La clinique de Cour-Cheverny, dite clinique de La Borde, est un établissement psychiatrique situé à Cour-Cheverny dans le département de Loir-et-Cher. Il est fondé en 1953 par le Jean Oury qui l'a dirigé jusqu'à sa mort en 2014. Pendant cette période, Jean Oury a fortement contribué, à partir de sa pratique à La Borde, à développer la psychothérapie institutionnelle. Ce lieu continue à recevoir des patients selon les mêmes principes et il est considéré comme une référence dans ce domaine.

Éléments historiques La création de La Borde en 1953 Jean Oury a raconté lui-même dans un entretien donné au journal Libération, les circonstances de la création de La Borde. Il dirigeait alors une autre clinique psychiatrique dans le même département. L'administration de l'établissement refusant de faire les travaux qui s'imposaient dans ce lieu, il décide de partir avec trente-trois malades, les sept restant n'étant pas en état de marcher. Le groupe commence alors une vie errante :

Les débuts sont particulièrement difficiles car l'équipe manque de ressources matérielles..

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En appliquant complètement les principes de la psychothérapie institutionnelle, les patients et les soignants se constituent en commissions chargées des divers aspects matériels de la vie collective.

L'effervescence de la période 1963-1965 Jean Oury investit de sa personne et de ce qu'il a dans la Clinique de la La Borde, lieu d'ouverture d'esprit et d'accueil pour tous et notamment des confrères humanistes psychiatries comme philosophe ou tout à chacun pouvait y venir participer à la vie commune. La clinique est un lieu refuge de l'être vulnérable mais aussi abandonnée, parfois pour obtenir une dispense de service militaire"Génération verte. Les écologistes en politique" par Raymond Pronier, aux Presses de la Renaissance en 1992

Il y fait venir Jean-Louis Peninou ou encore Pierre Goldman et ses amis Marc Kravetz et Michel Butel"Génération tome 2. Les années de poudre", par Hervé Hamon et Patrick Rotman, en 1987 . C'est ce dernier qui est venu le premier, en , faisant venir ensuite les autres, car sa sœur avait besoin d'un traitement adapté, qui lui a conseillé le médecin psychiatre Jean-Claude Polack, candidat malheureux à la présidence de l'UNEF où il dirigeait la section "Medecine""Gilles Deleuze, Félix Guattari. Biographie croisée", par François Dosse, aux éditions La Découverte en 2014 , qui de son côté avait passé deux ans, de 12 à 14 ans, à la clinique psychopédagogique de Saint-Maximin (Oise)Article de Mathieu Lindon le 27 juillet 2018 dans Libération . Pierre Goldman restera ami avec Félix Guattari. C'est en sortant de son domicile qu'il sera arrêté par la police en et Félix Guattari rejoindra son comité de soutien en 1975.

La perquisition de 1979 Le apporte la surprise d'une perquisition à la clinique La Borde"Perquisition à la clinique La Borde", en novembre 1979 dans Le Monde , où séjournent une centaine de pensionnaires, par un "commando de policiers", ce qui fait les gros titre du Monde et de L'Aurore. Contestée pendant des semaines, la perquisition s'effectue dans le cadre de l'instruction sur l'enlèvement de l'homme d'affaires sarthois Henri Lelièvre en . Les enquêteurs cherchent des indices du passage d'un ex truand, Charlie Bauer, soupçonné de complicité avec Jacques Mesrine mais qui en sera acquitté lors de son procès.

Une perquisition a eu lieu aussi au domicile parisien de l'animateur de la clinique, Félix Guattari, qui s'était intéressé au cas de Bauer en conséquence de son engagement contre les QHSArticle de Jean-Paul Sartre dans Les temps modernes en 1980 . Il explique aux policiers que Pierre Goldman lui avait demandé, en 1976, juste avant sa libération, de bien vouloir s'occuper du reclassement de son codétenu, qui attendait d'être libéré lui aussi après une quinzaine d'années de détention pour des vols sans effusion de sang. Guattari avait ensuite rencontré Bauer une fois, le , à Paris, par un rendez-vous sous le contrôle d'un juge d'application des peines"Guattari le franc-tireur" par CHRISTIAN DESCAMPS, le 31 décembre 1979 dans Le Monde , après l'avoir recommandé, sans le connaître, aux éditions Encres, qui ont ensuite engagé Bauer à temps partiel, de juillet à , comme représentant en librairie et lecteur de manuscrits. Six semaines après, Guattari proteste contre cette opération dans un portrait que lui consacre Le Monde.

La Borde au La clinique de La Borde a été dirigée par Jean Oury jusqu'à sa mort en 2014. Sa capacité d'accueil est de 107 lits et elle comporte une structure dite hôpital de jour de 15 placesD'après le site de Union Nationale des Amis et Familles de malades psychiques .

La Borde est connue pour ses pièces de théâtre montées tous les étés aussi bien par des pensionnaires que par des soignants. Nicolas Philibert en a fait un film intitulé La Moindre des choses, sorti en salles en ..

