Alexandre Blok (en , ) est un poète russe né le à Saint-Pétersbourg où il est mort le .

Biographie Petit-fils d'Andreï Beketov, botaniste et recteur de l'université de Saint-Pétersbourg, Alexandre Blok est né dans une famille aisée, descendant de Johann von Block ou Blok, médecin privé de l'empereur. Il a pour père un professeur de droit à Varsovie, Alexandre Lvovitch Blok (beau-frère du Général Belaïeff), excellent musicien et fin styliste, qu'il n'a l'occasion de voir qu'à de brèves vacances de NoëlEt aux vacances de Pâques, lorsque le professeur Blok se rendait à Saint-Pétersbourg pour rendre visite à sa mère., mais avec lequel il entretient une correspondance régulière dès son adolescence.

Après la séparation de ses parents peu après sa naissanceSa mère se remarie en 1889 avec un officier de la garde impériale, catholique polonais russifié, Franz Kublicki-Piotuch (1860-1920), futur général., il fréquente pendant les grandes vacances d'été le monde aristocratique dans le petit manoir familial de Chakhmatovo, près de Moscou, où il découvre la philosophie de son oncle Vladimir SolovievQu'il rencontre pour la première fois à des funérailles, à l'âge de dix-sept ans. ainsi que les poètes du tels que Fiodor Tiouttchev et Afanassi Fet (1820-1892), poète précurseur de l'impressionnisme russe. Il est d'abord influencé par Mikhaïl Lermontov, par Heinrich Heine, ainsi que par l'art poétique de Paul Verlaine. « De la musique avant toute chose » sera toujours la clef de voûte de son esthétiqueCf. la présentation du livre, Le Monde terrible par .. thumb|left|Maison de l'Université où vécut le poète Alexandre Blok.

Passionné de théâtre, Blok participe à de nombreux spectacles d'amateur dans la maison de Lioubov Mendeleïeva (fille de l'illustre chimiste Dmitri Mendeleïev, ami du grand-père de Blok) qui se trouve à Boblovo à huit kilomètres de Chakhmatovo. Il y puise son inspiration et son influence pour sa première pièce. Il commence en 1898 des études de droit, mais la découverte de la poésie et de la philosophie moderne l'oriente vers les Lettres. C'est à cette époque que son cousin issu de germain, Serge Soloviev (neveu de Vladimir Soloviev), devient l'un de ses amis intimes.

Il tombe amoureux de Lioubov Mendeleïeva, qu’il épouse en 1903À l'église du village de Tarakanovo, qui se trouve entre Boblovo et Chakhmatovo.. Le mariage est malheureux. Blok mène alors une vie privée tumultueuse, s'attachant par exemple à l'actrice Natalia Volokhova (en 1907), fréquentant souvent des prostituées et les chanteuses des cabarets tziganes. Victime de maladies vénériennes, Blok ne consomme le mariage qu'après une attente de six mois. Selon le témoignage de son épouse, le mariage ne fut que très épisodiquement consommé entre 1904 et 1906. À partir de cette date, les époux n'eurent pratiquement plus aucun commerce sexuel.. Une situation que Lioubov dénonce comme un .

Pierre Léon écrit :

thumb|Portrait de Blok en 1907 par Constantin Somov. C'est le sujet même de son livre Les Tréteaux et des vers à propos de Faïna et du Masque de neige. À partir de la fin de la guerre et après la révolution, miné par les années terribles que traverse son pays, lui-même étant la plupart du temps dépressif, il demeure malgré tout fidèle à sa femme, car le lien avec elle est bien le plus fort.

Il est diplômé ès lettres en 1906. Deux événements tragiques assombrissent l'année 1909 : Lioubov Blok perd son enfant et le père du poète meurt. Après ces épreuves, le jeune ménage part pour un voyage en Italie. Ainsi trois voyages (un en Italie et deux en France)Il effectue un voyage en France à l'été 1911 et juge sévèrement les mœurs des Français : Son second voyage — sur le conseil des médecins — a lieu l'été 1913. Là encore, il écrit dans sa Correspondance :, et tous les six ans un séjour à Bad Nauheim, auquel il prête une signification mystique particulièreC'est au cours d'une cure à Bad Nauheim avec sa mère, alors qu'il a dix-sept ans, qu'il tombe amoureux d'une jeune fille — Xénia Sadovskaïa — pour la première fois. Cet amour platonique adolescent devient la source d'inspiration de plusieurs poèmes., semblent épuiser sa biographie.

