350px|thumb|right|Une vue actuelle de la nécropole des Alyscamps et de ses sarcophages. De nombreux sarcophages sculptés ont été découverts à Arles, essentiellement dans les quartiers des Alyscamps et de Trinquetaille, où se trouvaient les nécropoles arlésiennes.
En raison du grand nombre d'œuvres conservées à Arles, tant dans les nécropoles que dans les lieux de culte du Moyen Âge, une approche historique est possible, retraçant l'évolution de ces cuves funéraires entre les . Aujourd'hui encore, en dépit des pièces « empruntées »<ref>En particulier, lors du séjour du roi Charles IX en novembre 1564, il y eut de véritables actes de vandalisme : Le 16 novembre 1564, entrée solennelle du roi Charles IX dans la ville d'Arles. Son séjour fut marqué par de véritables actes de vandalisme : le roi permit aux ducs de Lorraine et de Savoye, dont il était accompagné, de faire emporter les marbres antiques qui leur plairaient ; lui-même choisit un certain nombre des plus beaux sarcophages ; on les embarqua sur le Rhône avec huit colonnes de porphyre tirées de l'église N. D. la Major, où elles entouraient les fonts-baptismaux; la barque qui les emportait sombra au Pont-Saint-Esprit. La Reine-mère fit aussi arracher « l'ornement de marbre » qui décorait l'entrée du presbytère à Saint-Honorat, « chose fort singulière, savoir deux têtes de Janus antiques et fort bien travaillées en marbre à deux faces chacune ; et il y avait deux bœufs devant chacune d'i-celles traînant la charrue et parfaitement bien faites. » Source : Remusat, reprise dans Émile Fassin – Bulletin archéologique d’Arles, 1890 , pages 167-170.</ref> ou cédées, la ville et le Musée départemental Arles antique possèdent la deuxième collection de sarcophages paléochrétiens, après celle des musées du VaticanPaul-Albert Février (sous la direction de) - La Provence des origines à l'an mil, page 386 : ... l'importante collection de sarcophages qui fait du musée d'Arles le deuxième au monde pour l'art chrétien, après le musée du Vatican (ex- musée du Latran)..
Les sarcophages Les œuvres funéraires arlésiennes présentent une grande variété de sculptures : personnages, thèmes mythologiques, scènes de chasse et pastorales, compositions narratives et à compter de la fin du , motifs chrétiens. On constate également des évolutions techniques : simple et double registre, présence de niches, bas-relief et ronde-bosse, etc.
Au niveau des matériaux, l'évolution des sarcophages sculptés montre une prédominance de la pierre locale (calcaire tendre de Fontvieille) au , puis aux , un engouement pour le marbre, souvent du marbre de Carrare, du Proconnèse ou d'Orient, quelquefois des Pyrénées, avec des imitations en calcaire, et au un effacement de la pierre de Fontvieille. Cette chronologie ne concerne que les ouvrages sculptés et non point les sarcophages non sculptés, qui demeurent en calcaire local.
Quelques détails comme la présence de fenestella dans certains sarcophages chrétiens du , comme celui de Maria Romana Celsa (ouverture rectangulaire de sur au centre de la face arrière du sarcophage) et celui dit « de la chasse » (ouverture rectangulaire de sur également sur la face arrière du sarcophage), dispositif réputé être propre à certaines tombes de martyr, pourraient servir ici au culte de la tombe, comme un trou à libation, montrant la persistance de cette tradition dans la société arlésienne en cours de conversion.
Aujourd'hui, la plupart de ces sarcophages se trouvent à Arles au Musée de l'Arles et de la Provence antiquesIl possède une remarquable collection de sarcophages paléochrétiens, la seconde derrière celle des musées du Vatican et dans les églises de la cité, notamment dans la basilique Saint-Trophime. Quelques pièces sont également exposées à Marseille et à Paris, au Louvre.
thumb|Sarcophage d'Attia Esyche, (s) - Musée départemental Arles antique, Arles.|alt= La production des sarcophages à décor sculpté se répand largement dès le début du , à la suite de l'abandon progressif de l'incinération en faveur de l'inhumation, tout en restant un moyen réservé aux familles fortunées en raison de son coût. À Arles, de nombreux sarcophages décorés apparaissent ainsi relativement tôt dans le courant du . Initialement en pierre locale, la « molasse » de Fontvielle, la production se transforme au milieu du siècle et utilise de plus en plus le marbre avec des pièces importées. Les sarcophages de cette époque sont représentés par des pièces païennes comprenant souvent des guirlandes avec un cartouche central indiquant le nom du défuntPaul-Albert Février - Sarcophages d'Arles, in Congrès Archéologique de France - , 1976, Pays d'Arles - ,319.Principaux sarcophages sarcophage d'Hippolyte, trouvé à Trinquetaille en 1891 ; en marbre (milieu du ), partiellement achevé, avec deux côtés en cours de finition sarcophage représentant le mythe de Prométhée, actuellement au Louvre couvercle à kliné sarcophage aux Centaures ; cuve réutilisée au pour un haut fonctionnaire chrétien Flavius Memorius, ancien comte de Mauritanie Tingitane (partie nord du Maroc actuel), mort à 75 ansInscription ; Notice explicative du Musée de l'Arles et de la Provence antiques, au 5 mars 2010. sarcophage de Léda, en calcaire de Fontvieille, d'une facture originale et de qualité destiné à Licinia Magna, surnommée Matrona; sarcophage