vignette|upright=2|Vue du lac et de la ville coloniale ; au premier plan le relai hertzien et le jardin botanique. vignette|Rizières en terrasses près la ville de Sa Pa, Vietnam.
Sapa. ou Sa Pa (jadis Chapa) est une ville du Nord-Ouest du Vietnam dans la province de Lào Cai proche de la frontière chinoise, chef-lieu du district du même nom à de Hanoï. Sapa se caractérise par un paysage naturel exceptionnel et la présence de nombreuses minorités ethniques du Vietnam..
Située à mètres d'altitude, la ville domine la vallée de Mường Hoa, dans la chaîne de Hoàng Liên Sơn. Cette vallée est traversée par la rivière Mường Hoa, un affluent du fleuve Rouge (Sông Hồng).
Sa Pa était jadis un lieu isolé, avec des cultures en terrasses mais les autorités coloniales françaises y fondèrent un poste militaire et une mission catholique au tournant du . Une station de montagne y fut ensuite active durant près de cinquante ans.
Sa Pa est désormais un point d'attraction touristique dans la haute région du nord Vietnam. La ville est aujourd'hui menacée par l'afflux important de visiteurs et commence à étouffer sous la pression du tourisme de masse, au risque de voir décliner la culture des ethnies locales.
En 2022, le site des pierres gravées de Sa Pa (les pétroglyphes) est inscrit sur la liste du patrimoine mondial..
Histoire Vers la fin du , avec la mise en service de la ligne ferroviaire reliant Haïphong à Lào Cai, les montagnards de la région de Sa Pa commencèrent à voir arriver divers groupes participant au projet colonial. Il y eut la mise sur pied d’un poste militaire, puis on vit s'ériger une petite agglomération autour d'un établissement sanitaire, le sanatorium militaire, dont la première construction date de 1913. Afin d’établir cette agglomération sur le site le plus favorable, un hameau hmong nommé Sa Pa fut rasé et ses habitants poussés à se fixer plus loin en amont (aujourd'hui Sin Chai). À Sa Pa, le noyau de la nouvelle agglomération civile fut installé, tandis que le camp militaire proprement dit, dont des ruines sont encore visibles aujourd’hui, fut installé lui sur un promontoire à trois kilomètres au nord-ouest. Pour fournir en denrées de première nécessité les militaires et le personnel médical en poste, ainsi que les officiers convalescents, quelques colons français accompagnés de personnel vietnamien se joignirent à ce noyau dès 1909.
Pétroglyphes Philippe Le Failler, maître de conférences à l'École française d'Extrême-Orient, met en évidence une richesse culturelle de Sapa liée à la présence de pétroglyphes... En effet, il décrit que sur les versants de la vallée de Mường Hoa, en contrebas de Sapa, se trouvent plus de (pierres ou roches gravées)... Il associe une partie d’entre eux à de la cartographie gravée..
Station d'altitude vignette|droite| Vue de l'église de Sa Pa. gauche|vignette|Carte des environs de Chapa (Sapa ou Sa Pa) vers 1920. Au cours de la décennie 1910, la notoriété de Sa Pa en tant que station de montagne pour les Français de Hanoï va grandissante. Des douzaines de villas privées ou de fonction furent édifiées durant les trois décennies qui suivirent et bon nombre de Kinh furent amenés sur le site pour travailler à leur construction et pour assurer les services de base. La main-d’œuvre non spécialisée se puisait à même la vaste population montagnarde locale, principalement parmi les Hmong de la demi-douzaine de hameaux situés aux alentours immédiats de la station.
On ne sait pas à quel moment exactement un lieu fut spécifiquement désigné dans le nouveau bourg de Sa Pa même pour accueillir le marché de la région. Il fut installé où se trouve aujourd’hui le marché couvert intérieur, et consistait en une simple halle ouverte sous un toit de tuiles. Dans sa périphérie immédiate poussèrent les quartiers « annamite » et chinois, tandis que les villas coloniales s'installaient tout autour.
Marchés Les observateurs de l'époque rapportent que dès son installation, les montagnards se rendaient au marché une fois la semaine, généralement le week-end, pour y échanger les produits forestiers et fauniques, l’opium brut et le bois de cercueil, contre les ustensiles de cuisine, le sel, le fer pour la forge, l’argent pour l’orfèvrerie et les médicaments, ce tant dans les magasins autorisés pas l'État colonial que sur le marché libre..
L’administration coloniale taxait les marchandises du commerce transfrontalier et veillait aux secteurs étatisés du commerce tels l’alcool, le sel et l’opium. Par l'intermédiaire des boutiques autorisées des Vietnamiens d’origine chinoise Alim et Macca, l’administration achetait la production locale d’opium de même que celle qui était apportée sur les lieux par les caravaniers. Cet opium brut était alors dirigé sur Hanoï et Saïgon où la Régie générale de l’opium de l’Indochine veillait à sa transformation et à sa mise en marché.
