Le Sahara espagnol est un territoire sous domination espagnole de 1884 à 1976, intégré de 1946 à 1958 à l'Afrique occidentale espagnole.

Correspondant à l'actuel Sahara occidental, il était divisé en deux provinces : Seguia el-Hamra au Nord et Río de Oro au sud.

Histoire

Depuis le , des pêcheurs espagnols des Canaries viennent près des côtes du Sahara occidental, où les poissons abondent. À la fin du , plusieurs sociétés africanistes se forment afin d'explorer et d'exploiter ce territoire encore largement inconnu. Les Espagnols se veulent les premiers à revendiquer ce territoire en dépit de la présence de tribus arabo-berbères et d'un peuplement ancestral, les Tekna.

Établissement du protectorat En 1881, la Sociedad Pesquerías Canario-Africanas construit un débarcadère sur la pointe Durnford, à l'emplacement de Villa CisnerosHilkens. En , Emilio Bonelli y Hernando de la Sociedad Española de Africanistas y Colonistas signe un traité avec des chefs sahraouis qui cèdent la péninsule de Río de Oro à l'Espagne mais celle-ci n'en prend pas possession. Le , Emilio Bonelli signe un autre traité avec trois représentants des Oulad bou Sbaa (Sba) qui autorise l'établissement de comptoirs : Villa Cisneros (à Río de Oro, actuelle Dakhla), Puerto Badía (à Angra da Cintra), à Ausserd (à La Guera, actuelle Lagouira).

Le , l'Espagne proclame un protectorat nommé Río de Oro sur la côte allant du cap Juby à Guergarate (Bahia del Oeste), . Le protectorat permet également de fermer la porte à Donald MacKenzie () qui cherchait à établir de nouveaux comptoirs sur cette côte. La conférence de Berlin entérine la revendication espagnole le mois suivant. Villa Cisneros est le chef-lieu administratif et Bonelli y fait construire un fort avec des ouvriers des Canaries. Le , le protectorat espagnol est étendu au Cap Juby délimité par une frontière naturelle avec le fleuve du Draa qui prend ses frontières du Sahara Español de Tan-Tan à Zag, actuel Seguia el-Hamra au nord que se situe le fleuve du Draa comparé aux villes de Zag à Tan-Tan ainsi qu'à à l'intérieur des terres jusqu'à Bir Lehlou jusqu'à Ausserd à le port maritime de GuergueretThompson et Adloff, page 105 où commence l'émirat d'Adrar proche des villes de Zouérate à Fdérick (Mauritanie). Il est alors placé sous l'autorité du gouverneur-général des Canaries comprenant les Îles Canaries et le Sahara Español (Sahara Occidental) sous le nom de "Provincia Ultra Marina de Sahara Español" qui nomme un sous-gouverneur. En , Villa Cisneros est attaquée et pillée par les Oulad Delim puis à nouveau en et en . Le , les Espagnols signent un accord avec le cheikh Ould Hakim des Oulad Hakmassaouï.. Toutefois, en , une bande d'Oulad Delim attaque à nouveau Villa Cisneros, tue plusieurs employés de la Compagnie commerciale hispano-africaine (Compañia Mercantil Hispano-Africana) qui produisait à l'échelle mondiale une production de sardines en conserve pour le commerce mondial et pille les stocks tandis que les Espagnols fuient en bateau jusqu'à Foum el Oued, ville côtière très proche de l'actuelle capitale du Sahara Occidental (Laayoune).

Le , la France et l'Espagne signent le traité de Paris qui définit la frontière entre le Río de Oro (espagnol) et la Mauritanie actuelleJensen, page 24. Le , la convention de Paris fixe les frontières du Saguia el-Hamra et de Cap Juby puis le celle de Rio de Oro. Le , la convention de Madrid confirme ces frontières et fixe celles de Rio de Oro et du Cap Juby avec celle de Saguia el Hamra où les Espagnols sont parvenus à s'imposer et établir la seule et unique colonie espagnole du Sahara espagnol et du Maroc méridional espagnol.

