Gérard de Toul est le évêque de Toul titulaire de 963 à 994. Le saint lorrain canonisé en 1051 est mort au palais épiscopal de Toul le . Il était fêté le jour du dans le diocèse de Toul et le dans le diocèse de Nancy et le diocèse de Saint-Dié ainsi que le , jour anniversaire de la translation de ses reliques en 1051. Au , comme le plus célèbre et populaire des pontifes toulois, ont été attribués plusieurs documents fauxSanti beati : San Gerardo di Toul Vescovo.

Un successeur à l'épiscopat de Toul

Gauzelin, ancien notaire de la chancellerie royale au temps de Charles le Simple, est évêque de Toul dès 922. Il porte mitre et crosse pendant quarante ans. Ce réformateur de l'abbaye de Saint-Èvre et fondateur de l'abbaye Saint-Mansuy et l'abbaye de moniales à Bouxières-aux-Dames, garant de la pérennité de ce vaste diocèse en partie menacé, disparaît le . La cité touloise ne parvient pas à proposer un successeur digne d'être présenté au roi de Germanie, elle craint de froisser le pouvoir. Ses chanoines demandent l'intercession du jeune frère du roi de Germanie Othon alors en Italie, Brunon, archevêque de Cologne et duc de Lotharingie. L'archevêque de Cologne qui est le premier personnage public de Lotharingie est aussi à la tête de la régence provisoire du Nord de l'imperium saxon.

Le doyen du chapitre cathédral de Saint-Pierre de Cologne lui propose un jeune chanoine, cellérier de son chapitre. Gérard consulté par son supérieur refuse. Brunon insiste pour qu'il accepte la succession de Gauzelin. Il est fort possible que Brunon ait accepté de garantir le montage financier de l'élection que la famille de Gérard pourrait hésiter à couvrir. Remarquons que l'initiative de nomination de Brunon ne concerne que Toul. L'épiscopat de Metz, vacant peu après et pendant trois années, n'est attribué qu'après le retour du souverain Othon à Thierry Ier, cousin de la lignée impériale. Toul est une cité périphérique, d'une importance mitigée. Il lui faut trouver un bon organisateur fidèle à la famille impériale saxonne.

Le choix de Gerardus Gérard, en réalité Gerard(h)us en latin d'église et Gerhard(t) en langue tudesque de ses ancêtres, naît à Cologne en l'an 935. D'après ses hagiographies, ses parents de grande noblesse, eux-mêmes exemplaires, Ingramne et Emma, veillent à donner à l'enfant une solide éducation savante et chrétienne. Élève du Chapitre auprès de la cathédrale, il se sent rapidement appelé à la vie sacerdotale. Une fois devenu prêtre, cet homme remarquable par son humilité aurait poursuivi ses études et prêché dans les paroisses de la ville, tout en accomplissant les tâches de cellérier du chapitre.

Dans cette approche descriptive qui gomme l'âge, Gérard ne peut que devenir un candidat idéal à 28 ans. Il est inconnu lorsque le chapitre de Toul envoie une délégation à l'archevêque de Cologne afin de donner un successeur à feu Gauzelin, leur évêqueL'évêque proposé à l'élection était soit désigné, soit accepté en dernier recours par le souverain. Otton de Saxe était en Italie à cette date, d'où la délégation du chapitre à Brunon, qui avait titre de duc ou roi de Lotharingie.. Le conseil de Brunon à Cologne ne peut que valider ce choix, à l'unanimité. La surprise du pieux Gérard et son premier refus par humilité, avant son acceptation contrainte, semblent logiques.

Un pan de la vie religieuse et politique est irrémédiablement effacé dans ce récit. L'historien n'a aucune preuve que le chanoine Gerardus soit déjà prêtre. Mais il devra être dûment ordonné avant de recevoir la crosse épiscopale. Pour la commodité du prêche et des visites pastorales, il devra apprendre les différentes langues romanes de son diocèse.

