vignette|upright=1.3|Différentes plantes carnivores.
vignette|Drosera capensis.
Une plante carnivore est une plante capable d'attirer et de capturer des proies animales et ainsi de survivre dans des milieux pauvres en azote et en phosphore comme les tourbières. Elles sont insectivores dans leur grande majorité mais certaines peuvent aussi attirer de petits invertébrés : crustacés, limaces, vers… Suivant la taille du piège, quelques-unes peuvent même attraper des batraciens : grenouilles, tritons… ou encore des petits mammifères : souris, rats ou des petits oiseaux, puis de les assimiler, entièrement ou en partie, afin de subvenir (partiellement) à ses propres besoins. Il existe un peu plus de 700 espèces de plantes carnivores au sens strict connues au début du Pelt Jean-Marie. Les langages secrets de la nature - la communication chez les animaux et les plantes. Ed. Fayard, Livre de Poche 144435, 1996. Chapitre 15 Des plantes assassines, p. 180., mais en moyenne trois espèces de plantes carnivores sont découvertes ou décrites chaque année depuis l'an 2000..
Historique En 1763, Arthur Dobbs, alors gouverneur de la Caroline du Nord, attire pour la première fois l'attention du public et des scientifiques européens sur une plante qu'il appelle « attrape-mouches sensible ». C'est à lui qu'on doit l'appellation « plante carnivore »..
Des spécimens vivants sont envoyés en 1768 en Angleterre où le botaniste John Ellis est le premier à soupçonner son mode de nutrition. Il lui donne la dénomination officielle de l'espèce, la Dionée attrape-mouche et adresse à Carl von Linné un spécimen desséché et une description détaillée de la plante. Mais le naturaliste suédois, doutant de son carnivorisme, préfère classer le phénomène en « », le considérant comme extraordinaire et accidentel. Il nomme la plante « Vénus attrape-mouche » en s'inspirant de Vénus, déesse de l'amour et de la beauté dans la mythologie romaine..
La carnivorité de la « Vénus attrape-mouche » n'est démontrée par Charles Darwin que vers 1865. et il écrit à propos du mécanisme de capture de cette plante, dans son traité , que la dionée est « l'une des plantes les plus merveilleuses au monde »Insectivorous Plants. Darwin, C. (Murray, London, 1875)..
Écologie thumb|Les cruches de Heliamphora chimantensis sont un exemple de pièges à fosse.
Les plantes carnivores se distinguent du reste du règne végétal par leur capacité à attirer, capturer et digérer leurs proies. Une plante capable uniquement de capture, éventuellement de dégradation, mais incapable d'assimiler sa proie, est qualifiée précarnivore, en référence à sa potentielle évolution vers la carnivorité. Les bactéries aidant à l'assimilation sont qualifiées de protocarnivores. Chez les plantes carnivores, le régime carnivore est apparu six fois dans cinq ordres différents au cours de l'évolution..
Si un grand nombre d’espèces de plantes carnivores se situent dans des régions tropicales, on peut néanmoins trouver des spécimens sous presque toutes les latitudes. Ces plantes poussent la plupart du temps dans des sols pauvres en azote et en phosphore, comme dans les tourbières. La carnivorie est une adaptation à des environnements pauvres et qui leur confère un avantage écologique leur permettant de les coloniser. L'apparition et la spécialisation de la carnivorie est un exemple riche en écologie évolutive, au même titre, sinon plus, que l'apparition progressive de l’œil (voir Richard Dawkins, Stephen Jay Gould).
La qualification de « plantes insectivores » ou « plantes entomophages » n'est pas toujours valable : si elle précise le régime alimentaire majoritaire d'un grand nombre de plantes carnivores, certaines ne se nourrissent pas du tout d'insectes (c'est le cas notamment des Utriculaires, qui ciblent des protozoaires ou de certaines espèces de népenthès qui consomment des geckos, des scinques, des oisillons et des souris.). De plus, il est toujours possible que des arachnides, des mollusques (petites limaces), voire des vertébrés soient victimes de pièges réputés « insectivores ».