Il est enterré au cimetière orthodoxe de Smolensk (Saint-Pétersbourg) où sont enterrées les familles Békétov et Katchalov Note de Pierre Léon dans sa préface, .. Une courte cérémonie a lieu à l'église de la Résurrection, qui dessert le cimetière. En 1944, sa dépouille est transférée à la passerelle des écrivains du cimetière Volkovo avec celle de son beau-père et de sa femme (morte en 1939).

Œuvre Sa biographie intime se trouve tout entière dans son œuvre lyrique que se partagent trois volumes. Le premier volume, fruit de l'influence de Vladimir Soloviev et d'une expérience mystique personnelle, chante les rencontres avec La Belle Dame et leurs illuminations éteintes. Le second marque la retombée, le retour sur terre, vers les hommes, l'abandon aux passions : ironie et dissonances y prédominent. Enfin, le troisième volume, synthèse des deux premiers, évoque le châtiment, le « monde terrible », les destinées tragiques de la Russie : l'art de Blok atteint alors son plein épanouissement.

thumb|left|La maison de campagne de Chakhmatovo. Dans le tumulte de sa vie affective, il noircit nombre de pages teintées de symbolisme, qui en font un des chefs de file du mouvement symboliste en Russie, autour de la poétesse Zinaïda Hippius. Avec son ami-ennemi Andreï Biély, nombreuses sont les discussions entre les frères ennemis. Biély le fait apparaître dans ses Mémoires, 364 et s. :

Vers la fin de sa vie, il s'intéresse candidement à la politique, fréquentant les bolcheviks, mais son manque d'engagement ternit sa réputation et il sombre dans la dépression pour mourir, dit-on, de la famine causée par la guerre civile russe (cette thèse semble controversée). Selon Georges Nivat :

Il est très connu pour son poème à L'Inconnue (Neznakomka), traduit dans plusieurs languesL'Inconnue, poème lu par Gilles-Claude Thériault sur youtube (consulté le 2 mai 2013).. Il ouvrit la porte à toute la modernité poétique russe. Le poète Maïakovski fut l'un des premiers à le reconnaître comme un moderne. Marina Tsvetaeva le considérait comme « un dieu de la poésie ». Sa fille, Ariadna Efron, écrit :

thumb|Photographie de passeport de Blok peu avant la révolution. Son œuvre la plus célèbre reste le poème Les Douze (parfois intitulé seulement Douze ; en russe : , ; 1918). Olivier Kachler, Douze, éditions Allia, 2008, .. Seul chef-d'œuvre inspiré par la révolution russe, qui fut pour lui suprême espoir et suprême désillusion.

Selon le critique français Jean-Baptiste Para, Angelo Maria Ripellino a décrit avec une impeccable précision le style génial et déroutant de ce poème :

, comme l'écrit Anna AkhmatovaPoème de Blok dédié à Akhmatova et lu par Gilles-Claude Thériault sur youtube (consulté le 29 avril 2013). le jour de ses obsèquesArticle de Georges Nivat « Alexandre Blok Andreï Biély Sortilèges et maléfices », Magazine littéraire n°420 - 01/05/2003., meurt à Pétrograd en 1921 de désespoir, après de longs mois de souffrances physiques et morales. , écrit Léon Trotsky dans Littérature et Révolution (1924). Le , Blok avait écrit une note sur Les Douze :

Le théâtre de Blok, Les Tréteaux (1906) ainsi que La Rose et la Croix (1911), vaut plus par son lyrisme que par ses qualités dramatiques. Ses articles critiques, ses carnets intimes et sa correspondance révèlent un être d'une vérité et d'une exigence rares. Il a été appelé le . En effet, nul plus que lui n'a autant rêvé de l'absolu sur terre, n'a autant aimé et désespéré à la foisNikita Struve, Anthologie de la poésie russe, p. 68-69, présentation d'Alexandre Blok.. Il fut par son inspiration mystique et par son lyrisme tragique, portés par une musique sans égale, un précurseur de la modernité poétique russe. Avec son ami, André Biély, ils demeurent tous deux les chefs de file de la seconde génération symboliste en Russie, la première génération étant dominée par le fondateur du symbolisme russe, Valery Brioussov.

Blok écrit : .

Pouchkine avait écrit, note Sophie LaffitteEncyclopédie Universalis, p. 261, que ce qui existe, c'est la paix et la liberté.

