Albert-Venceslas Eusèbe von Wallenstein ou Waldstein (en allemand Albrecht Wenzel Eusebius von Waldstein et en tchèque Albrecht Václav Eusebius z Valdštejna), né le à Hermanitz sur l'Elbe et mort le à Eger, est un homme de guerre de la noblesse bohémienne ; il a été le plus fameux condottiere au service du Saint-Empire romain germanique pendant la guerre de Trente Ans, devenu généralissime des armées impériales, , de Sagan et de Mecklembourg.
Biographie Années de formation Albert-Venceslas Eusèbe dit « Wallenstein » est né le à Hermanitz sur l’Elbe. Il était issu de la vieille lignée tchèque des comtes de Valdštejn. Le grand-père de Wallenstein, Georg von Waldstein, avait proclamé en 1536 sur ses terres la foi protestante, et avait en 1546 rejoint la ligue des princes contre l'empereur Charles Quint. Le père de Wallenstein, le baron Guillaume IV von Waldstein (de la maison de Horzicz-Arnau), capitaine général de l'arrondissement de Königgrätz, avait épousé la baronne Margaretha Smirziczky von Smirzicz, Genealogisches Handbuch erloschener böhmischer Herrenatndsfamilien, Neustadt an der Aisch 1973, , chap. Stammfolge Friedland zu Mecklenburg aus dem Hause Waldstein, (1555–1593).
Georg, cinquième fils de sa fratrie, n'avait fait qu'un modeste héritage ; sa femme, la baronne Margaretha était d'une noblesse aussi ancienne que celle de Wallenstein. De ses sept enfants, seules deux filles et son fils benjamin Albert-Venceslas lui survécurent. Hermanitz, le fief de Georg von Valdštejn, n'était à vrai dire qu'une terre fort modeste, dont les revenus suffisaient à peine à faire vivre la famille, mais comme beaucoup de détails ayant trait à la vie de Wallenstein, l’hagiographie lui donna par la suite une importance exagérée. Wallenstein ayant le tchèque pour langue maternelle, c'est son précepteur Hans Graf qui lui enseigna l'allemand. Wallenstein l'éleva plus tard à la noblesse héréditaire en le faisant Freiherr von Ehrenfeld.
La mère de Wallenstein mourut le , son père le , les deux furent inhumés à Hermanitz. Albrecht, orphelin à 11 ans, fut bénéficiaire de l'héritage qui, outre la terre familiale de Hermanitz, consistait en une somme considérable d'or, d'argent et de bijoux. L'exécuteur testamentaire, Henri , un parent de sa mère, recueillit Albert dans son château de Koschumberg, où, comme il l'avait fait pour son propre fils, il confia son éducation aux Frères tchèques.
À l'automne 1597, Henri von Chlum envoya son pupille poursuivre son éducation à l’école de latin de Goldberg-en-Silésie puis, au milieu de l'été 1599, à l’Université protestante d’Altdorf ; mais Wallenstein dut s'enfuir de cette ville dès le mois d', après avoir été mêlé à plusieurs exactions et, dans un accès de fureur, avoir laissé pour mort son serviteur : on lit dans le Wallenstein de Golo Mann (au chapitre Der wilde Student) que seulement trois mois après son arrivée, Wallenstein s'était lié à un groupe de quatre étudiants, qui, s'étant introduits par effraction chez un certain , l'avaient menacé de revenir la nuit suivante. Le , avec d'autres étudiants, il agresse l'enseigne Fuchs, que l'étudiant Steinau poignarde d'une dague. Le , toujours selon Golo Mann, « Albrecht Wallenstein blesse de nouveau un de ses camarades à la jambe ». Et le il se met à tabasser son valet Reheberger, parce qu'il a surpris ce dernier en train de paresser, et pour cela il verse d'amende à l'université, de dédommagements à Reheberger et quatre florins supplémentaires pour les habits qu'il a mis en pièces..
