La garde impériale est un corps d'armée d'élite du Premier Empire, constitué de soldats vétérans et destiné à protéger fidèlement l'Empereur des Français et à servir de réserve d'élite à la Grande Armée lors des batailles. Elle est créée par l'empereur Napoléon le à partir de l'ancienne garde des consuls, simple unité assurant la protection du gouvernement à l'intérieur ainsi que la sécurité des consuls de la République.
Dans les faits, la garde impériale ne sert que sous le commandement direct de Napoléon et constitue la force sur laquelle ce dernier peut toujours s'appuyer en toute circonstance. La garde est composée des soldats les plus valeureux qui, initialement, ont pour la plupart participé aux guerres de la Révolution et qui sont totalement dévoués à la personne de l'Empereur.
En 1804, la Garde est initialement composée de huit unités : les grenadiers à cheval, les chasseurs à cheval, les mamelouks et les gendarmes d'élite pour la cavalerie, le régiment des grenadiers à pied, celui des chasseurs à pied et le bataillon des marins pour l'infanterie, et un escadron d'artilleurs à cheval pour le service des canons. Ces 10 000 hommes sont commandés par les colonels généraux Davout (grenadiers à pied), Soult (chasseurs à pied), Bessières (cavalerie) et Mortier (artillerie et marins).
Par la suite, d'autres corps intègrent la Garde, comme les dragons en 1806, les lanciers polonais en 1807, les lanciers rouges en 1810, les lanciers lituaniens et les tartares lituaniens en 1812, ainsi que les éclaireurs en 1813.
En 1806, la Garde est divisée en deux : la Vieille Garde et la Moyenne Garde constituée avec les vélites de la Garde et composée de fusiliers-grenadiers et de fusiliers-chasseurs, puis une Jeune Garde est créée en 1809. Chaque corps de la Garde a ses unités de cavalerie, d'artillerie et d'infanterie.
Son effectif ne cesse d'augmenter : de près de hommes en 1804, elle atteint hommes en 1812, à la veille de la campagne de Russie, avec vingt-deux régiments d'infanterie, sept de cavalerie, treize compagnies d'artillerie plus divers éléments du génie et du train.
Lors de la première Restauration en 1814, une partie des régiments de la Garde impériale au Premier Empire forment les régiments royaux.
Genèse Ce corps sert à l'origine de garde particulière aux gouvernements de la période révolutionnaire (garde du Directoire mais aussi du Corps législatif) puis aux consuls (garde des consuls) et enfin à l'empereur (garde impériale). Elle est à l'origine constituée de grenadiers à pied et à cheval ainsi que de quelques unités d'artillerie. À la suite de l'intervention de Lucien Bonaparte, elle se rallie à Napoléon lors de son coup d'État du 18 brumaire. La Garde devant servir de modèle à l'armée, elle se transforme en unité combattante d'élite et devient la réserve ultime de l'armée. Elle est utilisée, en dernier ressort, pour donner le coup de grâce ou débloquer une situation périlleuse, à l'instar de la garde prétorienne romaine.
Mission La mission principale de la Garde est la protection de l'Empereur, mais rapidement la Garde devient une unité combattante. Réserve de l'armée, elle forme son épine dorsale et doit être irréprochable. Passivement, elle sert également à encadrer les autres troupes et renforce la cohésion au sein de toutes les unités par sa seule présence et son comportement. La Garde accompagne l'empereur dans ses déplacements en campagne et il n'est pas rare de la voir à marche forcée sur les traces de l'Empereur pour le rejoindre à tel ou tel bivouac prévu.
Quand Napoléon couche au milieu de ses troupes, c'est invariablement au milieu de la Garde. La Garde possède un uniforme plus prestigieux et de meilleure coupe, ainsi qu'un armement qui lui est propre. La solde y est supérieure et la nourriture meilleure. Elle est prioritaire en ravitaillement pendant les campagnes et a souvent le privilège de cantonner à Paris en temps de paix. Elle dispose en outre de son propre corps de musiciens. Au combat, la Garde porte la grande tenue (sauf à Waterloo).
vignette|gauche|Napoléon passant la Garde en revue à la bataille d'Iéna, le 14 octobre 1806.
