Le Grumman F4F Wildcat est un avion de chasse embarqué américain mis en service en . Il fut utilisé par la marine et le corps des Marines américains ainsi que dans l'aéronavale britannique pendant la Seconde Guerre mondiale.
Bien que dominé sur le plan des performances pures par son adversaire principal, le Mitsubishi A6M Zéro japonais, le Wildcat, grâce à sa grande robustesse, à son blindage efficace et à l'emploi de tactiques adaptées, permit aux forces alliées de conserver l'initiative pendant les campagnes de l'année 1942 (Mer de Corail, Midway, Guadalcanal, bataille des îles Santa Cruz). De nombreux pilotes de F4F remportèrent un nombre élevé de victoires, le record étant détenu par le major (commandant) Joe Foss du corps des Marines avec 28 victoires obtenues en moins de trois mois pendant la campagne de Guadalcanal.
Remplacé en première ligne par le Chance Vought F4U Corsair et le Grumman F6F Hellcat à partir de 1943, il resta néanmoins en service jusqu'à la fin de la guerre sur les porte-avions d'escorte où sa petite taille était un avantage. Pour permettre à Grumman de se concentrer sur la production des Hellcat, sa fabrication (ainsi que celle du bombardier-torpilleur Avenger) fut progressivement transférée à la division Eastern Aircraft de General Motors à partir de la fin de 1942. Les deux versions du Wildcat produites successivement par cette dernière compagnie - appelées FM-1 et FM-2 - représentèrent en fait près des trois quarts (73%) de la production totale de l'appareil, soit 5280 FM-1 et -2 sur un total de 7251 appareils produits, toutes versions confonduesBarrett Tillman, Wildcat the F4F in World War II p. 193.
L'arrivée du F4F fournit à la Royal Navy un chasseur embarqué performant, disponible en nombre, et surtout beaucoup mieux adapté que les Sea Hurricane et Seafire aux conditions d'utilisation difficiles rencontrées sur les porte-avions, dans l'attente des Hellcat et Corsair fournis ultérieurement par les États-Unis. Sous les cocardes britanniques, l'appareil fut initialement baptisé Martlet mais cette appellation fut abandonnée dès 1944.
Le Wildcat fut très rapidement retiré du service dès la fin du conflit.
Conception La société Grumman Aircraft Engineering Corporation, fondée en 1929 pour concevoir des flotteurs d'hydravion, ne tarda pas à concevoir son premier avion, le Grumman FF, en 1931, un biplan dont les caractéristiques principales étaient un train d'atterrissage se rétractant dans le fuselage, un poste de pilotage fermé et une construction entièrement en métal. Après en avoir utilisé quelques exemplaires, l'US Navy lui commanda alors un chasseur amélioré, le Grumman F2F, puis son successeur, le Grumman F3F, qui arriva dans les unités de combat en 1938.
Alors que le F3F-1 subissait son programme d'évaluation, en novembre 1935, l'US Navy lança un nouvel appel d'offres. Grumman y répondit en proposant son modèle G-16 dont la Navy commanda un prototype sous la désignation de XF4F-1. L'avion vola le , mais aucune commande de série n'aboutit. À la suite de la commande du prototype du monoplan Brewster F2A Buffalo en juin, Grumman décida de répliquer avec son propre monoplan, le XF4F2, qui fut lui aussi commandé le . Le , fit effectuer son premier vol au XF4F-2. Le monoplan, propulsé par un Pratt & Whitney R-1830-66 Twin Wasp de , possédait les mêmes traits distinctifs que ses ancêtres biplans, il était armé de deux mitrailleuses de dans le capot moteur et deux autres pouvaient être ajoutées dans les ailes, ainsi que deux bombes de sous les ailes.