Il enchaîne :

Korneï Tchoukovski, pressentant venir la fin de l'« Âge d'or de la littérature russe » dominé par Pouchkine, note en 1921 dans son Journal (1901-1929) : Korneï Tchoukovski, Journal 1901-1929, texte établi par Élena Tchoukovskaïa et traduit du russe par Marc Weinstein, éd. Fayard, 1997 215..

Si l’« Âge d’argent » s'achève, le futurisme russe ou cubo-futurisme avec Maïakovski et Khlebnikov ainsi que l'acméisme avec Goumilev, Akhmatova, Kouzmine et surtout Mandelstam, vont ouvrir la voie de la modernité poétique en Russie.

Œuvres traduites en français Poésie Les Douze, traduction de Y. Sidersky, dessins de J. Annenkoff, Paris, Au Sans Pareil, 1923 Elégies, traduction de Charles Baudouin, Bruxelles, Les cahiers du journal des poètes, 1935 Quatre Poètes russes, avec Les Douze de Blok, traduits par Armand Robin (1949) ; rééd. Le Temps qu'il fait, 1985 Blok dans Anthologie de la poésie russe, la Renaissance du , par Nikita Struve, Aubier-Flammarion, 1970 Les Douze, présentation et traduction de Brice Parain, Paris, Le Nouveau Commerce, 1978 poëmes de Blok Aleksandr, traduit par Christian Mouze, édition bilingueTraductions établies d'après l'édition soviétique du centenaire : Œuvres complètes en six volumes, éditions Belles Lettres, Leningrad, 1980., chez albédo, 1990 Poésies, poèmes choisis, traduits du russe et suivis d'un essai par Jacques-Alexandre Mascotto, Bruxelles, La Lettre volée, 1991 Cantiques de la Belle Dame, présentation et traduction de Jean-Louis Backès, Paris, éditions de l'Imprimerie nationale, 1992 Poèmes, collection bilingue (traducteurs multiples), Paris, Éditions Librairie du Globe, 1994 . Cinq poètes russes du (Blok. Akhmatova. Mandelstam. Tsvétaïéva. Brodsky), présentation et choix de Jean-Baptiste Para, Poésie/Gallimard, 2007 L'Inconnue, traduction du poème suivie de trois articles, Traduire l'Inconnue, Inactualité de Blok et De l'obscur, dans Éclats d'une poétique du devenir posthumain par Serge Venturini, Livre II, Éditions L'Harmattan, , Paris, 2007 , 91-100 Douze, traduction Olivier Kachler, Éditions Allia, Paris, 2008, 80 p. Les Douze, traduit par Henri Abril ; avec 30 illustrations originales de Georges A. de Pogédaïeff faites en 1945, éditions Art Volkhonka, Paris-Moscou, 2017 Sur le bûcher de neige, anthologie bilingue (1898-1921), éditions Circé 2020, 379 pages ; poèmes traduits par Henri Abril et Cyrilla Falk, édition fortement augmentée et corrigée du recueil paru en 1994 (voir ci-dessus)

Autres œuvres Œuvres en prose (1906-1921), traduction et préface de Jacques Michaut, Lausanne, Éditions L'Âge d'homme, 1974 Œuvres dramatiques, traduction et présentation de Gérard Abensour, Lausanne, Éditions L'Âge d'homme, 1982

Hommages

Dmitri Chostakovitch a mis en musique Sept romances sur des poèmes d'Alexandre Blok, pour soprano et trio piano, violon et violoncelle (opus 127 / 1967).

(2540) Blok, astéroïde

Notes et références

Voir aussi

Bibliographie Sophie Bonneau (Sophie Laffitte), « L'univers poétique d'Alexandre Blok », Institut d'études slaves de l'université de Paris, 1946 Sophie Laffitte, Alexandre Blok, Pierre Seghers, n° 61, 1958 Nina Berberova, Alexandre Blok et son temps, Arles, Actes-Sud, 1991 Jean-Louis Backès, Aleksandr Blok. L'horizon est en feu, biographie, Croissy-Beaubourg, Éditions Aden, 2006 Jean Blot, Alexandre Blok, Le poète de la perspective Nevski, biographie, Éditions du Rocher, 2007

Articles connexes Famille (von) Blok Marie Skobtsova Musée-appartement d'Alexandre Blok Personnalités symbolistes

Liens externes

Textes et traductions de Serge Venturini à propos d'Alexandre Blok sur espritsnomades.com Autour de L'Inconnue de Blok par Angèle Paoli sur terresdefemmes.blogs.com