L’interroi (en latin : ; en grec ancien : / ) est un magistrat nommé à titre exceptionnel dans la Rome antique, en cas de vacance du pouvoir, c'est-à-dire après la disparition du roi (selon la tradition légendaire rapportée par Tite-Live) ou des magistrats détenteurs de l’imperium (consul ou tribun militaire à pouvoir consulaire).

Sous la République romaine, en cas de vacance du consulat pour cause de mort ou d’abdication des deux consuls ou de troubles ayant retardé l’élection, le Sénat décide d’établir un interrègne (). Il choisit en son sein un patricien comme premier interroi. Celui-ci, chargé de préparer l’élection des nouveaux consuls par les comices centuriates, ne peut les présider, n’ayant pas reçu l’investiture auspicatoire. Le premier interroi en nomme un second qui lui succède. Ayant reçu l’investiture auspicatoire du premier, ce second interroi peut tenir les comices. Les principaux ornements consutaires, dont le siège curule, lui sont accordés. À la suite de Theodor Mommsen, l’interroi est d’ordinaire regardé comme le titulaire d’une magistrature extraordinaire. Mais la qualité de magistrat de l’interroi est discutée.

L’interroi recevait l’imperium, pouvoir suprême qui lui donnait droit d’établir les augures, et s’ils étaient favorables de réunir le peuple pour procéder selon les rites à l’élection d’un roi (sous la monarchie) ou des magistrats (sous la République).

Sous la République romaine, si au bout de cinq jours les élections n’avaient pas eu lieu, l’interroi désignait son successeur, lui transmettait son imperium et démissionnait. Les interrois se succédaient ainsi, jusqu’à ce que des magistrats soient élus et leur succèdent.

Les noms de trente-sept interrois nous sont parvenus. Leur liste a été établie par Pierre Willems.

L'interrègne politique de l'interrex

L'interrègne sous la royauté D'après la tradition rapportée par Tite-Live et Denys d'Halicarnasse, la procédure de choix du nouveau roi débute par un interrègne. Un interroi, tiré au sort parmi les sénateurs, exerce le pouvoir royal pendant cinq jours. Il procède à la () du futur roi et prend les auspices afin de s'assurer que Jupiter agrée la personne ainsi désignée. En cas de réponse négative, un nouvel interroi succède au premier et ainsi de suite, jusqu'à ce que la volonté des dieux se manifeste clairement et que la désignation du roi devienne effective. L'interroi se rend alors devant les comices curiates et leur demande d'approuver le choix en procédant à la () du nouveau roi. Les comices s'exécutent en votant par acclamations.

Selon la traditionTite-Live, Histoire romaine, I, 17., le premier interrègne survint à la mort de Romulus et dura jusqu'à ce que Numa Pompilius fût choisi comme roi. Le Sénat décida de distribuer les cent membres dont il était composé en dix décuries, et de confier à chacune d'elles la désignation de celui de ses membres qui exercerait, pour cinq jours, l'autorité.

La procédure se serait reproduite jusqu'à l'avènement de Tarquin l'Ancien : à la mort de Numa PompiliusTite-Live, Histoire romaine, I, 22, 1. puis à celle de Tullus HostiliusTite-Live, Histoire romaine, I, 32, 1..

Le mort d'Ancus Marcius n'ouvrit pas d'interrègne, bien que Tarquin l'Ancien n'accédât au trône qu'avec l'assentiment du Sénat. Il n'y eut plus d'interrègne jusqu'à l'avènement de la République.

L'interrègne sous la République Durant les débuts de la République romaine au , il fallut nommer plusieurs fois des interrois, lorsque les magistrats suprêmes avaient terminé leur mandat ou étaient morts sans que des élections aient désigné leurs successeurs, retard généralement dû à une crise politique.

Le dernier interroi, Marcus Aemilius Lepidus, fut désigné lors de la crise de début , alors que les élections consulaires n’avaient pas pu être effectuées, en raison des troubles créés par les bandes armées de Clodius Pulcher.

Succession d'au moins deux interrois D'après Tite-Live, au moins deux interrois se succédaient au cours d'un même interrègne : le premier était désigné par le Sénat ou les seuls sénateurs patriciens ; le second, par le premier. Le nombre des interrois se succédant lors d'un même interrègne n'était pas limité : toujours d'après Tite-Live, quatorze interrois se sont succédé en .