Durant toute la durée de la présence française à Sa Pa, soit de la fin du jusqu’à 1950, au moment où les dernières troupes françaises abandonnèrent le site, le marché de Sa Pa poursuivit ses activités. S’ajoutèrent à ce fonctionnement de base, à partir de 1920, deux nouveaux secteurs d’échange économique. Le premier, qui existait déjà, mais à plus petite échelle, consistait à approvisionner la station en produits agricoles et forestiers frais en réponse à la demande locale qui doublait durant la période des vacances d’été, période durant laquelle la population française se rendait à la station civile de Sa Pa pour la saison chaude. L’autre nouveau secteur de commerce, moins important sans doute, consistait à fournir en souvenirs et artéfacts de toutes sortes, en particulier les textiles, les estivants qu’accueillaient la demi-douzaine d’hôtels et les nombreuses villas qui furent érigées durant années d’activité de la station civile. Dès le début des années 1920, les montagnards de Sa Pa furent inclus, au même titre que les attractions naturelles et l’air vivifiant, dans le discours promotionnel pour le tourisme visant la clientèle européenne du delta.
La station d’altitude de Sa Pa connut une fin abrupte qui se produisit juste après la période de développement la plus intense que connut le bourg au début des années 1940. En effet, durant la Deuxième Guerre mondiale, l’impossibilité de rentrer dans la métropole força les colons, marchands et administrateurs français à prendre leurs vacances en Indochine, causant une demande accrue pour les séjours d’été dans toutes les stations d’altitude. Les projets de développement des infrastructures se multiplient, de nouvelles concessions sont accordées pour la construction de villas. La population s’en trouva augmentée d’autant, non seulement l’été avec les estivants plus nombreux, mais également durant le reste de l’année en raison de l’arrivée de centaines de réfugiés fuyant la révolution en Chine.
Victime des conflits Ce second souffle donné à la station s’interrompit brutalement et définitivement avec l'arrivée des Japonais à la suite du coup de force de , aussitôt suivie de l'occupation des forces chinoises républicaines en 1945-1946, deux épisodes violents ayant marqué la mémoire des résidents de Sa Pa. Puis vint la guerre d’indépendance en . Après que les civils et militaires français eurent quitté la station pour se replier sur Hanoï fin 1946 et début 1947, les partisans nationalistes sur place, répondant à l’appel du président Hô Chi Minh, s’affairèrent de janvier à à détruire les infrastructures et les bâtiments coloniaux qui auraient pu servir d'abri aux troupes coloniales. Ces troupes furent de retour dès le milieu de l'année 1947, mais elles se montrèrent incapables de tenir la région en dépit du soutien armé d'une partie de la population montagnarde du district. En 1950, Sa Pa est abandonnée au Việt Minh et, suivant la même logique que celle des partisans de 1947, les bombardements aériens français de 1953 terminent l’œuvre de destruction. La ville en ruines, n’y restèrent que des combattants, quelques familles et les rares commerçants capables de maintenir des affaires avec les montagnards des hameaux avoisinants qui, eux, étaient toujours là.
Socialiste (?) thumb | Enfants hmongs à Sa Pa (Viêt Nam), 1993.
Ces montagnards firent preuve de flexibilité en retournant sans crise apparente à une économie fondée sur la subsistance avec peu d’apports des basses-terres. À la fin des années 1950, un petit nombre d’anciens résidents kinh et chinois de Sa Pa qui avaient dû fuir l’état de guerre reçurent la permission de revenir chez eux. Un bon nombre de migrants additionnels arrivèrent ensuite à l'instigation du programme des « nouvelles zones économiques » mis en route par le Parti communiste pour occuper et peupler les régions frontalières tout en contribuant à soulager la pression démographique dans le delta. Ces nouveaux arrivants, pratiquement tous des Kinh, rétablirent une relation relativement paisible avec les groupes montagnards qui, bien que surclassant les Kinh en nombre dans une proportion de neuf contre un dans ce district, jugèrent plus sage de s’en tenir à une politique de non-affrontement. La colonisation interne et la collectivisation de l'économie étant à l’ordre du jour dans toute la République démocratique du Viêt Nam, les terres se trouvèrent saisies par l’État et remises aux coopératives agricoles tandis que les prestations de travail contre rétribution ne se firent plus que dans le cadre de coopératives de travail.
Les montagnards de Sa Pa se plièrent docilement aux changements démographiques, politiques et économiques des années socialistes. Les produits qui leur étaient nécessaires tels le sel et les métaux étaient de nouveau disponibles au magasin d’État..
Opium L’opium produit localement était apporté à ce même magasin et échangé contre des produits industriels, de l’alcool ou des tickets pour le riz et la viande, tandis que les légumes et produits forestiers s’échangeaient librement sur le site de l'ancien marché colonial de Sa Pa, maintenant rétabli à cette fin.
Des années 1960 jusqu’au début des années 1990, la principale contribution en produits des montagnards à l’économie locale collectivisée fut le riz. Le montagnard désirant vendre sa force de travail était également en mesure de se trouver une place au sein de la coopérative forestière, qui assurait l’approvisionnement local en bois d’œuvre et à brûler. Or, les officiels vietnamiens admettent aujourd’hui que la collectivisation dans la haute-région ne fut pas un succès. Quelques effets structurants se firent tout de même sentir, notamment l’arrimage croissant de l’économie montagnarde aux marchés régional et national. Enfin, même si l’information manque pour en estimer l’importance exacte, l’on sait que la production d’opium constituait toujours une part essentielle de l’économie montagnarde, que les montagnards en étaient les seuls producteurs, et que jusqu’au début de la décennie 1980, l’État en était le seul acheteur autorisé..
vignette|upright=2|Sa Pa vue du côté de la vallée des Hmong, avec ses hôtels.vignette|upright=1.5|Marché de Sapa. vignette|Lac artificiel de Sa Pa.