Zemun (en serbe cyrillique : ) est une municipalité de Serbie située sur le territoire de la ville de Belgrade. Elle fait partie des 10 municipalités urbaines de la ville de Belgrade proprement dite. Au recensement de 2011, Zemun intra muros comptait habitants et la municipalité dont elle est le centre .
Zemun est l'ancienne ville romaine de Taurunum, qui se développa du au . Autrefois ville à part entière, Zemun conserve un centre ancien classé remontant aux et s, à l'époque où elle était située dans l'empire d'Autriche. La municipalité de Zemun fait aujourd'hui partie de la ville de Belgrade intra muros et constitue l'un des pôles économique et culturel de la capitale serbe.
Géographie La ville de Zemun, s'est originellement développée sur les trois collines de Gardoš, Ćukovac et Kalvarija, sur la rive droite du Danube et à son confluent avec la Save. Le cœur de la cité est constitué par les quartiers Donji Grad, Gardoš, Ćukovac et Gornji Grad. Vers le sud, Zemun s'étend jusqu'à la municipalité de Novi Beograd, avec laquelle elle forme une continuité urbaine par l'intermédiaire du quartier de Tošin Bunar. À l'ouest, elle s'étend jusqu'aux quartiers d'Altina et de Plavi horizonti et, au nord-ouest, jusqu'à Galenika, Zemun polje et, au-delà, Batajnica. Les îles fluviales de la grande Île de la guerre et de la petite Île de la guerre, inhabitées, font également partie de Zemun.
thumb|center|upright=0.8|Le Danube à Zemun
La municipalité de Zemun s'étend sur . Comme la ville, elle est située à l'est de la région de Syrmie. À l'ouest, elle touche la province de Voïvodine (municipalité de Nova Pazova) ; elle est bordée par les municipalités de Surčin (au sud), Novi Beograd (au sud-est) et Palilula et Stari grad, qui sont toutes deux situées sur la rive gauche du Danube (respectivement au nord et à l'est).
Climat Le climat de Zemun, comme celui du reste de Belgrade, est étudié par l'observatoire météorologique de Vračar, situé à d'altitude, coordonnées .. Zemun possède un climat continental modéré.
+ 20px Relevés à la station météorologique de Belgrade-Vračar ()MoisJanvFévMarsAvrMaiJuinJuilAoûtSeptOctNovDécAnnéeTempératures moyennes 1961-1990 (°C) .0,42,87,212,417,220,121,821,417,712,57,02,311,9Températures moyennes 1991-2010 (°C)1,73,57,913,018,221,423,323,217,913,27,92,512,8Précipitations moyennes 1961-1990 (mm) .49,344,449,558,870,790,466,551,251,440,354,357,5684,3Précipitations moyennes 1991-2007 (mm)38,237,440,649,547,994,062,566,261,856,152,455,4661,9
Histoire Préhistoire et Antiquité
thumb|upright=0.8|Sarcophage romain dans le Gradski park à Zemun
La région de Zemun est habitée depuis le Néolithique. Des tombes et des céramiques (plats, urnes anthropomorphes) appartenant à la culture de Baden (entre et ) ont été retrouvés dans le secteur .. Des tombes caractéristiques de la culture de Bosut ont été mises au jour près d'Asfaltna Baza .. Quelques vestiges remontant à la période de La Tène ont été retrouvés sur le site archéologique de Brestove međe .. Les premiers établissements celtes de la région de l'actuel Zemun remontent au , quand les Scordisques occupèrent des secteurs du Danube autrefois dominés par les Thraces et les Daces.
thumb|left|upright=0.5|Relief représentant une ménade, trouvé à Zemun Les Romains s'installèrent dans la région au . Ils fondèrent la ville de Taurunum, construite sur les vestiges d'un ancien fortin celte ; la cité était située sur l'actuelle colline de Gardoš. Ils y construisirent à leur tour un fort et la localité se développa à partir de la place militaire. Sous l'époque romaine, elle devint une ville importante de cette partie de la province de Pannonie inférieure, en tant que place militaire et centre marchand, bénéficiant notamment de sa position sur le Danube ; elle servait notamment de port pour la flotte de Pannonie. La ville est déjà mentionnée par Pline l'Ancien dans son Histoire naturelle comme le lieu . ; elle figure aussi sur la Table de Peutinger (), copie d'une carte romaine du .
