Le (), terme signifiant « grande dent », est une espèce fossile de grands requins lamniformes ayant vécu du début du Miocène (Aquitanien) au début du Pliocène (Plaisancien), il y a entre . Il était autrefois considéré comme un membre de la famille des Lamnidae et comme un proche parent du grand requin blanc. Les études plus récentes le classent dans la famille éteinte des Otodontidae, une lignée ayant divergé de celle du grand requin blanc vers le début du Crétacé.

Bien que considéré comme l'un des prédateurs les plus grands et les plus puissants à avoir jamais vécu, le mégalodon n'est connu que par des restes fragmentaires, et son apparence et sa taille maximale demeurent presque incertaines. Les scientifiques divergent sur son apparence, qui aurait pu rappeler une version plus trapue du grand requin blanc, du requin-baleine, du requin pèlerin ou du requin-taureau. L'estimation la plus récente avec la plus petite marge d'erreur suggère une estimation de longueur maximale allant jusqu'à , bien que les longueurs modales soient estimées à . Les dents du mégalodon sont épaisses et robustes, conçues pour attraper des proies et casser les os, et leurs grandes mâchoires pourraient exercer une force de morsure allant jusqu'à .

Le mégalodon a probablement eu un impact majeur sur la structure des communautés marines. Les archives fossiles montrant qu'il avait une répartition cosmopolite. Il ciblait probablement de grandes proies, comme les cétacés, les pinnipèdes et les tortues marines. Les juvéniles habitaient les eaux côtières chaudes et se nourrissaient probablement de poissons et de petites baleines. Contrairement au grand requin blanc, qui attaque ses proies par le dessous mou, le mégalodon aurait probablement utilisé ses puissantes mâchoires pour briser la cage thoracique et percer le cœur et les poumons de sa cible.

L'animal a fait face à la concurrence des grands cétacés prédateurs, tels que Livyatan, d'autres cachalots prédateurs et peut-être des épaulards ancestraux plus petits. Comme le requin préférait les eaux plus chaudes, les chercheurs pensent que le refroidissement océanique associé au début des périodes glaciaires, couplé à l'abaissement du niveau de la mer et à la perte résultante de zones d'alevinages appropriées, peut également avoir contribué à son déclin. Une réduction de la diversité des baleines à fanons et un déplacement de leur distribution vers les régions polaires peuvent avoir réduit la principale source de nourriture du mégalodon. L'extinction du requin coïncide d'ailleurs avec une tendance au gigantisme chez les baleines à fanons.

Taxonomie Histoire préscientifique et premières identifications

Les dents du mégalodon sont connues et utilisées depuis l'Antiquité. Ces derniers constituaient un artefact apprécié parmi les cultures précolombiennes des Amériques en raison de leur grande taille et de leurs lames dentelées, à partir desquelles ils étaient transformés en pointes de projectiles, en couteaux, en bijoux et en accessoires funéraires... Certaines du moins, comme les sociétés panaméennes de Sitio Conte, semblaient les avoir utilisées principalement à des fins cérémonielles. L'exploitation minière. des dents du mégalodon par les peuples Algonquins de la baie de Chesapeake et de leur commerce sélectif avec la culture Adena dans l'actuel Ohio ont eu lieu dès 430 av. J.-C.. Le premier récit écrit concernant les dents du mégalodon est celui de Pline l'Ancien dans un volume datant de 73 de la Naturalis Historia, qui les décrivait comme ressemblant à des langues humaines pétrifiées que les folkloristes romains croyaient être tombées du ciel lors d'éclipses lunaires et les désignaient sous le nom de glossopetrae (« pierres de langue » en latin).. Plus tard, selon une tradition maltaise datant du , les prétendues langues appartenaient à des serpents que l'apôtre Paul avait transformés en pierre lors de son naufrage dans cette région, et qui avaient reçu des pouvoirs antivenimeux de la part du saint.. Les glossopetrae réapparaissent dans toute l'Europe dans la littérature de la fin du au , où on leur attribue des propriétés bien plus surnaturelles qui guérissaient une plus grande variété de poisons. L'utilisation des dents de mégalodon à cette fin s'est répandue parmi la noblesse médiévale et de la Renaissance, qui les a façonnées en amulettes de protection et en vaisselle pour soi-disant détoxifier les liquides ou les corps empoisonnés qui touchaient les pierres. Au , les dents étaient directement consommées comme ingrédients des pierres de Goa fabriquées en Europe.