Entretemps son tuteur était décédé, et Wallenstein entreprit jusqu'en 1602 un Grand Tour, dont on ne sait pratiquement rien. Il aurait fréquenté les universités de Padoue et de Bologne ; un séjour en Italie est vraisemblable car il était réputé pour sa culture et sa maîtrise de la langue italienne.
Au service des princes
Vers 1603, Wallenstein entra comme écuyer au service du margrave Charles de Burgau. Il ne passa guère plus de deux années au château d'Ambras, près d'Innsbruck. Au cours de cette période, Wallenstein se convertit au catholicisme, ce qui n'avait alors rien d'extravagant. On ignore au juste quand cette conversion eut lieu ; selon les sources, cela va de 1602 à l'automne 1606. La légende de Wallenstein situe à l’année 1602 une expérience personnelle : dans un moment de désœuvrement, endormi à une fenêtre du château d'Ambras, il aurait basculé dans le vide et aurait survécu miraculeusement à cette chute. Le comte von Khevenhüller rapporte que ce miracle aurait poussé Wallenstein à la conversion, convaincu qu'il avait été sauvé par la providence de la Vierge Marie. Ce qui milite encore en faveur de l'année 1602, c'est que cette année-là l'église de Heřmanice fit consacrer une nouvelle cloche, sur laquelle étaient gravés deux versetsPs. 150, 5–6; Jean III, 14–15 en langue tchèque, que l'on trouve dans les bibles catholiques, mais pas dans celle des Frères tchèques. En outre, cette cloche est ornée des figures de la Vierge Marie et de Marie-Madeleine : de telles images seraient incongrues pour un fidèle protestant.
Au début du mois de , Wallenstein, sur recommandation de son cousin Adam von Waldstein, maître des écuries impériales, reçut un brevet d’enseigne dans un régiment de lansquenets tchèques, dépêché en Hongrie sur ordre de l'empereur Rodolphe II. L'armée, qui avait combattu en 1604 les hussites hongrois, était commandée par le lieutenant général Giorgio Basta. Au cours de cette campagne, Wallenstein apprit les tactiques des hussards de Transylvanie, et put étudier de près l'art du maître de l’artillerie impériale, le colonel de Tilly, alors âgé de 45 ans. Cette campagne prit fin prématurément par suite des rigueurs de l'hiver, et l'armée prit ses quartiers au nord de Kaschau, en Haute-Hongrie. Wallenstein, promu capitaine, reçut une grave blessure aux mains lors d'escarmouches autour du camp.
Les quartiers d'hiver de l'armée étaient misérables, et il n'était guère possible de s'y faire soigner : aussi le général Georges Basta décida-t-il d'envoyer une délégation à Prague, pour lever des subsides, et obtenir des soins pour ses troupes. Wallenstein fut choisi pour représenter les lansquenets et s'acquitta de sa mission malgré ses blessures. Mais son voyage, à travers le col des Hautes Tatras et les deux Silésies, tourna au calvaire : ses troupes, décimées, désertèrent. Wallenstein passa l'hiver à Prague, miné à son tour par l'épuisement et la « fièvre hongroise », une forme de typhus. Au début de l'année 1605, les chambres souveraines de Bohême décidèrent de dissoudre l'armée du général Basta. Le , elles chargèrent Wallenstein de mener à bien le désarmement de la troupe.
Après la démobilisation des troupes de Bohême, le Parlement de Bohême nomma Wallenstein colonel d'un régiment de lansquenets allemands. Cependant la paix avec la Hongrie obtenue par Matthias, le frère de l'empereur Rodolphe, interrompit brutalement les espoirs militaires de Wallenstein. Il alla donc solliciter de l'empereur Rodolphe une lettre de recommandation auprès du stathouder des Pays-Bas espagnols, l'archiduc Albert d'Autriche (1559-1621) ; mais finalement le , il se mit au service de l'archiduc Matthias, en tant que chambellan.
