, francisé (littéralement « première tortue »), est un genre fossile de grandes tortues marines ayant vécu durant l'étage Campanien du Crétacé supérieur dans ce qui est actuellement l'Amérique du Nord. L'unique espèce connue est , initialement décrite et nommée en 1896 par George Reber Wieland sur la base d'un squelette presque complet ayant été découvert un an plus tôt dans le Dakota du Sud, aux États-Unis. Archelon appartient à la famille également éteinte des Protostegidae. La Tortue luth fut historiquement vue comme étant le plus proche parent actuel de cette famille, mais il est maintenant admis que les protostegidés forment une lignée distincte de toutes les tortues marines vivantes. Le genre Archelon incluait anciennement deux autres espèces, mais ceux-ci ont depuis été réaffectés à d'autres genres.

Le plus imposant spécimen connu mesurant de long pour une masse corporelle estimée entre , il s'agit de la plus grande tortue à avoir été identifiée à ce jour. Archelon a une carapace de cuir au lieu de la carapace dure que l'on voit habituellement chez les tortues marines. La carapace comporte une rangée de petites crêtes, chacune culminant à de hauteur. L'animal possède un bec particulièrement crochu et ses mâchoires sont aptes à écraser, se nourrissant donc probablement des crustacés à carapace dure, des mollusques et peut-être même des éponges, tout en se déplaçant dans les fonds marins. Archelon s'est peut-être également nourrie d'autres animaux en nageant plus près de la surface, comme des méduses, des calmars ou des nautiloïdes, étant même possible que son bec lui ait permis de cisailler la chair des poissons. Avec ses grandes palettes natatoires antérieures, Archelon était probablement capable d'effectuer des puissants mouvements nécessaires pour voyager en haute mer et, si possible, pour échapper à des prédateurs aquatiques.

Tout les spécimens connus de ce taxon proviennent de la formation géologique des schistes de Pierre, prouvant que l'animal habitait le nord de la voie maritime intérieure de l'Ouest, une zone tempérée douce à fraîche, dominée par les plésiosaures, les hespérornithiformes et les mosasaures. L'animal se serait éteint en raison de plusieurs facteurs, tel que le rétrécissement de la voie maritime de l'Ouest, l'augmentation des taux de mortalité infantile en mer, l'augmentation des cas de prédation envers les œufs et/ou des juvéniles sur terre, ainsi que du refroidissement rapide du climat.

Historique des recherches vignette|gauche|redresse=0.9|alt=Comparaison d'un squelette fossile d'une tortue préhistorique géante avec celui d'un humain.|Squelette holotype d’A. ischyros (YPM 3000), exposé au musée Peabody d'histoire naturelle.

En 1895, le paléontologue américain George Reber Wieland découvre, le long de la rivière Cheyenne dans le Dakota du Sud, aux États-Unis, le squelette presque complet d'une imposante tortue aquatique dépourvue néanmoins du crâne. Plus précisément, la trouvaille fut effectué près du comté de Custer, au sein des schistes de Pierre, une formation géologique datant du Campanien tardif du Crétacé supérieur. L'année suivant la découverte, ce spécimen, depuis catalogué YPM 3000 au sein du musée Peabody d'histoire naturelle, est décrit par Wieland sous le nom scientifique d’Archelon ischyros, étant désigné holotype du taxon. Le nom du genre vient du grec ancien , voulant dire « premier » ou « ancien », et , qui signifie « tortue ». L'épithète spécifique vient quant à lui de , qui signifie « puissant ». Un deuxième spécimen, consistant en un crâne, est découvert en 1897 dans la même région, et est décrit à nouveau par Wieland en 1900.

vignette|redresse=1.25|alt=Dessin au crayon d'un archélon en vue de gauche à gauche et de la vue de dessus à droite, avec quelques poissons en arrière-plan.|Restitution paléoartistique de deux A. ischyros par Samuel Wendell Williston en 1914.

Toujours dans son article de 1900, Wieland décrit une deuxième espèce, A. marshii, à partir de restes collectés en 1898 par le paléontologue américain Othniel Charles Marsh, à qui le nom d'espèce fait référence, sur la base du fait que le dessous de la carapace (plastron) est plus épais et que les humérus sont plus droits. Cependant, en 1909, Wieland le reclasse sous le nom de Protostega marshii. En 1902, un troisième spécimen d’A. ischyros, pour l'essentiel complet, est également collecté le long de la rivière Cheyenne et est décrit dans la même publication. Dans la même étude, Wieland décrit une autre espèce provenant du Kansas, Protostega copei, qu'il nomme en l'honneur d'Edward Drinker Cope, ce dernier ayant érigé la famille des Protostegidae. En 1953, Rainer Zangerl transfère l'espèce dans le genre Archelon sous le nom d’A. copei. Néanmoins, en 1998, A. copei est déplacé vers un nouveau genre, initialement nommé Microstega, mais renommé par la suite Kansastega en 2023, sous le nom de K. copei. En 1992, un quatrième ainsi que le plus grand spécimen connu à ce jour, surnommé « Brigitta », est découvert dans le comté d'Oglala Lakota, dans le Dakota du Sud, et réside depuis au musée d'histoire naturelle de Vienne, en Autriche. En 2002, un cinquième spécimen, consistant en un squelette partiel, est découvert dans les schistes de Pierre du Dakota du Nord, le long de la rivière Sheyenne, près de Cooperstown.