La véritable nature des glossopetrae en tant que dents de requins est reconnue par certains depuis au moins 1554, lorsque le cosmographe André Thevet l'a décrit comme du ouï-dire, même s'il n'y adhérait pas. Le premier argument scientifique en faveur de ce point de vue est avancé par le naturaliste italien Fabio Colonna, qui publie en 1616 une illustration d'une dent de mégalodon maltais aux côtés de celle d'un grand requin blanc et note leurs similitudes frappantes. Il soutient que les glossopetrae n'étaient pas des langues de serpent pétrifiées mais en réalité des dents de requins similaires échoués sur les rivages. Colonna soutient cette thèse par une expérience de combustion d'échantillons de glossopetrae, à partir desquels il observa des résidus de carbone qu'il interprète comme prouvant une origine organique. Cependant, l'interprétation des pierres comme étant des dents de requins fut majoritairement rejetée, cela s'expliquant en partie par l'incapacité de déterminer comment certains d'entre eux furent trouvés loin des régions maritimes.. L'argument de la dent de requin est de nouveau soulevé sur le plan académique lors de la fin du par les scientifiques anglais Robert Hooke, John Ray et le naturaliste danois Nicolas Sténon.. L'argument de Sténon en particulier est surtout reconnu comme déduit de sa dissection de la tête d'un grand requin blanc capturé en 1666. Son rapport de 1667 décrivait des gravures d'une tête de requin et de dents de mégalodon qui sont devenues particulièrement emblématiques. Cependant, la tête illustrée n'était pas réellement celle que Sténon avait disséquée, et les dents fossiles n'étaient pas non plus illustrées par lui. Les deux gravures ont été commandées à l'origine dans les années 1590 par le médecin papal Michele Mercati, qui possédait également la tête d'un grand requin blanc, pour son livre intitulé Metallotheca. L'ouvrage est resté inédit à l'époque de Sténon en raison de la mort prématurée de Mercati, et le premier a réutilisé les deux illustrations selon la suggestion de Carlo Roberto Dati, qui pensait qu'une représentation du requin disséqué ne conviendrait pas aux lecteurs.. Sténon s'est également démarqué en étant le pionnier d'une explication stratigraphique de la façon dont des pierres similaires sont apparues plus à l'intérieur des terres. Il observa que les couches rocheuses portant des dents de mégalodon contenaient des sédiments marins et a émis l'hypothèse que ces couches étaient corrélées à une période d'inondation qui a ensuite été recouverte par des couches terrestres et soulevée par l'activité géologique.

redresse=1.2|vignette|gauche|alt=|Dent holotype dO. megalodon (fig. 2-3), catalogué TE-PLI 18, tel que présenté dans l'ouvrage d'Agassiz publiée en 1835.

Le naturaliste suisse Louis Agassiz donne son nom scientifique au mégalodon dans son ouvrage intitulée Recherches sur les poissons fossiles, dont les volumes furent publiée de 1833 jusqu'en 1843. Il le nomme Carcharias megalodon dans une illustration de 1835 de l'holotype et des dents supplémentaires, congénère du requin-taureau actuel... L'épithète spécifique est un mot-valise des mots en grecs anciens , « grand » et , « dent ».., le tout signifiant « grosse dent ». Agassiz fait référence au nom dès 1832, mais comme les spécimens n'ont pas été référés, ils ne constituent pas des utilisations taxonomiquement reconnues. La description officielle de l'espèce est publiée dans le troisième volume en 1843, dans lequel Agassiz déplace le taxon dans le genre Carcharodon, renommé pour le coup Carcharodon megalodon. Agassiz choisit cette attribution car il considérait que les dents étaient trop grandes pour être attribuées au premier genre nommé, ressemblant davantage à celles du grand requin blanc. Il identifia également par erreur plusieurs dents de mégalodon comme appartenant à des espèces supplémentaires du genre Carcharodon, finalement nommées C. rectidens, C. subauriculatus, C. productus et C. polygurus.. En raison du fait que C. megalodon apparait pour la première fois dans l'illustration publiée en 1835, les noms restants sont considérés comme des synonymes plus récents selon le principe de priorité.

Classification et évolution vignette|redresse=0.9|alt=|Diagramme montrant l'évolution chronospécifique du mégalodon.

Alors que les plus anciens fossiles connus du mégalodon sont signalés dans les archives datant de la fin de l'Oligocène, c'est-à-dire il y a environ d'années.., il y a un désaccord quant à la réelle date selon laquelle le taxon serait apparu, avec des propositions allant jusqu'à il y a d'années.. Il fut admis que le mégalodon s'est éteint durant la fin du Pliocène., les affirmations concernant des dents de mégalodon du Pléistocène, âgées de moins de d'années, étant considérées comme peu fiables. Une évaluation publiée en 2019 déplace la date d'extinction plus tôt dans le Pliocène, vers d'années..

Le mégalodon est considéré comme un membre de la famille des Otodontidae, classé dans le genre type Otodus, par opposition à sa classification précédente dans les Lamnidae, au sein du genre Carcharodon... La classification du mégalodon dans le genre Carcharodon était due à une similitude dentaire avec le grand requin blanc, mais la plupart des auteurs pensent que cela est dû à une évolution convergente. Dans ce modèle, le grand requin blanc est plus étroitement lié au requin mako géant qu'au mégalodon, comme en témoigne la dentition plus similaire chez ces deux requins, les dents du mégalodon ayant des dentelures beaucoup plus fines que ceux de ce dernier. Le grand requin blanc est plus étroitement apparenté au genre Isurus, ces deux partageant un ancêtre commun remontant vers environ d'années... Les adhérents quant à la première hypothèse selon laquelle le mégalodon et le grand requin blanc seraient plus étroitement liés soutiennent que les différences dentaires entre les deux seraient infimes et peu distinguables.