La thérapie rationnelle-émotive (abrégée parfois PCER, TCER, TREC, TER, en français; ou RT, RET puis TREC en anglais) est une pratique psychothérapeutique empirique et directive, à fondements philosophiques, qui vise à soulager les individus souffrant de difficultés psychologiques (émotion et comportement). C'est une des principales formes de psychothérapie cognitivo-comportementale. Elle a été développée par Albert Ellis à partir de 1956 sous le nom de Ellis, A. (1957), « Rational psychotherapy and individual psychology », Journal of Individual Psychology, 13, 38-44.. En 1959 cette méthode prit le nom de et en 1992 celui de (TREC).
__FORCETOC__
Origine et histoire Historiquement, les thérapies se sont d'abord intéressées aux aspects comportementaux, avec le courant behavioriste, puis aux aspects cognitifs via l'élaboration par Albert Ellis et Aaron Temkin Beck, dans les années 1950, de ce que l'on appelle aujourd'hui la deuxième vague des thérapies cognitivo-comportementales (TCC). La troisième vague des TCC, plus tardive, se focalise sur les aspects émotionnels.
Albert Ellis a suivi le même cheminement lorsqu’il a fondé la thérapie rationnelle puis la thérapie rationnelle émotive qui deviendra ensuite la thérapie rationnelle émotive comportementale.
Principaux théoriciens Albert Ellis, qui s'identifie lui-même comme le grand-père de la TCC, a fondé la théorie rationnelle émotive à partir de l'ouvrage Reason and emotion in psychotherapy, publié en 1962, dans lequel il développe ce qu'il appelle au départ la thérapie rationnelle. Après avoir obtenu son doctorat en psychologie et avoir exercé pendant plusieurs années en tant que psychothérapeute d'orientation psychanalytique, il doute des résultats de son travail et se replonge alors dans la théorie des thérapies comportementales qui l'avaient aidé plus jeune. La TREC conçu par Ellis diffère des autres thérapies cognitives en cela qu'elle privilégie le côté humaniste qui repose sur l'idée que le but essentiel de la vie est le bonheur. L'élaboration de son modèle thérapeutique est une tentative de conciliation d'une approche scientifique du psychisme, accessible par un langage vulgarisé pour le profane. En l’occurrence, le vocabulaire thérapeutique qu'il développe va s'adapter à la culture et aux préoccupations de la classe moyenne blanche new-yorkaise des années 1960.
Sa théorie s'appuie sur l'idée que nos schémas de pensées irrationnels sont la principale cause de notre détresse émotionnelle. Cette idée rencontre de nombreuses résistances de la part des psychologues universitaires de l'époque. Hormis Rudolf Dreikurs, les psychologues contemporains d'Ellis sont principalement d'orientation "expérientielle" , "rogérienne" (c'est-à-dire praticiens en psychologie humaniste de Carl Rogers) ou "comportementaliste". Albert Ellis est le premier clinicien à rédiger des écrits à l'attention d'un public profane qui trouve sa théorie utile dans la vie au quotidien. Ses écrits permettent aux lecteurs de faire des changements sur eux-mêmes en luttant contre leur philosophie négative et en œuvrant sur leur faible tolérance à la frustration. La plume prolifique d'Ellis et ses interventions publiques finissent par attiser la curiosité d'autres psychologues, qui petit à petit, vont expérimenter et s'adonner à de la recherche dans l'objectif de démontrer l'efficacité de la TREC.
Influences La pensée d’Albert Ellis s’est construite autour de nombreux concepts philosophiques et d’écrits d’auteurs plus modernes qui ont exercé une influence importante dans la formation de ses concepts.
Psychanalyse
Bien que formé à la psychanalyse, et avec une supervision avec Richard Hulbeck (formateur à l'institut Karen-Horney, et élève d'Hermann Rorschach), la pratique d'Ellis était dès le départ peu orthodoxe, particulièrement centrée sur les thématiques liées à la sexualité. Convaincu que la psychanalyse était la forme la plus efficace de thérapie en 1947, il fait son analyse avec le groupe de Karen Horney, mais sa confiance dans la psychanalyse décroit rapidement.
En 1942, les écrits de Karen Horney sur ce qu’elle nomme « la tyrannie des exigences » et les dangers qui en résultent ont influencé la pensée d’Ellis qui reprendra cette notion considérant les exigences comme principale source de malheurs des êtres humains. Cependant, il se détachera peu à peu de la pratique de psychanalyse pour la rejeter dans son ensemble.
Il a eu à cœur d'élaborer une "psychanalyse opérationnelle" et notamment de traduire les concepts psychanalytiques qui lui semblaient pertinents en notions observables et opérationnalisables. Il prend par exemple la notion de libido. Ses échanges avec Michael Scriven, sont éclairants à ce sujet.
Philosophes de l'Antiquité La philosophie stoïcienne constitue une source épistémologique influente concernant les thérapies cognitives. Albert Ellis attribue à Epictète une influence importante sur sa pensée quand il lit dans l’Enchiridion Cette citation met en évidence les liens entre émotions et pensées automatiques où les stoïciens prônent la domination de la passion par la raison. Cette recherche du bonheur se retrouve aussi chez Marc Aurèle ou encore Sénèque. Des aspects fondamentaux mentionnés dans la théorie d’Albert Ellis sont présents dans de nombreuses pensées traditionnelles comme la doctrine d’Épicure et chez les philosophes asiatiques comme Bouddha.
