vignette|Devant la Bourse de Francfort, œuvre du sculpteur Reinhard Dachlauer, Le Taureau et l'ours, symbole des cycles de marché en bourse. La vente à découvert.. (en anglais : ) est une stratégie financière qui consiste à investir de manière à engendrer un profit dans le cas où le prix d'un actif financier baisse. Il s'agit du contraire de la position longue.
Présentation Une vente à découvert peut être menée de plusieurs manières. La technique la plus connue est le short-selling : un agent financier emprunte un actif (par exemple, une action) et promet au prêteur de lui rendre à terme ; l'agent vend l'actif à un acheteur, puis, quelque temps plus tard, rachète l'actif financier en question à un prix différent selon l'évolution du marché pour le rendre à celui qui lui avait prêté à l'origine. Si entre le moment de la vente et le moment du rachat le prix de l'actif a chuté, alors l'agent dégage un profit.
Histoire Le cas le plus ancien connu de vente à découvert remonte à 1609, année où Isaac Le Maire, un des principaux actionnaires de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, a vendu plus d'actions de la compagnie qu'il n'en détenait, pour une livraison différée d'une ou deux années, en faisant le pari que le cours de l'action baisserait avec l'émergence d'un concurrent français. Cette hypothèse ne se matérialisant pas, le cours de la compagnie remonta et Le Maire fut incapable de racheter les actions pour les livrer. Les autorités locales décidèrent de bannir la vente à découvert à la suite de cette affaire.
Sous l'Empire, Napoléon soupçonnait les vendeurs à découvert de saper sa politique. Il fit passer une loi qui les rendit passibles d'un an d'emprisonnement.
En 1838, un courtier new-yorkais, Jacob Little, décida de vendre à découvert des actions de la compagnie Erie, qu'il estimait surévaluée. Leur livraison était prévue dans un délai de 6 à 12 mois. Certains de ses ennemis, sachant qu'il aurait tôt ou tard besoin de se procurer ces titres, en achetèrent alors en masse pour en faire monter le prix dans une tentative de corner. Ils ne savaient pas cependant que Little possédait des obligations convertibles émises par Erie. Il suffit en effet à Little de faire une demande de conversion pour honorer ses livraisons, retournant contre ses auteurs la manœuvre dont il était l'objet. Les autorités locales décidèrent par la suite de limiter à 60 jours le délai de livraison d'une vente à découvert.
La vente à découvert, suivie d'une autre tentative de corner ratée, associées à une mauvaise appréciation du nombre de titres en circulation fut également une des causes de la panique bancaire américaine de 1907.
En 1931, après l'abandon de l'étalon-or par la Grande-Bretagne, les autorités britanniques puis américaines décidèrent l'interdiction temporaire des ventes à découvert.
En 1938, la Securities and Exchange Commission (SEC) adopta la règle de l'uptick, une règle d'encadrement du prix, n'autorisant la vente à découvert qu'à un prix supérieur ou égal à la cotation boursière précédente ; le dispositif sera en vigueur jusqu'en 2007.
En 1949, Alfred Winslow Jones fonda le premier hedge fund, de type long/short, c'est-à-dire associant l'achat d'un titre et la vente à découvert d'un autre titre préalablement emprunté.
Le , George Soros se rendit célèbre en vendant à découvert pour quelque 10 milliards de dollars de livres sterling, anticipant correctement une dévaluation imminente de la devise par le gouvernement britannique de John Major.
En 2004, constatant un nombre élevé de suspens de règlement/livraison, la SEC adopta un règlement (Regulation SHO) demandant à l'intermédiaire financier d'emprunter les titres avant de les vendre à découvert s'il n'a pas la « certitude raisonnable » de pouvoir le faire dans les 3 jours suivants, et de solder sans délai les suspens vieux de plus de 10 jours.
La crise financière de 2008 amena de nombreux régulateurs boursiers, souvent sous la pression de leur gouvernement, à obliger, temporairement, l'intermédiaire d'un vendeur à découvert de titres du secteur financier à emprunter les actions au préalable et à publier les positions courtes excédant un seuil donné, généralement 0,25 %, du capital social de l'émetteur.
C'est aussi en 2008 que se produit un spectaculaire corner sur l'action Volkswagen : alors que Porsche détenait déjà 42,6 % des parts et le Land de Basse-Saxe 20 %, des hedge funds anticipant une baisse du cours de l'action Volkswagen avaient emprunté des titres en masse pour les vendre à découvert ; ils ignoraient que Porsche avait par ailleurs acquis des options d'achat représentant 31,5 % de capital supplémentaire, auprès de plusieurs banques, lesquelles avaient acheté au comptant les actions sous-jacentes pour faire face à l'éventualité d'un exercice de ces options. Quand les hedge funds ont dû chercher, sur un marché asséché, les titres nécessaires au remboursement de leurs emprunts, le cours de Volkswagen a subitement doublé et provoqué une perte estimée à 20 à 30 milliards d'euros pour les hedge funds.
La crise grecque de 2010 suscita de nouvelles mesures de restriction de la vente à découvert, alors que les interdictions temporaires décidées en 2008 avaient été reconduites à plusieurs reprises. En particulier, l'Allemagne décida unilatéralement d'interdire les ventes à découvert sur les obligations souveraines de la zone euro.
En 2021, l'Affaire GameStop devint un cas d'école. De grands fonds d'investissement misèrent sur la fermeture imminente de la chaîne de revente de jeux usagers GameStop-EB Games, mise à mal par la concurrence des plateformes de téléchargements plus accessibles en contexte de pandémie. C'était sans compter sur la fidélité de leur clientèle. Ayant eu vent de l'affaire, joueurs et collectionneurs menèrent sur Reddit une action coordonnée de rachat massif d'actions, faisant artificiellement passer la valeur boursière de l'entreprise de 200 millions à 20 milliards et causant aux fonds d'investissement une perte sèche de 2,2 milliards.
