ne s'effacera qu'avec l'apparition de la radiotélégraphie.

La nuit, les signaux sont visuels ou sonores, effectués par l'intermédiaire de lanternes, de trompettes ou de coups de canons. Il en est de même en cas de brume.

Le besoin Jusqu'au , le besoin de diriger les armées navales est peu criant. D'abord par le nombre de navires à diriger, ensuite par l'absence de manœuvres sophistiquées. La tactique est de se rapprocher de l'ennemi pour le combattre en mêlée.

Le développement de l'artillerie, puis l'augmentation des effectifs engagés, va développer le besoin de contrôler les mouvements des navires, de diriger leurs actions.

Dans un premier temps, les ordres de mouvements se bornent à devoir imiter ceux du navire amiral. Dans un second temps, l'organisation en plusieurs corps, comme une armée terrestre, et le besoin de leur adresser des ordres particuliers, va conduire à développer des procédures de plus en plus précises en utilisant des moyens assez rudimentaires.

Les moyens disponibles Le porte-voix vignette|Utilisation d'un porte-voix, en 2006, sur l'. Une personne crie du bateau voisin les ordres à transmettre. Son principal avantage est de ne nécessiter aucun outil technologique. Il faut par contre que les deux interlocuteurs soient proches l'un de l'autre.

Exemples d'utilisation: transmission des ordres, contrôle à distance, communication avec une unité à proximité.

Le messager On utilise un bateau servant à transmettre les messages d'un navire à l'autre. On utilise notamment ce moyen pour augmenter la portée à laquelle on peut envoyer les messages (notamment avec les porte-voix). Exemples de navires messagers : Le canot. On se bornera à donner un exemple. Il est tiré des mémoires du marquis de Villette-Mursay, à la bataille de La Hougue (1692). Philippe de Villette-Mursay, « Mes campagnes de mer sous Louis XIV », 1991, Paris, Tallandier, , page 211. La corvette. .

Messages visuels Le mouvement extraordinaire Il s'agit, dans ce cas d'effectuer une manœuvre sortant de l'ordinaire et devant attirer l'attention de celui auquel est destinée l'information. L'avantage est d'être visible à grande distance (par exemple, un mouvement de voile : de par la taille celle-ci sera plus visible qu'un pavillon bien plus petit) ; l'inconvénient réside dans le nombre limité de mouvements possibles et donc de messages pouvant être passés.

Pour donner un exemple, le 20 novembre 1759, l'escadre anglaise est à la recherche de l'escadre française, dans les parages de Belle-Île. Le signal convenu en cas de découverte par les navires éclaireurs est de laisser faséyer les voiles de perroquet. C'est ce que fera la frégate HMS Maidstone à 8 heures 30, déclenchant l'action qui aboutira à la défaite française des Cardinaux .

Le pavillon vignette|Fin du message de Nelson à Trafalgar.

Les pavillons sont de grande taille, de différentes formes. À côté des pavillons carrés, on trouve des flammes, des pennonsAppelés aussi « guidons », ce sont des pavillons terminés par une double pointe. voire, chez les Britanniques, des flammes nouées en leur milieu.

Pour flotter au mieux dans le vent, les pavillons sont faits en toile légère (étamine).

Le fanal Instrument privilégié pour la transmission des ordres pendant la nuit, le fanal est une grosse lanterne que l'on accroche à tel ou tel endroit du gréement. L'emplacement et le nombre des fanaux arborés font référence à un ordre.

Si, dans un premier temps, le fanal ne sert qu'à protéger un flambeau, l'utilisation de plaque de mica, puis de verre coloré, vont permettre d'augmenter la diversité des feux et, partant, la quantité d'ordres possibles. Selon Jean Boudriot, le fanal à signaux est garni d'une bougie, de cire jaune, d'une livre de poidsPour donner un élément de comparaison, le fanal utilisé pour un combat de nuit est garni, lui, d'une bougie de cire jaune ou de suif d'un poids d'un quart de livre.J. Boudriot, op. cit., tome II, chapitre XI, page 175..

La fusée et le feu de Bengale Le feu de Bengale ou « faux feu » (appelé aussi « feu d'amorce » chez les Français) Ce dispositif se compose d'une planchette au long de laquelle est creusée une gouttière, avec une cavité à son extrémité. La poudre est répandue dans la cavité et la gouttière. L'inflammation .

Une composition, anglaise, comprend une livre de poudre pour 6 onces de farine.. Vers la fin du , des feux de couleur bleue sont utilisés. Ils sont fabriqués avec 7 livres de salpêtre, 1 livre douze onces de soufre et 8 onces de bleu d'orpiment.

La « fusée volante » Elle se compose d'un cylindre en carton, garni d'un mélange d'artifice, et surmonté d'un pétard. La fusée est fixée sur une tige longue de 5 pieds (1.60 mètre environ).

