Le Mirage IV est un bombardier stratégique français dont les études ont débuté au milieu des années 1950. Entré en service en 1964, il fut le premier vecteur de la « triade » de la dissuasion nucléaire française. Sa carrière a duré plus de (retrait du service en ), dont les dix dernières années sont uniquement consacrées à des missions de reconnaissance. À partir de 1960, le Mirage IV est l'un des quelques avions au monde (avec le Convair B-58 Hustler) capables de voler à Mach 2 soutenu pendant plus d'une demi-heure d'affilée. L'expérience du vol bisonique acquise sert au programme Concorde.. La production du Mirage IV s’arrête en 1968, après la livraison de 62 appareils.

Historique La genèse de la dissuasion nucléaire française sous la République (1952-1958) Le , le président du Gouvernement provisoire de la République française Charles de Gaulle crée par ordonnance le Commissariat à l'énergie atomique (CEA) avec pour mission de française, bien que ce dernier objectif ne soit pas clairement avoué. Les études de la bombe A (1952-1958) L'instabilité des gouvernements de la République nuit à un plan à long terme visant à doter la France de l'arme nucléaire. Le , le président du Conseil, Antoine Pinay, et son secrétaire d'État aux Finances, Félix Gaillard, présentent un projet de loi de programme pour la réalisation du plan de développement de l'énergie atomique (1952-1957), qui prévoit la production d'une quantité significative de plutonium. D'où les recherches géologiques de gisements d’uranium que la France mène sur son territoire et dans ses colonies, comme Madagascar. Au sein du même gouvernement, certains sont favorables à l'arme nucléaire, d'autres, dubitatifs, et d'autres, opposés.

Puis, le , le ministre de la Défense nationale français, René Pleven, consulte officiellement les secrétaires d'État sur un programme nucléaire de défense et le , le président du Conseil, Pierre Mendès France, signe un décret instituant une Commission supérieure des applications militaires de l'énergie atomique, complété le par un arrêté créant un Comité des explosifs nucléairesCe comité, présidé par le général Jean Crépin, avait pour mission d'orienter, de coordonner et de suivre l'action des organismes concourant à la réalisation du programme d'études et de conception d'engins explosifs nucléaires et d'un programme d'études sur de futurs SNLE qui devaient entrer en service en 1962, et qui sont abandonnés pour un temps. À cette époque, le CEA crée un Bureau d'études générales, qui deviendra la future Direction des applications militaires..

Enfin, le , sous le gouvernement Faure, le CEA, le secrétaire d'État aux Finances et aux Affaires économiques, Jean Gilbert-Jules, et le ministre de la Défense nationale et des Forces armées, Pierre Kœnig, signent un accord mettant fin aux débats parlementaires de la République et décident de financer la bombe A sur la période 1955-1957. Même si elle ne le dit pas, la France est donc décidée en 1955 à rejoindre à l'horizon 1963, pour les plus optimistes, le « club » des détenteurs de l'arme nucléaire siégeant au Conseil de sécurité des Nations unies (les États-Unis dès 1945, l'URSS, qui leur emboite le pas en 1949, puis le Royaume-Uni en 1952). D'autres décisions viennent confirmer ce choix : création le du Comité des applications militaires de l'énergie atomique (CEMA) création le du groupe mixte ministère de la Défense nationale/CEA des expérimentations nucléaires décision le du Président du Conseil, Félix Gaillard, de prendre les mesures nécessaires à l'exécution d'une première série d'explosions expérimentales à partir du 1960 création le de la Direction des applications militaires (DAM) au sein du CEA. Ces décisions en faveur de la construction d'une arme nucléaire posent la question de leur moyen de les envoyer chez l’ennemi (le vecteur).

Par ailleurs, les États-Unis sont alors préoccupés par la non-prolifération nucléaire en EuropeTraité de la Communauté européenne de défense (CED) du .Traité instituant la Communauté européenne de l'énergie atomique (EURATOM) du . D'ailleurs, les États-Unis arrêtent leurs essais nucléaires le , suivis par l'URSS le , avant de les reprendre de concert en 1961.. Selon Yves Le Baut, ancien conseiller militaire au CEA puis directeur de la DAM, les États-Unis sont Des documents top secret déclassifiés montrent que dès 1945, les États-Unis s'intéressent au programme nucléaire français, s'inquiétant de la fiabilité d'un allié accueillant des communistes ou sympathisants jusqu'en 1947 dans son gouvernement provisoire ou au CEA, puis des moyens financiers que la France déploie. Les fac simile des sources de l'ouvrage : sont à ..

Études et prototypes L'« avion de représailles » (1955-1958) Le ministre de la Défense nationale et des Forces armées, Pierre Kœnig, tranche de façon ambiguë le le débat entre missile et bombardier stratégique. Il demande au secrétaire d'État à l’Armée de l’air de lancer des études sur un appareil supersonique apte à voler à basse altitude et dénommé pudiquement « avion de représailles ». Les études demandées le puis le par le Service technique de l'aéronautique (STAé) aux industriels ne concernent qu'un intercepteur léger . Sont proposés plusieurs projets dotés du réacteur Snecma Atar 9 : deux dérivés biréacteurs à aile en flèche et empennage bas initialement prévu pour Mach 1,3 du bombardier moyen biréacteur SNCASO SO-4050 Vautour II B (commandé à 60 exemplaires en 1955). Ce prototype sera connu sous le nom de SO-4060 « Super Vautour » les deux prototypes d'intercepteurs légers monoréacteurs à aile delta SNCASE SE-212 Durandal et entrée d'air nasale les études d'intercepteurs légers monoréacteurs Générale aéronautique Marcel Dassault (GAMD) MD-550 Mirage 1 et Mirage III, à aile delta.

thumb|Mirage IVP en Belgique en 2005.

