Lordre moral est une coalition des droites qui se forme après les chutes successives de Napoléon III et du gouvernement républicain provisoire. C'est aussi le nom de la politique souhaitée par le gouvernement d'Albert de Broglie formé sous la présidence du maréchal de Mac Mahon à partir du .

Contexte Difficultés d'une république naissante vignette|alt=Peinture montrant la foule devant le palais Bourbon par une journée ensoleillée.|La foule devant le Corps législatif au matin du , peinture de Jacques Guiaud et Jules Didier. Le , dans les décombres du Second Empire vaincu par la Prusse, la république est proclamée... Afin d'endiguer l'insurrection et d'écarter la perspective d'un gouvernement révolutionnaire, les députés républicains s'accordent sur la constitution d'un gouvernement de la Défense nationale. Une série de désastres militaires et les souffrances du peuple lors du siège de Paris finissent par emporter le cabinet malgré la détermination de Léon Gambetta.

vignette|redresse|gauche|Portrait officiel d'Adolphe Thiers en 1871.

Après la large victoire des monarchistes lors des élections législatives du , Adolphe Thiers est nommé « chef du pouvoir exécutif de la République française », en attendant la signature de la paix et le rétablissement de l'ordre. Ancien orléaniste, Thiers considère la république comme le seul régime capable de préserver l'ordre établi tant les querelles dynastiques discréditent les différents courants royalistes. À l'inverse, la majorité monarchiste à l'Assemblée nationale n'a d'autre objectif que la restauration, et les rapports entre les parlementaires et le chef de l'État reposent sur le pacte de Bordeaux, une proclamation dans laquelle Thiers réaffirme le statu quo institutionnel et promet de ne prendre aucune initiative sans en avoir consulté les députés : .

Sous la conduite du chef de l'État, qui reçoit officiellement le titre de président de la République après le vote de la loi Rivet le , le régime s'oriente peu à peu vers un républicanisme conservateur. De fait, les monarchistes, dans l'attente d'un prétendant au trône, éludent la rédaction d'une constitution définitive et les institutions provisoires évoluent lentement, cependant que les républicains progressent à chaque élection partielle.

Rupture entre Thiers et les monarchistes vignette|alt=Dessin d'un homme versant du vin rouge et du vin blanc dans un entonnoir relié à un tonneau.|Adolphe Thiers sous les traits d'un œnologue préparant le « vin de 1872 », image du rassemblement tenté par le président de la République.Caricature d'André Gill dans L'Éclipse, . La confiance de la majorité parlementaire à l'égard du chef de l'État s'amenuise à mesure que ce dernier s'éloigne de toute perspective de restauration monarchique. Le , son discours à l'Assemblée suscite l'indignation et l'hostilité des royalistes : .

L'équilibre est rompu le : Charles de Rémusat, ministre des Affaires étrangères de Thiers, est battu par le maire radical de Lyon, Désiré Barodet, soutenu par Léon Gambetta, lors d'une élection législative partielle à Paris. Les monarchistes, qui déplorent cette poussée radicale, en rejettent la responsabilité sur le chef de l'État. À l'Assemblée, le duc Albert de Broglie, qui rassemble les différentes tendances monarchistes sur son nom, l'attaque sèchement : . Empêché de répondre en vertu d'une loi qui l'oblige à inscrire ses interventions à l'avance au calendrier des séances, mis en minorité, Adolphe Thiers démissionne le .

Élection de Mac Mahon Albert de Broglie appuie la candidature du maréchal de Mac Mahon : militaire de carrière ayant remporté de nombreux succès, vainqueur de la Commune à la tête de l'armée versaillaise, figure respectée dans le pays comme à l'étranger, il apparaît comme le candidat idéal pour les conservateurs. Élu à la présidence de la République par sur exprimés, il commence par se récuser, avant d'accepter la charge suprême. Son prédécesseur lui-même, Adolphe Thiers, tente d'ailleurs de le décourager : .

Histoire L'union des monarchistes formée à l'occasion du renversement d'Adolphe Thiers prend le nom de majorité d'ordre moral, une expression forgée par le maréchal lui-même dans son discours à l'Assemblée le : .

Cette coalition ne dirige finalement le pays que de manière très brève, du au , date du renversement du cabinet Broglie. L'objectif de ce gouvernement était de préparer la société à la Troisième RestaurationDictionnaire encyclopédique Quillet. L'ordre moral est à la fois une reconquête religieuse de la société et une lutte politique sans concession contre le radicalisme républicain, ennemi de la société. Il s'appuie sur une éducation religieuse renforcée, seule susceptible d'extirper les influences mauvaises héritées de la philosophie des Lumières et du positivisme. C'est dans ces circonstances que le l'Assemblée nationale adopte une loi déclarant d'utilité publique la construction d'une basilique dédiée au Sacré-Cœur sur la colline de Montmartre. Cette période prend fin avec la victoire des républicains aux élections législatives de 1876.

Une volonté d'ordre moral est fréquemment prêtée à la politique du maréchal Pétain durant le régime de VichyLivre d'histoire Magnard 1998, . Mais Pétain déclarait, dans un discours du : Vichy et l'ordre moral de Marc Boninchi.

L'ordre moral est employé comme terme péjoratif pour fustiger une politique jugée réactionnaire et liberticide.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

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René Rémond, Les Droites en France de 1815 à nos jours. Continuité et diversité d'une tradition politique, Éditions Aubier-Montaigne, Paris, 1954, rééditions en 1963 (La Droite en France de la première Restauration à la République), 1968 et 1982 (Les Droites en France) Vincent Adoumié, De la monarchie à la République, 1815-1879, Paris, Hachette, 2004 . .

Articles connexes Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires Ordre public Projet de Troisième Restauration

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