Le Fiat BR.20, surnommé Cicogna (cigogne) par les pilotes italiens, était un bombardier italien bimoteur, conçu au début des années 1930 par le constructeur italien Fiat Aviazione et largement utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale par les armées de l’air italienne et japonaise. Il fut considéré comme l'un des meilleurs au monde dans sa catégorie à cette époqueGunston 1994, p. 221..

Conception Conçu au début des années 1930 par Celestino Rosatelli, ce fut le premier bombardier italien construit intégralement en métal. Il fut mis en service en 1936 et connu son premier engagement opérationnel en 1937 lors de la guerre d'Espagne où il constitua la force principale des Nationalistes espagnols avec le bombardier allemand Heinkel He 111. Il sera également choisi par l'armée japonaise au début de la Seconde guerre sino-japonaise en 1937.

Le Fiat BR.20 représenta le bombardier moyen type italien lors de la Seconde Guerre mondiale, il resta en production durant sept ans et plus de 600 exemplaires furent produits, chiffre conséquent pour l'industrie aéronautique italienne de l'époque.

Lors de l'entrée en guerre de l'Italie en 1940, le Fiat BR.20 commençait à accuser le poids des années et dut faire face à de redoutables concurrents plus modernes. À partir de 1942, la Regia Aeronautica ne l'utilisa plus que pour faire de la reconnaissance maritime et servir d'avion d'entrainement pour les nouveaux équipages.

Engagements Lorsqu'à la fin de l'année 1936, le Stormo Bombardamento Terrestre, basé à Lonate Pozzolo, a reçu les premiers Fiat BR.20 Cigogna, il devint l'unité de bombardement la plus moderne au monde.

Peu de temps après son entrée en service dans la Regia Aeronautica, l'avion est devenu l'élément central de la propagande fasciste vantant le génie italien.

Le rôle principal des Fiat BR.20 était le bombardement à moyenne distance. Il disposait de nombreuses caractéristiques très en avance sur leur temps. Avec une vitesse maximale de plus de et une vitesse de croisière élevée de , il était aussi rapide que les avions à grande vitesse comme le Tupolev SB, un bombardier léger à grande vitesse de 1934. Son rayon d'action et la charge utile étaient parmi les meilleurs.

Entre-deux-guerres Guerre d'Espagne Le régime fasciste italien a déployé 16 appareils Fiat BR.20 en Espagne à partir de pour une utilisation par l'Aviazione Legionaria afin de combattre aux côtés des forces nationalistes du général Francisco Franco durant la guerre d'EspagneGreen and Swanborough 1982, p. 293.. Ils ont participé à des raids de bombardement sur Teruel et à la bataille de l'Èbre, prouvant qu'ils étaient des bombardiers robustes et précis. Les Fiat BR.20 étaient assez rapides pour éviter l'interception des avions de chasse républicains, les soviétiques Polikarpov I-16 et I-15. Les pertes ont été très faibles : 13 des 16 Fiat BR.20 envoyés en Espagne ont survécu à la guerre et ont été remis à l'État espagnol pour servir dans son armée de l’air (Ejército del Aire - EdA).

Japon En , lorsque le Japon est entré en guerre contre la Chine (deuxième guerre sino-japonaise), l'armée de l'air japonaise, qui se trouvait à court de bombardiers modernes à longue portée en attendant la livraison des futurs Mitsubishi Ki-21 « Sally », a exigé l'achat du meilleur bombardier étranger pour contrer les redoutables chasseurs soviétiques Polikarpov I-16 en service dans l'aviation chinoise. L'Italie était prête à donner une priorité à la demande japonaise et a offert le Caproni Ca.135 et le Fiat BR.20. Le Caproni ne répondait pas vraiment aux exigences japonaises mais le Fiat BR.20 répondait exactement à la spécification. Une première commande de 72 appareils fut passée à la fin de 1937, suivie d'une commande pour dix autres avions. Le montant annoncé par l'armée japonaise était de 230 millions de lires de l'époque, soit l'équivalent de 200 millions € (2012). Ce fut le plus gros contrat signé à l'export par un constructeur italien.