Une séance de projections consacrée à La Borde, en présence de Jean-Claude Polack (psychiatre et psychanalyste et directeur de publication de la revue de schizo-analyse Chimères) et du réalisateur François Pain a été organisée le au cinéma Le Méliès de Montreuil par la structure de programmation de films Le peuple qui manquelepeuplequimanque.org.

Un lieu exemplaire de psychothérapie institutionnelle En accord avec ces principes La Borde fonctionne dès sa fondation sur la création de commissions où, ensemble, soignants et patients prennent en charge les problèmes matériels et décisionnels concernant le lieu de soin.

Selon les principes de la psychothérapie institutionnelle, cette prise en charge commune a des effets thérapeutiques car les patients voient leur activité psychique déportée sur d'autres problèmes que leur mal de vivre et les échanges dans les commissions favorisent la réinsertion sociale, l'apprentissage de la vie en commun, l'acceptation de l'autre, l'apprentissage de la frustration. Fondée sur les principes des communautés thérapeutiques qui accueillent des personnes souffrant de troubles psychotiques et s'étaient développées autour des années 1940, à la suite de travaux montrant les effets iatrogènes des institutions psychiatriques classiques, des institutions comme celles de Chestnut Lodge aux États-Unis ou de la Tavistock Clinic à Londres ont pris leur essor. Ce sont de petites structures d’accueil travaillant le milieu selon différentes approches psychanalytiques et sociothérapeutiques (partage de la fonction soignante, démocratisation, circulation de la parole, permissivité…).

La Borde attire des visiteurs venant rencontrer le psychanalyste et philosophe Félix Guattari qui y a travaillé toute sa vie, l'instituteur et éducateur Fernand Deligny qui est parti pour les Cévennes vivre avec des enfants autistes, le premier enfant qu'il a accompagné était un enfant autiste soigné à la Borde, les médecins Claude Jeangirard fondateur de la clinique de La Chesnaie, et René Bidault fondateur de la clinique de Freschines.

Bibliographie Jean-Claude Polack, Danielle Sivadon, La Borde ou le Droit à la folie, Calmann-Lévy, Paris, 1976. Ginette Michaud, La Borde... un pari nécessaire, Gaulthier-Villars, Paris, 1977. Félix Guattari, « Histoires de La Borde », Revue Recherches 21, mars-. « Déraisonances », Revue Recherches , . Antonella Santacroce, « La souffrance sans partage », dans Les Temps modernes, 582, 1995. Libération, du , portrait de Jean Oury par Éric Favereau. Marie Depussé, « Dieu gît dans les détails », Paris, P.O.L, 1993 (une chronique poétique des jours ordinaires de La Borde). Félix Guattari, Marie Depussé, De Leros à La Borde Précédé de Journal de Leros, Paris, Nouvelles Éditions Lignes, impr. 2011, cop. 2012. Henri Cachia, Jouer à La Borde, Éditions Libertaires, 2015. Catherine de Luca Bernier, L'Entre-corps - La symbiose partielle dans l'approche des psychoses en Psychothérapie institutionnelle, préface de Jean Oury, MJWFédition, Paris, 2013. Anne-Marie Norgeu, Le château des chercheurs de sens. La vie quotidienne à la clinique psychiatrique de La Borde, Érès, Paris, 2009. Emmanuelle Rozier, La clinique de La Borde ou les relations qui soignent, Érès, Paris, 2014.

Filmographie René Laloux, Les Dents du singe, 1960. Igor Barrère, La Borde ou le droit à la folie, 1977 Joséphine Guattari et François Pain, Min Tanaka à la Borde, Distribution Le peuple qui manque, 1986. Nicolas Philibert, La Moindre des choses, 1996 ; Éditions Montparnasse, 2002. Editions Blaq Out, 2018. Nicolas Philibert, L'Invisible, 2002 (Entretien avec Jean Oury). Editions Blaq Out, 2018. Catherine Vallon, Un petit peuple qui va là-bas, Perspective Films, 2018 Nazim Djémaï, A peine ombre, 2012, (Prix Georges de Beauregard National au Festival international de cinéma de Marseille 2012). Anaëlle Godard, Au jour le jour, à la nuit la nuit, Abacaris Films, 2016. Jean René de Fleurieu, Image de Richard Leacock, Paris Félix et Joséphine, 1991.

Théâtre

La Brande (ARRIÈRE-PAYS DES INSENSÉ·ES), Pièce de théâtre mise en scène Alice Vannier, Cie Courir à la catastrophe, 2022.

Émissions radiophoniques

« La Clinique La Borde et la psychothérapie institutionnelle », avec Antoine Pelissolo, psychiatre, émission de Fabrice Drouelle, Affaires Sensibles, France Inter, , 54 min« La Clinique La Borde et la psychothérapie institutionnelle », Affaires sensibles, France-Inter, .. " La Borde : une clinique psychiatrique toujours hors-norme" Sur les docks - 1ère diffusion 10 Avril 2014 sur France Culture - Ecouter l'émission

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Centre d'études, de recherches et de formation institutionnelles (CERFI) Liane Mozère Ginette Michaud Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles

Liens externes

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