vignette|Samouraï en armure, 1860. Photographié par Felice Beato.

Le bushidoLe mot « bushido » est entré dans plusieurs dictionnaires francophones et s'écrira donc sans italique et sans macron dans la suite de l'article. est le code des principes moraux que les guerriers japonais (samouraïs et bushi) étaient tenus d'observerExtrait de Bushidō, l'âme du Japon de Inazō Nitobe, 1900, ..

Origine du mot est un mot japonais signifiant littéralement « la voie du guerrier » : bushi signifie « brave guerrier » et dō, « la voie ». On divise parfois bushi en deux termes qui signifieraient bu, « stopper », « mettre fin à la violence par les armes », et shi, « celui qui a obtenu son savoir par l'apprentissage » (comme le guerrier). Cela dit, une autre interprétation de l'étymologie de l'idéogramme bu suggère au contraire « porter la lance ».

La première mention de ce mot est faite dans le Kōyō gunkan, écrit aux alentours de 1616, mais l'apparition du bushido est liée à celle de la féodalité japonaise et des premiers shoguns à l'époque de Minamoto no Yoritomo au . Cependant la dimension morale propre au bushido apparaît progressivement dans la culture guerrière et se repère dans des récits et des traités militaires seulement à partir des et siècles.. on relève ainsi une permanence de la représentation moderne de son ancienneté dans la culture japonaise et sa diffusion.

Ainsi, à l'époque de la guerre de Genpei, on l'appelait . en raison de l'importance majeure de ce style de combat pour les guerriers de l'époque, et du fait qu'il était considéré comme une méthode traditionnelle, celle des plus anciens héros samouraïs, tels que le prince Shōtoku, Minamoto no Yorimitsu et Minamoto no Yoshiie (Hachimantarō). D'après Louis FrédéricEncyclopaedia of Asian civilizations., le kyūba no michi apparut aux alentours du comme un ensemble de règles et coutumes non écrites auxquelles les samouraïs étaient censés se conformer.

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Les différentes éditions du Dit des Heike apportent un éclairage sur la notion de voie. Ainsi, .

C’est parfaitement clair dans l’anecdote de l’abandon du prisonnier Michitsune par son frère Michikiyo qui déclare :  En colère, Mitchitsune rétorque Habitude ou coutume narai désigne une situation fréquente sans connotation morale même si elle peut être sujet à discussion..

En fait, il existe une méprise sur le terme qui désigne le code des samouraïs, , notamment japonais. Parmi les classes existaient les bushi, sous-officiers et officiers inférieurs, et les buke, officiers supérieurs appartenant à la noblesse. Les samouraïs font partie de la catégorie des buke, et leur code est le buke-shô-hatto. Seulement, il existe une fiction où est employé le terme bushido en tant que code des samouraïs, c'est de là qu'on tire cette définition de bushido. Mais, en réalité, le code se nomme ; c'est une collection d'édits promulgués de 1615 à 1710 par le shogunat Tokugawa.

Sources du bushido

vignette|Illustration du Seppuku (suicide rituel par perforation du ventre avec le sabre court ( wakisashi)) Ce code de vie a emprunté au bouddhisme l'endurance stoïque, le respect du danger et de la mort ; au shintoïsme, le culte religieux de la patrie et de l'empereur ; au confucianisme, une certaine culture littéraire et artistique ainsi que la morale sociale des « relations » : parents-enfants, maître et serviteur, époux, frères, amis.

Mencius fut également une grande source d'inspiration pour le bushido.

Le bushido se trouve dans la continuité de kyuba-no-michi, il s'est structuré au fil des siècles, de même que le stoïcisme de Sénèque était nécessairement différent de celui de Zénon.

Il existe une différence majeure entre le bushido et les textes antérieurs décrivant la voie des samouraï. À l'époque du kyuba no michi, les samouraïs étaient au service de la noblesse kuge et de princes impériaux de haut lignage (par exemple, les samouraïs dans le Dit du Genji). Quand s'effectue la transition vers le bushido, les samouraïs (c'est-à-dire principalement les buke et des soldats-paysans) saisissent leurs propres destinées en mains à travers le phénomène de gekokujō, ou bien se mettent à servir d'autres membres des buke.

