Marie-Thérèse Charlotte de France« Marie Thérèse Charlotte » étant sa signature et « Charlotte » son prénom usuel., surnommée « Madame Royale », née le à Versailles et morte le à Frohsdorf en Autriche, est le premier enfant de Louis XVI et Marie-Antoinette.
Après une enfance passée à la cour, elle est la seule des enfants royaux à survivre à la Révolution française. Exilée hors de France en 1795, elle retrouve son pays de 1814 à 1830, où elle redevient l'une des personnes les plus influentes de la famille royale auprès de ses oncles Louis XVIII et Charles X. Condamnée à un nouvel exil après la révolution de 1830, elle meurt en 1851 en Autriche, sous le titre de courtoisie de comtesse de MarnesElle avait acheté au maréchal Soult le château de Villeneuve-l'Étang à Marnes-la-Coquette, aujourd'hui détruit. Voir : Matthieu Mensch, « Le Trianon de la Restauration ? La duchesse d’Angoulême et l’usage de Villeneuve-l’Étang », Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles, 22 novembre 2022..
Scrutée une bonne partie de sa vie aussi bien par ses admirateurs que par ses détracteurs, rendant compte de ses faits et gestes quotidiens, « Madame Royale » devient bien malgré elle l’héroïne de chansons, de poèmes, de récits au goût du jour, voire d'insultes.
Parce qu'elle reste le dernier enfant survivant de Louis XVI et Marie-Antoinette, « Madame Royale » a profondément marqué certains esprits. Ainsi, Chateaubriand a écrit d'elle : De même, la duchesse de Dino affirmait, dès 1833 :
Biographie
Naissance et baptême à Versailles : « Mousseline la sérieuse » vignette|gauche|« Mousseline la sérieuse », quatre ans, par Alexandre Kucharski, 1782. Marie-Thérèse Charlotte de France est nommée « Madame » (ou « Madame Royale » pour la distinguer de l'autre Madame : la comtesse de Provence, belle-sœur du roi). Sa mère l’appelle toutefois par le surnom de « Mousseline la Sérieuse »histoire pour tous.. Elle est le premier enfant de Louis XVI et de Marie-Antoinette, né après plus de huit ans de mariage.
Sa naissance est attendue et saluée par le peuple français, et l'on entonne des Te Deum dans toutes les églises du royaume pour la célébrerBernard Vincent, Louis XVI, Gallimard Folio Biographies, 2006, p. 163.. Des villes de province, dont ToulouseLa ville de Toulouse a commandé au peintre Lambert François Cammas (1743-1804) un grand tableau allégorique de la naissance de Madame Royale pour la salle du Grand Consistoire du Capitole. Ce tableau a été détruit lors de la Révolution, mais son modello, qui avait été conservé par la fille du peintre, Madame Guibal, a été gravé en 1825 avec l’accord de la duchesse d’Angoulême. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6950261m?rk=21459;2., ont réalisé des tableaux à cette occasion.
Marie-Thérèse est baptisée le , jour de sa naissance, dans la chapelle du château de Versailles par le cardinal-évêque de Strasbourg Louis de Rohan, grand aumônier de France. Son parrain est un cousin de son père, le roi Charles III d’Espagne, représenté par Louis Stanislas Xavier de France, comte de Provence (futur Louis XVIII), et premier dans l'ordre de succession. Sa marraine est sa grand-mère maternelle, l’impératrice douairière Marie-Thérèse, représentée par la comtesse de ProvenceArchives départementales des Yvelines, Registre des baptêmes (1778) de l’église Notre-Dame de Versailles..
Marie-Thérèse-Charlotte, couramment appelée par son troisième prénom, connaît une enfance de fille de France dans une cour de Versailles unique en son genre. De nombreux écrits, notamment les mémoires de la baronne d’Oberkirch, témoignent du caractère orgueilleux de la jeune princesse, que Marie-Antoinette se soucie de corrigerHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, ..
