Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, né le à Tremadoc (Caernarvonshire) dans le nord du pays de Galles et mort le près de Wareham (Dorset), est un officier et écrivain britannique..
Pendant la Première Guerre mondiale, les reportages du journaliste américain Lowell Thomas font la notoriété de T. E. Lawrence, officier de liaison britannique durant la grande révolte arabe de 1916-1918. Après la guerre, la version abrégée de son témoignage sur cette campagne, Les Sept Piliers de la sagesse, qui en décrit le caractère aventureux, est un succès de librairie. La version intégrale, publiée cinquante ans après sa mort, confirme son talent littéraire..
David Lean réalise en 1962 le film Lawrence d’Arabie, avec Peter O'Toole dans le rôle-titre, remportant un immense succès et sept oscars.
Biographie Avant-guerre Ses parents sont d’ascendance anglaise et irlandaise. Son père, Sir Thomas Chapman, , de Westmeath, en Irlande, avait quitté sa femme pour vivre avec la gouvernante (Sarah Junner) de ses filles légitimes, sous le nom de et ; ils eurent cinq fils illégitimes qui ont porté le nom de LawrenceEncyclopedia of World Biography, éd., 17 vol., Gale Research, 1998.. Thomas Edward Lawrence est le deuxième de ces cinq fils. Ils habitèrent un temps Dinard, en France, où T. H. Lawrence fréquenta l'école des Frères (aujourd'hui collège privé Sainte-Marie), puis séjournèrent à Langley, près de la New Forest, avant de se fixer à Oxford au 2 Polstead Road.
Lawrence étudie au Jesus College d'Oxford et se passionne pour l'Histoire. Durant les étés 1907 et 1908, il parcourt la France à bicyclette et visite des forteresses médiévales (Château Gaillard, Coucy, Provins, Avignon, Aigues-Mortes, Carcassonne, Bonaguil, Châlus, Chinon, Fougères) et la cathédrale de Chartres.
En 1909, il voyage au Liban et en Syrie pour étudier les châteaux bâtis par les croisés, notamment le krak des Chevaliers, la forteresse de Margat et le qal'at Salah El-Din. De retour en Angleterre, il obtient son diplôme avec mention après avoir rédigé un mémoire sur L’Influence des croisades sur l’architecture militaire européenne à la fin du . Cette thèse établit que les croisés ont implanté dans les défenses castrales de leurs États le donjon roman à quatre faces conçu en Europe avec des modifications. Ils n'ont pas ajouté de contreforts, comme c'était souvent le cas en France durant le , mais ont placé ce que l'on appelle des pierres à bossage (demi-sphères en saillie destinées à dévier les projectiles et quartiers de roc projetés par les mangonneaux). Lawrence montre que la différence principale vient de la rareté du bois au Levant, qui a obligé les constructeurs à séparer les étages par des plafonds en pierre, alors qu'en Occident, on établissait encore des planchers en bois..
vignette|T. E. Lawrence par William Rothenstein.
Un temps, Lawrence songe à accepter un poste d'enseignant sur la poterie médiévale, mais abandonne rapidement cette idée et préfère occuper un poste d’archéologue au Moyen-Orient. En , il part pour Beyrouth, puis pour Jbail (Byblos), où il apprend l'arabe auprès des enseignantes de l'American Mission School. Il participe ensuite aux fouilles de Karkemish, près de Jerablus, au sud de l’actuelle Turquie, sous les ordres de D. G. Hogarth et R. Campbell-Thompson. Un archéologue promis à un brillant avenir, Leonard Woolley, qui se fera connaître par la suite grâce à la découverte d'Ur, en Chaldée, partagera un peu plus tard avec lui la joie des découvertes.
À la fin de l’été 1911, il retourne au Royaume-Uni pour un bref séjour. Il revient dès novembre au Moyen-Orient afin de travailler brièvement avec Williams Flinders Petrie à Kafr Ammar en Égypte. Il retourne à Karkemish travailler avec Leonard Woolley, continue à visiter régulièrement le Moyen-Orient et y mène des fouilles jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. Ses nombreux voyages en Syrie, sa vie partagée avec les Arabes, à porter leurs vêtements, apprendre leur culture, les rudiments de leur langue et de leurs dialectes, s’avèreront des atouts inestimables durant le conflit.