Les pièges sont, dans la plupart des cas, des feuilles modifiées. La diversité morphologique et fonctionnelle de ces pièges est remarquable. L’outre de capture des Utriculaires, l’urne des Népenthès, les mâchoires des Dionées, les poils gluants des Rossolis, etc. sont des adaptations indépendantes à la fonction carnivore.
Le régime insectivore des népenthès est constitué à 80 % de fourmis. Ces plantes émettent des composés volatils (acides gras, terpènes, benzénoïdes) qui donnent une odeur mielleuse attirant les insectes, leurrant les phéromones sexuelles des coléoptères ou les phéromones de recrutement ou de trace chez les fourmis..
La nutrition carbonée et la production de sucres se font par la voie classique de la photosynthèse, comme chez la plupart des végétaux dit supérieurs. Les plantes carnivores fixent ainsi le dioxyde de carbone de l’air, en présence de lumière, et absorbent l’eau et sels minéraux par leurs racines. Les proies qu’elles capturent ne sont, bien souvent, que des sources complémentaires d’azote et de phosphore.
Moyens de capture Les pièges des plantes carnivores sont caractérisés par leur mobilité et leur rapidité pour quelques-unes. S'ils sont mobiles ils sont dits « actifs », s'ils ne le sont pas, on parle de pièges « passifs ». Certains mouvements sont visibles à l'œil nu, comme la fermeture du piège de la Dionée attrape-mouche.
Les pièges actifs Ici, une partie de la plante exerce un mouvement pour la capture des proies, les genres suivants utilisent des pièges définis comme « actifs » : Aldrovanda et Dionaea : pièges à mâchoires ; Drosera, Drosophyllum : pièges à mucilage (gouttelettes collantes) dont la feuille et les poils s'enroulent autour des proies pour l'immobiliser, ce qui augmente la surface de contact entre elles et les glandes digestives de la plante. Le mouvement est généralement imperceptible à l'œil nu, sauf chez Drosera burmannii, D. sessilifolia et D. glanduligera ; Utricularia : la proie (éventuellement un insecte ou invertébré aquatique) est aspirée par ses outres (éventuellement sous l'eau chez certaines espèces strictement aquatiques).
Les pièges passifs Les genres suivants ont des systèmes de pièges considérés comme passifs car immobiles : Brocchinia et Catopsis : un seul piège par plante, au centre des feuilles plaquées les unes contre les autres et dans lequel les proies se noient ; Byblis, Drosophyllum, Ibicella, Pinguicula, Roridula et Triphyophyllum : pièges à glu comme ceux des Drosera, mais démunis de mouvement. Le piège des Pinguicula est parfois dit « semi-passif », car certaines espèces replient légèrement le bord de leurs feuilles ce qui est considéré comme une adaptation pour qu'en cas de pluie leurs sucs digestifs et leur nourriture ne soient lessivés par l'eau ; Cephalotus follicularis, Darlingtonia, Heliamphora, Nepenthes et Sarracenia : pièges à urnes, qui sont des feuilles modifiées ; Genlisea : pièges à nasses.
Digestion Une fois les proies capturées, elles sont dégradées par des enzymes digestives synthétisées et secrétées par la plante. Bien que la carnivorie soit apparue lors de plusieurs évènements distincts, les fluides digestifs des différentes espèces montrent de nombreuses similarités. Sur l'ensemble des plantes carnivores, la digestion repose sur l'action coordonnée d'une grande variété d'hydrolases, dont une grande partie fait partie des protéines PR, une famille de protéines produites par les plantes en réponse aux attaques de divers pathogènes. Cela semble suggérer que le système digestif des plantes carnivores ait évolué à partir de plusieurs systèmes de défense orthologues.
