Le wallon (autonyme : ) est une langue d'oïl parlée en Belgique, en France, et très résiduellement dans la partie nord-est de l'État américain du WisconsinUniversité du Wisconsin : collection de documents sur l'immigration wallonne au Wisconsin, enregistrements de témoignages oraux en anglais et wallon, 1976 .. Elle est reconnue comme langue régionale endogène par la Communauté française de Belgique, au sein de laquelle elle est la plus importante des langues romanes endogènes en superficie (70 à 75 % de la région wallonne) et en effectifs ( en 1998, en 2018)...
Le wallon fait partie d'un groupe de langues qui comprend le picard, le franc-comtois et le lorrain. Ces langues ont en effet un certain nombre de caractéristiques en commun, dont une influence germanique. Le wallon était la langue la plus parlée en Belgique romane jusqu'à la Première Guerre mondiale. Depuis, son usage dans la vie quotidienne s'est largement réduit au profit du français, qui est devenu la principale langue de la Wallonie.
Langue de la partie romane de l'ancien diocèse de Liège, le wallon se compose de quatre grandes variétés dialectales et d'une forme normalisée. Ses locuteurs peuvent être appelés des Wallons« L'acception linguistique […] respectivement belge et dialectologique » ., mais ce terme se référant avant tout aux habitants de la Wallonie, on lui préfère de plus en plus celui de wallonophone (walon-cåzant ou walon-djåzant en wallon).
Nom
Le nom Wallon est issu du moyen néerlandais Wale (aujourd'hui Waal), continuateur de walh utilisé par les Germains pour désigner les populations celtophones ou romanes, suivi du suffixe -on. Sa plus ancienne trace écrite, d'après les travaux d'Albert Henry, philologue romaniste belge, date de la seconde moitié du dans les Mémoires de Jean, sire de Haynin et de Louvignies où il désigne les populations romanes des Pays-Bas bourguignons. La portée sémantique se réduira encore un peu plus lors de la République et de l'Empire français, le royaume uni des Pays-Bas et l'indépendance belge pour ne plus désigner que les Belges de langue romane. Les recherches en dialectologie durant le vont peu à peu faire la distinction entre les différents dialectes belgo-romans, et restreignent alors dans le domaine linguistique le mot wallon à la langue wallonne stricto sensu.
Histoire
thumb|right|Cette carte représente l'ancien Diocèse de Liège (en jaune) qui a évolué à partir de la Civitas Tungrorum et qui avait probablement les mêmes frontières. La ligne rouge représente la frontière linguistique entre le néerlandais et le français. L'orange représente les frontières nationales modernes. La partie romane du diocèse de Liège coïncide avec les limites de la région de langue wallonne.
Le contexte historique de la formation du wallon est lié à l'extension territoriale du diocèse de Liège. L'ancien diocèse de Liège, en sa partie wallonne (dans le sens de roman), a des limites qui coïncident de manière frappante avec celle du wallon (les archidiocèses de Trèves et de Reims ont laissé leur marque en Belgique avec respectivement le gaumais et champenois, et les diocèses de Cambrai et Tournai avec le picard). L’Atlas linguistique de la Wallonie a bien mis en valeur cette très ancienne trace possible de l’influence des subdivisions de l’Église.
Au seizième siècle, le poète français Pierre de Ronsard décrit dans la seconde préface de son œuvre La Franciade le wallon comme une forme de français archaïque :
Se renseigner sur l'évolution du wallon avant 1600 pose un véritable problème : c'est Le problème de l'ancien wallon, comme l'a appelé Louis Remacle. Non seulement, les rares textes latins « fournissent de-ci de-là un terme roman attestant un changement phonétique, mais les nombreux documents écrits en « langue vulgaire » sont, selon Haust, « écrits en français, et n'est wallon que dans certaines prescriptions et par intermittence». En se basant sur les attestations disponibles, Louis Remacle a montré que, . Le wallon . Au sujet de la datation, il ajoute : . Autrement dit, les dates proposées par Remacle pour les diverses évolutions phonétiques, sont des « dates butoirs » qui, en l'absence d'autres attestations, laissent toute possibilité à une date antérieure, a priori imprécise.