Wallenstein passa ainsi toute l'année 1607 à la cour du duc, à Vienne. On ignore s'il prit part aux préparatifs de campagne de Matthias contre son frère. En 1608, Matthias marcha sur Prague et contraignit son frère Rodolphe à renoncer à la couronne de Hongrie, et à ses possessions d'Autriche. Rodolphe, qui conservait encore la couronne du Saint-Empire et le royaume de Bohême, dut reconnaître la liberté confessionnelle, par la fameuse lettre de majesté du . Il l'a sans doute signée sous la pression de l'armée du Parlement de Bohême, commandée par Heinrich Matthias von Thurn. vignette|droite|Salla terrena du palais Wallenstein et jardins. Wallenstein, quoiqu'il fût alors de la suite de l'archiduc Matthias, ne parut pas publiquement pour l'occasion. Il épousa en 1609 Lucrecia Nekšová z Landek, héritière des seigneurs de Vsetín, qui lui apporte en dot le château et les domaines attenants.
C'est à cette époque, vers 1608-1609, qu'il commande son horoscope à Johannes Kepler qui le lui établit. Wallenstein réitère sa demande en 1624, Kepler le lui délivre en .
Aimant le raffinement italien, l'art, entre autres l'architecture et la sculpture, il fit construire le splendide palais Wallenstein dans la Malá Strana à Prague. À cette fin, il acquit des terrains au bord de la Vltava dont il fit raser les habitations et fit entamer des travaux qui s'étalèrent de 1625 à 1629. Féru d'astrologie au point d'en dépendre sur le plan de la prévision, il fut cependant un homme d'affaires de génie. Il eut sous ses ordres 300 vassaux et posséda le quart des territoires de Bohême. Dans le territoire de Friedland, il força l'admiration en redressant l'économie. Des artisans italiens, des armuriers, et bien d'autres, vinrent enrichir cette terre, qui devint convoitée.
Au service de l'empereur Formation d'une armée Après avoir financé un régiment pour le futur empereur Ferdinand II, Wallenstein vit plus grand et décida en 1623 de créer une armée pour l'empereur. C'est là que débuta son premier généralat, qui dura de 1625 à 1630. À la même époque, il reçut de l'empereur le duché de Friedland, et fut par là-même élevé, en , au rang de prince-électeur héréditaire. Un document impérial en date du le nomme Capo über alles kaiserliche Volk. En , l'empereur annonça la création d'une armée de et lui en confie le commandement. En , Wallenstein reçut par lettre patentes de Ferdinand II l'autorisation de nommer lui-même ses officiers et de prélever le butin lors de ses conquêtes. Son armée, forte initialement de et , allait croître progressivement pour approcher les début 1627. Pour l'entretenir, Wallenstein s'appuya sur l'impôt direct en Bohême et sur l'impôt et les revenus imposés aux territoires qu'il occupait : ainsi, il ne dépendait pas des finances impériales et pouvait ainsi accorder à ses hommes une solde supérieure à la moyenne, attirant vers son armée les meilleurs officiers.
Cette armée lui coûtait cher, malgré les dividendes qu'il sut tirer de ses terres. Pour éviter la dissolution de son armée, il engagea celle-ci dans le duché de Brunswick en juillet 1625. Son espoir était de préserver ses riches terres personnelles en faisant du butin dans les territoires ennemis pour financer son armée. C'était un gestionnaire plus qu’un militaire, qui sut s'entourer de valeureux capitaines, comme von Pappenheim. Une autre source de financement de ses campagnes et de son train de vie était le financier Hans de Witte de Prague qui organisa une dévaluation de la monnaie en Bohême, les bénéfices de l'opération revenant à de Witte qui prêta alors de l'argent à Wallenstein. Cependant, Wallenstein ne pouvait rembourser de Witte qu'avec les impôts qu'il levait en terrain conquis : ceux-ci se tarissant, de Witte ne parvint plus à accorder de crédits et finit ruiné.
Campagnes vignette|Le siège de Stralsund par Wallenstein — gravure de Frans Hogenberg, datée d'après 1628.