Le nom de Brigades rouges (, BR) désigne une organisation terroriste d'extrême gauche italienne, apparue durant les années de plomb. Visant particulièrement les policiers et les magistrats, les Brigades rouges ont commis de nombreux attentats et assassinats, notamment l'enlèvement et le meurtre, en 1978, de l'ancien chef du gouvernement italien Aldo Moro.
Histoire
La formation des Brigades rouges s'inscrit dans le contexte de luttes sociales de la fin des années 1960. Des grèves ouvrières secouent les usines (Pirelli et Siemens en particulier), ce qui conduit une partie du mouvement ouvrier à adopter la « propagande armée » comme méthode de lutte. Les premières actions — destruction des véhicules de contremaîtres ou séquestration de cadres — reflètent la composition sociale des groupes armés. Parmi les mille trois cent trente-sept personnes condamnées pour appartenance aux Brigades rouges, on comptait 70 % d’ouvriers, d’employés du tertiaire ou d’étudiants..
En juillet 1970, le (Collettivo Politico Metropolitano) se transforme en (« Gauche prolétarienne »). Peu de temps après apparaissent les Brigades rouges le lors de l'incendie de la voiture d’un cadre de Siemens.. Renato Curcio et Alberto Franceschini fondent ce groupe à Reggio d'Émilie.
À leurs débuts, les Brigades rouges se distinguent d'autres groupes politiques d'extrême gauche tels que Lotta Continua ou Potere Operaio. Ces groupes, alors représentants de l'opéraïsme qui inspira en France le mouvement autonome, contestaient l'hégémonie du Parti communiste italien (PCI) sur le mouvement ouvrier et prétendaient le dépasser par la gauche. A contrario, les BR prétendent reprendre le combat « insurrectionnel » abandonné par le PCI à la fin de la guerre ; en effet la résistance armée anti-fasciste en Italie a combattu dans le nord les armées allemandes et les fascistes italiens de la république de Salo jusqu'à la capitulation nazie en mai 1945. Pour eux ce combat est « suspendu » et doit reprendre. La situation politique italienne des années 1960-1970 est l'occasion de reprendre le combat interrompu et de créer un « Parti communiste combattant » ; en ce sens ils sont très éloignés de l'idéologie de groupes marqués par l'« opéraïsme ».
Plusieurs affaires, s'inscrivant dans la stratégie de la tension, sont à l'origine du passage à la lutte armée des Brigades rouges, qui s'inscrit également dans un contexte géopolitique mondial, dont notamment l'effervescence du mouvement étudiant dans de nombreux pays (mai 68 français, Mexique, Argentine, États-Unis, etc.), lié à la contestation de la guerre du Viêt Nam, etc. L'attentat de la piazza Fontana, le (16 morts et 98 blessés), en marque le début. Un cheminot anarchiste, Giuseppe Pinelli, est à l'époque désigné par les autorités. Des militants néo-fascistes seront finalement mis en examen, en 1997 seulement ; ils seront relaxés en par la cour d'appel de Milan, au terme d'un verdict très controversé. En réaction à l'attentat de la piazza Fontana, de nombreux groupes italiens d'extrême gauche (dont le mouvement autonome) entrent en effervescence.
« J’ai grandi avec l’idée qu’ils préparaient un coup d’État, comme en Grèce ou au Chili. Et qu’ils nous auraient tués. D’ailleurs, ils avaient déjà commencé », explique ainsi Sergio Segio, l'une des figures des années de plomb. De fait, entre 1969 et 1975, les attentats et les violences politiques sont surtout imputables à des groupes de droite (à 95 % de 1969 à 1973, à 85 % en 1974 et à 78 % en 1975).
