Théophane ou Jean-Théophane Vénard, né le à Saint-Loup-sur-Thouet et mort le à Hanoï, est un prêtre des Missions étrangères de Paris. Missionnaire au Tonkin, il y est condamné à mort et exécuté. Il est par la suite déclaré bienheureux, puis saint, par l'Église catholique.

Après ses études, il entre au séminaire et décide de devenir prêtre missionnaire au sein des Missions étrangères de Paris. Ordonné prêtre en 1852, il est envoyé en Chine comme missionnaire. Après un long voyage de plus de sept mois, il arrive à Hong Kong, porte d'entrée de la Chine. Après avoir attendu son affectation, il est finalement nommé au Tonkin, la partie nord de l'actuel Viêt Nam.

Entré clandestinement au Tonkin en 1854, il apprend le vietnamien et se met au service de son évêque. La situation est alors difficile pour les chrétiens et les persécutions sont intenses contre eux. Il se réfugie dans des grottes ou des cachettes, protégé par des villageois chrétiens. Il y traduit des épîtres en vietnamien et est nommé supérieur du séminaire. En 1860, il est dénoncé par un villageois et capturé, puis exécuté l'année suivante par décapitation.

Les nombreuses lettres qu'il a écrites tout au long de sa vie, et notamment pendant sa période missionnaire, sont recueillies et publiées par son frère Eusèbe après sa mort. Elles font grande impression en France. Thérèse de Lisieux le considère comme un saint qui lui ressemble, affirmant à la lecture de ses écrits : , et contribuant à en faire, pour les catholiques, l'un des martyrs les plus populaires du . De nombreuses similitudes existent entre la spiritualité de Théophane Vénard et celle de Thérèse de Lisieux, tant dans la recherche de la petitesse spirituelle que sur la vision de la mission.

Le procès en béatification de Théophane Vénard s'ouvre peu après sa mort. Il est béatifié en 1909, puis canonisé en 1988 par Jean-Paul II. Il est commémoré le selon le Martyrologe romain et le avec les Martyrs du Viêt-Nam.

Biographie Enfance et études secondaires thumb|upright|alt=La maison natale de Théophane Vénard à Saint-Loup-sur-Thouet, Saint-Loup-Lamairé, Deux-Sèvres, France|La maison natale de Théophane Vénard à Saint-Loup-sur-Thouet, Saint-Loup-Lamairé, Deux-Sèvres, France. Théophane Vénard naît le à Saint-Loup-sur-Thouet. Fils d'un instituteur très pieux qui le fait baptiser Jean-Théophane, il est le deuxième de quatre enfants : il a une sœur aînée, Mélanie, et deux frères cadets, Eusèbe et Henri.. Il manifeste sa volonté de devenir missionnaire et martyr pour la première fois à l'âge de neuf ans : "Moi aussi je veux aller au Tonkin, moi aussi je veux être martyr", ceci à la lecture du martyre de Jean-Charles Cornay dans la revue Annales de la propagation de la foi qui décrit la vie des missionnaires en Asie.. Ce désir ne se manifeste plus durant les dix années qui suivent.

Il poursuit ses études à cinquante kilomètres du village, au collège de Doué-la-Fontaine dont il devient pensionnaire en 1841.. L'éloignement de sa famille est difficile pour l'enfant qui parle d'exil. Néanmoins, il décrit dans ses lettres à sa sœur Mélanie ses activités religieuses : la récitation du chapelet, les dons qu'il fait pour l'œuvre de la Propagation de la foi. C'est un bon élève, mais ses professeurs remarquent son humeur inégale, avec des signes d'irascibilité..

Il apprend qu'il peut faire sa première communion le jeudi et écrit à ses parents qu'il fait des efforts afin d'obtenir les prix d'excellence.. Au début de l'année 1843, il apprend la mort de sa mère, de santé fragile. Cet événement marque le début d'une relation très profonde avec sa sœur Mélanie. Son frère cadet Henri devient à son tour pensionnaire à Doué, mais Théophane est très déçu par son manque de piété. En raison des difficultés financières rencontrées par la famille, son père lui demande de ne pas revenir en vacances à la maison afin de faire des économies..