De cette période romaine, qui s'étend du au , Zemun conserve des vestiges de fortifications et d'architectures civile et religieuse ; on y a aussi trouvé des documents épigraphiques, des reliefs et des pièces de monnaie. En raison de sa valeur, le site de Taurunum est aujourd'hui classé . .. Le site de Brestove međe, quant à lui, abrite les vestiges d'une localité, d'une nécropole et d'une voie romaine ; il a été identifié au village de , une « halte-relais » située sur la route Sirmium – Taurunum – Singidunum ; cette mutatio a été en activité depuis le jusqu'à l'Antiquité tardive ; le site, qui apporte des informations précieuses sur le limes danubien romain est aujourd'hui classé.
thumb|center|upright=1.5|Taurunum et Singidunum sur la Table de Peutinger
Moyen Âge thumb|upright=0.8|Ruines de la forteresse de Zemun
Vers 440, Taurunum fut prise par les Huns et, à partir de cette époque, la ville n'est plus mentionnée pendant plusieurs siècles. Du au , la région fit partie du royaume ostrogoth, du royaume des Gépides ; elle fut contrôlée par les Lombards, les Avars et les Francs. En 827, la ville fut conquise par l'empire bulgare et fut appelée (Zemlyn), la « ville construite en terre », puis, vers l'an mil, elle fit partie du royaume de Hongrie et fut appelée Zimony ; une forteresse y fut alors construite, dont subsistent encore aujourd'hui les tours d'angle et une partie du mur de défense . .. En 1018, la ville fut acquise par l'Empire byzantin puis reconquise par les Hongrois en 1071 et, pendant quelques décennies, elle passa tour à tour entre les mains de l'Empire et royaume.
Du au , la ville fut tour à tour hongroise et serbe. En 1268, le roi serbe Stefan Dragutin se maria avec la princesse hongroise Elisabeth Cuman et reçut en dot la région de Syrmie ; la ville faisait partie de ses possessions et reçut son nom actuel de (Zemun). En 1319, les Hongrois reprirent la Syrmie qui fut ensuite conquise par l'empereur serbe Stefan Dušan en 1353 puis reprise par les Hongrois vers 1370. En 1412, à la suite d'un traité entre le roi de Hongrie Sigismond et le despote Stefan Lazarević, Zemun fit partie du despotat de Serbie. La ville redevint hongroise en 1434, à la suite du mariage de Catherine Branković, la fille du despote Đurađ Branković, avec le comte Ulric de Cilley.
Après que la Serbie tomba sous la domination ottomane en 1459, Zemun devint un important avant-poste militaire.
Du au thumb|right|Zemun en 1608
Les Serbes se battirent à Zemun contre l'armée de Soliman le Magnifique en 1521, mais la ville fut finalement prise par les Turcs le et intégrée au sandjak de Syrmie, subdivision du pachalik de Budin.
thumb|left|upright=0.6|Zemun en 1688
Les troupes autrichiennes commandées par Maximilien-Emmanuel de Wittelsbach prirent Zemun une première fois en 1688, lors de la guerre austro-turque de 1683-1699 et lui donnèrent le nom de Semlin ; mais les Ottomans reprirent la ville en 1690.
Zemun et le sud de la Syrmie furent de nouveau conquis par les Autrichiens en 1717, par le prince Eugène de Savoie-Carignan et, selon les clauses du traité de Passarowitz, signé le , Zemun et sa région devinrent terres d'Empire et firent alors partie des domaines de la famille de Schönborn. En 1728, les Capucins ouvrirent une première école.
