Cobra (graphie CoBrA) ou l’Internationale des artistes expérimentaux (IAE) est un mouvement artistique validé à Paris en 1948 par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret et par les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn en réaction à la querelle entre l'abstraction et la figuration. Ce mouvement publie la revue Cobra (1948-1951). Il se disloque partiellement à partir de 1949 après l'exposition internationale au Stedelijk Museum Amsterdam, et définitivement sur déclaration en 1951Connaissance des arts , décembre 2008, .. Ce qui ne signifie pas la fin de la production d'œuvres dans le prolongement de Cobra, qui est au contraire beaucoup plus riche et plus libre après Cobra pour la plupart des artistes que ce mouvement a dynamisés.

L'avant-Cobra Peu avant la fondation officielle de Cobra, ou pratiquement en même temps, le Groupe Hollandais Expérimental (C'est bien Groupe Hollandais Expérimental que les artistes avaient baptisé leur association et non  (Groupe expérimental néerlandais) qui n'existe pas.Christian Dotremont dans .), est fondé à Amsterdam en par Karel Appel, Constant, Corneille, Theo Wolvecamp et de nombreux artistes néerlandais, en révolte contre l'art culturelque dénonçait Jean Dubuffet.. Ce groupe publie en septembre- la revue Reflex où déjà s'annonce le mouvement CoBrA, et qui marque la constitution du Groupe Expérimental Hollandais..

Ainsi se forment les prémices de Cobra, que les artistes du Groupe Hollandais Expérimental vont rejoindre et co-fonder.. Jean-Michel Place publie un texte de Christian Dotremont écrit le , en introduction au livre-hommage Cobra 1948-1951 :

Historique

Le nom est l'acronyme de, Copenhague, Bruxelles, Amsterdam, du nom des villes de résidence de la plupart des membres fondateurs : Christian Dotremont, Jacques Calonne, Joseph Noiret, Asger Jorn, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Carl-Henning Pedersen, Constant, Corneille, Jan Nieuwenhuys, Pol Bury, Georges Collignon, Henry Heerup, Egill Jacobsen, Ejler Bille, Jacques Doucet et Jean-Michel Atlan.

Le nom est validé le par un texte intitulé La Cause était entendue, rédigé par Christian Dotremont sur un coin de table du café Notre-Dame à Paris. Il contient les quelques données de base qui sont celles de Cobra Il ne s'agit pas de créer un groupe ou une élite exclusive, avec un programme précis, mais d'inviter à une aventure collective, projet qui ne peut se développer que si chacun porte en soi, selon Jorn, sa force de travail. Avant même cette déclaration écrite Jorn et Dotremont s'étaient déjà rencontrés pour créer une demi douzaine de peintures-mots, des petites toiles expérimentales sur l'émergence simultanée de la peinture et de l'écriture.

Willem Sandberg alors directeur du Stedelijk Museum Amsterdam a été l'un des premiers à pressentir l'importance de CobraWilliam Sandberg le précurseur. Il l'a accueilli comme un groupe dans son musée dès , ce qui explique le grand nombre d'œuvres Cobra que le musée conserve. On y trouve plus d'une soixantaine de tableaux de Eugène Brands de 1948 à 1951 et jusqu'en 1999 visibles sur la collection en lignefaire défiler les tableaux jusqu'à BR, chaque tableau n'est pas toujours accessible individuellement quand il y a un problème technique, et il a favorisé l'évolution ultérieure des artistes. Dans un bref prologue à l'exposition de 1949, il rappelle que Cobra est à la fois né de et contre un certain contexte historique : celui de l'après-guerre, ce qui donne aux œuvres une valeur de témoignage.

L'architecte néerlandais Aldo van Eyck fut un des scénographes des expositions du groupe.

Le mouvement commence à se disloquer dès la première « grande exposition internationale d'art expérimental » en 1949 au Stedelijk Museum Amsterdam , qu'une partie de la presse a qualifié de scandale .

Art et politique

Cobra est plus un groupe qu'un mouvement, des artistes qui souhaitent travailler collectivement comme le définissent Christian Dotremont d'une part, et Constant dans le manifeste qu'il publie en octobre- dans la revue Reflex : l’art doit être pratiqué par tout le monde, et pas seulement par des artistes reconnus.