Ainsi, à l'époque de la guerre de Genpei et du bakufu Minamoto, on parlait de « Voie de l'arc et du cheval », simplement parce que c'était la façon traditionnelle de combattre des samouraïs. L'art martial appelé yabusame (technique de tir à l'arc japonaise pratiquée à cheval), conserva une grande importance au fil des siècles, jusque dans l'époque Sengoku et même à l'époque d'Edo.

Le yabusame servait lors de cérémonies à la gloire des dieux et de l'empereur et était aussi, par défaut, la façon de combattre des grands héros samouraïs du haut Moyen Âge japonais comme Minamoto no Yorimitsu, Hachiman Taro, Minamoto no Yoshiie, Minamoto no Tametomo. De même on relie le fondateur du Heki-ryu Kyujutsu à Hachiman, dieu tutélaire de la lignée Seiwa-Genji et donc dieu de l'archerie à cheval (en outre, certains des shintai de Hachiman sont des étriers de samouraïs). On parle alors de « Voie de l'arc et du cheval » car les samouraïs sont en premier lieu des archers à cheval au tempérament chevaleresque.

Toutefois, la guerre au Japon évolue progressivement. Si déjà à l'époque de Yoshiie, des sièges existaient, le combat en mêlée prend de plus en plus d'importance en même temps qu'augmente le nombre de soldats ou que décline l'importance de l'arc. Dès l'époque Kamakura, l'importance du sabre, puis celle de la lance s'affirment. À Kyoto pendant la guerre d'Ōnin, on amène des foules immenses qui, par la suite, se dispersent dans tout le Japon au fur et à mesure qu'elles rentraient chez elles, ouvrant la période du chaos de l'époque Sengoku.

À l'époque Edo, la nation étant en paix (tenka taihei), les samouraïs perdirent toute source de revenus, comme des mercenaires sans guerre et donc sans employeur potentiel. Ceux qui n'étaient pas devenus rōnin travaillèrent dans des châteaux ou en milieu urbain.

Les goshi, les samouraïs campagnards et soldat-paysans, étaient la norme avant la réforme de Oda Nobunaga, qui força ses samouraïs à vivre en ville afin de les mobiliser plus rapidement et plus facilement pour des expéditions militaires. Par la suite, cette façon de faire s'étendit à tout le pays et les Tokugawa firent du Japon une culture urbaine et sophistiquée. Les arts martiaux étaient devenus en grande partie inutiles.

Beaucoup de daimyos pré-Edo ont effectué des tameshi giri (exercices de coupe réelle à l'épée, au sabre). On peut citer Date Masamune et Hosokawa Tadaoki, ou sont même l'objet d'exploits martiaux légendaires (Honda Tadakatsu, jamais blessé au combat de toute sa vie ; Tachibana Dōsetsu qui tranche un éclair avec son sabre ; Satake Yoshishige qui tranche un cavalier en armure complète de la tête jusqu'à la selle ; qui tranche un roc). Si on remonte plus loin encore, on trouve une abondance de héros et de guerriers légendaires, généraux ou simples samouraïs. Ainsi donc, aux yeux d'un homme de la vieille école comme Yamamoto Jocho Tsunetomo, leurs descendants de l'époque Edo sont plutôt gâtés et font la fine bouche. Il leur manque le tempérament guerrier de leurs aïeux.

Par exemple, les daimyos de l'époque Edo emploient des experts pour réaliser les tameshi giri (le plus célèbre étant Yamada Asaemon). Le katana doit être manié par un maître capable de déterminer les capacités de l'arme sans qu'elles subissent l'influence de l'utilisateur. D'un autre côté, on ne saurait saisir l'essence du sabre sans pratiquer le battōjutsu ou le tameshi giri, car imiter les mouvements lors de katas ou de quelques passes d'armes avec des jouets en bambou ne donne pas la sensation de trancher la chair humaine, ce à quoi les sabres et leurs techniques martiales sont destinés, au bout du compte.

