L’abbaye de Saint-Maurice est une abbaye territoriale située à Saint-Maurice dans le canton du Valais en Suisse.
Elle a été fondée en 515 par le roi burgonde saint Sigismond à l'emplacement d'un sanctuaire plus ancien abritant les reliques de Maurice d'Agaune, martyr de la légion thébaine au , érigé par Théodore d'Octodure (fin du ), premier évêque connu du Valais. Cette fondation en fait le plus ancien établissement monastique d'Occident chrétien toujours en activité., ayant été occupé en permanence. Situé sur la via Francigena, voie de pèlerinage qui mène au tombeau de saint Pierre à Rome, l'abbaye fait partie des plus importants monastères créés au nord des Alpes durant le haut Moyen Âge.
L'abbaye a joué un rôle majeur dans l'histoire régionale plus loin en Occident. Le premier roi de Bourgogne transjurane, Rodolphe, y fut couronné.
Originellement et jusqu'au , c'est la laus perennis qui s'appliquait. Les moines furent alors remplacés par des chanoines qui adoptèrent la règle de saint Augustin en 1128. C'est, depuis cette date, la congrégation des chanoines réguliers de Saint-Maurice d'Agaune qui est en place dans l'abbaye.
Toponymie Le latin Acaunum, devenu en français Agaune, est issu d'un vocable gaulois signifiant « rocher pointu ». Le site abritait un poste de douane romain, où l'on prélevait une taxe sur toutes les marchandises qui franchissaient cette cluse à l'entrée de la vallée du Rhône.
En raison de l'importance prise par l'établissement religieux établi en 515 en ce lieu, celui-ci a pris progressivement le nom de Saint-Maurice (première attestation en 1003)..
Selon d'autres sources, la localité se serait nommée à l'origine Tarnade, nom d'un château proche dit Castrum Tauredunense par Marius d'Avenches (qui vécut au ). Cet édifice aurait été enseveli par l'éboulement du Mont Taurus en 562 ou 563. En 385 elle prend le nom d'Agaune sur la décision de saint Ambroise lorsqu'il passe par cette localité située sur le trajet de son voyage à Trèves, Agôn désignant la victime que les empereurs immolaient avant d'entreprendre une expédition, à l'exemple de saint Jérome qui parle d'« agones martyrum » pour désigner les combats des martyrs..
Temple romain d'Hygie L'emplacement de l'abbaye fut un lieu consacré dès au moins l'époque romaine. Un autel romain dédié aux nymphes y a été retrouvé à côté de la source elle aussi consacrée aux nymphes. La tradition locale raconte que l'ancienne chapelle de saint Jean l'Évangéliste, qui deviendra l'église de Maurice d'Agaune, était bâtie sur un ancien temple dédié à la déesse Hygie. Toujours est-il que ce lieu sacré restera interdit d'habitations civiles jusqu'au () ; à cette époque le bourg de Saint-Maurice () et l'hôpital Saint-Jacques () se développèrent dans un enclos fermé de murailles séparé du monastère par des terrains cultivés comme il est décrit dans des chartes de 1003 et 1046 ( pour l'un, pour l'autre). La réunion du bourg et du monastère ne débute qu'à partir de 1018, avec les restitutions de , pour être définitive en 1163 lors de l'acquisition par l'abbaye de tous les droits ecclésiastiques des évêques de Sion..
Légende du massacre de la légion thébaine La légende. situe entre 285 et 306 le massacre de la légion thébaine et de ses officiers, tous chrétiens, ordonné par Maximien, empereur romain, au motif qu'ils avaient refusé d'exterminer des chrétiensRevue archéologique de documents et de mémoires relatifs à l'étude des monuments, à la numismatique et à la philologie de l'antiquité et du Moyen Âge.. Cette légende est relatée en premier lieu dans l'histoire de Victor de Marseille écrite à la fin du , puis reprise par saint Eucher, évêque de Lyon vers 435, qui la raconte à l'évêque de Sion Salvius, elle est contée dans l'ouvrage relatant la vie de Romain de Condat et enfin elle est reprise dans l'homélie que saint Avit prononce en 515 à l'occasion de l'inauguration de l'abbaye. Selon Amédée Thierry., cette légion pourrait avoir été formée avec plusieurs corps des armées d'Orient sans emploi et entre autres la , il signale que cette légion nommée « Heureuse » était cantonnée à Thèbes avant d'être transférée à Jérusalem, que trois de ses principaux officiers étaient Mauricius, Exupérius et Candidus, convertis par l'évêque Hyménée, et qu'arrivés à Rome ils s'engagèrent auprès du pape Caïus à ne pas persécuter les chrétiens ; pour Ch. Robert il s'agit de la « » et de la « ». Ces deux légions sont la création de Maximien et Dioclétien lors de leurs campagnes en Afrique du Nord, en effet après avoir soumis les villes de Coptos et de Bousiris, en Égypte ils incorporèrent leurs jeunes hommes dans trois légions : la « », la « » et la « ». C'est Théodore d'Octodure (dit aussi Théodule), premier évêque du Valais à la fin du siégeant à Martigny anciennement Octodurus, qui créa le premier sanctuaire chrétien en 381 en y transférant les restes des martyrs dans une chapelle attribuée à Maurice et ses compagnons massacrés. Ce sanctuaire a été agrandi au .
thumb|Le Greco, Le Martyre de saint Maurice, San Lorenzo de El Escorial, monastère de l'Escurial.
