Adolphe Tabarant, parfois aussi appelé André Tabarant, né le à La Possonnière (Maine-et-Loire) et mort le à Paris., est un journaliste, écrivain et critique d'art socialiste libertaire français. Il a écrit de nombreuses études sur les peintres impressionnistes.
Écrivain engagé Adolphe Henri Philippe Tabarant naît au village de l'Alleud, à La Possonnière, canton de Saint-Georges-sur-Loire, en Maine-et-Loire, le . Cette commune à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’Angers était alors un village de labours et de vignes. À l'époque où se construisait le pont de chemin de fer de l'Alleud au-dessus de la Loire, son père, prénommé comme lui Adolphe Henri Philippe, employé « sur les travaux publics », était alors âgé de trente-trois ans. Sa mère, née Marie Courault, en avait trenteMaurice Imbert, Adolphe Tabarant, 1863-1950. Introduction biographique. Catalogue de livres à prix marqués. Librairie Mouvements, 2006..
Il entame une carrière de journaliste politique à La Revue socialiste en 1882, et publie en 1886 chez l’éditeur belge Kistemaeckers un « roman pathologique » Virus d’amour..
Exilé pour insoumission au service militaireDictionnaire des anarchistes : ., Adolphe Tabarant, résidant en Belgique, reçoit en 1886 un ordre officiel d’expulsion… mais il ne peut retourner en France parce que c’est le conseil de guerre qui l’attend. Il rejoint la Suisse avec sa femme et y connaît une misère noireLa Foi du marbrier : Louis Bertrand (1856-1943), Pierre Van Den Dungen. Voir également la presse vaudoise de février 1888, notamment Le cas de M. Tabarant dans le Nouvelliste vaudois du 14/02/1888 ..
De retour à Paris en , il assiste au Congrès socialiste international qui se tient dans la salle des Fantaisies parisiennes, rue Rochechouart à Paris. La même année, le , il fonde le Club de l'Art social – qui tient ses réunions hebdomadaires à la Revue socialiste, 8 rue des Martyrs à Paris – Pour Tabarant, « l'art social » s'oppose à « l'art pour l'art » considéré comme individualiste. Il y rencontre Léon Cladel, J.-H. Rosny aîné, Jean Ajalbert, Lucien Descaves, Camille Pissarro, Auguste Rodin, Jean Grave, Louise Michel, Henry Bérenger, Napoléon Roinard, Rodolphe Darzens, Benoît Malon... Ce Club ne vit que quelques mois et s’éteint en ..
Il écrit pour la Revue Moderne, un poème, véritable pamphlet, contre le très influent critique d’art conservateur Albert Wolff « figariste, balourd, dénué de goût mais pourvu d’une infernale autorité boulevardière ». Ce texte sera ultérieurement repris dans le recueil Peinture sous vers. Il se souviendra aussi, dans Peinture sous vers de personnages rencontrés au tournant du siècle : Van Gogh, « dos rond, descendant de Pigalle », Toulouse-Lautrec qui « sifflait des liqueurs bizarres, tout d’un trait », Gauguin dont il gardera « dans l’oreille le bruit de ses sabots claquant comme des castagnettes ».
Il s’essaye à l’adaptation en 5 actes du roman d'Balzac, Le Père Goriot. Ce travail, à l’issue de représentations au Théâtre-Libre, se fera étriller par Félix Fénéon dans Le Chat noir du . Au mépris des droits de la tombe, contraindre Balzac à une collaboration, comme fait M. Adolphe Tabarant, c’est peu révérencieux. Mais, du moins, pouvait-on penser qu’un tel escaladeur de cimetières littéraires garderait cette belle hardiesse et ne voudrait voir, dans l’épisode de roman dont il s’emparait, que matière première à repétrir à sa guise en vue d’une œuvre dramatique ayant sa beauté propre et donnât, par d’autres artifices, l’équivalent de l’original. Point. Toutes ses velléités de nouvelles adaptations théâtrales cesseront dès ce jour.
En 1891, sous le pseudonyme de Jean Gorsas, il publie, Talleyrand : Mémoires, lettres inédites et papiers secrets, chez Albert Savine.