Les deux prototypes furent alors testés intensivement par la Navy pour déterminer le meilleur. Cependant, le , à la suite d'une panne moteur, le XF4F-2 fut gravement endommagé, et par la suite la Navy se prononça en faveur du Brewster en juin, même si elle était impressionnée par les performances du XF4F-2. L'équipe Grumman retourna à ses planches à dessin, et le le XF4F-3 prenait son envol. Le nouvel avion était motorisé par un R-1830-76 de , et avait eu aussi ses ailes et son empennage redessinés. Il fut évalué par les pilotes de la Navy de mars à mai, puis renvoyé en usine pour éliminer les défauts de stabilité et de refroidissement rencontrés. Le dièdre de l'aile fut alors augmenté d'un degré, la surface des ailerons fut diminuée alors que celle du gouvernail fut augmentée. Les difficultés de refroidissement du moteur ne furent résolues que par le montage d'une nouvelle hélice avec des pales larges. Les essais par la marine furent si encourageants, la vitesse de pointe atteinte étant de , que trente-quatre avions furent commandés dès août, alors que l'évaluation n'était pas achevée. Celle-ci se termina par l'accident du prototype en décembre. Mais, en , le premier exemplaire de série quittait les chaînes de montage de l'usine de Bethpage, et servit à finir la mise au point du modèle. Le deuxième suivit en juillet. Ils étaient tous les deux armés de deux mitrailleuses de capot de et de deux mitrailleuses d'ailes de , et les réservoirs de carburant étaient pressurisés pour faciliter l'alimentation du moteur à haute altitude. Les suivants seront armés de quatre mitrailleuses de dans les ailes, munis de plaques de blindage et d'un train d'atterrissage renforcé.
À l'exportation Comme les menaces de guerre se précisaient en Europe, Grumman proposa son nouveau modèle G-36 à l'exportation, et remporta trois marchés, respectivement de 81, 30 et , de la part des gouvernements français, grec et belge. La commande belge fut intégrée dans la française à la suite de l'invasion de la Belgique..
Destiné à l'Aéronavale française, le premier de ces avions vola le avec un Wright R-1820 Cyclone 9 de 1000 chevaux (), à une époque où la défaite de la France était déjà consommée. La mission d'achat britannique accepta cependant d'honorer le contrat de son ancien allié, portant même le nombre d'exemplaires commandés à 90 unités.
Les exemplaires têtes de série furent acheminés vers la Grande-Bretagne en , les 5 premiers prélevés sur les chaînes de montage étant expédiés au Canada, où ils reçurent la dénomination de Martlet Mk.I. Ils équipèrent d'abord le de la Fleet Air Arm (FAA), l'aéronavale britannique, deux machines de cette série revendiquant, début , le premier avion allemand abattu par ces chasseurs.
Par la suite, d'autres versions assemblées par Grumman servirent au sein de la FAA, dont le Martlet Mk.II, à ailes repliables et propulsé par un Pratt & Whitney Twin Wasp, 10 F4F-4 et les G-36A de la commande grecque, qui devinrent Martlet Mk.III, de même que des F4F-4B pourvus d'un Wright GR-1820 Cyclone 9 et baptisés Martlet Mk.IV.
Engagements Le Grumman F4F Wildcat était un chasseur embarqué utilisé par l'US Navy et la Royal Navy. D'abord utilisé en combat par les Britanniques en Europe, le Wildcat fut aussi et surtout utilisé par les Américains sur le théâtre du Pacifique en 1941-1942.
Le Wildcat était surclassé par le Mitsubishi Zero, son principal opposant sur le théâtre du Pacifique, mais il réussit quand même à s’imposer, principalement grâce à sa capacité à encaisser les dommages. Relativement bien blindé et équipé de réservoirs auto-obturants, le Wildcat pouvait survivre à de nombreux impacts infligés par les Zéro, à la surprise de ceux-ci, faiblement blindés.
L’as japonais Saburo Sakai décrit ainsi la capacité des F4F à encaisser des dommages :
Sur les porte-avions d'escadre, le Wildcat fut remplacé en 1943 par le plus gros Grumman F6F Hellcat pour faire face au Zero. Mais le Wildcat fut toujours fabriqué par General Motors sous le sigle FM pour servir sur les porte-avions d'escorte où des chasseurs plus lourds et plus gros ne pouvaient être utilisés. Il devait être remplacé par le Grumman F8F Bearcat de petite taille afin de standardiser les modèles de chasseurs entre les porte-avions d'escadre et les porte-avions d'escorte, mais ce dernier n'entra pas en service avant la fin de la guerre du Pacifique.