Devant l'échec des actions de propagande menées en milieu ouvrier, les Brigades rouges décident de concentrer leur action sur ce qu'ils appellent la « Il richiamo alle prime Br: «La nostra scelta è la propaganda armata» », Corriere della sera, 31 juillet 2002. ou la et les actions violentes (séquestrations, blessures par balles aux jambes – appelées « jambisations » –, assassinats) contre les « serviteurs de l'État » : policiers, magistrats, hommes politiques et journalistes. Selon Alberto Franceschini, l'un des fondateurs du groupe, la mort de l'éditeur Giangiacomo Feltrinelli, le , les a laissés comme des « orphelins » et les a fait basculer dans l'action violente. Franceschini a également admis la participation des Brigades rouges dans l'attentat de l'ambassade des États-Unis à Athènes en Grèce, que Corrado Simioni aurait organisé.
En 1974, Alberto Franceschini et Renato Curcio, principaux fondateurs du groupe, sont arrêtés par le général Carlo Alberto Dalla Chiesa et condamnés à dix-huit ans de prison. À partir de cette date, on parle des secondes Brigades rouges, dirigées par Mario Moretti.
En janvier 1977, les Brigades rouges enlèvent et séquestrent l'ingénieur Pietro Costa, finalement libéré contre rançonhttps://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00345738/file/L_edition_des_temoignages_de_membres_des_Brigades_Rouges_2.pdf.
Le groupe tuera au total 48 personnes et en blessera 415 jusqu'au début des années 1980.. Le journaliste Sergio Zavoli, dans l'enquête La notte della Repubblica, avance que de 1974 (l'année des premiers meurtres revendiqués) à 1988, les Brigades rouges ont revendiqué 86 meurtres, principalement des agents de la police d'État et des carabiniers, des magistrats et des personnalités politiques. Parmi ceux-ci, on trouve 85 hommes et une seule femme (Germana Stefanini, gardienne de prison) Sergio Zavoli, La notte della Repubblica, Roma, Nuova Eri, 1992.. Leur armement provenait principalement des stocks des partisans de la Seconde Guerre mondiale.
Assassinat d'Aldo Moro thumb|Aldo Moro filmé durant sa captivité.
Les secondes Brigades rouges, dirigées par Mario Moretti, se sont principalement illustrées par l'enlèvement du président du parti de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro, le , jour où Giulio Andreotti présentait devant les Chambres un gouvernement de « compromis historique » avec le Parti communiste (PCI), écarté du pouvoir depuis la crise de . Aux élections de juin 1976, le PCI avait obtenu plus de 34 % des voix, contre 38 % pour la DC, largement plus que toute autre force politique.
L'État italien refusa catégoriquement de négocier avec les Brigades rouges, qui visaient à atteindre une sorte de reconnaissance similaire à celle obtenue par l'OLP de Yasser Arafat comme mouvement insurrectionnel, ainsi que la libération de certains brigadistes incarcérés.
Après 55 jours de captivité, Aldo Moro fut assassiné par les BR de Moretti. Son corps fut retrouvé dans le coffre d'une automobile, via Caetani, à proximité des sièges de la DC (piazza del Gésu) et du PCI (via delle botteghe oscure). Le chef du SISMI (les services secrets italiens) reçut par la suite un blâme pour son attitude de fermeté lors des négociations.
Le télégramme des Brigades rouges expédié après l'exécution d'Aldo Moro d'une balle dans la nuque qualifie ce meurtre de « conclusion d'une bataille. »
À l'époque, les Brigades rouges sont dénoncées par la totalité de la classe politique italienne et apparaissent comme définitivement isolées. Le monde syndical italien les condamne, notamment à la suite de l'assassinat du syndicaliste Guido Rossa le , qui avait dénoncé un travailleur coupable d'avoir distribué des tracts des Brigades rouges.
Mesures législatives pour lutter contre le terrorisme Pour faire face aux divers attentats, imputables aux deux extrêmes du champ politique qui marquent ces années de plomb, l'Italie adopte des lois d'exception. La du autorise la police à perquisitionner et arrêter une personne sans mandat du juge d'instruction, sur seul soupçon. Puis le décret-loi Cossiga du allonge la détention préventive pour les personnes soupçonnées d'acte terroriste et autorise les écoutes téléphoniques.
La du , puis la loi sur la « dissociation » du , qui inaugure la figure du pentito (repenti ou collaborateur de justice) et les décrets-loi du et du , marqueront la fin de ces lois « spéciales », en réduisant la détention..
