René d'Anjou, dit « le Bon Roi René », né le à Angers et mort le à Aix-en-Provence, est un prince du sang français de la lignée des ducs d'Anjou issue de (1339-1384), fils du roi .

D'abord comte de Guise (1417-1425), il est ensuite duc de Bar (1430-1480), duc de Lorraine (1431-1453) sous le nom de de Lorraine, duc d'Anjou (1434-1480) sous le nom de d'Anjou, roi de Naples (1435-1442) sous le nom de de Naples, roi de Sicile en titre (1434-1480) sous le nom de René de Sicile, comte de Provence et de Forcalquier (1434-1480), roi de Jérusalem en titre (1435-1480) et enfin roi d'Aragon en titre (1466-1480).

Il est aussi pair de France et fondateur de l'ordre du Croissant.

Biographie Origines familiales et formation René est le second fils du duc d'Anjou (1377-1417). Son père, en outre était roi en titre de Naples et comte de Provence, titres hérité de son père , deuxième fils de Jean le Bon.

Sa mère est Yolande d'Aragon (1381-1442), fille du roi d'Aragon .

Il naît le . au château d'Angers, au cours d'un des hivers les plus froids que la France ait connus..

Il est élevé par sa mère au château d'Angers, puis dans le Berry avec ses frères et sœurs, en compagnie du dauphin Charles ( à partir de 1422), réfugié à Bourges à partir de la prise de Paris par les Bourguignons en 1418.

À la mort de son père (1417), il reçoit la seigneurie de Guise en PicardieGuise se trouve aujourd'hui dans le département de l'Aisne, érigée en comté par le dauphin Charles. Son frère aîné hérite des titres de duc et de roi.

Duc de Bar et de Lorraine (1419-1431) Entre 1419 et 1420, sa mère Yolande d'Aragon, nièce de (cardinal-duc de Bar), réussit à faire adopter René par celui-ci (dernier héritier de la famille de Bar, lui-même ecclésiastique sans enfants).

Ainsi, le duché de Bar reviendrait au jeune René, Yolande abandonnant ses prétentions sur ce fief, au sujet duquel elle était depuis de longues années en procès avec son oncle le cardinal-duc. Yolande et Louis arrangèrent aussi un mariage avec Isabelle, la fille du duc de Lorraine et seule héritière du duché. C'était un succès politique considérable pour Yolande d'Aragon, qui faisait entrer une partie de l'Est de la France dans le giron angevin. René quitte alors l'Anjou pour le duché de BarD'après Jean Favier, in Le roi René ; ainsi que Jacques Levron, in Le bon roi René.. Le , il se marie ainsi, à onze ans, avec Isabelle, sa cadette.

En 1424, âgé de quinze ans, René d'Anjou prend les armes pour la première fois et assiège le château d'Antoine de Vaudémont, comte de Vaudémont, qui lui envie la Lorraine. La garnison se rend après trente-sept mois de siège.

En 1427, Isabelle met au monde le premier de leurs neuf enfants.

René devient duc consort de Lorraine en 1431 à la mort de .

La guerre de Cent Ans d'Azincourt (1415) à Jeanne d'Arc (1429-1430) : la maison d'Anjou fidèle au dauphin Charles

Depuis le début du règne de , deux factions s'opposent en France : les partisans des ducs de Bourgogne (les Bourguignons) et les partisans du duc d'Orléans (les Armagnacs), tous deux de sang royal (maison de Valois) comme les ducs d'Anjou.

En 1419, après la défaite française d'Azincourt face au roi d'Angleterre , l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans Peur lors d'une entrevue avec le dauphin à Montereau-Fault-Yonne, pousse son héritier, Philippe le Bon, à se rapprocher d'. En 1420, Anglais et Bourguignons évincent le dauphin de la succession au profit d' par la signature du traité de Troyes. À la mort d' (), suivie de près par la mort de (), Jean de Lancastre, duc de Bedford, devient régent d'Angleterre et de France au nom d'. Toutefois, le pouvoir anglo-bourguignon est limité aux régions situées au nord de la Loire, à l'exception de la ville de Tournai et de la châtellenie de Vaucouleurs, limitrophe de la Lorraine, qui restent fidèles au dauphin.