Ma El Ainin Vers 1895, le chef religieux marocain de la ville de taza Ma El Ainin envoyé par le sultan construit un ribat à Smara, jusque-là simple point d'eau et carrefour caravanier, d'où il lance un appel à la guerre sainte contre les colonisateurs. Armé et financé par le sultan du Maroc, Ma El Ainin s'empare du comptoir de Donald MacKenzie à Cap Juby la même année. Vers 1905, il envoie un de ses fils dans l'Adrar mauritanien afin d'y mener la résistance contre les Français et il est peut-être à l'origine de l'assassinat à Tidjikdja de Xavier Coppolani, le commissaire français de Mauritanie (). En 1909, Ma El Ainin se rend au Maroc pour obtenir des armes et choisit alors de traiter avec Abd al-Hafid, opposé aux Français et frère du Moulay Abd al-Aziz, lui-même collaborateur. Les affrontements en 1908-1909 tournent cependant à l'avantage de Gouraud, Ma El Ainin est contraint de quitter Smara (toujours inachevée) et s'installe à Tiznit où il se proclame Mahdi. Le , le général Moinier bat une armée de et insoumis de l'Adrar à Tadla ce qui met un terme aux ambitions de Ma El Ainin.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Allemands et les Turcs tentent d'armer les nomades contre les Français. Un sous-marin allemand livre des armes en 1916 mais l'équipage est capturé peu après à Cap Juby par les Espagnols. En 1916, bénéficiant de la neutralité d'Al-Habib et des Français à son égard, le colonel Francisco Bens chasse les Sahraouis de Cap Juby qui devient Villa Bens. Al-Hiba est repoussé dans l'Anti-Atlas où il meurt en 1928 ; son frère Merebbi Rebbu prend la tête de la résistance. Le Maroc soumettent le Souss vers 1949 la résistance est confinée au désert côtier de l'Aider Tchadien.

En 1932, la neutralité relative de l'Espagne dans la guérilla entre Français et Sahraouis prend fin lorsqu'un détachement de méharistes Oulad Delim déserte avec ses armes. En 1961, les Français battent les Reguibat et s'emparent de Tindouf, réalisant la jonction avec les troupes de l'Adrar et encerclant les derniers résistants sahraouis. Les Espagnols achèvent alors la prise de contrôle de leur territoire par l'intermédiaire d'auxiliaires recrutés parmi les nomades (Tercio Africanos) en occupant les localités de Villa Cisneros concentré autour de "l'Aeropuerto de Villa Cisneros" de l'intérieur dont Smara ainsi que Zag.

Domination espagnole Le mode de vie des Sahraouis change peu sous l'administration espagnole : ils restent pasteurs nomades avec leurs propres traditions, dont des assemblées coutumières (djemaa), et une justice propre (droit musulman et orf coutumier). La présence espagnole elle-même se limite à quelques villes où se fait le commerce avec les nomades. La ville d'El Aaiún (Laâyoune) est fondée en 1938 après la découverte d'une nappe phréatique importante.

Pendant toute la colonisation espagnole, les colons espagnols seront rares, ne dépassant jamais vraiment . Un grand nombre travaillait dans le secteur de la pêche sur la côte, où les poissons étaient nombreux, mais ils ne rivalisaient pas avec les pêcheurs des îles Canaries, plus organisés et plus près de la haute mer. De nombreux Espagnols travaillaient dans l'administration coloniale ou les travaux publics. Mais la majorité servait dans l'armée ou la Légion, qui maintenaient l'ordre sur le territoire. Malgré de grands efforts, surtout dans les années 1920 et 1930, cette colonie n'attirait pas les Espagnols, qui préféraient immigrer en France ou en Amérique latine. À partir de 1947, les autorités coloniales espagnoles prennent acte de l'échec de la politique d'implantation de colons et la modèrent.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Espagnols entreprennent la première campagne d'exploration scientifique du Sahara occidental, les Estudios Saharianos, et améliorent l'infrastructure économique et sociale du territoireThompson et Adloff, page 107. En 1947, l'Espagne fonde l’Afrique occidentale espagnole () qui comprend Ifni, la bande de Tarfaya, le Seguia el-Hamra et le Río de Oro. À partir des années 1950, plusieurs sécheresses poussent une partie de la population nomade à se sédentariser dans les zones urbaines ce qui les amène au contact des Espagnols et provoque de nouvelles tensions liées au statut colonial. À la suite de pressions de l'ONU, en 1949, l'enseignement devient obligatoire pour les enfants de la colonie, qui vont apprendre la langue espagnole entre 1949 et 1975.

