La chapelle Notre-Dame-de-Pitié est située sur le territoire de la commune de LugnyElle relève, à ce titre, de la paroisse Notre-Dame-des-Coteaux en Mâconnais, qui a son siège à Lugny.. Construite un peu à l’écart sur une petite butte (superficie : ), elle domine les maisons et le vignoble de Fissy, en harmonie avec le site et le bâti de ce hameau.
Bien que partiellement rebâtie – et agrandie – en 1823 d'après des plans dressés par l'architecte Roch fils de Mâcon, cette chapelle a gardé le plan, une partie des murs et l’esprit du volume roman primitif : « La chapelle, telle qu'elle apparaît de la route sur son éminence rocheuse, est une construction du milieu du siècle, très apparentée à l'église de Lugny, où se reconnaît la main, probablement, du même architecte. Vue de près, elle montre un plan bien orienté assez proche de celui de la chapelle Saint-Laurent de Tournus et, vers l'abside à chevet plat, des maçonneries anciennes et des interventions anciennes (fin du Gothique). L'édifice actuel, à l'exception du clocher reconstruit, pourrait être seulement l'actualisation d'une petite église romane dont elle garde l'orientation et à peu près le volume. » a écrit Michel Bouillot« Fissy, hameau de Lugny, village vigneron du 19 siècle », article de Michel Bouillot paru dans la revue « Images de Saône-et-Loire » n° 105 de juin 1996, pages 15 à 20..
Histoire thumb|190px|right|La chapelle de Fissy au début des années 70. L'édifice est cité dès le début du , dans une bulle du pape Calixte II de 1119Bulle datée du 10 mai 1119, le pape Calixte II séjournant à cette date au prieuré clunisien de Sauxillanges (Pierre Juénin [éd.], Preuves, pp. 145-147) : Caetera etiam quae per reverendae memoriae Johannis et praedicti Dimoni Paschalis II Pontificum privilegium Trenorchiensi monasterio confirmata sunt, confirmamus., en tant qu’église dépendant de l’abbaye Saint-Philibert de Tournus.
En 1675, la chapelle, qui dépendait toujours de l'abbaye de Tournus, fut inspectée par l’archiprêtre de Vérizet, lors de sa visite de la paroisse de Lugny : « Le lendemain, mai année 1675, nous nous sommes transportés dans la paroisse de Lugny où nous étant adressés à Messire Ferréol Thévenet, prêtre et curé du dit lieu, nous avons procédé à la visite de l’église paroissiale ainsi que s’ensuit. [...] Le même jour, nous avons passé dans le village de Fissy, hameau de Lugny, où nous avons trouvé une chapelle dans laquelle il se dit quelques fois des messes de dévotion ; à laquelle chapelle est annexée une petite dîme que les habitants nous ont dit valoir sept ou huit [illisible] de vin et deux ânées de blé appartenant [à] MM. les chanoines de Tournus qui n’y font néanmoins [aucune] réparation [et] la laissent dans un très pitoyable état. Les habitants nous ont pourtant fait voir une chasuble de ligature, un missel, une bourse garnie de voiles, corporal, purificatoire […] ; il y a aussi une pierre sacrée, le tout gardé par un particulier dans une maison. »
Douze ans plus tard, en 1687, cette dîme dite du cellérier de Tournus fut cédée par les religieux au curé du lieuPar acte notarié daté de 1687 et rédigé au profit de Jacques Gilet, curé de Lugny depuis 1678. « pour se décharger de contribuer à la portion congrue demandée à ces messieurs par le sieur curé de Lugny » ; l’abbaye se sépara définitivement de l’édifice, qui dépendit dès lors de la paroisse de Lugny.
