Linda Clifford, née à Brooklyn le , est une chanteuse américaine de disco.

Biographie

Les débuts Elle suit des cours de ballet, de jazz et de claquettes dès l'âge de quatre ans. Elle se produit à la télévision à 10 ans puis devient « Miss État de New York ». Elle fera partie des Jericho Jazz Singers avant d'avoir son propre trio en 1967, Linda and the Trade Winds.

Son premier single est « Love is not the question » écrit, arrangé et réalisé par Rich Tufo pour Polydor en 1972. Puis, remarquée par Marv Stuart, coprésident de Curtom, elle signe chez Paramount / Gemigo et sort « (It's gonna be) a long long winter », écrit et réalisé par Curtis Mayfield (1973), chanson où elle fait preuve d'une voix puissante au timbre particulier, modulant de manière très soul. La face B, March across the land, est coécrite, réalisée et arrangée par Leroy Hutson : c'est une chanson plus rythmée avec un côté parade tirant vers le jazz. Ce premier 45 tours a eu un petit succès (75 du classement R&B) et il est suivi de Turn the key softly, édité aussi par Gemigo (1975). La face B, Can't get enough est un agréable titre proto-disco.

Le premier album Elle sortira son premier album chez Curtom, label de Curtis Mayfield et de Leroy Hutson, en 1977, au moment où le disco sort de son underground et commence à grignoter la musique noire. Clifford sera alors assez typique de ces chanteuses de soul qui ont essayé de marier soul et disco. Une troisième influence, et non des moindres, est le monde de Broadway, récurrent sur tous ses disques, particulièrement ceux arrangés ou réalisés par Gil Askey. Une autre constante dans sa carrière est le fait de parler dans ses chansons. À l'instar de Millie Jackson, mais à un degré moindre, elle pourrait faire partie des « street talkers ». Une partie de son public a d'ailleurs parfois regretté qu'elle ne le fasse pas plus systématiquement.

Son premier album, Linda (1977) ne fait qu'effleurer le disco, dans le style de Philadelphie, et reste dans une tonalité majoritairement R&B. C'est surtout un disque de reprises (Al Green, Stevie Wonder mais aussi les Bee Gees et Rod Stewart), enregistré à Chicago et réalisé par Gil Askey -sauf « Fooling myself » par Leroy Hutson. Le 45 tours est une reprise de Lou Rawls écrite par Bunny Sigler (1976), « From now on », disponible dans une version rallongée. C'est le meilleur titre de l'album, superbement réalisé : sur un rythme entraînant de disco orchestré mais qui sait rester authentiquement râpeux, Clifford chante ou parle avec sensualité et expressivité, relayée par ses choristes, les Jones Girls. La face 2 du simple en est le réussi « You can do it » aux belles harmonies vocales soul -rallongée sur le 12". Une autre réussite est « One thing on my mind », chanté la même année par Phyllis Hyman. L'expressivité de Clifford n'a cependant que peu de points communs avec la retenue de Hyman. Enfin, « I’m still in love with you », reprise du succès d’Al Green, est à mettre au nombre des réussites malgré son côté peu novateur. « From now on/You can do it » se classent 28 Club play dans leur version remixée et « From now on » se classe 94 R&B.

If My Friends Could See Me Now L'album suivant est If my friends could see me now, réalisation luxueuse de Gil Askey et Curtis Mayfield de 1978. L'équipe est la même que pour l'album précédent mais cette fois-ci les réalisateurs artistiques visent plus particulièrement le marché des discothèques et font de Clifford LA diva disco. Lancé en mai, le lp sera classé R&B et 22 pop le ; il restera 5 semaines à cette place, sur 22 semaines de classement en tout. Le premier simple, « If my friends could see me now » est magistral. Cette reprise « campy » de la comédie musicale Sweet Charity (une adaptation broadwayienne de Les Nuits de Cabiria de Fellini sortie en 1966), est à cet égard un des plus beaux morceaux de soul-disco où sur un rythme entraînant (128 bpm) encadré par les violons et les cuivres et souligné d'effets synthétiques, la chanteuse déploie toutes les nuances de sa voix en crescendo. « If my friends could see me now » devient un mérité des listes disco le pendant cinq semaines (54 pop et 68 R'n'B). Ce morceau époustouflant occulte le reste du lp, qui reste néanmoins de qualité. Le second simple est une chanson écrite et réalisée par Askey, le classique « Runaway love », classée R&B et 76 pop. Elle fait le lien entre la Clifford chanteuse de soul et la diva disco qui se profile, sans renier le « street talk », présent dans l'intro. La face 2 de ce simple est « Broadway gypsy lady », titre sympathique écrit et réalisé par Mayfield. « Runaway love » et « If my friends... » ont connu des versions longues à usage promotionnel, tout comme un troisième titre, « Gypsy lady » (face 2 du 12" « If my friends... »). Chacune de ces versions tourne autour des dix minutes et ce sont ces trois titres qui ont eu en commun le disco. En Angleterre les deux simples en version longue sont sur le même 12" et un 45 tours supplémentaire est sorti, « You are you are » avec en face 2 une version d'« If my friends could see me now » de 4:50.

