Lhistoire du char d'assaut, regroupe l'histoire de l'ensemble des véhicules destinés à avancer sous le feu ennemi tout en restant protégé.
Origines thumb|Vue intérieure du char de Léonard de Vinci.
Le principe de la guerre blindée peut être rapprochée des tentatives de protéger les soldats des projectiles ennemis qui existent depuis l'Antiquité. L'Antiquité et le Moyen Âge : tours de siège et chariots renforcés thumb|left|Tour de siège Hélépole, 4e siècle av. J_C., Grèce (maquette). Les Grecs construisent dès le des tours de siège appelées hélépoles.
Les Assyriens utilisent des protections mobiles pour leurs archers.
Les Romains disposent de tours mobiles protégées par des boucliers, se déplaçant sur des roues et munies de catapultes.
En Allemagne, le maître d'armes allemand Hans Talhoffer décrit dans un manuscrit écrit en 1459 une machine de guerre. Doté d'un moyen de propulsion inconnu, il est censé être équipé de lames mobiles sur les côtés, d’un habitacle recouvert de plaques et pourvu de lances et de couleuvrines. Les projectiles sont supposées être des charges explosives assimilables à des shrapnels. Son aspect lui vaut le surnom « d’écrevisse ».
Léonard de Vinci imagine des machines capables de franchir les rangs ennemis, tout en ouvrant la route à l'infanterie. Il dessine des tourelles blindées sur roues dont la principale caractéristique est de ne pouvoir avancer. Entre le blindage, l'artillerie embarquée et les munitions, on atteint un poids colossal que ne peuvent déplacer ni les manivelles à main censées faire tourner les roues, ni même les chevaux censés entrer dans la machine. Ces chars ne sont donc rien d'autre qu'un jeu de l'esprit.
D'autres projets sont envisagés. Mariano di Jacopo rédige un traité sur l'Art de la guerre où il imagine ainsi un char à deux roues capable de percer et de désordonner les lignes ennemies.
Anticipation (optimiste) par Herbert George Wells vignette|Illustration des vaisseaux terrestre présentés dans la nouvelle The Land Ironclads. L'auteur de science-fiction britannique H. G. Wells publie en 1903 dans la revue The Strand Magazine une nouvelle intitulée Les Cuirassés de terre. Il y décrit une armée de nationalité inconnue disposant d'immenses véhicules blindés servis par les soldats. Wells donne un certain nombre de détails techniques qui s'inspirent des réalisations d'un inventeur nommé , qui avait inventé une roue déformable équipée de pieds articulés, système nommé . gauche|vignette|Dessin d'une roue Pedrail montant un escalier.
.
.
Révolution industrielle L'apparition du moteur à explosion permet de transporter un engin blindé plus facilement qu'avec des chevaux. L'une des premières traces d'utilisation d'un véhicule à moteur blindé a lieu pendant la guerre de Crimée en .
Projet Levavasseur En 1903, le capitaine français Léon René Levavasseur (1860-1942) du d'artillerie. propose au Comité général d'artillerie un projet de canon autopropulseur.
Ce est resté dans les mémoires sous le nom de . Il propose : d'établir une pièce de campagne automobile susceptible de parcourir tous les terrains accessibles aux voitures attelées et qui assure au personnel et aux organes de mouvement une protection complète contre le tir fusant et la balle d'Infanterie ;droite|300px la mobilité nécessaire à ce projet est obtenue, dans le projet dont il s'agit, par l'emploi d'un dispositif équivalent à des roues de très grand diamètre.
Soumis au Comité général d'Artillerie où il fut étudié pendant deux ans, le projet Levavasseur ne fut pas retenu, le comité jugeant la traction automobile moins fiable que la traction hippomobile.
Le capitaine Levavasseur ré-étudia son projet et revient à la charge en 1908 où le projet fut à nouveau rejeté. Cependant, en 1916, le char Saint Chamond présentait beaucoup de similitudes avec le projet Levavasseur.
Autres projets Benjamin Holt, de la de Stockton, en Californie, a été le premier à déposer un brevet américain pour un tracteur à chenilles en état de marche en .
Soumise en à l'armée austro-hongroise et publiée en dans une revue allemande, la proposition du lieutenant autrichien mérite une attention particulière. Sous le nom trompeur de c'est en effet un véritable char., avec canon de sous tourelle qu'il avait imaginé. Le char Burstyn s'apparentait plus au Renault FT de 1917 qu'aux premiers chars casemates britanniques ou, en France, aux chars Schneider ou Saint-Chamond.
En , un inventeur civil australien, présenta au Ministère britannique de la Guerre le projet d’un engin blindé à chenilles qui pouvait transporter des soldats à travers les tranchées et les barbelés sans craindre les tirs des mitrailleuses. Le projet de cet ingénieur arrivait au bon moment : il fut pourtant rejeté.
Pendant la seconde guerre des Boers, les Britanniques utilisèrent pour la première fois le blindage pour protéger leurs trains. Dans certaines exploitations agricoles américaines, des tracteurs à chenilles rendaient de précieux services.
La mise en œuvre stratégique des chars d'assaut fut lente au cours de la Première Guerre mondiale mais aussi après le conflit. Cela peut s'expliquer à cause de plusieurs paramètres :
les limitations techniques de l'époque empêchaient la mise de chars fiables et efficaces ; le prestige de la cavalerie à cheval empêchaient les officiers à abandonner leur rôle à des unités mécanisées ;
Première Guerre mondiale
Les combats de la Première Guerre mondiale provoque un regain d'intérêt pour les chars. Leur utilisation visait des buts différents :
sur le front occidental, le but était de pouvoir briser la nature statique de la guerre de tranchées, qui s'était imposée à la fin de 1914 à cause de la puissance de feu acquise par les différentes armées en conflit à ce moment et qui empêchait toute progression. ; sur le front moyen-oriental, le but était de pouvoir patrouiller le long du canal de Suez, mais aussi de protéger les installations des tribus locales fidèles au pouvoir ottoman et de récupérer les pilotes tombés derrière les lignes ennemies..
