La Tchécoslovaquie pendant la Seconde Guerre mondiale couvre, pour l'essentiel, la période située entre le et le . Le , les troupes allemandes envahissent la Bohême et la Moravie. La jeune Tchécoslovaquie est alors fragmentée pour une période de six ans. D'un côté, le protectorat de Bohême-Moravie, amputé des Sudètes, est quasi annexé au Troisième Reich ; de l'autre, la République slovaque est un pays indépendant, satellite de l'Allemagne nazie mais qui, jusqu'en , n'est pas occupé par la Wehrmacht. En outre, la Pologne et surtout la Hongrie s'emparent des territoires où vivaient des minorités polonaises, hongroises et ukrainiennes.
Tchécoslovaquie avant la guerre 330px|vignette|Formation et démantèlement de la première république tchécoslovaque. La Tchécoslovaquie naît du partage de l'Autriche-Hongrie entériné par le traité de Saint-Germain-en-Laye à l'issue de la Première Guerre mondiale (voir Histoire de la République tchèque). D'après les statistiques de 1921, vivent sur le territoire de la république répartisPavel Bělina, Petr Čornej, Jiří Pokorný, Histoire des Pays tchèques, Seuil, Paris, 1995, 368 en : 51 % de Tchèques 23,4 % d'Allemands des Sudètes 14 % de Slovaques 5,5 % de Hongrois 3,4 % de Ruthènes, Ukrainiens et Russes 1,3 % de Juifs de langue yiddish ou germanophones 1,4 % d'autres minorités, dont Polonais, Roumains, Roms
Du point de vue linguistique, seuls le tchèque et le slovaque sont langues officielles. Les autres minorités peuvent utiliser leurs langues dans les rapports avec les administrations dans les districts où elles représentent plus de 20 % de la population.
Les premières élections se déroulent le . Jusqu'à l'annexion allemande de 1938-1939, les populations de la Tchécoslovaquie seront invitées à participer aux différents scrutins en respectant le calendrier prévu par la constitution. Des tensions nationalistes marquent néanmoins la vie politique : les plus intenses concernent, dans l'Ouest du pays, les régions habitées par la minorité allemande.
vignette|gauche|Un Bloch MB.200 de l'aviation tchécoslovaque en 1938. En 1921, la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie signent une série d'accords bilatéraux menant à une alliance diplomatique et militaire, appelée Petite Entente. Le , la France et la Tchécoslovaquie signent le traité d'alliance et d'amitié entre la République française et la République tchécoslovaque.
L'opposition entre les Allemands et les Tchèques est latente tout au long des années 1920 mais s'intensifie dans les années 1930. D'abord irrédentistes (ils réclamaient un retour à l'Autriche), les Allemands des Sudètes constituent un Parti allemand des Sudètes (Sudetendeutsche Partei - SdP) dirigé par Konrad Henlein qui réclame, avec l'appui de l'Allemagne nazie, le rattachement au Troisième Reich et amplifie graduellement ses exigences. La crise éclate à la suite de l'Anschluss de l'Autriche et du Reich en 1938. Il est alors évident que la prochaine exigence de Hitler sera l'annexion des Sudètes.
En , Hitler laisse entendre dans une allocution publique que le problème des Sudètes ne serait résolu que par le rattachement au Reich des régions où les Allemands sont majoritaires. La tension monte en Tchécoslovaquie où le SdP rejette les différentes propositions d'autonomie du président Edvard Beneš. Le , le gouvernement interdit le SdP.
Accords de Munich thumb|Destruction d'un poste frontière lors du rattachement des Sudètes à l'Allemagne au détriment de la Tchécoslovaquie le . En 1938, aucune des grandes puissances alliées de la Tchécoslovaquie (France et Royaume-Uni) ne désire un conflit en Europe (Politique d'apaisement). Une conférence se réunit à Munich pour résoudre les revendications territoriales du Reich au détriment de la Tchécoslovaquie. Les 29 et , les dirigeants de l'Allemagne, de l'Italie, de l'Angleterre et de la France, Adolf Hitler, Benito Mussolini, Neville Chamberlain et Édouard Daladier, se réunissent à Munich. Le , les participants signent les accords de Munich, conformes aux revendications allemandes, qui prévoient le rattachement à l'Allemagne des régions habitées majoritairement par des Allemands et la cession d'une partie de la Silésie tchécoslovaque à la Pologne ( - ).