En fait, les daimyos rejettent le tameshi giri qu'ils trouvent barbare. Même cet exercice est nécessaire, ils l'évitent et le confient à des experts de bas rang social. De plus, ces daimyos ne prennent jamais eux-mêmes le poste de kaishakunin (personne désignée pour procéder à l'exécution) lors d'un seppuku, car il est outrageant qu'un samouraï pointe sa lame dans la direction de son daimyo (puisque le kaishakunin attend derrière le seppuku-sha, le condamné).

En matière d'arts martiaux et d'attitude vigilante, les seigneurs ne montrent pas vraiment l'exemple, mais les samouraïs de plus bas rang doivent s'en accommoder et servir de leur mieux.

En d'autres termes, ce n'est pas du bushido que Yamamoto Jocho se plaint, au contraire, son aigreur vient du fait qu'il ait l'impression que la forme que le bushido prend à l'époque Edo est inappropriée, imparfaite. Le bushido s'épanouit sur les champs de bataille, et dans un monde en paix, il est coupé de ses racines.

Et c'est aussi cela, la problématique au cœur du bushido : qui servir et comment le faire au mieux ? Cette problématique trouve elle-même sa continuité dans la société japonaise moderne (gendai), que ce soit dans les tâches subalternes de l'hôtellerie, les majordomes de la bourgeoisie ou même les aides de camp de l'empereur du Japon.

C'est l'époque où les bujutsu (technique pour vaincre et tuer son ennemi), entament la transition vers le budo, sport de combat moderne pour se divertir avec son adversaire ou faire de l'auto-défense. En effet, bien que les budo n'existent officiellement qu'à partir de l'époque Meiji, déjà on voit apparaître les premiers shinai, ainsi que des « armures » spéciales utilisées pendant les exercices de gekiken (combat d'escrime , ancêtre direct du kendo moderne).

C'est dans ce contexte que le bushido est théorisé, tantôt par initiative individuelle, tantôt par des « théoriciens du régime » tels que Hayashi Razan, Taira Shigetsuke ou encore le moine Nankobō Tenkai, proche conseiller de Tokugawa Ieyasu. Pour Ieyasu et les shoguns, le bushido est le mythe social fondamental qui fera se maintenir la nation en place, et comme tous ceux de ce genre-là, ils usent de l'appareil étatique pour le façonner. C'est de là que viennent les modifications, règlements et standardisations.

Par exemple, avant l'époque Edo, le daishō (la paire d'épées traditionnelles) n'était pas tout à fait standardisé. En fait, les samouraïs en armure préféraient très souvent le tachi et le tantō, et pendant l'époque Sengoku, les samouraïs préféraient le katateuchi au wakizashi. Le katana et l’uchigatana étaient plus souvent portés par des samouraïs de bas rang et des ashigaru. Mais pendant l'époque Edo, le bakufu Tokugawa imposa le banzashi-daishō dans les lois somptuaires de la caste samouraï. Ce genre de détails est propre à une codification tardive du bushido, mais il ne faut pas croire pour autant que le bushido a été « inventé » aux .

Les sources du bushido puisent donc abondamment dans les trois religions majeures du Japon, le shintoïsme, le bouddhisme (zen en particulier, considéré comme la religion par excellence du samouraï depuis l'époque Kamakura et l'introduction des zen soto et rinzai), et le confucianisme enfin. Ce dernier élément apporte un aspect social à la caste guerrière, qui se transforme en une sorte de police féodale et d'armée de réserve (en sa qualité d'ost féodal qui sait qu'on ne l'appellera pas de sitôt).

On notera l'apport de grands érudits pour chacune de ces trois philosophies, tels que Takuan Soho (qui disserta beaucoup avec les grands de son temps) ou Motoori Norinaga, grand spécialiste de la « voie des dieux ». De même, beaucoup de koryu bujutsu (écoles anciennes d'arts martiaux), qui avaient le terme « kami » dans leurs noms, devinrent populaires à l'époque Edo. Les styles de kashima et katori, notamment, signifiaient qu'ils suivaient l'enseignement des dieux.