thumb|190px|right|Au sommet de la voûte séparant le chœur de la nef, une pierre rappelle la réparation de 1823. Devenue « bien national »En application des dispositions du décret du 2 novembre 1789., la chapelle finit par être désaffectée, et des objets du culte qu’elle renfermait furent vendus nationalement le 19 frimaire an III (ces objets se composaient d' « un mauvais tapis vert, une mauvaise chasuble noire, deux morceaux de drap et camelot et deux morceaux de soye » qui furent adjugés a plusieurs habitants pour 60 livres et 5 sous). Le reste de son mobilier, estimé à trente-deux francs, fut vendu quatre ans plus tardEn l'an VII, le receveur des domaines nationaux du canton de Lugny ayant inventorié comme suit le peu de mobilier qu’il y trouva : « Au clocher, une cloche du poix d'environ 48 graves, 9146 décigraves. Dans la chapelle alliénable et seulement soumissionnée, la corde de laditte cloche ; plus un autel en pierre murure, sur laquelle il y a deux pierres de taille, dessous un marchepied aussy en pierre de taille, dessus ledit autel deux gradins sur lesquels il y a deux collonnes et le dessus d'un cadre tout brisé, deux saintes Vierges, deux crucifix, une niche pour une sainte Vierge, deux pots de fleurs et quelques autres boiseries d'autel brisées, le tout en bois ; plus un vieux meuble tout brisé en bois chesne ; un autre meuble aussy en chesne avec une serrure sans clef renfermant un pupitre en bois ; un banc en bois chesne ; deux autres bancs en bois chesne ; une planche, quelques boiseries et un aubénitier en pierre. » Source : Archives départementales de Saône-et-Loire, Série Q (domaines nationaux, inventaires de meubles)..
thumb|220px|right|20px Une chapelle couverte de tuiles mécaniques : Notre-Dame-de-Pitié avant sa restauration (2004). Au début du , la chapelle « [était] depuis longtemps dans un état de dépérissement qui [avait] fait cesser la célébration du culte religieux ». Les habitants de Fissy manifestèrent cependant le désir de la voir rétablir et, par délibération de , le conseil municipal de Lugny – déjà engagé dans des projets visant à restaurer l'église paroissiale – s'exprima dans le sens de la réalisation de plans et de devis. La remise en état de l'édifice, placée sous la direction de l'architecte Roch fils de Mâcon, intervint en 1823Conformément à un devis signé Roch fils à Mâcon en date du 20 février 1823, accepté par le conseil municipal de Lugny réuni en séance le 24 mars 1823 et approuvé par le préfet de Saône-et-Loire le 18 avril 1823. Source : archives municipales de Lugny., l'abbé Étienne Bouillard étant curé de Lugny. Celle-ci donna lieu à une reconstruction et à un agrandissement de la nef, à un réaménagement du chœurAu-dessus de l'autel, la baie axiale, voûtée et fortement ébrasée, fut murée, et recouverte par « une décoration en plâtre composée de deux pilastres d'ordre dorique avec entablement à fronton, le tout peint au vernis imitant divers marbres ». et à l'édification d'un clocher qui fut bâti à la verticale du chœur (qui fut renforcé de deux contreforts).
À la mi-, trois mois après la promulgation de la loi du concernant la séparation des Églises et de l’État, l'inventaire des biens « dépendant de la fabrique paroissiale de Lugny » fut dressé par le receveur des domaines en fonction à Lugny, chef-lieu de canton, et, à ce titre, l'ensemble du mobilier se trouvant à l'intérieur de l'édifice fut recensé et estimé (232 francs), l'abbé Jacques Dufêtre étant curé de LugnyInventaire qui se déroula le 13 février 1905 et qui avait été précédé, la veille, par un recensement du mobilier conservé à l'intérieur de l'église Saint-Denis de Lugny et au presbytère. Source : Direction générale des domaines, Inventaire des biens dépendant de la fabrique paroissiale de Lugny (chapelle de Fissy) dressé en exécution de l'article 3 de la Loi du 9 décembre 1905 (Archives départementales de Saône-et-Loire)..
En , la chapelle fut, pour la dernière fois de son histoire, le lieu d’une cérémonie religieuse, des funérailles en l’occurrence. S’ensuivit alors une période d’oubli : la chapelle, que la commune fit vider d'une partie de son mobilierVers 1975. Source : Frédéric Lafarge, Chapelet de chapelles en Haut-Mâconnais, revue « Images de Saône-et-Loire » , , pages 24 à 26., fut « désaffectée ». Un « oubli » qui ne prit fin que trente ans plus tard, avec la première participation de Lugny aux Journées européennes du patrimoine.