Le président Beneš est contraint d'accepter ce plan, ce qui provoque de gigantesques manifestations à Prague et dans de nombreuses villes tchèques. Le , Beneš démissionne et quitte le pays. Ce premier démembrement territorial est considéré comme mettant un terme de facto à la Première République tchécoslovaque : bien que la constitution n'ait pas été modifiée, la période allant des accords de Munich à l'invasion allemande du reste du territoire est désignée sous le nom d'usage de Seconde République tchécoslovaque. Pour tenter d'empêcher l'invasion, le chef du gouvernement, le général Jan Syrový essaie alors d'établir une relation privilégiée avec l'AllemagneHistoire des Pays tchèques, 395 : le parti communiste plonge dans la clandestinité et ses dirigeants partent en URSS. Le , l'Assemblée nationale et le Sénat élisent Emil Hácha président de la deuxième république tchécoslovaque.
thumb|left|Population de la région des Sudètes saluant Hitler lorsque celui-ci traversa la frontière tchécoslovaque en 1938. L'image de la femme qui pleure en exécutant le salut nazi fut exploitée à la fois par la propagande de l'Axe et par celles des Alliés, les premiers y voyant des larmes d'émotion, les autres une image de résignation déchirante.
La Tchécoslovaquie perd surtout ses défenses militaires. Les fortifications tchécoslovaques, l'équivalent de la ligne Maginot ayant été construit en grande partie aux marges sudètes du pays, elles se retrouvent désormais aux mains du Reich. Sans cette ligne de défense, l'indépendance du pays est plus théorique que réelle ; elle dépend entièrement du bon vouloir des nazis et au courage politique des puissances occidentales qui ont garanti ses nouvelles frontières lors des accords de Munich.
Face aux mouvements indépendantistes qui se manifestent en Slovaquie et en Ruthénie subcarpatique, l'assemblée nationale approuve l'autonomie de ces deux régions le , mais, le , le président Hacha, en raison des exigences séparatistes slovaques et ruthènes encouragées par l'Allemagne nazie, prononce la dissolution du gouvernement autonome ruthène et, dans la nuit du 9 au , celle du gouvernement autonome slovaque. Il fait arrêter les dirigeants slovaques Jozef Tiso (Premier Ministre), Vojtech Tuka et Ferdinand ĎurčanskýWilliam L. Shirer, Le Reich. Des origines à la chute, Stock, Paris, 2000, 476-477..
Sous la pression nazie et sous la houlette de Jozef Tiso, l'indépendance de la Slovaquie est néanmoins proclamée le à Bratislava. Le au matin, les armées du Reich, violant délibérément les accords passés six mois avant à Munich, envahissent et occupent le reste de la Bohême et de la Moravie et y établissent un protectorat. Le président Emil Hácha ne donne pas à l'Armée tchécoslovaque l'ordre de résister. Simultanément, les Ukrainiens proclament le une république Carpato-Ukrainienne en Ruthénie, mais dès le lendemain, les troupes hongroises l'occupent et l'annexent. La Hongrie occupe aussi et annexe une petite portion du territoire slovaque adjacent.
Le Royaume-Uni et la France commencent la mobilisation de leurs troupes même si aucune action concrète n'est entreprise alors. C'est l'invasion de la Pologne qui marque le début de la Seconde Guerre mondiale, celle de la Tchécoslovaquie n'en étant que le prélude.
Protectorat de Bohême-Moravie
thumb|220 px|Armes du protectorat de Bohême-Moravie. La Bohême, la Moravie et la Silésie tchèque sont placées sous le régime d'un protectorat allemand semi-indépendant. Emil Hácha, président de la Tchécoslovaquie depuis la démission d'Edvard Beneš, demeure en place, mais tout le pouvoir est détenu par le Reichsprotektor allemand. Les persécutions raciales s'abattent sur les Juifs et les Tziganes.