Les urnes comme biotopes Les urnes de différentes plantes carnivores peuvent être décrits comme des phytotelmes, constituant un habitat aquatique allant de 0.2mL à 1.5L pour de nombreuses espèces. La faune inquiline des plantes carnivores comprend une variété de bactéries, protozoaires, algues, champignons, rotifères, crustacés, arachnides, insectes (notamment leurs larves) et même amphibiens. Il existe de grosses différences entre espèce, notamment entre celles du genre Nepenthaceae ainsi que Cephalotus, abritant généralement une cinquantaine d'espèces et les espèces du genre Sarraceniaceae dont les urnes peuvent présenter une biodiversité jusqu'à 4 fois supérieure. La nature des fluides qui remplissent les urnes ainsi que leur taille explique une grande partie de ces différences. Chez les premières, le fluide est acide, entièrement produit par la plante et riche en enzymes digestifs dès l'ouverture alors que chez les secondes, la partie liquide provient majoritairement d'eau de pluie qui remplit les urnes.
Les relations symbiotiques entre les plantes carnivores à urnes et leur faune inquiline font l'objet de nombreuses recherches. Il semble que chez les plantes carnivores produisant des enzymes digestifs moins forts comme les Sarracénies, le premier stade de dégradation des proies soit assuré au moins en partie par les micro-organismes résidants.
Liste de genres thumb|Stylidium turbinatum. thumb|Aldrovanda vesiculosa. thumb|Byblis liniflora. thumb|Nepenthes vogelii. De nombreux genres sont carnivores, on peut citer : Aldrovanda, plante aquatique apparentée aux Dioneae ; Brocchinia, au moins une espèce carnivore dans ce genre de Broméliacées ; Byblis, pièges à glu ; Catopsis, une Broméliacée épiphyte ; Cephalotus, plantes à urnes australiennes ; Darlingtonia, la plante-cobra, apparentée aux Sarracenia ; Dionaea, et ses pièges à mâchoires ; Drosera, pièges à glu ; Drosophyllum, apparenté à Drosera ; Genlisea, pièges carnivores souterrains ; Heliamphora, plantes à urnes sud-américaines ; Ibicella, carnivore ou proto-carnivore ; Nepenthes, plantes à urnes asiatiques ; Philcoxia, pièges souterrains; Pinguicula, telles les grassettes de montagne en France ; Roridula, plutôt proto-carnivore en association avec une punaise ; Sarracenia : plantes à urnes américaines ; Triphyophyllum, dont un seul type foliaire est carnivore ; Utricularia, dont les pièges sont racinaires.
Taxonomie
Division Classe Ordre Famille Genre Type de piège Magnoliophyta Magnoliopsida Caryophyllales Dioncophyllaceae Triphyophyllum adhésif Drosophyllaceae Drosophyllum adhésif Droseraceae AldrovandaDionaeaDroserapiège à louppiège à loupadhésif Nepenthaceae Nepenthes ascidie Ericales Roridulaceae Roridula adhésif Sarraceniaceae SarraceniaDarlingtoniaHeliamphora ascidieascidieascidie Lamiales Byblidaceae Byblis adhésif Lentibulariaceae PinguiculaGenliseaUtricularia adhésifpiège en tir-bouchonpiège en outres Martyniaceae Ibicella adhésif Oxalidales Cephalotaceae Cephalotus ascidie Liliopsida Poales Bromeliaceae BrocchiniaCatopsis urneurne Eriocaulaceae Paepalanthus urne
Espèces menacées Dans le monde entier, les plantes carnivores sont en régression pour plusieurs raisons connues : la destruction, déforestation et fragmentation écologique de leurs milieux naturels (ex : recul ou eutrophisation des tourbières à sphaignes qui abritaient les droseras, déforestation (ou artificialisation des forêts tropicales pour la plupart des autres espèces) eutrophisation des eaux abritant des plantes carnivores aquatiques…) ; la collecte de certaines espèces rares et recherchées par des collectionneurs ;