Le , Théophane, âgé de , émet des doutes sur sa vocation. Il traverse une crise, qui semble à bien des égards une crise face à la grandeur qu'il conçoit de la vocation : .. Malgré ses doutes, il poursuit ses études vers le séminaire.

Séminaires Petit séminaire de Montmorillon et Grand séminaire thumb|right|alt=Vue du séminaire des Missions étrangères de Paris, vaste édifice avec jardin|Vue du séminaire des Missions étrangères de Paris. Théophane Vénard entre au petit séminaire de Montmorillon. Il se montre heureux, et bon élève comme avant, mais se révolte contre le manque de liberté et d'autonomie qui règne dans la discipline du petit séminaire : Il écrit de longues lettres à son frère Eusèbe, qui veut lui aussi devenir prêtre, et se met au théâtre en interprétant des rôles comiques.

En 1848, il entre enfin au grand séminaire de Poitiers. Il porte la soutane, bénéficie d'une chambre personnelle et semble très heureux, comme il l'écrit à sa sœur : Théophane se passionne pour ses études : il apprend le grec et l'hébreu, obtient d'excellents résultats, et son comportement ne montre plus aucun signe d'irrégularité ou d'irascibilité comme au collège..

Durant cette période, il mentionne de plus en plus fréquemment des missionnaires ou des séminaristes des Missions étrangères de Paris dans sa correspondance avec sa famille.. Cet intérêt discret pour les Missions étrangères de Paris est une manière pour Théophane de préparer sa famille à son entrée dans cette société, à une époque où la vocation de missionnaire est très difficile et périlleuse, entre les voyages en bateau et les persécutions contre les chrétiens. Vouloir entrer aux Missions étrangères de Paris est alors un acte d'engagement difficile à accepter pour les familles. Durant les vacances de 1850, il retourne auprès de sa famille et prévient secrètement sa sœur Mélanie de ses intentions, lui faisant garder le secret. Le , il est ordonné sous-diacre et obtient de son évêque, Louis-Édouard Pie, l'autorisation de quitter le diocèse de Poitiers pour se rendre au séminaire des Missions étrangères. Ce n'est que le qu'il écrit une longue lettre à son père pour lui demander sa bénédiction afin de devenir missionnaire..

Séminaire des Missions étrangères de Paris Théophane Vénard entre au séminaire des Missions étrangères de Paris le , sous la direction du Père François Albrand, et prend à cette occasion le train pour la première fois.. Il écrit à sa sœur dès le pour dire son émerveillement à sa famille, et prend un daguerréotype à leur intention.. Il se lie d'amitié avec Joseph Theurel, son futur évêque, et Dallet, futur missionnaire en Inde : tous trois partagent une même recherche de la perfection. Il s'intéresse à la modernité et se passionne pour la physique, l'histoire naturelle ou la géographie, mais se montre sévère à l'égard du courant romantique, qu'il trouve absurde.. Par ailleurs, il écrit de nombreuses lettres à sa famille ou ses amis et développe un véritable talent d'épistolier.

Pendant ce temps, la situation à Paris est tendue, à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851 ; les premières barricades apparaissent le 4. Il rassure ses proches et montre une conception sociale affirmée dans une de ses lettres : Au référendum du , il fait son devoir de citoyen en votant, même s'il n'est pas certain du bienfait de son vote :

Au sein des Missions étrangères de Paris, il se montre très actif et cumule rapidement les charges d'organiste, de sacristain et de balayeur en chef. Il est ordonné diacre le . Le besoin en missionnaires accélère les choses : il demande à son évêque une dispense pour son ordination sacerdotale afin de pouvoir partir pour la Chine, dispense qui lui est accordée. Il est ordonné prêtre le samedi par Marie Dominique Auguste Sibour à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Il tombe gravement malade pendant près de trois semaines, sans doute de la fièvre typhoïde, et guérit..