Choix du premier interroi La question de savoir si le premier interroi était choisi par le Sénat ou les seuls sénateurs patriciens est discutée. D'après Cicéron et Tite-Live, le choix du premier interroi aurait été réservé aux patriciens. Il est acquis que le premier interroi n'était pas désigné par tirage au sort () mais la question de savoir si une liste () était ou non utilisée est discutée.

Accessibilité à la charge d'interroi L'accès à la charge d'interroi était réservé aux sénateurs : cela ressort notamment de la liste des interrois dont les noms nous sont parvenus. La question de savoir si la charge d'interroi était ou non réservée aux sénateurs patriciens est discutée. En effet, d'après Cicéron, seul un patricien pouvait être choisi comme interroi. La question de savoir si la charge d'interroi était ou non réservée aux sénateurs consulaires ou, plus largement, aux sénateurs curules est également discutée.

L'interrègne sacral du rex sacrorum André Magdelain a établi un lien entre l'interregnum et les cinq derniers jours du mois de février qui, dans le calendrier romain pré-julien, suivaient les Terminalia et précédaient les calendes de mars.

Dans le calendrier romain pré-julien, le mois de février (fěbrǔārǐus) comptait vingt-huit jours.

Les Terminalia étaient célébrées le septième jour avant les calendes de mars (ante diem septimum Kalendas Martias), c'est-à-dire le vingt-troisième jour du mois de février, jour que Varron définit comme extremus dies, le dernier jour de l'annéeVarron, De la Langue latine, VI, 13 : « Terminalia, quod is dies anni extremus constitutus ; duodecimus enim mensis fuit Februarius, et quom intercalatur, inferiores quinque dies duodecimo demuntur mense » ↔ Les Terminales, fêtes célébrées le dernier jour de l'année, car le douzième mois était février, dont on retranchait les cinq derniers jours les années intercalaires..

La nouvelle année débutait aux calendes de mars, c'est-à-dire le premier jour de mois.

Les Terminalia étaient suivies de cinq jours épagomènes.

Le premier de ces cinq jours, l'on célébrait le Regifugium qui, d'après OvideOvide, Fastes, II, 685., commémorait la fuite du roi Tarquin le Superbe et, ainsi, la fin de la royauté.

André Magdelain considère que, pendant ces cinq jours, le pouvoir du rex sacrorum était suspendu et que son exercice était confié à un interroi sacral.