Le médiéviste peut concevoir que le candidat soit d'une famille à la fois honorable, recommandée par ses services à la maison saxonne et suffisamment fortunée pour assumer les frais de l'élection. Il peut douter à bon droit de l'effacement de concurrence de grandes familles touloises ou lotharingiennes. L'hostilité radicale de quelques familles comtales est connue pendant l'épiscopat de Gérard. L'investissement de la charge, à la fois financier et humain, réclame une bonne disposition à long terme de la famille de Gérard et de nombreux appuis. Ancelin ou Azelin, frère de Gérard, est comte de Toul après la mort du comte Wido. Les archives mentionnent : Azelinus, comites tullensis, fratris Domini Pontifucis. La gestion et la défense temporelle de l'évêché représentent une partie capitale pour assurer la permanence de l'évêché dans un monde en rivalité.

Gérard est sacré le par l'archevêque métropolite à Trèves. Il devient ainsi le évêque de Toul.

Vie et œuvre d'un évêque othonien Sur de grands plans, Gérard s'affirme en continuateur de Gauzelin. Des éléments hagiographiques lui font porter un regard sceptique sur les actes de son prédécesseur. Mais il finit par se convaincre d'une bienheureuse élection post mortem de Gauzelin auprès de saint Apollinaire. La tradition orale rapporte que Gauzelin, généreux prélat et bon vivant, était assez dépensier, souvent hâbleur et habile à la louange sur ses succès de gestion épiscopale. Loin de sa bonne parole, il aurait laissé l'évêché dans un triste état financier et pratiquement dépourvu de ressort diplomatique et politique. Beaucoup de ses fondations sont d'ailleurs incomplètes. Gérard s'efforce de clore avec difficulté ses entreprises. Lucide, il tente en vain de redresser le prestige et le poids politique de l'évêché dont les pouvoirs temporels sur le diocèse se sont émiettés depuis trois siècles.

Fidélité à la famille régnante

Les diplômes attestent que Gérard a multiplié les visites de révérence au souverain. En 965, il est présent à la diète de Cologne et obtient le d'Othon la confirmation des biens des abbayes de Saint-Èvre, Saint-Mansuy et des Dames de Bouxières. En 975, il obtient d'Othon II, après son couronnement, la restitution à son église du petit chapitre de Saint-Dié. Peu après la mort du souverain, le , il se recueille sur son tombeau et affirme son soutien au conseil de régence et à la chancellerie impériale. Il en obtient confirmation de la précédente donation contestée par des rivaux. Le voyage à Rome en 983 et surtout le retour début 984 a été long et pénible. Vieillissant et ne se déplaçant plus guère en dehors de son diocèse, il maintient par une abondante correspondance auprès du clergé la légitimité d'Othon III, enfant retenu captif par le duc de Bavière.

Nous n'avons qu'une faible connaissance des services divers qu'il rend au pouvoir saxon. Sa fidélité à la dynastie régnante semble sans faille. Il exécute le programme religieux de l'archevêque de Cologne Brunon qui exige un rapprochement, voire une uniformisation des cultes lotharingiens, induisant la faveur de quelques puissants centres rhénans ou mosellans, Cologne, Mayence ou Trèves. Gérard récompense en pieuses informations ou en saintes reliques glanées çà et là les sanctuaires de sa région natale de Cologne, également chère à Brunon. Il expédie par exemple la quasi-totalité des reliques de saint Élophe à Cologne. L'évêque de Toul aurait fait trois parts des restes de saint Élophe à Solimariaca, chaque tiers à l'usage respectif de Toul, Cologne et du lieu-sanctuaire. Mais la translation du demeure un véritable larcin selon la tradition locale.

Une lutte temporelle incessante Sous couvert de fraternité ou d'amitié déclarée, les relations avec les ducs de Haute-Lotharingie et les autres prélats, à commencer par Thierry , évêque de Metz, sont délicates et dangereuses.

Les premiers cherchent à constituer avec une férocité aiguillonnée par leurs échecs répétés, une principauté sous leur allégeance exclusive. Le duc Frédéric Ier, duc de la Haute Lotharingie dès 959, se montre d'abord menaçant. Puis il cherche à se rapprocher de Gérard en position délicate et en quête de paix. En , Gérard obtient restitution à son chapitre des territoires de l'ancienne abbaye Saint-Martin à Saint-Martin-sur-Meuse.