Les livraisons ont débuté en . Les Fiat BR.20 remplaçaient les anciens et obsolètes Mitsubishi Ki-1. Soixante-douze exemplaires furent expédiés entre janvier et à destination de la Mandchourie. Ils y équipèrent les 2 groupes et Hikô-Sentaï respectivement jusqu'en et ont été largement déployés pour des missions de bombardement sur les villes chinoises et les centres d'approvisionnement durant l'hiver 1938-1939. Les Fiat BR.20 japonais volaient sans couverture de chasse. Ils furent aussi utilisés dans le conflit avec la Russie durant la Bataille de Khalkhin Gol.

Aucun des Fiat BR.20 en dotation dans l'aviation japonaise n'a été abattu. Un appareil fut saisi par l'armée chinoise et fut utilisé dès 1939.

Quand le conflit avec la Chine a pris fin, en , les Fiat BR.20 ont été progressivement remplacés par le Mitsubishi Ki-21. Les derniers Fiat BR.20 furent utilisés par le Japon jusqu'en et . Dès , tous les appareils Fiat BR.20 furent cédés au Mandchoukouo qui manquait cruellement de bombardiers lourds. Le bombardier Fiat BR.20 s'est vu attribuer par les Alliés le nom de code « Ruth » Désignation des avions japonais 1939-1945..

Seconde Guerre mondiale Front européen France

Les avions des , & Stormo (formation) ont combattu durant la brève campagne contre la France. Dans la nuit du , huit appareils du Stormo ont bombardé le port de Toulon. Le lendemain, dix Fiat BR.20 ont largué des bombes sur les aérodromes d'Hyères et de Fayence. Lors de cette intervention, deux avions commandés par Catalano et Sammartano ont été abattus et un a été endommagé. Le même jour, 28 Fiat BR.20 des & Stormo ont bombardé Toulon à nouveau, sans subir aucune perte. Le , un Fiat BR.20M (MM. 21837) de reconnaissance de la Squadriglia Ricognizione Strategica Terrestre a été abattu en Provence par un chasseur français Dewoitine D.520. Les défenses aériennes françaises dans le sud n'ayant pas été complètement neutralisées par les Allemands, de furtifs raids aériens ont continué jusqu'à la capitulation française. De nombreux Fiat BR.20 ont également été utilisés pour le bombardement des avant-postes de résistance à Briançon, les forteresses des Alpes Traversette et Cap-San-Martin. À la fin de la campagne française, l'aviation fasciste dénombrait cinq Fiat BR.20 perdus.

Bataille d'Angleterre Le Corpo Aereo Italiano fut constitué le 10 septembre 1940, composé des et Stormo dotés de 80 bombardiers Fiat BR.20M neufs, pour prendre part à la bataille d'Angleterre en soutien à la Luftwaffe en grande difficulté. La première mission eut lieu le 24 octobre pour bombarder Harwich avec huit appareils italiens et autant d'allemands. Le , 15 bombardiers Fiat BR.20 du Stormo bombardèrent Ramsgate, en mission de jour, sans subir la moindre perteDe Marchi 1976, p. 7.. Durant la seconde offensive du sur Harwich, une formation composée de dix Fiat BR.20 du Stormo escortée par d'anciens chasseurs Fiat CR.42 et non pas, comme prévu, par les modernes Fiat G.50 qui furent appelés par la Luftwaffe en appui sur une autre mission, fut sévèrement interceptée par les chasseurs Hawker Hurricane de la RAF. Trois bombardiers furent abattus et trois autres subirent quelques dégâts. Les Fiat BR.20 continuèrent leurs missions de bombardement sur Ipswich et Harwich durant les nuits des 5, 17, 20 et , à trois reprises en décembre et deux au début du mois de , sans subir aucune perte ni avarie. Le , sa mission terminée, le Stormo rentra en Italie. À la fin du mois ce fut aussi le cas de tous les bombardiers Fiat du Stormo. Au cours des douze jours d'utilisation offensive intense des bombardiers Fiat BR.20, on compte 315 heures de vol et de bombes larguées. Les pertes s'élevèrent à trois appareils tombés sous le feu ennemi.