Let Me Be Your Woman L'album suivant est Let me be your woman (), une réalisation encore plus luxueuse. Le premier simple est la chanson qui ouvre l'album, une reprise accélérée de « Bridge over troubled water » des plus réussies (41 pop, 49 R&B et 28 en Angleterre). Le second simple est « Don't give it up », une chanson qui, sans être du rap, est presque uniquement parlée, dans le genre « street talk » qu'affectionne Clifford (15 R&B). La face 2 du 12" est « Sweet melodies ». Un autre morceau efficace est la face 2 du 45 tours « Bridge over troubled water », « Hold me close », un morceau écrit par Mayfield tout entier basé sur la basse. Enfin, deux autres chansons longues sont disponibles : l'excellent « One of those songs » et enfin « Sweet melodies » (raccourcie pour un 45 tours, avec en face 2 du simple « I can't let this good thing get away »). Ce titre inclut aussi une partie parlée tout à fait dans le style de Clifford.

« One of those songs » est construit comme « Bridge over... » mais est en fait le successeur direct de « If my friends... ». Cette chanson est à l'origine une chanson composée par le Français Gérard Calvi sur son album Le Bal de Mme de Mortemouille. En 1958 elle est traduite en anglais et devient un titre broadwayien. La reprise la plus proche chronologiquement de Clifford est celle que le sextet anglais The King's Singers avait faite en 1976 dans un style swing. Tout en la chantant d'une manière proche de celle de ses prédécesseurs, Clifford remanie complètement la chanson pour en faire un brûlot disco. Même les paroles sont réadaptées dans une tonalité disco avec entre autres des rajouts comme « What is the name of that song that keeps me dancing, what is the name of that song that makes me wanna get down, what is the name of that song that makes me wanna get off my seat, get up on my feet, what is the name of that song that makes me boogie down down down ». Le public visé est là très clair.

Dans l'album Let me be your woman, elle fait montre d'un voix puissante sur un fond râpeux de basse et batterie. Le disque est mixé par les habituels Roger Anfinsen et Fred Breitberg mais aussi par Jim Burgess et Jimmy Simpson, mixeurs plus à la mode que les deux ingénieurs du son de Curtom. L'album met d'ailleurs avant les noms des mixeurs sur le verso de la pochette, ce qui est inhabituel à l'époque. Lancé le , le lp sera classé 26 pop le et restera dans le classement album 17 semaines. Il se classe aussi 11 disco et 19 R&B.

Cet album est disponible en deux configurations : un disque simple en Europe et un disque double aux États-Unis. Quatre chansons sont disponibles dans des versions raccourcies en Europe : 4:20 pour « Don't give it up », 7:30 pour « Bridge over... », 6:30 pour « One of those songs » et 5:20 pour « Sweet melodies ». Ces versions ne sont cependant pas les versions 45 tours, tournant toutes autour des 4 minutes -à l'exception de « One of those songs » non édité en 45 tours. Le double album nord-américain est différent, déjà dans l'ordre des morceaux, puisqu'il s'ouvre sur « Hold me close », accompagné sur la face 1 de « Don't give it up » en version 9:20 tandis que sur la face 2 on trouve « Sweet melodies » en version 7:50. Enfin, les faces 3 et 4 sont occupées respectivement par « One of those songs » (11:40) et « Bridge over... » (10:20). Il existe aussi une version promotionnelle de « Don't give it up » de 10:15 avec une intro senza voce rallongée d’une minute.

De prime abord, il est assez étonnant de voir un label aussi soul que Curtom se lancer à ce point dans le disco. Mais Clifford n'est pas la seule et les deux albums de Mayfield de 1978 et 1979 sont aussi très disco, sans parler de celui de 1979 de Leroy Hutson, tellement disco que ses vieux fans anglais ne s'en sont jamais remis. De plus à l'époque Curtom était distribué par RSO qui avait auparavant sorti la B.O. de La Fièvre du samedi soir (Saturday Night Fever).

Les derniers albums chez Curtom La même année, en décembre, Linda Clifford sort Here's my love avec de nouveaux réalisateurs artistiques. Curtis Mayfield lui réalise cependant le très beau slow qu'est la chanson-titre. Jürgen Koppers réalise trois titres, les moins bons, dont une reprise poussive du « Lonely night » de Leroy Gomez. Les chansons les plus réussies sont celles réalisées par Norman Harris et Ronald Tyson, superbes de rythme et de tension, « Repossessed », « Bailin' out » et le simple « King for a night ». Cette dernière, agréable en version courte, perd cependant une partie de son dynamisme en version longue. Un disque promotionnel intitulé Linda Clifford special 12" circule dans les discothèques : il contient « Lonely night », l'excellent « Repossessed », « King for a night » (en version longue) et enfin le moyen « I just wanna wanna » réalisé par Koppers. Ce dernier titre est aussi sorti en version raccourcie sur un simple avec « Hold me close » en face 2. Here's my love a néanmoins moins de succès que ses prédécesseurs et, classé neuf semaines, il ne culmine qu'au 47 R&B, 73 disco (Club play) et 117 pop. « I just wanna wanna » est 36 R&B.

En août Clifford avait sorti un agréable duo avec Mayfield, « Between you baby and me », classé 14. Ce slow sort en simple avec « You're so good to me » de Mayfield en face 2. Les deux chansons sont extraites de son album à lui, Heartbeat, qui se classe à un raisonnable 17 R&B et 42 pop. « Between you baby and me » est intégré par la suite à un disque complet de duos, sorti en , The right combination, où Clifford retrouve ses réalisateurs artistiques habituels. On est plus là dans le registre de la soul music avec de très beaux duos mettant superbement en valeur les harmonies vocales opposées des deux chanteurs. Norman Harris lui coréalise une chanson encore très disco « It's lovin' time ». Le simple qui suit « Between you baby and me » huit mois plus tard est « Love's sweet sensation », un autre slow, classé 34 (avec un senza voce en face 2). L'album se classe pendant quatre semaines, avec une petite pointe au 53 R&B et 180 pop en juillet.