commandé par ses trois frères et sœurs et par son mari, centurion dans la légion AugustaInscription sarcophage d'Attia Esyché, en marbre ;sarcophage de marbre blanc avec un cartouche porté par des amours ailés, contenant le texte suivant : D(is) M(anibus) // Attiae Esyche / sanctissimae / feminae / Encolupus et / Antonilla / heredes patronae (Aux dieux Mânes d’Attia Esyche, femme très irréprochable. Encolpius et Antonilla ses héritiers à leur patronne.) sarcophage de Junius Messianus, magister de la corporation des utriculaires d'Arles, orné de deux amours et d'un cartouche. En calcaire de Fontvieille. sarcophage de Julia Tyrrania, en pierre de Fontvieille Ce sarcophage renfermait la dépouille d'une jeune femme dont la musique était le principal amusement, et cette passion est indiquée par différents instruments (syrinx ou flûte de pan, lyre, mandoline ou sistre) qui sont des témoignages précieux sur cette époque. Sur ce sarcophage figure une inscription à la mémoire de la défunte, dont une traduction nous est donnée par A. L. Millin, membre de l’institut : <center> À Julia Tyrrania, fille de Lucius, laquelle a vécu vingt ans et huit mois ; elle a été, par ses mœurs et par son éducation, un exemple pour les autres femmes. Autarcius à sa belle-fille, Laurentius, à son épouseici. </center> tombe de Cornélia Jacaena, en marbreBase Palissy sarcophage de Psyché
Autres sarcophages du
thumb|Sarcophage de Phèdre et Hippolyte - Musée de l'Arles antique, Arles.|alt= Le marque une transition ; c'est en effet à la fin de ce siècle qu'apparaissent les premiers sarcophages avec des motifs chrétiens. Globalement ces sarcophages du sont caractérisés par une statuaire plus riche, avec des faces entièrement sculptées, et par la disparition à peu près totale des cartouches funéraires. On constate également l'emploi concomitant de marbres - « souvent de Proconnèse ou d'Orient » - et du calcaire, même si à Arles aucun sarcophage sculpté chrétien n'est taillé dans le calcairePaul-Albert Février - Sarcophages d'Arles, in Congrès Archéologique de France - , 1976, Pays d'Arles - . Principaux sarcophages sarcophage d'enfant aux amours endormis (à Marseille) sarcophage de Phèdre et Hippolyte (milieu du ) sarcophage de saint Hilaire d'Arles. Ce monument funéraire en marbre est également appelé sarcophage de Prométhée en référence à sa décoration. D’après les historiens il s’agit d’une sépulture païenne datée des années 240, réutilisée au pour saint Hilaire et installée aux Alyscamps. En 1822, la ville d’Arles en fait don à Louis XVIII. Ce sarcophage se compose de la cuve païenne décorée du mythe de Prométhée offerte au roi et conservée au musée du Louvre, d’un couvercle resté à Arles et portant la mention Hilaire, prêtre de la Loi divine, repose ici et d’une grande plaque de marbre (épitaphe) qui célèbre la carrière de cet illustre évêqueInscription . En , la cuve du sarcophage est placée en dépôt au musée départemental Arles antique. Une exposition de cette sépulture recomposée a été présentée au Musée de l'Arles et de la Provence antiques au début 2007. sarcophage de Flavius MémoriusMort à 75 ans au terme d'une longue carrière militaire, commencée au plus tôt sous Dioclétien et qui le conduisit à devenir comte de Maurétanie tingitane; Scènes mythologiques et de chasse avec une inscription chrétienne (il est probable que la cuve a été taillée un siècle plus tôt, c'est-à-dire au , et réutiliséeD'après Constant, mais cette hypothèse ne fait pas l'unanimité (Cf. Congrès archéologique de France - 1976 Pays d'Arles, page 330)). Autre sarcophage avec scènes de chasse, peut-être à dater du Cf. Congrès archéologique de France - 1976 Pays d'Arles, page 330. sarcophage dit des Dioscures ou du Mariage Romain, en marbre de Proconnèse veiné verticalement; trouvé en aux Alyscamps. Il s'agit d'un des premiers sarcophages sur lequel coexistent des thèmes traditionnels, les Dioscures entourant deux scènes figurant un couple, combinés avec des motifs chrétiens sur les faces latérales : le Christ multipliant les pains et l'enseignement de Pierre. Il est daté de la fin du ou du début du Cf. La Provence des origines à l'an mil sous la direction de P.A février, page 387;.
Autres sarcophages du
thumb|Sarcophage d'Hydria Tertulla (milieu du ) - Musée de l'Arles antique, Arles.|alt= Au , les sarcophages arlésiens sont sans équivoques chrétiens et l'iconographie se renouvelle et se diversifie à partir du second quart du avec de nouveaux motifs puisés dans l'Ancien Testament ou la vie du Christ. Les pièces, toutes de marbre - le calcaire n'est plus utilisé -, se caractérisent par la généralisation des niches peut-être déjà présentes à la fin du siècle précédent et par l'apparition de faces à registres. On constate aussi souvent une décoration de l'entablement de la cuve. Principaux sarcophages sarcophage du Christ enseignant, dit parfois des Adieux du Christ (c. 310), façade seule en marbre de Proconnèse, provenant des Alyscamps. La datation est discutée : vers 310 selon Gerke, premier quart du pour Fernand février. La compréhension du motif central est incertaine : un Christ imberbe assis tient un rouleau, entouré de six personnages, deux debout, deux allongés à ses pieds et deux se cachant le visage de leurs mains voilées, scène d'enseignement ou adieux pathétiques