Restauration thumb|200px|right|20px Le chœur tel qu'on peut le découvrir depuis la restauration de la chapelle (2009-2013). thumb|190px|right|La Vierge à l'Enfant (bois doré, début du XIX siècle) exposée dans le chœur. Réalisée sous l'égide de la Fondation du Patrimoine, sa restauration, décidée par la commune et soutenue par l'association Lugny Patrimoine, a duré quatre ans, s'étalant de 2009 à 2013 (trois tranches successives de travaux)Source : Frédéric Lafarge, Pour en finir avec la restauration de Notre-Dame-de-Pitié, bulletin municipal de Lugny pour l'année 2012, pp. 29-30..
Les principales interventions effectuées, moyennant une dépense totale s'élevant à 64094,53 euros TTCSource : commune de Lugny. Somme n'incluant pas l'achat par la commune du terrain jouxtant la chapelle et comportant 1989,88 euros TTC alloués à la restauration du cadastre napoléonien de la commune. Dépense couverte à 95,4 % par des subventions obtenues de l'Union européenne (FEADER), du conseil régional de Bourgogne, du conseil général de Saône-et-Loire et de la Fondation du Patrimoine (souscription publique + dotation)., ont été les suivantes : le drainage de l'édifice (hiver 2009-2010) ; la restauration à l'identique du plafond « à compartiments » de la nef (2010) : la remise en état de la grille fermant le chœur (2010) ; le percement de la baie surplombant l'autel, murée en 1823 () ; la réfection de la totalité des enduits intérieurs (2012) ; la confection et la pose de trois vitraux (2012) ; la réinstallation (après restauration) des éléments les plus précieux du mobilier ; des reprises sur la charpente et le remplacement des tuiles mécaniques par des tuiles plates (2012) ; des reprises de maçonnerie sur la façade occidentale.
Le , la chapelle de Fissy – la seule à subsister des six chapelles dont Lugny disposait à la fin du Moyen Age – était inaugurée, en présence d'une bonne centaine de personnes qui, massées à l’intérieur d’une nef trop petite pour les « contenir » toutes, ont assisté à une cérémonie qui était conjointement organisée par la commune de Lugny, l’association Lugny Patrimoine et la paroisse Notre-Dame-des-Coteaux en Mâconnais pour mettre un terme à une aventure débutée au cœur de l’hiver 2009-2010 et célébrer la « renaissance » de l'édificeDaniel conry, Frédéric Lafarge et le père Jean Bosset étant respectivement maire de Lugny, président de Lugny Patrimoine et curé de Lugny. Parmi les personnalités ayant répondu présent figuraient notamment le conseiller général du canton de Lugny André Peulet, Jean Guillaume et Loriane Gouaille respectivement délégué départemental de la Fondation du Patrimoine et animatrice du pays d’art et d’histoire « entre Cluny et Tournus », la restauratrice d’œuvres d’art Françoise Lagénie, le maître verrier Paul Duckert, la spécialiste en restauration d’arts et documents graphiques Malaurie Auliac ainsi qu’Annie Bléton-Ruget et Claude Elly, respectivement présidente du Groupe Patrimoines 71 et président de la Société d’histoire et d’archéologie de Chalon-sur-Saône, sans oublier les représentants de la Fédération des associations partenaires du pays d’art et d’histoire (FAPPAH) et les présidents de plusieurs associations patrimoine du canton (telles Cruzille Patrimoine ou Patrimoines d’Azé). Source : Frédéric Lafarge, Notre-Dame-de-Pitié inaugurée !, bulletin municipal de Lugny pour l'année 2013, pp. 28-29..
Description Extérieur thumb|300px|right|Vue partielle du hameau de Fissy, depuis le bois communal de Charvanson. L’entrée de la chapelle est caractérisée par un arc en plein cintre mouluré dont les bases, finement travaillées et typiques de la fin du Gothique et de la Renaissance, indiquent que l’ensemble a vraisemblablement été sculpté à la fin du ou au début du siècle suivantBrochure de présentation de la chapelle Notre-Dame-de-Pitié de Lugny éditée par la pastorale des réalités du tourisme et des loisirs du diocèse d'Autun, Chalon et Mâcon (PRTL 71).