Liste des interrois Année interroi patricien évènement Denys d'Halicarnasse, IV, 76, 82, 84. Sp. Lucretius Tricipitinus oui Fuite de Tarquin le Superbe et passage de la monarchie à la Res Publica. Denys d'Halicarnasse, VIII, 90. A. Sempronius Atratinus oui — Sp. Larcius Flavus oui — P. Valerius Publicola (ou Poplicola) Volusi oui Épidémie à Rome. Mort des deux consuls : L. Aebutius HelvaTite-Live, Histoire romaine, III, 6, 8. et P. Servilius PriscusTite-Live, Histoire romaine, III, 7, 6..Après quelques interrègnes, Publius Valérius Publicola, le troisième jour du sien, crée consuls L. Lucretius Tricipitinus et T. Veturius Geminus CicurinusTite-Live, Histoire romaine, III, 8, 2.. T. Quinctius (Capitolinus) Barbatus oui Trois tribuns militaires à pouvoir consulaire sont substitués, pour la première fois, aux consuls : A. Sempronius Atratinus, L. Atilius Luscus et T. Cloelius SiculusTite-Live, Histoire romaine, IV, 7, 1..Trois mois après leur entrée en charge, un décret des augures les oblige à abdiquer à cause d'un vice dans leur élection : Gaius Curiatius, qui présidait les comices, n'avait pas observé les formalités requises en dressant la tente auguraleTite-Live, Histoire romaine, IV, 7, 3..Titus Quinctius Barbatus, interroi, crée consuls L. Papirius Mugillanus et L. Sempronius AtratinusTite-Live, Histoire romaine, IV, 7, 10.. L. Papirius Mugillanus oui — Q. Fabius Vibulanus oui Quintus Fabius Vibulanus, interroi, crée consuls A. Cornelius Cossus et L. Furius MedullinusTite-Live, Histoire romaine, IV, 51, 1.. L. Valerius (Potitus) oui Abdication des tribuns militairesTite-Live, Histoire romaine, V, 17, 3..Succession de trois interrois : Lucius Valerius, Quintus Servilius Fidenas et Marcus Furius CamillusTite-Live, Histoire romaine, V, 17, 4.. Q. Servilius Fidenas oui — M. Furius Camillus oui — M. Furius Camillus oui Épidémie à Rome.Contagion simultanée des deux consuls : Lucius Valerius Potitus et Marcus Manlius CapitolinusTite-Live, Histoire romaine, V, 31, 7..Abdication des deux consuls sur un décret du sénat.Succession de trois interrois : Marcus Furius Camillus, Publius Cornelius Scipio et Lucius Valérius Potitus. Celui-ci crée six tribuns militaires à pouvoir consulaireTite-Live, Histoire romaine, V, 31, 9.. P. Cornelius Scipio oui — L. Valerius Potitus oui — L. Valerius Potitus — — P. Cornelius Scipio oui Succession de deux interrois : Cornelius Scipio et M. Furius Camillus.Celui-ci crée six tribuns : L. Valerius Publicola, pour la seconde fois, L. Verginius Tricostus, P. Cornelius, A. Manlius Capitolinus, L. Aemilius Mamercinus et L. Postumius Albinus RegillensisTite-Live, Histoire romaine, VI, 1, 8.. M. Furius Camillus oui — M. Manlius Capitolinus oui Succession de trois interrois : M. Manlius Capitolinus, Ser. Sulpicius Camerinus et L. Valerius PotitusTite-Live, Histoire romaine, VI, 5, 6..Celui-ci crée six tribuns militaires à pouvoir consulaire : L. Papirius, C. Cornelius, C. Sergius, L. Aemilius pour la seconde fois, L. Menenius et L. Valerius Publicola pour la troisièmeTite-Live, Histoire romaine, VI, 5, 7.. Ser. Sulpicius Camerinus oui — L. Valerius Potitus oui — Q. Servilius Ahala oui — M. Fabius Ambustus oui — Cn. Manlius Capitolinus Imperiosus oui — C. Fabius Ambustus — — C. Sulpicius Peticus — — L. Aemilius Mamercinus (Privernas) — — Q. Servilius Ahahla — — M. Fabius Ambustus — — onze interrois Expiration de la dictature de .Douze interrois se succèdent.Le douzième, L. Cornelius Scipio, crée consuls P. Valerius Publicola et le plébéien C. Marcius Rutilus. — C. Sulpicius Peticus — — M. Fabius Ambustus — — L. Aemilius Mamercinus Privernas — — M. Valerius (Maximus Corvus) — — M. Fabius (Ambustus ou Dorsuo) — — quatre interrois — M. Valerius Corvus — — quatorze interrois — L. Aemilius (Mamercinus Privernas) oui — Q. Fabius Maximus (Rullianus) oui — M. Valerius Corvus oui — Ap. Claudius (Caecus) oui — P. Sulpicius (Saverrio) oui — L. Postumius Megellus oui — Q. Fabius Maximus Verucosus (Cunctator) oui — Liv., XXII, 34. C. Claudius Centho oui — P. Cornelius (Scipio) Asina oui — Q. Fabius Maximus Verucosus (Cunctator) — — L. Aemilius Paulus oui — L. Valerius Flaccus oui Vacance du consulat pour cause de mort de C. Marius le Jeune en décembre et de fuite de Cn. Papirius Carbo, avant la mise à mort de celui-ci par Pompée. Ap. Claudius Pulcher oui — M. Valerius Messalla (Niger) — — Q. Caecilius Metellus Pius Scipio Nasica — — M. Valerius Messala (Niger) oui — M. Aemilius Lepidus, dit Lépide oui — autre(s) interroi(s) — Ser. Sulpicius (Rufus) oui — M. Valerius Messala (Niger) – — En , après le décès des deux consuls emportés par une épidémie, l’interroi Publius Valerius Publicola organise les électionsTite-Live, Histoire romaine, livre III, 8 ; Denys d'Halicarnasse, Antiquités romaines, livre IX, 69 ; En , après la destitution des decemvirs au pouvoir ; En , une longue série d’interrois fut nommée, par suite du blocage politique entre sénateurs et tribuns de la plèbe sur les questions d’accepter les candidatures plébéiennes aux postes de questeurs, et d’élire des consuls plutôt que des tribuns militaires à pouvoir consulaire. Cette crise fut dénouée par l’interroi Lucius Papirius Mugillanus, qui fit accepter un compromis, et organisa l’élection des tribuns militaires à pouvoir consulaireTite-Live, Histoire romaine, livre IV, 43 ;