En 1425, les Anjou restant partisans du dauphin, le duc de Bedford confisque leurs domaines situés au nord de la Loire et attribue Guise à Jean de Luxembourg, comte de Ligny.

En 1429, se distingue à Domrémy la personnalité exceptionnelle de Jeanne d'Arc qui, se disant chargée d'une mission divine, obtient du capitaine de Vaucouleurs, Robert de Baudricourt, un appui pour aller rencontrer le dauphin. Elle se présente aussi à la cour de Nancy où, tout en admonestant le duc Charles II sur sa relation adultérine avec la jolie Alyson du May, elle lui demande de laisser son gendre René duc de Bar la suivre. Prudent et épris, le duc vieillissant ne satisfera aucune des demandes de la future sainte. Après avoir rencontré le Dauphin à Chinon, elle obtient un commandement militaire et emmène ses troupes à Orléans, assiégée par les Anglais. Le siège est levé en et Jeanne décide d'emmener le dauphin se faire sacrer à Reims. C'est le début d'un revirement de situation : en 1435, le duc de Bourgogne fait la paix avec le roi par le traité d'Arras, permettant de mettre fin à la présence anglaise dans le royaume.

À la cour du duc René d'Anjou, participent Jacques d'Arc et le chevalier Robert de Baudricourt, capitaine de Vaucouleurs. Ce dernier combat les Bourguignons et les Anglais. Il est partisan du roi , beau-frère de René d'Anjou. Il procure à Jeanne d'Arc une escorte armée, afin de traverser les territoires occupés par les Anglais et les Bourguignons, pour se rendre au Château de Chinon, auprès du roi , le . La mission de la fille de Jacques d'Arc est d'exhorter le roi à renforcer la défense d'Orléans et à bouter les Anglais hors de France.

Le , René d'Anjou apporte officiellement l'hommage du Barrois mouvant à son beau-frère, le roi . Ils font ensemble, accompagnés de Jeanne d'Arc, une entrée triomphale à Laon, Soissons, Provins, Coulommiers et Compiègne.

Le duc de Bedford, régent du royaume de France, quitte Paris avec une armée de dix mille hommes pour venir à la rencontre de l'armée française. Les deux armées de forces égales se déploient le près du village de Montépilloy, en Picardie. Le combat n'aura finalement pas lieu.

En 1444, René contribue à l'arrêt des luttes franco-anglaises en jouant un rôle actif dans les négociations de Tours.

Après 1430

Le duché de Lorraine est contesté par Antoine de Vaudémont, soutenu par le parti bourguignon, qui le bat en 1431 à la bataille de Bulgnéville. René est fait prisonnier par , duc de Bourgogne, dit Philippe le Bon. Lors de cette captivité, Thierry IV de Lenoncourt et son frère Philippe II s'étaient portés garants pour le duc. mais il ne fut libéré qu'en échange de ses fils Jean et Louis. Soutenu par l'empereur Sigismond de Luxembourg dans ses prétentions au duché de Lorraine, il est à nouveau emprisonné par Philippe le Bon puis libéré contre une rançon, en 1437.

À la mort de son frère, , décédé sans postérité en 1434, il hérite de ses titres et devient roi titulaire de Sicile et de Jérusalem, comte de Provence.

Il hérite des prétentions de la maison d'Anjou sur le royaume de Naples en 1435, en vertu du testament de reine de Naples et se bat, de 1438 à 1442, sans succès, contre pour faire valoir ses droits, malgré la résistance de son fidèle lieutenant et chambellan Jean Cossa. Il rentre en France en 1442, ne gardant du royaume de Naples que le titre de roi de Jérusalem et de Sicile. Les guerres de Naples ayant épuisé ses finances, il est forcé de recourir aux emprunts. De retour en Provence en 1449, il demeure un temps dans le château de Tarascon qu'il avait fait restaurer sous la surveillance de Jean de Serocourt, capitaine du lieu, et de son proche parent, Regnault de Serocourt, qui le seconde de par sa charge de lieutenant. C’est au pied de cette forteresse qu’il organise en juin, le célèbre tournoi du pas de la Bergère. En 1450, des bourgeois d'Avignon lui prêtent des sommes considérables qu'il s'oblige de leur rembourser dans les six mois. Ce terme étant échu sans qu'il puisse les satisfaire, les principaux seigneurs et officiers de sa cour lui ouvrent leur bourse et il leur délègue le produit de ses salins du Rhône et des côtes maritimes de Provence par ses lettres patentes du dernier jour de . Parmi ces seigneurs figuraient entre autres , sénéchal de Provence, Louis de Beauvau sénéchal d'Anjou et son chambellan Fouquet d'Agoultclap.jac.free.fr..