Sous la Révolution : « Les Années Terribles » vignette|Alfred Elmore, Les Tuileries, , vers 1860. Musée de la Révolution française (Marie-Antoinette, Madame Royale, le Prince royal et la sœur du roi, Madame Elisabeth, face aux insurgés). Marie-Thérèse a dix ans lors du déclenchement de la Révolution. Le , une foule venue la veille de Paris envahit le château de Versailles, massacre des gardes du corps et ramène dans la capitale la famille royale, qui s’installe au palais des Tuileries.
Dans la nuit du 20 au , ses parents l’emmènent – avec son frère et sa tante, Madame Élisabeth – dans leur tentative de fuite. À quelques lieues de la forteresse de Montmédy qu’il avait choisie pour refuge, dans le village de Varennes-en-Argonne, le roi est reconnu et la famille royale arrêtée. La princesse, qui n’a pas treize ans, assiste au retour humiliant jusqu’aux Tuileries, en présence des commissaires de l’Assemblée qui prennent place à leurs côtés, sous les insultes d’une foule qui les menace parfois de mort. L’année suivante, Madame Royale est témoin de la journée du 20 juin 1792, au cours de laquelle le palais des Tuileries est envahi par la foule parisienne, qui oblige Louis XVI à coiffer un bonnet phrygien. Quelques semaines plus tard, le 10 août 1792, les Tuileries sont prises d’assaut ; la famille royale doit se réfugier à l’Assemblée, puis est emprisonnée au couvent des Feuillants, avant d’être enfermée le à la prison du Temple.
« Thérèse Capet » vient d’avoir quatorze ans quand, à l'issue de son procès, son père est condamné à mort ; il est exécuté le . En , sa mère Marie-Antoinette est transférée à la prison de la Conciergerie, où la reine attend d’être jugée puis exécutée, le . Marie-Thérèse demeure désormais seule avec sa tante paternelle, Madame Élisabeth, âgée de . Quant à son petit frère Louis, confié depuis le mois de juillet à un « précepteur » révolutionnaire, le cordonnier Antoine Simon, ainsi qu’à son épouse, il vit enfermé à l’étage inférieur et n’a plus de contact avec sa sœur, sinon le , lorsqu’elle est confrontée à lui, lors de l’instruction du procès de la reine ; à cette occasion et sous influence ou contrainte, son frère accuse leur mère de s'être rendue coupable d’inceste. « Elle ne cesse de dire qu’elle ne sait rien, qu’elle n’a rien vu de tout cela »Stefan Zweig, Marie-Antoinette, Édition Les Cahiers Rouges, Grasset, p. 459..
L'« Orpheline du Temple » vignette|Donjon du Temple, entre 1790 et 1800. Musée Carnavalet. Les survivants, Marie-Thérèse, son frère et leur tante, qui n'ont jamais exercé de responsabilités politiques, sont dès lors enfermés uniquement pour ce qu’ils représentent et à cause de leur naissancePhilippe Delorme, « Madame Royale, survivante de l’Histoire », émission Au cœur de l’histoire sur Europe 1, 3 mars 2012..
Le , Madame Élisabeth est à son tour guillotinée. Marie-Thérèse, coupée du monde, vit alors la période la plus éprouvante de son emprisonnement. Pour se défendre contre ses gardiens, elle ne leur adresse plus la paroleHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, .. Elle a et écrit sur les murs de sa prison ces graffitisA. de Beauchesne, Louis XVII sa vie, son agonie, sa mort ; captivité de la famille royale au Temple, Paris, Plon, 1861, . :
Après l'exécution de Robespierre en , les conditions de la captivité de la princesse s’améliorent. Ses gardiens, Gomin et Laurent, se montrent plus respectueuxHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, .. Le , le dauphin meurt à l'âge de , des suites de tuberculose généralisée... Une grande partie de la presse déclenche presque aussitôt une campagne en faveur de la libération de la prisonnièreHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, ..
Le Comité de sûreté générale n'y est pas indifférent puisqu'il décide le de donner à la princesse une jeune femme pour lui tenir compagnie, , que Marie-Thérèse surnomme affectueusement « Rénette ». C’est vraisemblablement elle qui apprend à Madame Royale la mort de sa mère, de sa tante et de son frère..