De Guantanamo à Pearl Harbor thumb|F4F-3 en vol, été 1940 En décembre 1940, les escadrons VF-4 () et VF-7 () de la marine des États-Unis disposent de 22 modèles F4F-3. Fin , ces deux unités manœuvrent vers (Cuba) avec des avions aux couleurs flamboyantes : extrados d'ailes jaune vif et fuselage et intrados gris empennage vert (USS Ranger) ou noir (USS Wasp) Trois escadrilles de six appareils : bande de couleur de capot moteur et de fuselage pour la première escadrille, placard sur la moitié supérieure du capot pour la deuxième escadrille et sur la moitié inférieure pour la troisième. Six sections de trois avions avec des chevrons de couleur sur et sous les ailes : rouge pour les appareils numérotés de 1 à 3, blanc de 4 à 6, bleu de 7 à 9, noir de 10 à 12, vert de 13 à 15 et jaune de 16 à 18.
En , les Squadrons VF-4, VF-6, VF-7 et VF-71 ainsi que , VMF-121 et VMF-211 de l'US Navy, mais aussi le Squadron BAD-1 de l'US Marine Corps, sont opérationnels sur F4F-3 ou F4F-3A. Le VMF-211, équipé de quinze F4F-3, était basé à Ewa, près de Pearl Harbor. Lors de l'attaque du , les Wildcat basés à Ewa n'eurent pas le temps d'intervenir et neuf d'entre eux furent détruits au sol. Heureusement, les porte-avions américains n'étaient pas à Pearl Harbor et ne furent pas détruits.
Wake
Quatre jours avant l’attaque de Pearl Harbor, le porte-avions avait livré douze Wildcat F4F-3 du VMF-211 à Wake (commandés par le major Putnam du corps des Marines des États-Unis). Par mesure de sécurité, quatre Wildcat assuraient en permanence un vol de surveillance au-dessus de l'île. Le , 34 Mitsubishi G3M échappèrent à la surveillance des quatre avions en vol et bombardèrent l'aérodrome. Les Wildcat au sol tentèrent de décoller (un par un car la piste était étroite), mais sept des huit avions furent détruits. Au retour des quatre Wildcat, l'un d'entre eux fut endommagé à l'atterrissage. Les mécaniciens travaillèrent efficacement et dès le lendemain, quatre Wildcat étaient prêts à combattre. Ce jour-là, , des Mitsubishi G3M attaquèrent Wake de nouveau, mais l'un d'entre eux (sur 27) fut abattu par les F4F-3. vignette|gauche|Épaves de F4F sur l'île de Wake. Le , les Mitsubishi G3M attaquèrent encore et deux furent abattus par le capitaine Elrod. Le , les Japonais tentèrent de débarquer à Wake. La flotte d'invasion fut attaquée plusieurs fois de suite (notamment à la bombe) par quatre Wildcat (pilotés par le major Putnam et les capitaines Elrod, Freuler et Tharin). Elrod coula le destroyer Kisaragi. Un autre destroyer fut coulé (l'Hayate) par les tirs de l'artillerie côtière de , et les Japonais se retirèrent, mais deux Wildcat furent perdus. Plus tard ce même jour, les Mitsubishi G3M attaquèrent et trois furent abattus par Davidson et Kinney. Un sous-marin fut également attaqué, sans succès, par le lieutenant Kliewer. Le , un hydravion fut abattu par Tharin. Le , 30 Mitsubishi G3M revinrent et détruisirent un des deux derniers Wildcat. Le , les Japonais attaquèrent Wake avec 146 avions : Putnam décolla seul et dut revenir, son appareil étant très endommagé. Les mécaniciens se surpassèrent et ressuscitèrent deux Wildcat. Le , ils affrontèrent une nouvelle vague d'assaut mais succombèrent face aux Zéro. Le , un millier de Japonais débarquèrent et le 24, Wake capitulait.
De Pearl Harbor à la bataille de la mer de Corail
vignette|Grumman F4F de l'USS Lexington (CV-2) en avril 1942. Le , au large de Rabaul, l' détecta des avions japonais et envoya des F4F-3, dont un piloté par le lieutenant Edward O'Hare qui abattit cinq Mitsubishi G4M « Betty » en quelques minutes ; il devint ainsi le premier as sur Wildcat et obtint le surnom de Butch (le boucher).
Le , 24 appareils F4F-3 et F4F-4 du VF-6 () escortèrent les B-25 du lieutenant-colonel James H. Doolittle pour son raid sur Tokyo.