Frédéric projette d'ériger un château sur le promontoire de la ville de Bar afin de contrôler la vallée de l'Ornain. Or les terres convoitées appartiennent à l'église de Toul. Les deux protagonistes soldent provisoirement leurs nombreux conflits en s'accordant sur un transfert de biens. Gérard prend des domaines du duc, qu'il redonne en précaire au duc avec la ville et le promontoire. Mais, en 973, les abus de la maison d'Ardennes sont telles que Gérard fait confirmer avant d'agir les biens et privilèges de son église par le nouveau roi Othon II.

À la mort de Frédéric en 978, la régence de son épouse Béatrix ouvre une période forcée de bonnes relations jusqu'en 984. Leurs possessions appartenant à l'église de Toul ont un statut viager. Leur fils Thierry Ier montre l'ambition princière de la maison d'Ardennes. Afin de calmer ses ardeurs, Gérard l'aide à obtenir l'avouerie pleine et entière des abbayes épiscopales de Moyenmoutier et de Saint-Dié. Notons que ces abbayes vosgiennes ont perdu leur statut royal vers 970. Mais l'évêque et la maison d'Ardennes, ici alliée, éprouvent une résistance à prendre part au dépeçage de leurs nombreux biens en Chaumontois et Alsace, et n'obtiennent en pratique que des droits restreints de leurs anciens officiers royaux et autres administrateurs rassemblés en une coalition à la fois messine et alsacienne. Les litiges se multiplient. Mais au terme des procès, le pacte ratifié par la régence d'Othon III en 984 indiquent que les deux abbayes doivent revenir de droit à l'évêché toulois. Les cloîtres saint Hydulphe et saint Dié deviennent en droit des bénéfices au profit du patrimoine du siège de l'évêque toulois. Gérard a droit d'investiture et de contrôle de la manse, en plus de la jouissance des bâtons abbatiaux. Les moines lui doivent le serment de fidélité. Gérard entreprend des voyages à Moyenmoutier et dans le val de Galilée pour contrôler l'exécution de la justice qui lui donne jouissance immédiate des deux monastères. Il emporte notamment une cloche du clocher médianimonastérien, placé sur un char tracté par douze bœufs. Le libellus, récit rédigé par un moine de Moyenmoutier, indique avec humour que la lourde cloche ne sonne jamais correctement à Toul et revient, à la fois, légère et dotée d'une voix joyeuse, lors de sa restitution à son monastère d'attache.

Thierry et sa mère Béatrix qui ont reçu l'avouerie des abbayes épiscopales oublient les services du patient évêque et multiplient les abus sur les terres épiscopales. Les seconds ont happé une grande partie du Saulnois et une fraction des marges vosgiennes du nord, en particulier l'abbaye de Senones et les environs de Rambervillers. La minoration de Gérard est d'autant plus facile que les évêques de Metz appartiennent à la proche famille ducale, celle des premiers.

Gérard parvient au terme d'un ultime procès à faire condamner Béatrix et son fils Thierry pour leurs abus vosgiens. En plus d'un statut d'avoué précaire, ils doivent laisser une dizaine de villages au voisinage de Bar, d'Ancerville et de Vaubécourt.

Les chanoinesses d'Andlau en Alsace qui gèrent la fondation d'Etival et celles de Remiremont, fortes de leur statut de plus haute noblesse d'Empire, l'excluent sans discussion de leurs biens d'abbayes. Dans leurs voisinages émancipés, naissent des entités politiques qui se réclament de semblables obédiences. Elles semblent faire front autant à la puissante maison d'Ardennes qu'à la petite influence épiscopales touloise. Pourtant, Gérard délesté de ses encombrants protecteurs autoproclamés parvient à prendre des appuis, plus facilement auprès des habitants des bans ou des modestes abbayes de Bonmoutier et de Saint-Dié qu'auprès de la puissante abbaye de Moyenmoutier rénovée par les moines de Gorze.

Un évêque appliqué à la pastorale