Le , Adolphe Tabarant raconte dans Le Figaro qu’une pièce a été jouée dans un appartement de Ménilmontant, par trois compagnons amateurs, devant un auditoire d’anarchistes : J’ai vu quelque chose de beau et d’informe, une pièce écrite à la diable, apprise à la diable, mais belle de force et de grandeur dans son rudiment d’esthétique. On sourira de cette représentation dans une alcôve, devant un si exotique auditoire On ne veut pas révéler au journaliste l’identité de l’auteur. Il apprend tout de même que ce dernier était tourneur sur bois, consacrait tous ses loisirs à l’étude, écrivait anonymement pour les journaux anarchistes, était mort à 22 ans de phtisie.
Collaborateur à L’Endehors., hebdomadaire libertaire fondé par Zo d'Axa, il est un des premiers souscripteurs à la campagne de dons lancée par le journal, en faveur de Ravachol. Il fait suivre son don de la mention « en protestation contre la lâcheté de l’individu Lhérot »Jean Lhérot, ancien zouave travaillant comme serveur dans le petit restaurant de son beau-frère, fut celui qui signalât à la police la présence de Ravachol, provoquant ainsi son arrestation. et continue son attaque dans un papier dans l'Endehors : « Un nom vomi avec dégoût par toutes les bouches honnêtes et libres, un nom qu’on ne soufflettera jamais assez, digne de rester au dictionnaire des lâchetés bourgeoises comme un synonyme de trahison applaudie, de mouchardise érigée en devoir… ». Il reste un fidèle ami de Zo d'Axa et, quand celui-ci est contraint à l'exil, il héberge son chien, Ritch, chez lui à Conflans. En , il relate pour L’Endehors, l’attente de l’exécution de Ravachol à Montbrison comme s’il y était, alors qu’il ne quitta jamais Paris. C’est Louise Michel qui sur place commente pour ce même journal cette exécution.
Toujours dans le domaine journalistique, il tente une brève expérience (1891 - 1892) de création d'Agence de presse, « Correspondance de la presse départementale » dont la vocation est de fournir à prix réduits des articles et des chroniques de jeunes. L'agence est montée avec François de Nion, et Adolphe Tabarant avance comme collaborateurs les noms de Jean Ajalbert, Paul Adam, Henry Fèvre, Émile Goudeau.
En 1893, il publie, à l’enseigne de la Librairie socialiste, 51, rue Saint-Sauveur à Paris, le Petit catéchisme socialiste, dédié à Alfred Defuisseaux auteur du Catéchisme du peuple. Ce manuel rencontre immédiatement un gros succès. Le prix de vente était de 10 centimes. Les éditions Stock le reprennent à leur catalogue avec un premier tirage de . Cette nouvelle édition est dédiée à Jules Guesde et Jean Jaurès. C’est au total de cette plaquette qui seront vendus jusqu’en 1938.
1893 est aussi l’année de la parution de son deuxième roman L’Aube, reconstitution des débuts de la Révolution de 1789, chez Charpentier & Fasquelle, qu’il dédie à Edmond de Goncourt. Lors de sa réédition, en 1938, Tabarant se souvient et raconte : « Tiré à … C’est dédié à Goncourt, c’est Zola qui a porté le manuscrit à Charpentier, et je garde un souvenir ému à Alphonse Daudet qui fut un des plus cordiaux patrons du livre ». Il a en tête à cette époque l’écriture d’un autre roman, L’Inconnaissable et d’un volume de critique, Les Femmes de Zola. Ses éditeurs annoncent également une nouvelle collection, La grande enquête, destinée à recueillir sous une forme romanesque « un vaste inventaire de la Société actuelle, et de dégager les au-delà sociaux ». Tabarant est le premier nommé sur la liste avec un volume à paraître pour l’année 1894. Ce projet, dont la forme d’écriture a séduit Tabarant, se révèle sans suite mais bien des années plus tard, il livrera quelques titres répondant aux critères fixés par Charpentier & Fasquelle. Le , il participe au déjeuner offert en l’honneur de Zola par l’éditeur Charpentier & Fasquelle au Chalet des Îles, au Bois de Boulogne. Il s’agit de célébrer l’achèvement du cycle des Rougon-Macquart. Tabarant portera un toast, Yvette Guilbert y chantera.