Sous Maximien, qui gouverna la république romaine comme collègue de Dioclétien, une foule de martyrs furent tourmentés ou mis à mort dans presque toutes les provinces. Ce même Maximien, avait appliqué sa fureur impie à anéantir jusqu'au nom chrétien. Si quelques-uns osaient alors pratiquer le culte du vrai Dieu, des troupes de soldats répandues de tous côtés les entraînaient au supplice. Il y avait en ce temps à l'armée une légion de soldats qu'on nommait les Thébéens. La légion était alors un corps qui comptait six mille six cents hommes sous les armes, appelés des régions de l'Orient, ils étaient venus prêter appui à Maximien, ces hommes habiles dans l'art de la guerre, nobles par la valeur, plus nobles encore par la foi, qui rivalisaient de courage pour servir l'empereur, de dévotion pour servir le Christ. Se souvenant, sous les armes, des préceptes de l’Évangile, ils rendaient à Dieu ce qui appartient à Dieu, et restituaient à César ce qui appartient à César. C'est pourquoi, lorsqu'ils apprirent qu'ils devaient avec le reste de l'armée persécuter la multitude des chrétiens, seuls, ils osèrent décliner cette mission inhumaine, et refusèrent d'obtempérer à de pareils ordres. Maximien n'était pas loin : fatigué de la route, il s'était arrêté auprès d'Octodurum. Là, ayant appris que la légion rebelle aux ordres impériaux s'était arrêtée au défilé d'Agaune, l'indignation mit le comble à sa fureur… Dès que Maximien connut la réponse des Thébéens, brûlant d'une aveugle fureur, il ordonna que la légion fût décimée : il espérait que les survivants, épouvantés par la sentence impériale, céderaient à la crainte, et renouvelant ses injonctions, il prescrivit que le reste des Thébéens fût contraint à persécuter les chrétiens. Lorsque cet ordre réitéré parvint aux Thébéens, le camp se remplit de tumulte : les soldats protestaient à grands cris que jamais ils ne s'emploieraient à un ministère aussi sacrilège, qu'ils détesteraient tout jours les idoles profanes, qu'ils avaient embrassé le culte de la divine et sacrée religion, qu'ils adoraient le Dieu unique et éternel, qu'ils aimaient mieux souffrir les derniers supplices que de marcher contre la foi chrétienne. À cette nouvelle, Maximien, plus cruel qu'une bête féroce, cédant de nouveau à ses instincts sanguinaires, ordonna une nouvelle décimation et décréta que les survivants seraient contraints à exécuter ce qu'ils avaient déjà refusé. Ces ordres de nouveau portés au camp, chaque dixième soldat désigné par le sort fut aussitôt séparé de ses compagnons et massacré. Cependant la foule des Thébéens épargnés s'exhortait par de mutuels discours à persister dans une œuvre aussi méritoire. Le plus grand encouragement à la foi dans ces circonstances fut assurément l'exemple donné par saint Maurice : il était alors, dit-on, « » (commandant) et, conjointement avec Exupôre, « » (instructeur militaire), ainsi qu'on l'appelait dans l'armée, et avec Candide, « », il enflammait le zèle de chacun par ses exhortations et prêchait la foi. Maximien, ayant entendu ces paroles, voyant à quel point leurs âmes étaient attachées à la foi du Christ, et désespérant de vaincre leur glorieuse constance, ordonne qu'ils soient tous massacrés, et que la sentence soit exécutée par des détachements de troupes envoyés pour les cerner. Lorsque ces impies, envoyés vers la bienheureuse légion, arrivèrent, ils frappèrent de l'épée ces saints soldats, qui ne refusèrent pas de mourir par amour de la vie. Maximien, ayant entendu ces paroles et désespérant de vaincre leur glorieuse constance, ordonne qu'ils soient tous massacrés, et que la sentence soit exécutée par des détachements de troupes envoyés pour les cerner. Lorsque ces impies, envoyés vers la bienheureuse légion, arrivèrent, ils frappèrent de l'épée ces saints soldats, qui ne refusèrent pas de mourir par amour de la vie. Ils tombaient çà et là sous le glaive, sans murmure, sans résistance ; ils avaient déposé leurs armes, présentant aux persécuteurs leurs têtes, leurs gorges, leurs poitrines découvertes. Leur propre nombre, les armes dont ils étaient pourvus ne les entraînèrent pas à soutenir par le fer la justice de leur cause. La terre fut couverte des corps étendus de ces pieux soldats, des ruisseaux de leur sang précieux coulèrent sur le sol. Les corps des bienheureux martyrs d'Agaune furent révélés, comme on le rapporte, longtemps après le massacre, à saint Théodore, évêque de ce lieu ; et il faisait construire en leur honneur une basilique qui, adossée à un immense rocher, n'était accessible que par un côté.
Vers la fin du une église existe donc déjà sur le site et saint Severin (430-507), parle même d'un monastère dont il fut l'un des premiers abbés.
Édification par saint Sigismond