Définitions Vente à découvert et vente à terme Vendre une production agricole à quelques mois de la récolte, ou vendre d'avance la cargaison d'un bateau attendu dans quelques semaines, sont des techniques qui remontent à l'Antiquité. Techniquement, ces ventes sont à découvert : l'objet de la vente n'existe pas encore. Elles sont aussi des ventes à terme.
En revanche, toute vente à terme n'est pas nécessairement une vente à découvert. Si le service de règlement différé permet au client particulier de vendre en différé, sa banque s'assure, le plus souvent, que les titres concernés sont déjà inscrits sur son compte.
Sur les marchés financiers, on applique de préférence l'expression de vente à terme pour les produits dérivés, futures et options. S'agissant de produits synthétiques, le concept de vente à découvert, en français, est peu pertinentMais en anglais, shorting, pour désigner une prise de position courte, s'emploie aussi bien sur un marché à terme que sur un marché au comptant, et l'est d'autant moins si le contrat ne peut être liquidé qu'en espèces et non par la livraison du produit sous-jacent.
De fait, les marchés à terme se sont imposés notamment parce que l'opportunité d'anticiper un actif à la baisse est égale à celle de l'anticiper à la hausse, tandis que sur le marché au comptant (la bourse), la vente à découvert est une opération délicate et réglementée.
Vente à découvert nue et locate La formulation de la « vente à découvert nue » est inspirée, sous l'apparence d'un pléonasme, de la notion américaine de naked short selling, mais n'a pas de définition unique : certains entendent par là le fait de vendre des titres sans en avoir la provision préalable (par des achats ou des emprunts), d'autres s'y réfèrent pour constater un suspens faisant suite à un non-dénouement. Selon une définition intermédiaire, la vente à découvert serait « nue » dès lors qu'aucune provision en titres n'est déjà constituée, notamment par emprunt, mais aussi que le vendeur n'aurait négocié aucun emprunt de titres livrables avant le dénouement prévu de la vente, ni ne disposerait, par un accord-cadre avec un courtier, d'une garantie de mise à disposition de titres.
Aux États-Unis, la règle dite du , en vigueur depuis 2007, énonce les conditions à observer pour que la vente à découvert soit licite, et donc non « nue » : soit un lien peut être établi avec une opération de couverture, même si les titres ne sont pas déjà arrivés, soit le titre doit faire partie de la liste des titres publiée quotidiennement par un courtier. Toutefois, ce dispositif reste fondé sur la bonne foi des déclarants et la SEC n'a pas les moyens de s'assurer du respect de la règle.
La Commission européenne envisage d'adopter une règle analogue dans une directive sur le marché financier à paraître en 2011.
Fonctionnement Vendre à découvert, c’est parier sur la baisse du cours d’une action. Il s'agit alors de vendre un actif non possédé afin de le racheter ultérieurement à un prix inférieur.
De la négociation au règlement/livraison La technique n'est généralement pas accessible aux particuliers et aux entreprises car la plupart des banques effectuent un contrôle de provision des titres comme des espèces sur les comptes de leurs clients. Cependant, NYSE Euronext propose un service de règlement différé (SRD) qui permet à l'investisseur de régler en fin de mois des ventes sur les actions éligibles au dispositif en vertu de leur liquidité. Dans ce cas, c'est l'intermédiaire du vendeur qui emprunte les titres pour les livrer à celui de l'acheteur et les rembourse en fin de mois. Une vente sur le SRD s'assimile donc à une vente à découvert.
Quand la bourse exécute, en jour J, un ordre de vente, l'avis d'exécution est transmis à la chambre de compensation, qui la traduit, à son tour, en une instruction de règlement/livraison ; cette dernière est soumise au contrôle de provision, en J+n, auprès du dépositaire central, où n est un nombre de jours ouvrés standard (3 chez NYSE Euronext). Le contrôle de provision consiste à vérifier que l'établissement financier dispose des titres sur son compte. Pour que la vente soit dénouée, il suffit que les titres soient présents en J+n. Si une banque achète des titres en J, les vend en J+1, les reçoit donc en J+3 et les livre en J+4, elle est techniquement à découvert entre J+1 et J+3.
La vente à découvert est pratiquée aussi et surtout sur le marché de gré à gré, en dehors, donc, de la bourse. Deux établissements financiers peuvent s'entendre, l'un pour acheter, l'autre pour vendre, un titre à une date de dénouement qui peut être plus éloignée que le J+n conventionnel de la bourse.
Ne passant pas en bourse, ces parties prenantes peuvent attendre la veille de la date de dénouement pour acheminer chacune leur instruction, l'une de réception, l'autre de livraison, vers le dépositaire central concerné.
Couverture de la vente à découvert Plusieurs types d'opération peuvent concourir à assurer la provision d'une vente à découvert : l'emprunt de titres ; l'achat ferme ; le reverse repo, ou achat temporaire ; l'exercice d'option d'achat.
L'emprunt de titres est la couverture la plus adaptée, les autres techniques ayant une incidence sur la trésorerie. L'emprunt permet de se faire livrer des titres contre la promesse de restituer des titres de même nature à une date future, généralement dans quelques jours ou quelques semaines, et moyennant une commission (fee).
La vente à découvert est également pratiquée par l'établissement placeur d'une augmentation de capital ou d'une nouvelle tranche d'un titre de dette publique, ou l'établissement chargé de la conversion d'une obligation convertible en actions. Elle est couverte par l'émission en date future des nouveaux titres.