Les environs de l'an 1600 apportent comme une confirmation écrite des évolutions des représentations au cours des siècles antérieurs : c'est à cette époque que s'impose définitivement le système graphique français en pays wallon.. C'est au début du qu'on prend conscience de l'écart entre la langue parlée (le wallon) et la langue écrite (le français), ce qui permet l'émergence d'une littérature wallonne : ces textes relèvent de la para-littérature satirique et bouffonne. Le français était et est resté la seule langue pour les textes formels, officiels, etc.
La langue wallonne reste jusqu'au début du la langue parlée par la majorité de la population de la moitié Est de la Belgique romane car le français y est seulement la langue des lettrés et des classes supérieures. Le bilinguisme wallon-français est alors une réalité, que ce soit dans le monde professionnel ou dans le monde politique. Dans la sidérurgie et à la mine, le wallon est souvent la langue utilisée pour la formation des ouvriers et dans de nombreuses communes, les conseils communaux se font souvent dans les deux langues..
Identification de la langue
La distinction entre les différentes langues régionales de Belgique romane n'a été établie qu'à la fin du par le philologue allemand Altenburg qui précise d'ailleurs que l'aire du wallon ne peut ni se restreindre au liégeois ni s'étendre au picard :
De par cette identification tardive, les autres langues endogènes de la Belgique romane sont quelquefois désignées comme « wallonnes », y compris par leurs propres locuteurs, ce qui peut entraîner une certaine confusion.
Certains linguistes plus contemporains classent cependant l'ensemble du wallon au sein d'un groupe appelé langues d'oïls septentrionales avec le picard, le normand septentrional (voir Ligne Joret) et l'anglo-normand (langue éteinte), alors que le champenois, le lorrain et le bourguignon sont définis comme groupe des langues d'oïls orientales.
Normalisation de la langue
Depuis le début des années 1990, un groupe d'animateurs et d'écrivains de langue wallonne tente de réévaluer le système de transcription Feller. Ce système a été créé par des dialectologues et pour des dialectologues, et ce avant l'apparition de la linguistique moderne, dans le but de protection d'un patrimoine littéraire patoisant ou l'étude dialectologique plutôt que de promotion d'une langue moderne. Ce groupe vise l'établissement d'une norme écrite commune, dans un but symbolique et politique, pour une langue dont les modalités parlées varient de région en région, mais sont inter-compréhensibles. Ce système d'écriture commun et normalisé s'appelle le wallon unifié ou en wallon. La particularité du système est que certaines notations sont communes aux diverses variantes locales, mais se prononcent de manière différente selon l'endroit. Par exemple, la notation (comme dans , « veau ») se prononce à l'ouest et à l'est de la région de langue wallonne, donc respectivement ou en système Feller. Cette nouvelle façon d'écrire n'est néanmoins pas acceptée par tous les wallonophones. Malgré les avantages incontestables du système, il se heurte surtout au fait qu'il est encore ignoré de la plupart des locuteurs et qu'il prend peu en compte les différences régionales au niveau lexical.
Géographie Wallonie dialectale thumb|upright=1.25|Wallonie dialectale.|alt=
Le wallon est parlé dans son aire traditionnelle, que l'on nomme « Wallonie dialectale » ou plus rarement « Wallonie linguistique »Commission « Langue » de l', . Elle regroupe une importante partie de la Belgique romane, plus la Wallonie de France, composée des localités d'Aubrives, Charnois, Chooz, Fépin, Foisches, Fromelennes, Fumay, Givet, Ham-sur-Meuse, Hargnies, Haybes, Hierges, Landrichamps, Montigny-sur-Meuse, Rancennes, Revin, Vireux-Molhain et Vireux-Wallerand, dans les Ardennes françaisesCharles Bruneau, cité dans « La limite méridionale de la Wallonie », dans Enquêtes du Musée de la Vie wallonne, , 4 année, , juillet-décembre 1927, : « Si donc vous tracez une ligne partant de la frontière belge, à l'est du Gué-d'Hossus (laissant ce village en-dehors), coupant la Meuse entre Revin et Anchamps, traversant le plateau entre les Vieux-Moulins d' Hargnies et les Hauts-Buttés pour rejoindre la frontière belge à la hauteur de Louette-Saint-Denis, vous délimiterez très exactement tous les villages wallons du département des Ardennes. ».