Premiers projets Le 25 août 1914, le colonel Estienne, futur "père du char d'assaut" français, déclare aux officiers de son régiment : « Messieurs, la victoire appartiendra dans cette guerre à celui des deux belligérants qui parviendra le premier à placer un canon de 75 sur une voiture capable de se mouvoir en tout terrain. »
Si les armées disposaient déjà d'automitrailleuses, elles ne pouvaient pas traverser le terrain accidenté du no man's land. De nouveaux projets furent mis en chantier pour pallier ce problème.
En , le colonel Ernest Dunlop Swinton de la British Army, soumet la proposition aux autorités militaires britanniques de la création d'un engin armé, blindé et à chenilles. C'est en que le Premier Lord de l’Amirauté, Winston Churchill, soutient le projet. La conception en est confiée à Walter Gordon Wilson, de la Royal Naval Armoured Car Division, avec l’aide de l’ingénieur agricole William Tritton, directeur de la William Foster & Co Ltd, une entreprise de Lincoln. Ernest Swinton se voit confier la responsabilité des premières unités. Ce dernier les rebaptise pour faire croire que le Royaume-Uni produisait des réservoirs d’eau autotractés à destination de la Mésopotamie.. Un premier prototype effectue ces essais le .
Les premiers chars étaient basés sur des châssis de tracteurs à roue ou à chenilles. C'est par exemple le cas du char Schneider CA1, basé sur le tracteur Holt de Caterpillar.
C'est fin 1915 et début 1916 que qu'ont lieu les premiers essais de tracteurs Baby Holt modifiés pour le franchissement de tranchées, à Vincennes, sous l'égide du général Mourret. Le développement du Tracteur B par le sous-lieutenant Charles Fouché et sa caisse "navale" en bois est à la base du Schneider CA. Mais les projets continuent jusqu'à la fin de la guerre, notamment chez Schneider, St Chamond et FCM, sous l'impulsion du colonel Estienne.
Le colonel Estienne est un des premiers à avoir une vision globale des « cuirassés » terrestres, dont il précise les caractéristiques et l’emploi opérationnel en . Le , Schneider obtient un contrat de . En parallèle, le directeur du Service automobile lance l’étude d’un « cuirassé » plus performant et notifie, le , une commande de 400 à la Forges et aciéries de la Marine et d’Homécourt. Le , Louis Renault, qu'Estienne avait contacté et qui avait d'abord rejetté l'idée, l'informe de sa décision de développer un char léger. Après les essais du démonstrateur, Estienne demande la livraison de légers armés de mitrailleuses. La commande d’un prototype sera suivie, le , d’une autre de 150 Renault « FT » qui sera portée à en .
Utilisation au combat
Front occidental thumb|Premier char de l'armée britannique, le Mark I, utilisé pour la première fois au cours de la Bataille de la Somme ().
. thumb|left|Schneider CA 1 au Musée des Blindés. thumb|Premier char de l'armée française Char Schneider CA1 (16 avril 1917). thumb|left|Char Saint-Chamond “Fleur D’ Amour”. vignette|droite|Renault FT équipant l'armée américaine (). vignette|Mark IV (1917) exposé au Musée royal de l'Armée, à Bruxelles. Dernier exemplaire ayant gardé sa couleur d'origine. thumb|Vidéo de chars de la Grande Guerre appuyant les alliés à Langres en France (1918).
L'utilisation de chars le à Flers dans la Somme provoque la surprise générale, mais n'est pas concluante. L'engin présente de nombreuses défaillances techniques et s'enlise fréquemment. Malgré cela, le Mark reste un atout. Il a un important impact dissuasif sur l’ennemi. Les soldats allemands sont confrontés pour la première fois à une arme en apparence invincible.
Mais leur apport n'est pas jugé décisif à l’issue des combats. En outre leur performance vue comme décevante ne fait qu’accroître le mépris des officiers conservateurs.
Churchill a déclaré au sujet de cet engagement : « Mes pauvres Land Ships ont été lâchés prématurément et à une échelle trop médiocre, il y avait pourtant une vraie victoire derrière cette idée ».
Swinton fut démis de ses fonctions de chef des unités de blindés britanniques. Après la Somme, le ministère de la Guerre essaya d’annuler une commande de blindés et quand certains d’entre eux s’envasèrent dans les marais de Passchendaele, il en profita pour baisser la production de .
« Au lieu de mettre en doute son propre jugement, commenta l’historien militaire britannique sir Basil Liddell Hart, l’état-major perdit progressivement toute confiance dans les tanks. »
Le modèle Mark n'est cependant pas abandonné, et ce n'est qu'avec son quatrième modèle, le Mark , en 1917, que l'utilisation d'un char britannique est enfin réellement décisive. Grandement amélioré, le Mark IV est utilisé pour la première fois massivement lors de la bataille de Cambrai, où il parvient à percer les lignes allemandes réputées imprenables. À partir de là, le char s’impose comme un élément essentiel et décisif dans la guerre moderne.
De manière tout à fait indépendante, les Français, sous la conduite de Jean Estienne, devenu général, développaient leurs propres versions d’un engin blindé, le char Schneider CA1 testé en , puis le char Saint-Chamond.
Quand l’engin idéal fut enfin mis au point, sa production démarra. L’idée était d’utiliser en masse ces blindés pour provoquer un coup de théâtre militaire.