En , sous couvert d’activités archéologiques, Woolley et Lawrence sont envoyés par l’armée britannique en mission de renseignement dans la péninsule du Sinaï. Lawrence visite notamment Aqaba et Pétra. De mars à mai, il retourne travailler à Karkemish. Après l’ouverture des hostilités en , sur le conseil de , Lawrence décide de ne pas s’engager immédiatement. Il attend le mois d'octobre, car la Grande-Bretagne entend ne pas provoquer la Turquie. Elle attend que cette dernière entre dans le conflit.
La Révolte arabe
vignette|Soldats (« ») de l'émir Fayçal sur des dromadaires en 1917. vignette|T. E. Lawrence (chapeau gris), Sir Herbert Samuel (casque colonial blanc) et l'émir Abdullah à l'aérodrome d'Amman en 1921. Une fois engagé, Lawrence est nommé au Caire, où il travaille pour les services de renseignement militaire britanniques. Sa très bonne connaissance des Arabes en fait un agent de liaison idéal entre les Britanniques et les forces arabes. En , il est envoyé dans le désert afin de rendre compte de l’activité des mouvements nationalistes arabes. Durant la guerre, il combat avec les troupes arabes sous le commandement de Fayçal ibn Hussein, un fils d'Hussein ben Ali qui mène une guérilla contre les troupes de l’Empire ottomanEncyclopædia Universalis, s.a. Étiemble, professeur honoraire à l'université de Paris-IV, 2008.. La contribution principale de Lawrence à l’effort britannique consiste à convaincre les Arabes de coordonner leurs efforts afin d’aider les intérêts britanniques. Il les persuade notamment de consolider leurs positions sur les côtes du Hedjaz, à Rabigh et Yenbo, et de ne pas chasser tout de suite les Ottomans de Médine, forçant ainsi les Turcs à conserver de nombreuses troupes pour protéger la ville. Les Arabes harcèlent le chemin de fer du Hedjaz qui approvisionne Médine, mobilisant davantage de troupes ottomanes pour protéger et réparer la voie, empêchant ainsi l'ennemi de disposer de renforts contre les Anglais dans le Sinaï puis en Palestine ottomane.
En 1917, après la prise d'El-Ouedj, la route du nord s'ouvre à Fayçal et à ses hommes. Lawrence organise contre le port stratégique d’Aqaba, une action commune des troupes arabes et des forces de Auda Abu Tayi, chef des Howeitat, bénéficiant jusqu’alors des subsides des Ottomans. L'action est lancée sans prendre l'avis de l'état-major anglais du Caire. Celui-ci a déjà organisé une opération amphibie pour s'emparer de la place mais ne pouvait espérer la conserver sans prendre en même temps le contrôle de la voie menant d'Aqaba à Maan où stationnait une importante garnison ottomane. La nouveauté, ici, c'est que Lawrence n'a pas accepté de suivre la logique de Fayçal, qui préférait, comme Aouda, une opération combinée terre-mer, à l'exemple de ce qui s'était passé pour la prise d'El-Ouedj. L'idée de Lawrence a été de ne venir que par l'intérieur des terres en parcourant plus de 1000 km pour arriver par le Nord d'Aqaba, ce qui a créé une surprise totale (les travaux de et montrent que Lawrence a su trouver le moyen de convaincre Fayçal et Aouda). De fait, le , Aqaba tombe aux mains des Arabes.