Union soviétique Plusieurs bombardiers Fiat BR.20 ont été envoyés sur le front est en août 1942 pour effectuer des missions de reconnaissance et de bombardement en appui au CSIR (Corps expéditionnaire italien en Russie). Le , deux Fiat BR-20 sont arrivés en Ukraine et ont été assignés à la Squadriglia osservazione aerea (escadrille de reconnaissance). Leur baptême du feu eut lieu trois jours plus tard avec le bombardement des troupes ennemies au Werch Mamoré, le long du fleuve Don. D'autres Fiat BR.20 sont arrivés le . Quelques parachutages ont eu lieu durant la terrible retraite italienne de l’hiver 42 en soutien aux troupes totalement isolées, avec une faible efficacité (manque de parachutes, etc.).

Tous les Fiat BR.20 ont été retirés de front de l'Est en avril 1943.

Autres fronts

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les bombardiers Fiat BR.20 ont été utilisés en Albanie et en Grèce.

En octobre 1940, lors de l'invasion de la Grèce, l'Italie a déployé de nombreux Fiat BR.20 à partir de bases aériennes en Italie et en Albanie. Ils ont été impliqués dans des combats lourds contre les Grecs et les Britanniques. Ils ont dû très souvent faire face à une farouche opposition de la Royal Air Force.

Ils ont aussi été largement utilisés en Yougoslavie contre les partisans de Tito. D'autres Fiat BR.20 ont été utilisés pour larguer de la nourriture et des documents à l'armée italienne lorsqu'elle fut prise au piège dans les Balkans, face à la résistance yougoslave.

Front d'Afrique et Méditerranée Campagne d'Afrique du Nord

Le 27 février 1941, quatorze bombardiers Fiat BR.20 Cicogna du Gruppo, Stormo, mis en service avec le Corpo Aereo Italiano en Belgique et dirigés par le commandant de Wittembeschi, quitte l'Italie à destination de la Tripolitaine, colonie en Libye, pour remplacer les anciens Savoia-Marchetti SM.81. Les Fiat BR.20 furent chargés de bombarder les forces britanniques, en particulier le principal port de Tobrouk. Les Fiat BR.20 n'ont jamais brillé lors des missions en Afrique du Nord à cause du sable du désert et du refroidissement par air pulsé des moteurs qui perturbait leur bon fonctionnement à basse altitude. Le , il fut décidé de rappeler tous les appareils sur la base de Reggio d'Émilie. Au cours de cette courte campagne africaine, deux appareils sont perdus.

Malte Des bombardiers Fiat BR.20 ont aussi été utilisés dans la campagne de Malte en 1941, 1942 et 1943. Le , le Gruppo du Stormo a rejoint Gerbini en Sicile avec huit avions. Le , les Fiat BR.20 ont commencé à mener des raids presque tous les soirs lors du siège de Malte. Bien que les pertes aient été importantes (douze appareils), les bombardements avec les Fiat BR.20 ont continué à partir des bases de Sicile.

Après la première année de la guerre, les limites de cet appareil déjà ancien se sont révélées évidentes. Insuffisamment armé, il était vulnérable aux attaques ennemies. L'armée de l’air italienne le remplaça par les bombardiers CANT Z.1007 et Savoia-Marchetti SM.84.

Armistice et fin de carrière En septembre 1943, quand l'Italie signa l'armistice, beaucoup de ces avions avaient déjà été relégués à des missions de formation, bien que 81 soient encore opérationnels et effectuent des missions, principalement dans les Balkans puis sur le front de l'Est.

Lors de cet armistice entre l'Italie et les Alliés, 67 bombardiers Fiat BR.20 étaient encore en service dans l'armée de l'air royale dans des unités en première ligne. Le dernier Fiat BR.20 a été retiré du service le .

Aucun appareil n'a été conservé et n'est visible aujourd'hui. Seule une épave sous-marine en très bon état, est visible à sous l'eau devant la côte ligure au droit de la commune de Santo Stefano al Mare. Cet appareil piloté par le lieutenant Simone Catalano fut abattu par un avion français le .

Variantes Fiat BR 20