Le suivant, l'annonce est officielle : il est envoyé en mission en Chine. Même s'il se montre très heureux, il aurait préféré le Tonkin, lieu du martyre de Jean-Charles Cornay qu'il vénère tout particulièrement.. La cérémonie du départ a lieu le à l'oratoire des Missions étrangères de Paris.

Voyages et escales Voyage pour l'Asie Le , Théophane Vénard part pour Anvers avec quatre autres missionnaires des Missions étrangères de Paris, dont Lavigne et Joseph Theurel. Leur navire, le Philotaxe, quitte Anvers le , mais doit faire escale à Plymouth en raison d'une avarie causée par une tempête en mer du Nord.. Il écrit régulièrement à sa famille pour lui décrire son voyage. Il passe par le Cap de Bonne-Espérance, et arrive à Madagascar pour Noël.. Le bateau prend ensuite la direction du détroit de la Sonde, dans les Indes orientales néerlandaises. C'est l'occasion pour les missionnaires de découvrir la chaleur tropicale, et d'avoir leurs premières rencontres avec des Asiatiques lors d'une halte à Java.. Ils arrivent à Singapour après un voyage de près de cinq mois.

À Singapour, les missionnaires se séparent : deux d'entre eux prennent la route du Cambodge, tandis que Théophane Vénard, Theurel et Lavigne partent pour la Chine.. Ils embarquent sur un nouveau navire, l'Alice-Maud, puis rejoignent Hong Kong en jonque après une traversée assez difficile. Ils y arrivent le , après plus de sept mois en mer.

Hong Kong

À Hong Kong, Théophane Vénard attend son affectation en Chine. Il est attristé de n'avoir reçu aucune lettre et se met à étudier le chinois. L'étude de la langue lui est très difficile : , écrit-il. Il lui faut également endurer les fortes chaleurs de Hong Kong, qui fragilisent sa santé.. Il attend encore lorsque son ami Theurel rejoint le Tonkin, et indique aux supérieurs des Missions étrangères de Paris son envie de partir en mission, alors même que l'envoi de Théophane en Chine est suspendu pour des raisons de prudence.. Lavigne, l'autre compagnon de route de Théophane Vénard, retourne finalement en France en raison de problèmes de santé.. Théophane entretient aussi une correspondance avec son ami Dallet, missionnaire en Inde, qui lui fait part de son découragement.

Après plus de quatorze mois d'attente, un nouvel ordre arrive des Missions étrangères de Paris : celui de partir pour le . Théophane écrit à sa famille et à ses amis sa joie de partir pour le Tonkin, et à son ami Dallet sa joie de partir sur cette terre des martyrs :

Le , il embarque avec un ami, Legrand de La Liraÿe, sur une jonque de contrebandier chinois et aborde le Tonkin par la baie de Hạ Long.. Le jour de son départ pour le Tonkin, il apprend que Jean-Louis Bonnard, un membre des Missions étrangères de Paris, a été exécuté par décapitation dans la province de Nam Định, un an après la mort d'Augustin Schoeffler.

Missionnaire

Entrée clandestine thumb|center|upright=3.2|alt=Les chaînes karstiques de la baie de Hạ Long, par où Théophane Vénard est passé pour se rendre au Tonkin|Les chaînes karstiques de la baie de Hạ Long, par lesquelles Théophane Vénard est passé pour se rendre au Tonkin. thumb|right|alt=Exemple de palanquin dans lequel Théophane se cachait pour traverser des villages|Exemple de Palanquin dans lequel Théophane se cachait pour traverser des villages. Le voyage de Théophane Vénard pour le Tonkin se fait clandestinement : lui et son compagnon Legrand de La Liraÿe se cachent à partir de l'entrée au Tonkin, afin d'éviter les contrôles dans un pays où les chrétiens sont persécutés.. L'édit de l'empereur du Viêt Nam Tự Đức condamne toute entrée de prêtre dans les territoires du Tonkin : . L'empereur semble vouloir mener la même politique envers les chrétiens que son grand-père l'empereur Minh Mạng, c'est-à-dire une persécution à outrance se traduisant par la condamnation à mort de toute personne se déclarant chrétienne.