Dans le premier numéro de Reflex, le manifeste de Constant est publié en réponse à l'appel lancé par Jorn dans Helhesten. Appel à une révolution dans l'art, au travail collectif des artistes, à la libération de l'art, à la non-conformité. Constant annonce la fin de la culture individualiste liée à la société bourgeoise, et pose comme conséquence la nécessité de découvrir de nouvelles lois pour une nouvelle esthétique qui sera celle de l'art Populaire.

Selon Constant, dont les idées seront reprises dans les bases de Cobra,

Cobra est hostile à André Breton. Par la voix d'Asger Jorn et de son Discours aux pingouins qui résume les objectifs de Cobra : Jorn s'en prend à l'automatisme psychique pur prôné par André Breton..

Les artistes préconisent la spontanéité dans l'art. Cobra se caractérise par une effervescence de l'activité créatrice, par un intérêt pour les arts primitifs (art viking, calligraphie orientale, expressionnisme, art préhistorique, art médiéval), naïfs et populaires notamment les créations d’enfants ou des handicapés mentaux, rejoignant ainsi la dynamique de l'art brut qui apparait clairement dans le de la revue Cobra où sont publiées des lettres de Jean Dubuffet et Gaston Chaissac, et dont le thème central est : l'art populaire..

Certains artistes de Cobra viennent du surréalisme révolutionnaire comme l'indique le sous-titre du de la revue Cobra de porte le sous-titre « Bulletin pour la coordination des investigations artistiques » et « Lien souple des groupes expérimentaux danois (Høst), belge (surréalisme-révolutionnaire), hollandais Reflex », car c'est bien de la fusion de ces trois groupes que naîtra Cobra.. Ceux-là vont finir par rompre avec les communistes et le réalisme socialiste.

Car Cobra est aussi un mouvement politisé, du moins par certains de ses membres. Les plus actifs étant la fraction belge dont Christian Dotremont fait partie. C'est lui-même qui s'emploie à « dépolitiser » l'Internationale des Artistes Expérimentaux. Il Ce pamphlet marque la rupture définitive de Dotremont avec les organisations communistes. Il dit devenir de plus en plus anti-politique, et dans le même temps, il écrit à Alechinsky, qui a été attaqué personnellement par Les Lettres françaises :

La revue Cobra

Cobra publie régulièrement en s'appuyant à chaque fois sur une manifestation concrète, une revue intitulée Cobra dont le sous titre varie selon les numéros. Le premier est sous-titré BULLETIN POUR LA COORDINATION ES INVESTIGATIONS ARTISTIQUES, LIEN SOUPLE DES GROUPES EXPÉRIMENTAUX DANOIS (HOST), BELGES (SURRÉALISTES RÉVOLUTIONNAIRES), HOLLANDAIS (REFLEX)

Le premier numéro est publié à Copenhague après l'exposition Høst à laquelle participe le Experimentale Goep in Holland Son rédacteur en chef est le danois Robert Dahlmann-Olsen. Elle comporte une lithographie collective de Egill Jacobsen, Asger Jorn et Carl Henning Pedersen, des lithographies en couleurs de Bille, Jacobsen, Jorn, Pedersen, Le Discours aux pingouins de Jorn qui résume les objectifs de Cobra :

Fin de Cobra et l'Après Cobra

À la fin de l'année 1950, Paris devient la « ville Cobra », bien qu'au début, Les « Cobra Hollandais » Appel, Constant (qui ont reçu une bourse de séjour et une aide financière personnelle de Sandberg), s'y installent ainsi que Corneille qui, curieusement, n'a pas reçu de bourse.. Appel et Corneille logent d'abord dans la petite « maison des artistes danois de Suresnes » avant de refaire entièrement l'entrepôt de la Halle aux cuirs, rue Santeuildétruit depuis pour construire le Centre Universitaire Censier.. Karel Appel rapporte que ces travaux « leur ont coûté les yeux de la tête. » Cet endroit, interdit à l'habitation avait déjà abrité dans son grenier Dalí et Buñuel. Appel et Corneille y peignent et font la fête. Constant, à qui la précarité des conditions de vie rue Santeuil paraît insupportable, s'installe sous les toits Rue Jean-Baptiste-Pigalle. À l'automne 1950, Jorn vient se réfugier à Bruxelles aux Ateliers du marais, maison communautaire fondée par Pierre Alechinsky, puis à la maison des artistes danois de Suresnes, dans le plus grand dénuement..