L'une des institutions les plus originales de cette période fut celle de la « Quarantaine », créée en 1730 et destinée à accueillir et à maintenir en quarantaine les voyageurs qui, ayant traversé la Save, se rendaient sur les terres impériales. De cette institution, l'actuelle municipalité de Zemun conserve deux chapelles, la chapelle orthodoxe Saint-Michel et Saint-Gabriel, construite en 1786, et la chapelle catholique Saint-Roch, construite en 1836. Cette institution perdura jusqu'en 1842 . ..
thumb|upright=0.6|Zemun en 1791
La guerre reprit entre Autrichiens et Ottomans en 1737 et les Turcs s'emparèrent de Belgrade en 1739 ; de nombreux catholiques et orthodoxes se réfugièrent à Zemun. Le traité de Belgrade de 1739 fixa définitivement la frontière entre les deux empires et Zemun resta autrichienne.
La zone tampon des confins militaires, sur les marches de l'empire d'Autriche, fut organisée dans la région en 1746 et Zemun bénéficia du statut de commune militaire en 1749. En 1751, Marko Nikolić devint le premier maire de la ville, avec le titre de Mastistrat (« juge »). En 1754, la population de Zemun comptait chrétiens orthodoxes, 600 catholiques, 76 Juifs et environ 100 Roms. En 1777, la population de la ville comptait foyers et habitants, dont la moitié étaient des Serbes, la seconde moitié étant constituée de Catholiques, de Juifs, d'Arméniens et de Musulmans. La majorité de la population catholique était formée par des Allemands. À cette période remonte également l'installation de populations hongroises. En 1776, la présence d'une synagogue est mentionnée dans la ville ; la première brasserie y ouvrit ses portes en 1779 et le premier hôpital en 1789.
thumb|upright=0.8|Vue de Zemun au Au début du , en 1813, après l'échec du Premier soulèvement serbe contre les Ottomans (1804-1813), le chef de l'insurrection, Karađorđe (Karageorges), se réfugia pour un temps à Zemun et en 1817, l'empereur François d'Autriche séjourna dans la ville.
Au moment du Printemps des peuples, Zemun fut impliquée dans la révolution autrichienne de 1848 ; la ville devint de facto l'une des capitales de la voïvodine de Serbie, une région autonome au sein de l'empire d'Autriche ; en 1849, la ville retourna sous l'administration de la Frontière militaire. Après l'abolition de cette province en 1882, Zemun fera partie du comitat de Syrmie, une subdivision du royaume de Croatie-Slavonie, autonome au sein du royaume de Hongrie et de l'Autriche-Hongrie.
Joseph Reinach, qui visita la ville en 1878, écrira dans son Voyage en Orient : « Je vous dirai donc, sans détour, qu'il n'est pas de plus vilaine bourgade que Semlin. Une population en guenilles, laide, d'aspect vicieux, mélange répugnant de ce que la Hongrie a de plus paresseux, l'Allemagne de plus grossier, la Syrmie de plus malpropre, le Ghetto de plus corrompu ; de grands gaillards patibulaires, des vieillards rongés d'ulcères, des enfants nus, des femelles qui le sont à moitié, des chiens ignobles, tout cela grouillant, piaillant, criant, hurlant, se disputant, se roulant dans la poussière, se ruant autour de moi, m'offrant ses services, voulant porter qui mon châle, qui mon parasol, qui mon sac, m'injuriant quand je m'obstine à me passer de leur secours, rappelant, dans tout leur réalisme, certaines gravures de Callot et, dans toute leur fantaisie, certains dessins de Doré. Au milieu de cette tourbe, comme des rayons d'or dans une noire eau-forte de Rembrandt, deux ou trois jeunes femmes serbes, sveltes, légères, gracieuses, soutenant sur leur tête des paniers de légumes et de fruits, canéphores charmantes. La ville elle-même, (ce que j'en ai vu) est en parfaite harmonie avec la population : rien de plus misérable. »Joseph Reinach, Voyage en Orient, tome I, Paris, G. Charpentier, 1879, pp. 100-101 (lire en ligne).
thumb|upright=0.7|Un timbre de Type Roo de Semlin (Zemun), oblitéré en 1850