En 1453, à la mort d' de Lorraine son épouse, René, alors âgé de quarante-quatre ans, transmet le duché de Lorraine à son fils , duc de Calabre. Il se remarie avec Jeanne de Laval l'année suivante. Ils s'installent d'abord à Saumur puis en 1472 à Aix-en-Provence.

En 1445, il marie sa fille Marguerite d'Anjou au roi .

Gestionnaire éclairé et amoureux des arts vignette|upright=0.8|Le roi René et ses troupes, lors de la guerre de Cent Ans (miniature issue du manuscrit de Martial d'Auvergne, Les Vigiles de la mort de Charles VII), vers 1484, BNF. vignette|upright=0.8|René et son épouse Jeanne, détails du Triptyque du buisson ardent peint par Nicolas Froment en 1475, cathédrale Saint-Sauveur d'Aix-en-Provence. Il consacre son temps à l'administration et au développement de l'Anjou, de la Lorraine et de la Provence. Il fait prospérer ainsi les villes d'Angers, Aix-en-Provence, Avignon et Tarascon.

Il s'entoure de proches conseillers efficaces, tels que Fouquet d'Agoult, son chambellan, et Guillaume de Rémerville, son secrétaire.

Il enrichit son château des Ponts-de-Cé ainsi que son manoir de Chanzé à Angers et son pavillon de chasse du château de Baugé, tous les trois situés en Anjou. Il fait aménager, en Anjou et en Provence, des lieux de promenades et des jardins fleuris où vivent des paons ainsi que des enclos pour biches et des ménageries où le peuple peut venir découvrir des lions et des léopards.

Il s'intéresse également à l'entretien des forêts et à la bonne santé des vignobles.

Il aime la fête, la musique et les tournois. Amoureux des arts, le roi René est un des mécènes les plus importants, les plus curieux et les plus originaux de la fin du Moyen Âge. Toute sa vie, René a enrichi sa bibliothèque de livres somptueusement enluminés, établissant des relations étroites avec des artistes parmi lesquels se dégage la personnalité artistique de grands maîtres comme Barthélemy d'Eyck (identifié au Maître du Roi René ou Cœur d'amour épris), Georges Trubert, mais aussi de grands ateliers angevins sollicités par René, comme ceux du Maître de Jouvenel, le Maître du Boccace de Genève ou du Maître du Psautier de Jeanne de Laval. Il s'entoure de peintres, de brodeurs, d'orfèvres et d'enlumineurs célèbres.

À Aix-en-Provence et à Angers, il entretient une cour littéraire et savante et ne dédaigne pas lui-même, en tant que poète, de composer plusieurs ouvrages dans la lignée des romans courtois et de chevalerie : Traité de la forme et devis comme on fait les tournois (1451-1452) ; Le Mortifiement de Vaine Plaisance (1455) ; Le Livre du Cuer Damours espris (1457).

Il est notamment le protecteur à Avignon du peintre Nicolas Froment. De celui-ci est conservé au Musée du Louvre un petit diptyque représentant le duc et son épouse.

Vers 1460-1470, il commande l'ouvrage Le Mystère des Actes des Apôtres à Simon Gréban, chanoine du Mans et à son frère Arnoul Gréban, dramaturge français.

Bien que consacrant du temps à toutes ses possessions, René, tout comme son fils , passe du temps également en des expéditions lointaines.

Confiscation de l'Anjou et danger bourguignon à l'époque de Charles le Téméraire vignette|upright=0.8|Vassal rendant hommage au roi René (Aveu à René, vers 1469), Archives nationales.