Dès le début 1951, grâce aux soutiens actifs de Michel Ragon et Charles Estienne les Cobra exposent à la .

Le , l'exposition présente Stephen Gilbert, Alechinsky, Pol Bury, Hugo Claus, Collignon, Egill Jacobsen, Asger Jorn, Atlan, Doucet, Appel, Corneille, Österlin, Tajiri, Van Lint (avec un squatter : Georges Mathieu). Cette époque est aussi celle des querelles : Jorn et Constant ne veulent plus collaborer avec Dotremont, qui pourtant croit pouvoir publier un nouveau numéro de la revue Cobra à Copenhague grâce au concours du jeune poète Uffe Harer. Ce devait être le bilingue danois français, il restera à l'état d'épreuve ..

Pour beaucoup de peintres du mouvement comme Alechinsky

Dans les , Cobra et son cri sur un retour au naturel et à la spontanéité a ensuite été poursuivi d'autres mouvements, favorables à un retour au naturel, des Provos d'Amsterdam sur lesquels Constant eu a eu une importance considérable..

Le cri de liberté de Jorn a inspiré aussi les hippies en passant pas le .

L'importance donnée par la presse aux expositions de Karel Appel est comme un hommage renouvelé à Cobra. Appel en 2017 au Musée d'art moderne de la ville de ParisLe Parisien.Telerama Appel.Appel Connaissance des arts., alors que le même peintre a déjà fait l'objet d'une exposition-rétrospective au Centre Pompidou - Centre Pompidou Appel au centre Pompidou..

Principaux artistes En Belgique 200px|right|thumb|Le Cobra Museum pour l'art moderne à Amstelveen.

Au Danemark Bien que les origines stylistiques de Cobra soient en majorité danoises , seuls Jorn, Pedersen, et dans une moindre mesure, Balle, sortiront de l'habituel repli des artistes danois dans leurs pays. Le plus actif étant Jorn, travaillant sur tous les fronts, jusqu'à son adhésion à l'Internationale situationniste et à la fondation, en 1962 de l'Institut scandinave de vandalisme comparé

Aux Pays-Bas C'est sans doute dans ce pays que Cobra eut la plus grande importance : le mouvement expérimentaliste représentait une véritable révolution. C'est aussi dans ce pays qu'il a été le plus rapidement accueilli dans les lieux publics, malgré les premières années difficiles. Karel Appel rapporte que, devant la fresque Enfants interrogateurs qu'il avait peinte pour la cantine de l'hôtel de ville d'Amsterdam

En France la critique, en particulier Michel Ragon et Édouard Jaguer lui ont été favorables

En France Jacques Doucet Jean-Michel Atlan Ernest Mancoba Soshana Afroyim

En Allemagne Karl Otto Götz

En Suède Bengt Lindström

Artistes britanniques Stephen Gilbert

Œuvres par artistes

Cobra s'est poursuivi longtemps après Cobra selon Jean RaineC'est la raison pour laquelle on ne peut sélectionner uniquement les œuvres produites par chaque artiste entre 1948 et 1951. Mais au contraire s'efforcer de rendre compte du travail chacun d'eux autant que possible et aussi longtemps dans le temps que possibleNombre des œuvres répertoriées ici sont présentées dans les ouvrages de Jean-Clarence Lambert, Willemijn Leonore Stokvis, Jean-Michel Place, mais il y a un risque sur la localisation qui a pu être modifiée depuis comme on le voit pour certaines références données par le magazine des arts 2008. Le collections en ligne des musées, lorsqu'elles sont accessibles sont à préférer. Notamment pour des artistes comme Pierre Alechinsky : Cobra s'est totalement passé après Cobra, sa première exposition parisienne a eu lieu à la galerie du Ranelagh en 1964. C'est également le cas de Mogens Balle. Au cours des années suivantes, le langage des artistes Cobra, reconnus comme les initiateurs d'une mythologie figurative, se répandit comme une trainée de poudre dans le monde entier.