En novembre, Lawrence échoue dans sa tentative de faire sauter à la dynamite l'important viaduc de Tell el-Shehab, sur le Yarmouk, affluent du Jourdain. Un peu plus tard, il aurait été appréhendé par les Turcs à Deraa alors qu’il menait une mission de reconnaissance, déguisé en Arabe. Il ne semble pas être reconnu, bien que sa tête ait été mise à prix. Le gouverneur de Deraa, le général Hajim Bey (en turc, Hacim Muhiddin Bey), lui aurait infligé des sévices, notamment sexuels. Il parvient malgré tout à s’échapper. Certains biographes comme Richard Aldington, Suleiman Moussa, Desmond Stewart, François Sarindar, ont émis des doutes à propos de cet épisode, chacun pour des raisons différentes, tandis que d'autres comme Jeremy Wilson et John Mack estiment qu'il faut croire Lawrence. Un an plus tard, le , Lawrence participe à la prise de Damas, libérée par des troupes anglo-australiennes, après avoir aidé à remporter l'une des seules batailles rangées livrées par les Bédouins à Tafilah qui talonnaient les colonnes turques en retraite.
Lawrence porte le costume arabe, monte à dos de chameau, adopte les coutumes locales et devient bientôt proche du prince Fayçal. Vers la fin de la guerre, il cherche sans succès à convaincre ses supérieurs de l’intérêt de l’indépendance de la Syrie pour le Royaume-Uni, notamment par le détournement des Arabes des seuls principes religieux pour l'investissement dans une logique politique à la façon des États modernes : Les Sept Piliers de la sagesse, .. Néanmoins, il ne soutenait pas le projet du chérif Hussein de La Mecque de créer un grand royaume arabe comprenant le Hedjaz, la Jordanie, l'Irak et la Syrie. Pour lui, chacun de ces États devait être limité à ses frontières propres : c'était l'intérêt des Britanniques de morceler le Moyen-Orient, même si, dans la logique de Lawrence, la Syrie devait acquérir une réelle indépendance. En , la colonne française du général Mariano Goybet, précédant le général Henri Joseph Eugène Gouraud, bat les troupes chérifiennes à la bataille de Khan Mayssaloun et chasse Fayçal de Damas. Cela brise l’espoir de Lawrence de libérer durablement la Syrie, même si lui-même au fond reconnaît plus tard que Les Sept Piliers de la sagesse, ., faisant allusion aux accords secrets Sykes-Picot.
Pour ses actions d'éclat au cours du premier conflit mondial, le lieutenant-colonel Lawrence reçoit les distinctions suivantes : Compagnon de l’ordre du Bain () ; Compagnon du Distinguished Service Order () ; trois citations (, et ) ; () ; ().
Critiques françaises Ni la gloire de T. E. Lawrence, ni sa croix de guerre française reçue en 1918, n'empêchèrent le lieutenant-colonel Brémond, chef de la mission française au Hedjaz, devenu général, de contester ses mérites. Cet officier, chargé d'organiser, pour les troupes musulmanes que mobilisait la France, un pèlerinage à La Mecque et de fournir des armes et des conseillers techniques aux fils du chérif Hussein, voit l'effort de Lawrence marginaliser sa mission. Les Bédouins, dont Lawrence flatte l'esprit d'indépendance, voient en ce chef d'un détachement d'« indigènes » commandés par des Français le représentant d'une puissance dominatrice. Brémond transmet à ses supérieurs une appréciation très péjorative de Lawrence et le décrira dans Le Hedjaz dans la guerre mondiale, publié en 1931. : « indiscipliné », « insolent », « tenue négligée », affirme qu'il « parle un arabe plus qu'approximatif » (que Lawrence lui même qualifiait de peu conventionnel), « dilapide le trésor de Sa Majesté pour soudoyer les tribus », « méprise les Arabes », « est viscéralement francophobe ». Cependant, d'autres officiers français ont participé à la guérilla des Arabes aux côtés de l'officier anglais, tandis que les négociateurs français partagent secrètement le Levant avec les Britanniques« Lawrence d'Arabie et les Français », L'Express, 26/05/1994..
Jacques Bergier et Pierre Nord reprendront un point de vue marqué par la rivalité franco-britannique en 1967, reprenant les affirmations de Richard Aldington dans , 1955, traduit en français sous le titre Lawrence l'imposteur : . Et, surtout, Collet est intervenu bien après la guerre, alors que Français et Britanniques cherchaient à stabiliser la région sous leur autorité selon les accords Sykes-Picot.
L’après-guerre vignette|Lawrence sur sa motocyclette Brough Superior SS100.