Les comportementalistes À , en proie à de l'anxiété et de la timidité, Ellis lutte contre ses émotions autodestructrices à l'aide de lectures traitant de différentes techniques issues des thérapies comportementales, il s'appuiera sur les travaux des comportementalistes pour construire la TREC. Le conditionnement et les techniques comportementalistes sont alors utilisés comme un outil d'action sur ce qu'Ellis considère le plus important, c'est-à-dire les cognitions. En effet, Albert Ellis créé un lien entre le conditionnement théorisé par John Broadus Watson et l’auto conditionnement de croyances négatives qu'il qualifie de pensées irrationnelles (dogmatiques et absolues) par opposition aux pensées rationnelles (souples et relatives).
Logiciens Pour développer sa théorie rationnelle émotive, Albert Ellis s'est appuyé sur différents logiciens, notamment Bertrand Russell qui soutient l'idée d'une philosophie rationaliste et qui s'appuie sur la logique pour éclaircir les problèmes philosophiques. Ainsi, la TREC se sert de la philosophie de l'humanisme éthique qui rejette la déification et la diabolisation des humains. De plus, les travaux des sémanticiens généralistes ont influencé Ellis, notamment avec l'idée que le langage a un fort pouvoir sur notre pensée et que nos processus émotionnels reposent fortement sur la manière dont nous organisons notre pensée par le langage. La pensée d'Alfred Korzybski a influencé Ellis dans le rôle que joue le langage et la logique sur notre cognition. En effet, les phénomènes de catégorisation et de généralisation, induits par le langage, enferment la pensée dans une apparente rationalité. Un exemple est le raisonnement binaire (A ou non-A) qui exclut du champ des possibles toute autre possibilité. Il s'agit également de distinguer les faits de leur interprétation, principe que l'on retrouvera dans le modèle théorique de la TREC. Modèle théorique La philosophie est au cœur de la thérapie rationnelle émotive, car elle s’appuie sur une compréhension philosophique de la vie, guidant la thérapie. Albert Ellis oppose notamment la TREC à d'autres formes de TCC qui n'apprennent pas aux clients à penser par eux-mêmes, mais uniquement des solutions adaptatives (). Elle reprend notamment les idées des stoïciens, selon qui les événements externes ne causent pas directement les émotions des individus, mais plutôt les croyances et les pensées qu'ils en ont.
La TREC considère que les émotions sont liées à nos pensées, et que la thérapie doit se concentrer sur la modification de ces pensées pour améliorer le bien-être émotionnel des individus. Les praticiens de la TREC la considèrent comme une thérapie humaniste, en opposition avec les autres thérapies cognitives, en raison de l'importance qu'elle accorde au développement de l'autonomie et la responsabilité individuelle, ainsi que le principe d'acceptation inconditionnelle de soi-même et des autres.
Les insights Les "insights" ou connaissances essentielles de la TREC constituent les prises de conscience par lesquelles le patient doit passer pour avancer dans la thérapie. Les trois principales sont les suivantes :
Les perturbations individuelles proviennent essentiellement de la perturbation créée par soi-même. Les perturbations commencent dans la petite enfance. Elles se maintiennent dans le temps car les individus continuent de s’inventer des devoirs et obligations, celles-là mêmes auxquelles ils étaient habitués dans leur jeunesse. Les habitudes destructrices de pensée, de sentiment et d'action sont généralement si enracinées qu'il n'y a probablement pas d'autre moyen que le travail et la pratique continus pour les minimiser et les atténuer.
Ces "insights" constituent des métacognitions au sujet des croyances et du fonctionnement cognitif de l'esprit humain. Ils ont été théorisés ultérieurement dans le cadre de la par Steven C. Hayes.
Pour Ellis, les principes de vie rationnels qui conduisent au bonheur sont les suivants:
Intérêt pour soi-même Intérêt pour les autres Autonomie Acceptation de soi Tolérance à l'égard des autres Hédonisme à court et à long terme Engagement dans des activités et poursuites créatives et enrichissantes Prise de risque et expérimentation Tolérance élevée à la frustration et volonté Résolution de problèmes Pensée rationnelle et flexibilité
Objectifs de la thérapie
Élaborer des cognitions, sentiments et comportements appropriés afin de réduire la souffrance psychique Les objectifs de la TREC sont d'élaborer activement avec le client des cognitions, des sentiments et des comportements appropriés afin de réduire la souffrance psychique. En aidant les individus à comprendre leurs pensées irrationnelles et à les remplacer par des pensées plus rationnelles, le bien-être émotionnel et comportemental peut être amélioré. En effet, en agissant sur la réduction de la frustration, découlant de la non-satisfaction du désir, on peut augmenter le bonheur. Le terme "rationnel" dans la TREC ne renvoie pas à une approche logique ou philosophique. Il faudrait plutôt utiliser les adjectifs : adapté, sain, positif ou fonctionnel.
Explications principales des pathologies et souffrances mentales Dans la TREC, l'accent est davantage mis sur les croyances irrationnelles plutôt que sur les modes de fonctionnement cognitifs. Cependant, quelques modes de pensée dysfonctionnels sont soulignés, même s'ils sont beaucoup moins développés que dans d'autres thérapies comportementales et cognitives.
Généralisation excessive Voir aussi : Distorsion cognitive#Généralisation excessive
La TREC rejoint l'approche d' Aaron Beck sur cette distorsion cognitive qui consiste à généraliser des faits de façon excessive et inappropriée. Les conclusions qui en sont tirées par l'individu sont fautives d'un point de vue logique et ont généralement un impact négatif sur les cognitions de l'individu.
La perturbation secondaire (ou seconde flèche) La perturbation secondaire fait référence à la réaction émotionnelle négative que nous avons envers notre propre réaction émotionnelle initiale à un événement donné. Pour Albert Ellis, ce n'est pas tant l'événement lui-même qui cause notre détresse émotionnelle, mais plutôt notre interprétation, notre pensée à son sujet.
Les gains secondaires