Elle veille aussi à compléter son instruction, Madame Royale ayant « du mal à parler distinctement, par manque de pratiqueHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, . ». Elle commence à rédiger des mémoires racontant l'incarcération de sa famille. Elle puise un grand réconfort moral dans sa foi et dans la présence de sa chère « Rénette »..
Étant l'unique rescapée de la famille royale stricto sensu, la princesse se voit attribuer le surnom de « l'Orpheline du Temple ». Ses admirateurs vont ainsi jusqu’à louer un appartement en face du Temple et scrutent ses faits et gestes quotidiens. Plus largement, elle devient l’héroïne de chansons, de poèmes et de récits au goût du jour (roman noir, ballades à la manière d’Ossian), qui ont sa souffrance et son histoire, et non son rang, pour principal ressortPauline Lemaigre-Gaffier, « Hélène Becquet, Marie-Thérèse de France. L’orpheline du Temple », Annales historiques de la Révolution française [En ligne], 375 | janvier-mars 2014, mis en ligne le 8 juillet 2014.. Elle devient alors une figure emblématique pour les partisans royalistes..
Pendant l'été 1795, la presse de droite mène contre la Convention une campagne dans laquelle elle se sert de Marie-Thérèse, dont elle souligne les vertus, de manière à rappeler les bienfaits d'une monarchie dirigée par des princes aux qualités éprouvées. Or, le , le prétendant, Louis XVIII, réaffirme dans la déclaration de Vérone la souveraineté absolue du roi. Cet acte lui aliène les monarchistes constitutionnels. Aussi bon nombre de royalistes songent à marier la fille de Louis XVI avec son cousin le duc d'Angoulême, et espèrent qu'elle monterait sur le trône, après l'abdication de Louis XVIIIHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, ..
Décembre 1795 : échange et arrivée à la cour de Vienne vignette|Carlo Lasinio, La princesse Marie-Thérèse-Charlotte fille du roy Louis XVI part de Paris pour se rendre en Suisse. Gravure. Musée de la Révolution française. vignette|Heinrich Friedrich Füger, Marie Thérèse Charlotte de France, 1796. Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg. Elle est représentée, à Vienne, vêtue en grand deuil, portant un médaillon où figurent ses parents et son frère.
Le 12 messidor an III (le ), au nom du Comité de Salut public et du Comité de sûreté générale, Jean-Baptiste Treilhard (député de Seine-et-Oise) propose que Marie-Thérèse de France soit échangée contre les prisonniers politiques détenus par l’Autriche : La Convention nationale déclare qu'au même instant où les cinq représentants du peuple, les ministres, les ambassadeurs Français et les personnes de leur suite, livrés à l'Autriche, ou arrêtés et détenus par ses ordres, seront rendus à la liberté ; [...] la fille du dernier roi des Français sera remise à la personne que le gouvernement autrichien délèguera pour la recevoir [...]. L’empereur François II accepte les termes de l'échange le mais demande que les prisonniers de guerre fassent eux aussi l'objet d'un échange. Les négociations se déroulent de septembre à novembre. La princesse est finalement échangée contre des prisonniers français (Pierre Riel de Beurnonville, Jean-Baptiste Drouet, Hugues-Bernard Maret, Armand-Gaston Camus, Nicolas-Marie Quinette et Charles-Louis Huguet de Sémonville) capturés par l’armée autrichienne. Dans la plus grande discrétion, elle quitte la prison du Temple le , jour de ses dix-sept ans, escortée d'un détachement de cavalerie afin de se rendre à Bâle, où elle est remise aux envoyés de l’empereur François IIHélène Becquet, Marie-Thérèse de France L’orpheline du Temple, Paris, Perrin, 2012, p. 113-120..
En quittant la France, elle aurait versé des larmes, ne tenant aucune rigueur aux Français pour ses malheurs comme elle l’écrit dans ses mémoires..