Années 1980 À partir de 1981, l'organisation se divise, entraînant l'apparition de plusieurs groupes revendiquant l'appellation Brigades rouges : Brigades rouges-Parti Guérilla du Prolétariat métropolitain (Brigate rosse-Partito guerriglia del proletariato metropolitano, BR-PGPM), le , mené par Giovanni Senzani, un criminologue. L'ancien chef adjoint de la police de Gênes, Arrigo Molinari, a prétendu qu'il était un agent du SISMI dirigé par Fabrizio Calvi et Olivier Schmidt, Intelligences secrètes. Annales de l'espionnage, Hachette, 1988, chap. V, 98.. Ce groupe a notamment enlevé le démocrate-chrétien Ciro Cirillo, président de la Campanie (région de Naples). Les négociations pour sa libération, effective trois mois plus tard, ont impliqué la Camorra, le SISMI et la Démocratie chrétienne, et ont, entre autres, soulevé une question mystérieuse : pourquoi l'État accepta de négocier pour ce notable local, alors que quatre ans avant, il avait catégoriquement refusé toute négociation concernant Aldo Moro ? Brigades Rouges pour la Construction du Parti communiste combattant (BR-PCC, Brigate rosse per la costruzione del Partito comunista combattente), qui regroupa la majorité des brigadistes après la scission des BR-PGPM et s'alliera avec la Rote Armee Fraktion. Union des communistes combattants (BR-UCC, UdCC, Unione dei Communisti Combattenti), issue d'une scission léniniste des BR-UCC qui apparaît officiellement en 1985..
Malgré leur isolement sur la scène politique, les différentes BR continuent leurs campagnes d'attentats et d'assassinats. En 1981, les Brigades rouges assassinent , frère de , collaboratore di giustizia (accusé passé aux aveux qui collabore avec la justice en échange d'une réduction de peine). Cette vengeance « transversale », qui rappelle les crimes de la Mafia, aura aussi des conséquences très graves pour les Brigades. En 1988, les BR-PCC s'allient à la Fraction armée rouge (RAF) de RFA.
En 1992, apparaissent les pour la construction du Parti communiste combattant (NCC-PCC, Nuclei comunisti combattenti per la costruzione del Partito comunista combattente), proche des BR-PCC.
Nouvelle génération de terroristes
Dans les années 1980, alors que la plupart des « brigadistes » de la première heure ont abandonné la lutte, une nouvelle génération continue de commettre sporadiquement des actions violentes. À la suite du démantèlement en 1988 de cette nouvelle bande, les Brigades rouges connaissent une période de sommeil avant de reprendre leurs actions à la fin des années 1990.
Le , cinq membres des « Nouvelles Brigades rouges », accusées d'avoir organisé l'assassinat en mars 2002 du professeur Marco Biagi, un consultant du gouvernement, sont condamnées à la perpétuité par la cour d'assises de Bologne. Les assassinats de Marco Biagi et de , tué à Rome en 1999, avaient été revendiqués par les BR-PCC« Cinq membres des Nouvelles Brigades rouges condamnés à la perpétuité », Le Monde, ..
En , quinze terroristes présumés sont arrêtés dans le Nord de l'Italie, alors qu'ils se préparaient selon la police à commettre des attentats et des assassinats. Le groupe se compose de jeunes recrues, mais également de vétérans du terrorisme, comme Alfredo Davanzo, réfugié en France durant plusieurs années et rentré clandestinement en Italie« Le retour des Brigades rouges en Italie », Le Figaro, .. En , Cristoforo Piancone, un ancien membre des Brigades rouges passé en 2004 en régime de semi-liberté, est arrêté pour attaque de banque« Siena, ex Br preso dopo rapina in banca », Il Corriere della Sera, ..
Le , six personnes soupçonnées d'appartenir aux Nouvelles Brigades rouges sont arrêtées et accusées d'avoir projeté un attentat contre le sommet du G8 à L'Aquila (8 au ). Des armes sont saisies ainsi que les plans du système de vidéo-surveillance du sommet.
Composition