Les accents du wallon de l'ensemble des localités de la Wallonie linguistique ont été étudiés notamment par l'Atlas linguistique de la Wallonie et ont été documentées par Philippe Boula de Mareüil dans son atlas sonore des langues régionales, avec les autres points où l'on parle d'autres langues endogènes romanes en Belgique. Tous ces accents du wallon ont été mis à contribution pour l'établissement du wallon unifié ou rfondou walon.
On peut séparer quatre zones dialectales distinctes : le dialecte est-wallon, appelé aussi liégeois, est parlé en province de Liège (sauf en Communauté germanophone et dans les communes de Baelen, Plombières, Welkenraedt et villages avoisinants, où l'on parle le francique ripuaire) ainsi que dans le nord de la province de Luxembourg, dans le Val de Salm et la région d'Ourthe et Aisne. Le domaine du liégeois se subdivise selon ses quatre régions naturelles : l'Ardenne (liégeois ardennais), le Condroz (liégeois condrusien), la Hesbaye (liégeois hesbignon) et le Pays de Herve (liégeois hervien-verviétois) ; le dialecte centre-wallon, appelé aussi namurois, est parlé dans l'est de la province du Brabant wallon, en Hesbaye brabançonne, dans les Ardennes brabançonnes, dans la majeure partie de la province de Namur (excepté la Fagne, l'Ardenne namuroise et le pays champenois), en France dans la botte de Givet ; le dialecte wallo-picard, appelé aussi ouest-wallon improprement<ref group="Note">« On préfère l'appellation de zone wallo-picarde à celle douest-wallon […] autrefois considérée comme principalement wallonne, selon la carte traditionnelle d'A. Maréchal, mais que les travaux de Louis Remacle ont fait plus ou moins basculer du côté picard. » </ref>, est un dialecte de transition entre le picard à l'ouest et le wallon namurois à l'est dont la zone est délimitée par l'ouest de la province du Brabant wallon (autour de Nivelles), dans le Roman Païs, la région de Charleroi, la Thudinie, le sud-ouest de la province de Namur (la Fagne) et par quelques villages du département du Nord (Cousolre) ; le dialecte sud-wallon, appelé aussi wallo-lorrain, est parlé en province de Luxembourg (hors Gaume et arrondissement d'Arlon), dans le sud-est de la province de Namur (Ardenne namuroise) et dans quelques villages du Luxembourg (Doncols, Harlange, Sonlez, Tarchamps, Watrange), où il est maintenant probablement éteint.
Wisconsin
Il existe aussi aux États-Unis une petite zone du Wisconsin, autour de Green Bay, où l'on parle le namuroisE. Colet, Le parler wallon du Wisconsin : aspect phonétiques, lexicaux, morphologiques et syntaxiques, Doctorat, Université catholique de Louvain, 1970. Faculté de philosophie et lettres. en raison d'une émigration assez importante au : à partir de 1850, , provenant pour la plupart des alentours de Gembloux et de Wavre émigrèrent vers le nord de cet État américain, mais la mortalité fut importante à bord des bateaux. La première vague d'immigrants partit de Grez-Doiceau pour s'établir dans l'actuelle localité de Robinsonville-ChampionJ. Ducas, From Grez-Doiceau to Wisconsim, . (aujourd'hui Green Bay, Wisconsin).