Sur les plans économique et financier international, Berlin a été reconnu comme le successeur légal du gouvernement de Prague et a récupéré entre autres 10 millions de £ anciennement tchécoslovaques auprès de la banque des règlements internationaux..
L'arsenal de l'armée tchécoslovaque est récupéré pour l'armée allemande, soit , et autres blindés , blindés, voitures blindées et batteries d'artillerie ferroviaire, d'artillerie antiaérienne, , militaires, , environ un milliard de cartouches et trois millions d'obus antiaérienshttps://eduzaurus.com/free-essay-samples/czechoslovakia-in-the-second-world-war/.
Résistance tchèque La résistance tchécoslovaque se manifeste à la fois à l'intérieur des anciennes frontières du pays, par des groupes de maquisards armés de tout ce qu'ils ont pu récupérer dans les arsenaux de l'armée (beaucoup sont d'anciens militaires), et à l'étranger, où de nombreuses escadrilles d'aviation rejoignent la Royal Air Force et participent à la Bataille d'Angleterre, tandis que des troupes terrestres participent à la défense de la Pologne puis, transportées à Alexandrie par le Service maritime roumain, rejoignent de là les forces britanniques ou françaises. La résistance joue un rôle important pendant la guerre, entre-autres dans l'assassinat de Reinhard Heydrich, protecteur de Bohême-Moravie.
Gouvernement en exil de Londres
Edvard Beneš, qui a démissionné de son poste de président le , après les accords de Munich et l'annexion des Sudètes par l'Allemagne nazie, émigre en France et anime un gouvernement en exil. Le gouvernement de Beneš, constitué à Londres en juillet 1940, est reconnu en 1942 par l'ensemble des Alliés, qui dénoncent alors les accords de Munich.
Tchécoslovaquie dans la coalition anti-hitlérienne thumb|La blindée tchécoslovaque à La Panne pendant le siège de Dunkerque en 1945. Les forces tchécoslovaques libres livrent bataille dès 1939, en participant à la défense de la Pologne. En 1940, les forces armées, fidèles au gouvernement en exil, contribuent à la défense française lors de la bataille de France. On les retrouve dans les combats sur le Front de l'Ouest, ainsi qu'au sud de l'Europe et en Afrique.
À l'Est, le autonome tchécoslovaque livre bataille pour la première fois le à SokolovoUne station du Métro de Prague sera baptisée Sokolovská en référence à ce premier haut fait d'armes qui voit les Tchécoslovaques et les Soviétiques combattre côte à côte., près de Kharkiv. Au printemps 1944, on commence à organiser le premier corps d'armée tchécoslovaque en Union soviétiquePavel Bělina, Petr Čornej, Jiří Pokorný, Histoire des Pays tchèques, Éditions du Seuil, 1995, .Pour l'ensemble du paragraphe source : La Tchécoslovaquie dans la coalition anti-hitlérienne..
À l'Ouest, les troupes évacuées de France en 1940 constituent la , armée par les Britanniques et équipée de chars Cromwell. Elle est débarquée en Normandie le , intégrée à la d'infanterie écossaise puis à la canadienne et engagée dans le siège de la poche allemande de Dunkerque. À la fin de 1944, la brigade est renforcée par des Tchécoslovaques intégrés de force dans la Wehrmacht, capturés par les Alliés sur le front italien et en Normandie : elle reste immobilisée devant Dunkerque jusqu'à la fin de la guerre et perd , et sur un effectif de . Seules quelques unités de DCA et d'infanterie, intégrées à l'armée américaine en , terminent la guerre près de la frontière tchécoslovaquePatrick Oddone (dir.), Dunkerque 1944-1945: Sur les chemins de la libération, Presses universitaires du Septentrion, ..
Résistance intérieure tchèque thumb|left|Affiche de propagande anglaise commémorant la destruction du village de Lidice en Bohême. On peut distinguer quatre composantes de la Résistance tchèque : Le Centre politique (Politické ústředí, PÚ) est constitué de collaborateurs de Beneš, sous la conduite de Prokop Drtina. Le PÚ est presque anéanti par les arrestations de et, par la suite, il est dirigé par des hommes politiques plus jeunes.