Description Morphologie générale Le spécimen holotype mesure de la tête à la queue, la tête mesurant , le cou , les vertèbres thoraciques , le sacrum et la queue . Le plus grand spécimen connu, « Brigitta », mesure environ de la tête à la queue pour atteindre de large de part et d'autre des nageoires et aurait pesé environ . Les crânes des divers spécimens d’Archelon peuvent atteindre jusqu'à de long.

vignette|gauche|Le crâne d’Archelon est caractérisé par un bec prononcé.|alt=Vue du côté droit du crâne d'un archélon, le bec est sensiblement crochu.

Archelon a une tête nettement allongée et étroite. Il possède un bec crochu défini qui était probablement recouvert d'une gaine, rappelant les becs des rapaces. Cependant, à l'arrière, le tranchant du bec est émoussé par rapport à de tels animaux. Une grande partie de la longueur de la tête provient des prémaxillaires allongés – qui sont la partie avant du bec chez cet animal – et des maxillaires. Les os jugaux, en raison de la tête allongée, ne se projettent pas aussi loin que chez les autres tortues. Les narines sont allongées et reposent sur le sommet du crâne, légèrement positionnées vers l'avant, et sont inhabituellement horizontales par rapport aux tortues marines. Les os jugaux sont arrondis plutôt que triangulaires chez les tortues marines. L'os articulaire, qui formait l'articulation de la mâchoire, était probablement fortement enveloppé de cartilage. La mâchoire bougeait probablement selon un mouvement de martèlement.

vignette|redresse=0.7|alt=Vu de près d'une phalange de tortue marine.|Palette natatoire antérieure d’Archelon.

Cinq vertèbres cervicales sont connues chez l'holotype, et il en avait probablement huit au total. Elles sont en forme de « X », procèles, et leur charpente épaisse indique la présence de forts muscles au niveau du cou. Dix vertèbres thoraciques ont été trouvées, dont la taille augmente jusqu'à la sixième puis diminue rapidement, et elles ont peu de lien avec la carapace. Les trois vertèbres du sacrum sont courtes et plates. Il y aurait eu probablement dix-huit vertèbres caudales ; les huit à dix premiers (probablement dans la même zone que la carapace) possèdent des arcs neuraux, tandis que les autres n'en ont pas. Sa queue avait probablement une large mobilité et il est possible qu'elle ait été capable de se plier horizontalement à un angle de près de .

Les humérus des membres antérieurs sont proportionnellement massifs, et les radius et les cubitus des avant-bras sont courts et compacts, ce qui indique que l'animal avait de fortes palettes natatoires. Les palettes natatoires auraient eu une largeur comprise entre , bien que ce soit probablement l'estimation la plus prudente. Les vergetures sur les os des membres indiquent une croissance rapide, présentant des similitudes avec la Tortue luth, la tortue à la croissance la plus rapide connue, dont les juvéniles ont un taux de croissance moyen de par an.

Carapace

Dossière vignette|gauche|alt=Une tortue gris bleuâtre avec quelques taches jaune-vert sur le cou et des stries le long du bord arrière des nageoires.|Reconstitution par Dimitri Bogdanov d'un A. ischyros. La dossière comprend de chaque côté huit névralies (les plaques les plus proches de la ligne médiane), et neuf pleurales (les plaques qui relient la ligne médiane aux côtes). Ces plaques de la carapace sont pour la plupart de dimensions uniformes, à l'exception des deux paires de plaques correspondant à la huitième vertèbre thoracique qui sont plus petites que les autres, et de la plaque pygale la plus proche de la queue qui est plus grande. Archelon a dix paires de côtes et, comme la tortue luth mais contrairement aux autres tortues marines, la première côte ne rencontre pas la première plèvre. Comme chez les tortues marines, la première côte est sensiblement plus courte que la seconde, dans ce cas, les trois quarts de la longueur. Les deuxième à cinquième côtes font saillie à angle droit par rapport à la ligne médiane et, chez le spécimen holotype, chacune mesure de long. Une côte augmente en épaisseur dans la direction verticale distalement, à mesure qu'elle s'éloigne de la ligne médiane, et les côtes sont relativement plus grandes et mieux développées que celles des tortues marines. Les deuxième à cinquième côtes, chez l'holotype, commencent avec une épaisseur de et se terminent avec environ d'épaisseur.

Les névralies et les pleuralies forment des sutures très irrégulières et en forme de doigt à leur rencontre, et une plaque peut avoir reposé sur l'autre plaque alors que l'os était encore en développement et malléable. Les névralies et pleuralies – les parties osseuses de la carapace – sont particulièrement fines, et les côtes, en particulier la première côte, et la ceinture scapulaire sont inhabituellement lourdes et ont peut-être dû supporter une contrainte supplémentaire pour compenser, une condition observée chez les anciennes tortues ancestrales. Archelon a des structures ostéoscléreuses, où l'os est dense et lourd, qui ont probablement servi de lest, semblables aux os des membres des baleines et d'autres animaux de haute mer.

La dossière, comportait probablement une rangée de crêtes le long de la ligne médiane au-dessus de la région du thorax, totalisant peut-être sept crêtes, chaque crête culminant à . En l'absence de cou et de plaques pleurales fermement articulées, la peau de la carapace était probablement épaisse, solide et recouverte de cuir afin de compenser et de soutenir correctement la ceinture scapulaire. Cette carapace recouverte de cuir est également visible chez la Tortue luth. La composition spongieuse est similaire aux os observés chez les vertébrés en haute mer tels que les dauphins ou les ichthyosaures, et était probablement aussi une adaptation pour réduire le poids global.

Plastron

vignette|Plastron d'un Archelon, exposé au North American Museum of Ancient Life|alt=Vue de dessous d'un squelette suspendu.