Le secret est de mise sur l’utilisation en bombardier stratégique nucléaire du futur intercepteur. Comme le raconte Jean Cabrière, ancien directeur général technique de la GAMD, Jean Cabrière, « Le programme Mirage IV », dans Guerres mondiales et conflits contemporains, Presses universitaires de France, Paris, 1989 .. De « petites indiscrétions » et l'annonce par la STAé sous le gouvernement Mollet à la mi- que le chasseur lourd ne sera doté que d'une seule bombe d'une tonne, assez longue () et d'un diamètre de La note de l'État-major de l'armée de l'Air du précise d'autres caractéristiques du bombardier : un rayon d'action de sans ravitaillement en vol dont en supersonique en haute altitude, une vitesse de croisière de Mach 1,8, l'utilisation de piste de moins de de long. font comprendre à la GAMD et la SNCASO que

La STAé précise les caractéristiques du bombardier, puis le , informe la GAMD qu'elle est retenue face à la SNCASO à la fois pour l'intercepteur et pour le bombardier lourd Cependant, les essais du SO-4060 et du se poursuivent durant deux années. Le , l'étude du bombardier stratégique équipé de deux moteurs Snecma Atar est décidée par le ministre de la Défense nationale et des Forces armées français, (Bourgès-Maunoury). L'industriel reçoit par courrier des spécifications encore vagues en matière de distance franchissable (de ). Il est enjoint , de , dont le qualificatif de « nucléaire » n'est toujours pas précisé.

En , le Mirage IV est approuvé par le STAé et le marché de fabrication du prototype est notifié en , ce qui ne signifie pas que le choix définitif est fait en faveur de la formule du Mirage. En effet, le prototype SNCASO SO-4060 est en cours de construction à Courbevoie. Ce prototype ne vola pas par manque de temps et d'argent :

Le bombardier stratégique (1958) La GAMD poursuit ses études visant à valider la possibilité de maintenir des vols supersoniques prolongés, à réduire la traînée et augmenter l'autonomie et, de façon plus qu'improbable, à effectuer une pénétration aller-retour à haute altitude. Les projets Plusieurs projets à aile delta biplaces en tandem sont proposés : le Mirage IV-A, d'une surface alaire de , propulsé par des Snecma Atar le Mirage IV-B de (dont de carburant) d'une surface alaire de homothétique à celle d'un , propulsé par des Pratt & Whitney de de poussée (avec postcombustion) à produire sous licence par la SnecmaD'autres moteurs sont envisagés, comme l'Orenda-Iroquois 2, le Bristol Olympus 22-R et le Rolls-Royce Pour des raisons industrielles, la Snecma tranche en faveur de ce dérivé du Pratt & Whitney J75 tandis qu'elle ouvre son capital à cette société., aptes à répondre aux demandes d'autonomie de sans ravitaillement en vol, étant donné que les performances estimées en supersonique sont meilleures que celles attendues du (Mach 2+, plafond à Mach 1,8 supérieur à , performances de décollage et d'atterrissage permettant l'utilisation des pistes OTAN de en altitude et par temps chaud le Mirage IV-C, d'une surface alaire , propulsé par des réacteurs provisoires de six tonnes de poussée (avec post-combustion).

De son côté, la Marine nationale française s'intéresse à une version embarquée. La GAMD remet un avant-projet le suivi d'un projet en de monoplace, raccourci et avec ailes et dérive repliables. Ce projet destiné au porte-avions Verdun est abandonné fin 1958, le navire lui-même l'étant en 1961. De leur côté, les porte-avions de la classe ClemenceauClemenceau (R98) et Foch (R99) dont la construction est entreprise respectivement en 1955 et en 1957., sont trop légers ( Washington à l'origine) pour mettre en œuvre cet appareil de au catapultage.

En , la fabrication en série envisagée est de , plus et de guerre électronique devant vraisemblablement escorter les premiers. Finalement, pour des raisons de coûts, seuls sont commandés en , suivis de ajoutant à la capacité de bombardement celle de l'emport d'un pod de reconnaissance en .

Les prototypes Le Mirage IV-01 de 32 tonnes et d'un rayon d'action de nautiques (), bien que basé sur le Mirage IV-C, s'en différencie par l'adoption de deux réacteurs SNECMA Atar 9D de 15 % de poussée en plus, une cellule rallongée de (afin d'accroitre de 30 % la capacité du réservoir avant), une voilure augmentée de et une dérive modifiée afin d'y loger un parachute-frein. Le ne comportant que des équipements d'essais en soute, effectue son le à Melun-Villaroche. Lors de son , le , il est présenté en démonstration devant le président de la République française Charles de Gaulle au salon du Bourget. Moins de trois mois plus tard, le est définitivement abandonnéDécision du demandant .. Le , le bat le record international de vitesse sur en circuit fermé () puis, lors de son du , il porte le record sur en circuit fermé à de moyenne en volant entre et Les trois autres prototypes sont commandés fin Ces trois autres prototypes n'ont aucun dessin commun avec le Il est demandé à la GAMD de sortir le plus rapidement possible des dessins simplifiés, mais suffisants pour fabriquer les prototypes -02 et -03 dans l'usine GAMD de Saint-Cloud..

Le Mirage IV-02, partiellement équipé, effectue son le .

Le Mirage IV-03, équipé du système de navigation et de bombardement (SNB) complet, effectue son vol inaugural le .

Le Mirage IV-04 doit . Son a lieu le . Est testée l'utilisation de douze moteurs-fusées JATO fournissant de poussée supplémentaire pour faciliter le décollage.

En 1961, le même bureau d'étude mène de front le développement des prototypes et de l'avion de série comme du .

La doctrine de la force de frappe sous la République (1959-1967)