Le , l’anarchiste Vaillant lance une bombe dans la Chambre des députés. Laurent Tailhade, « floriculteur mystique » dixit Le Petit Bottin des lettres et des arts, manifestera son admiration avec ces mots : « Qu’importent les victimes si le geste est beau ». À ces mots, Tabarant dans La Petite République répondra : Un raté de la littérature symboliste, venu de l’anarchie par suite de constipation cérébrale, s’est, au dessert d’un banquet de La Plume, réjoui publiquement de l’acte d’un fou, qui indigne et attriste aujourd’hui l’entière opinion publique. Entre poire et fromage, M. Laurent Tailhade s’est avisé de ceci : que le geste de Vaillant, lançant une bombe était un geste beau. Et ce constipé qui jadis, écrivit cette autobiographie : Au pays du mufle, a daigné prétendre, en grattant le derme de son fromage et en crachant son zeste de poire, que « peu importe la mort des vagues humanités si par elle s’affirme l’individu ». Il advint un duel, affaire courante à l’époque, réglé au pistolet le . Les témoins de Tailhade étaient Alfred Valette et Robert Scheffer, ceux de Tabarant, Henri Turot et Duc-Quercy. Les coups de feu tirés, aucun des protagonistes n'est atteint, ils repartent réconciliés. Tailhade, un peu plus tard, préfacera un ouvrage de Tabarant, Quelques visages de ce temps-ci, dans lequel il relate leurs démêlés passés.
Dans une nouvelle édition du Petit catéchisme socialiste, l’éditeur joint une prière d’insérer : « M. Adolphe Tabarant, qui se plaît à être, tour à tour, un littérateur affiné et un socialiste audacieux, continue la série de ses brochures de propagande, commencée par Le petit catéchisme socialiste, qui fit grand tapage l’an dernier, en publiant un Catéchisme socialiste du paysan… », illustrée par Steinlen.
Voisin à Montmartre de Paul Alexis, dont le pseudonyme pour Le Cri du peuple est Trublot, ils partagent un pavillon du Château des brouillards, 13 rue Girardon, « perché sur le maquis dans un nid de verdure, tout au faîte de ce Montmartre aux flancs gaillards », où logera ultérieurement Auguste Renoir. Lorsque Georges Renard, avec qui il était fâché, prend la direction de la Revue socialiste(1894), Tabarant met un terme à sa collaboration. Il devient rédacteur à la Revue de l’Époque, il sollicite des collaborations et se flatte d’avoir déjà obtenu celles de J.-H. Rosny, Jean Ajalbert, Geffroy, J. Case. Le , il écrit un premier article à propos de Maximilien Luce dans La République française. Il prend alors la direction de La Revue de l’Époque. Jean Ajalbert, avocat, proche des milieux impressionnistes, lui suggère de solliciter de certains jeunes auteurs, tels Gustave Coquiot ou Pol Neveux, des articles de critique. D’autres, plus installés, comme Gustave Geffroy, répondent bien volontiers à ses sollicitations. Frantz Jourdain, lui confie un article sur l’École des Beaux-Arts.
Le , on le retrouve au sommaire de La Renaissance en compagnie de Zo d'Axa, Fénéon, Paul Adam, coauteur du Petit Bottin des lettres & des arts, Laurent Tailhade, Charles Malato, Charles Vignier. Il signe dans L’Aurore du , la pétition pour la révision du procès d’Alfred Dreyfus, Dans une collection de Petites brochures d’enseignement et de combat socialiste il publie une plaquette intitulée Socialisme et antisémitisme, attaque en règle des thèses d’Édouard Drumont. Dans cette même collection, « le citoyen Tabarant » devait publier Les bases rigides du socialisme et un ouvrage de 500 pages in-18, Le Socialisme. Il est écrit que « cet ouvrage doit être considéré comme le plus grand effort qu’ait tenté jusqu’à présent le citoyen Tabarant ». Mais rien de tout cela ne parait.
Sous le pseudonyme de Masque Rouge, il signe des articles dans le quotidien anticlérical L’Action, fondé le et participe, le à la manifestation « Ni dieu ni maître » et au banquet, qui s’ensuit, où se retrouvent les rédacteurs de L’Action ainsi que Jean Ajalbert, Gustave Geffroy…
Le , il collabore à La Plume, nouvelle manière, ressuscitée par René Le Gentil.
Le , il fonde avec le dessinateur Joseph Siret, un hebdomadaire satirique, La Griffe.