Un vaisseau de 74 canons en embarque 4 caisses de 36. Il y en a de plusieurs types comme les « fusées en étoiles », les « fusées en pluie » et les « fusées en sarmentaux ».

Elles sont tirées à l'aide d'un chevalet composé de deux tringles, permettant de régler l'angle de tir. Généralement, cela est fait du gaillard d'arrière.

Messages sonores vignette|Le coup de canon, Willem van de Velde le Jeune, 1707 (Rijksmuseum). On utilise différents instruments pour transmettre un message. Chaque marine ayant ses préférences. On trouve comme outils utilisés : Le tambour et le clairon (plutôt chez les Français). Le canon et le mousquet. La cloche (plutôt chez les français) et la corne de brume. Un message pourra ainsi être codé par le nombre de notes produites ou leur fréquence, par exemple.

Le ou les coups de canons peuvent être partie intégrante de l'ordre transmis, ou servir à appuyer l'ordre. Son emploi est cependant aléatoire en cas de combat. Cela se vérifiera, entre autres, lors du combat des Cardinaux. Il est aussi prévu deux significations possibles, selon que les coups de canons sont tirés à intervalle court ou long.

Le code complexe Il s'agit des ordres qui sont transmis en faisant appel à plusieurs modes de transmission en même temps. Un exemple peut être pris dans l'utilisation de coups de canons associés à l'envoi de pavillons ou de fanaux.

Le Scott Il s'agit du code morse habituellement utilisé en radiotélégraphie, transmis par signaux lumineuxNécessitant une alimentation électrique, ceci ne concerne que l'extrême fin de la période considérée dans cet article..

Le projecteur C'est l'outil électrique directionnel (donc discret car il n'est visible que du navire vers lequel le projecteur est dirigé) qui permet de transmettre les signaux lumineux du code morse dont la procédure lumineuse s'appelle le Scott. Les messages en Scott peuvent être aussi transmis en FVTH (Feu Visible sur Tout l'Horizon). Ce moyen de transmission optique en bout de vergue est plus rapide car il dessert plusieurs destinataires en même temps, mais moins discret car il peut être intercepté par tout navire à proximité.

Procédures utilisées alt=page détaillant des signaux imaginés par le chevalier du Pavillon 1778|vignette|Système de M. le chevalier Du pavillon (1778) Chaque marine a ses procédures propres mais qui sont en fait des variantes d'un même système de signalisation.

Composer le message Dans chaque marine, la mise en œuvre est similaire. Sur la dunette, lieu où se tient le commandant, se trouve une petite armoire dans les casiers de laquelle sont rangés les pavillons. Un des officiers est chargé des signaux (observer, traduire ou envoyer) ; il est assisté par quelques matelots pour préparer et envoyer les signaux qui sont préparés à l'avance. Selon les méthodes utilisées, les pavillons sont envoyés en tête de mât ou sur tout autre emplacement désigné.

Diffuser le message L'endroit où sont arborés les pavillons a aussi varié au cours du temps. Dans un premier temps, le petit nombre de pavillons disponibles avait pour conséquence que l'endroit où était arboré le pavillon avait aussi une signification. Selon l'endroit où est arboré le pavillon, le message est différent. Pour donner un exemple, chez les britanniques dans les dernières années du , l'Union Jack hissé en haut du mat d'artimon du navire amiral voulait dire : « le capitaine doit venir à bord du navire amiral ». Le même pavillon, arboré à la corne d'artimon, doit, lui, être compris comme indiquant la tenue d'une cour martiale sur le navire. Pour donner un autre exemple, les signaux prévus par M. de Tourville, dans son code de 1693, donnent un pavillon à deux bandes, blanche sur rougePage 10, verso, du fac-similé édité en 2004 par le SHM et les Éditions du Gerfaut.. Arboré en tête du grand mât, cela voudra dire : « mettre les vaisseaux de l'escadre blanche à leur poste et dans l'ordre qu'il faut »À cette époque,une armée navale est, traditionnellement, organisée en 3 escadres. L'escadre « blanche et bleue » est en tête ; la « bleue », à l'arrière ; la « blanche », celle de l'amiral, étant au centre de la ligne de bataille.. Arboré en tête du mat de misaine, la signification en sera : « mettre les vaisseaux de l'escadre blanche et bleue à leur poste et dans l'ordre qu'il faut ».

Actions postérieures à la diffusion Pour s'assurer de la bonne visibilité des signaux émis, ceux-ci sont répétés par d'autres navires. Les usages varient selon les pays et selon les époques. Par exemple, les commandants de chaque division sont chargés de répéter les signaux envoyés par le vaisseau amiral. Le système qui finira par être le plus utilisé sera celui des frégates répétitrices. Celles-ci sont placées en dehors de la ligne de bataille, si possible au vent de celle-ci afin de ne pas être génées par la fumée de la canonnade. Elle arbore à l'identique tous les signaux faits par le navire amiral.