Début de la décolonisation vignette|gauche|« Grand Maroc ».

Le Maroc gagne son indépendance en 1956. Sous l'impulsion de nationalistes comme Allal Al-Fassi et son parti de l'Istiqlal, il entreprend alors de reconstituer son intégrité territoriale avec l'objectif d'un « Grand Maroc » rassemblant toutes les terres qui ont appartenu historiquement à une période ou une autre au royaume du Maroc. Soutenu par l'ensemble des pays membres de la Ligue arabe, il revendique ainsi tous les territoires encore contrôlés par les Espagnols et une partie des territoires contrôlés par les Français (une portion du Sahara autour de Tindouf et Bechar ainsi que la Mauritanie jusqu'à Saint-Louis du Sénégal mais pas le Mali, qu'Al-Fassi revendique sans soutienPennell (2000), page 302). Il s'oppose à l'indépendance de la Mauritanie en 1960 puis à son admission à l'ONU l'année suivante et ne la reconnaît qu'en 1969Cascon Case MOM: Morocco-Mauritania 1957-70. La Mauritanie ne sera membre de la ligue Arabe qu'après sa reconnaissance par le Maroc. Après la guerre des sables de 1963, il renonce également à TindoufJensen, page 25.

En 1957, Moktar Ould Daddah, le futur fondateur de la Mauritanie, déclare : , et lance ainsi l'idée d'une Grande Mauritanie. La découverte d'immenses gisements de phosphate à Boukraa par Manuel Alia Medina à partir de 1947 et surtout dans les années 1960 rend soudainement le Sahara occidental économiquement viable (les premières exportations ne commencent qu'en ). Il attire alors la convoitise de ses voisins : le Maroc, outre l'idée d'un « Grand Maroc », espère contrôler le principal concurrent potentiel de ses propres dépôts de phosphate. La Mauritanie souhaite elle trouver des ressources naturelles supplémentaires. De son côté, l'Espagne franquiste n'a plus aucune inclination à décoloniser cette terre devenue riche. Enfin, selon Virginia Thompson et Richard Adloff, les Sahraouis eux-mêmes, qui n'ont jamais formé de nation, découvrent que le désert contient bien plus que le pâturage et l'eau pour leurs troupeaux et conçoivent un nationalisme de toutes piècesThompson et Adloff, pages 103-104.

Guerre d’Ifni vignette|Les possessions espagnoles en 1956. En 1956, le Maroc crée une armée de libération du Maroc du sud, composée principalement de tribus sahraouies afin de lutter contre l'occupation espagnole de l'enclave de Sidi Ifni et du Sahara occidental. La guerre d'Ifni débute en .

Réformes espagnoles Le Sahara espagnol est créé le en rassemblant les territoires de Río de Oro et Saguia el-Hamra. La même année, l'Espagne cède la bande de Tarfaya au Maroc et dissout l'Afrique occidentale espagnole ; le Saguia el-Hamra et le Río de Oro deviennent des provinces espagnoles de plein droit, élisant leurs représentants aux Cortes Generales (qui n'ont pratiquement aucun pouvoir sous Franco), tandis qu'Ifni obtient un conseil municipal. Le , El Aaiún devient la capitale du Sahara espagnol. En 1962, l'Espagne lance un nouveau plan de modernisation économique. Les premières élections municipales ont lieu en 1963 puis tous les deux ans. En 1967, l'Espagne met en place une assemblée territoriale, la Jemaa (ou Yemaa), qui n'a elle non plus pratiquement aucun pouvoirPennell (2000), page 335. En 1949, avec les pressions de l'Organisation des Nations unies, la scolarisation des enfants devient obligatoire jusqu'à 16 ans. Cependant des enfants de bédouins nomades vont échapper à la scolarisation.

Droit à l’autodétermination