La Garde comprend également des corps de cavalerie, dont les célèbres chasseurs à cheval ainsi qu'une unité de lanciers polonais, particulièrement fidèles à l'Empereur. Les chasseurs à cheval sont les unités favorites de l'Empereur, et s'il dort en campagne au milieu de la Garde à pied, il porte très souvent l'uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde. Citons aussi les grenadiers à cheval, les dragons de l'Impératrice et la gendarmerie d'élite, etc. Dans ces régiments montés l'on peut être de Vieille Garde, de Moyenne ou de Jeune Garde, les premiers régiments ou escadrons indiquant l'appartenance par ordre décroissant. La Garde possède également sa propre artillerie, à pied ou à cheval, célèbre pour ses pièces de 12, « les plus belles filles de l'Empereur ».
La Garde compte dans ses rangs des régiments aussi hétéroclites que des mamelouks ou des éclaireurs tartares, des Gardes hollandais à l'uniforme blanc et une petite Garde attachée au roi de Rome, le fils de l'Empereur et futur Napoléon II — il est d'ailleurs consigné que pour ces enfants le port de la moustache n'est pas obligatoire. Cette unité se bat avec courage dans les vignes de Montmartre en 1814, refusant de décrocher jusqu'à l'ultime instant, pendant que les vétérans réformés de la Garde, « les vieux de la Vieille » se battent avec acharnement autour des Invalides. Elle contient également des unités d'artillerie, redoutables et redoutées, de marins qui sont de presque toutes les campagnes en combattant à pied, remplaçant le plus souvent les artilleurs de la Garde tués au combat. La Garde a ses instructeurs et une administration qui lui est propre, ainsi qu'un service de santé dirigé par le célèbre chirurgien Dominique-Jean Larrey.
Pour l'anecdote, lorsqu'un soldat de la Vieille Garde part en retraite ou est réformé, il devient « un vieux de la Vieille », expression restée de nos jours. Napoléon est particulièrement bienveillant envers sa Vieille Garde, qui lui voue en retour une admiration sans bornes. L'Empereur, qui sait mener les hommes, utilise fréquemment sur ces soldats des gestes symboliques qui galvanisent ces troupes ; le fameux « tirage d'oreille », ou la remise de sa propre Légion d'honneur, appelée « La croix », à un soldat particulièrement valeureux. Ainsi, le fin du fin est de recevoir de l'Empereur sa propre croix qu'il détache de sa poitrine pour l'accrocher lui-même à l'uniforme du soldat courageux. Hors campagne, Napoléon se promenant dans les parcs avec l'Impératrice et son fils, confie souvent ce dernier à un vieux grenadier ou chasseur de service, qui le porte dans ses bras. C'est pour le vieux soldat la récompense suprême.
Ainsi, celui qui est appelé ultérieurement l'Aiglon, le roi de Rome, est pour eux aussi un objet de vénération. À la Restauration de 1814, la Vieille Garde, rebaptisée « Grenadiers de France », a une tendance à tomber subitement aphone au moment de crier « Vive le Roi ». Ces fidèles de Napoléon, pour ne pas être punis, ont recours au subterfuge suivant : ils crient « Vive le Roi », puis quelques-uns rajoutaient « de Rome », titre de l'Aiglon (il mourra en 1832).
Les vétérans de la Vieille Garde sont considérés comme les soldats les plus valeureux de l'histoire militaire française.
Formation et recrutement
vignette|Boucle de ceinture d'officier de la Garde.
La Garde impériale est constituée au début de l'Empire par décret impérial du 10 thermidor an XII (). La Garde consulaire devient alors la Garde impériale, créée officieusement dès le . Elle comprend dans un premier temps deux régiments, un de grenadiers et un de chasseurs. Chacun de ses régiments est composé de trois bataillons, deux bataillons de garde et un bataillon de vélites, et organisé comme suit :
Chaque bataillon de Garde est constitué de huit compagnies comprenant chacune. : un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major, quatre sergents, un fourrier, huit caporaux, deux sapeurs, 80 grenadiers ou chasseurs et deux tambours.
Le bataillon de vélites est constitué de cinq compagnies comprenant chacune : un lieutenant, un sous-lieutenant, un sergent-major, quatre sergents, un fourrier, huit caporaux, 172 vélites et deux tambours. L'encadrement est assuré par des colonels et généraux en premier et en second, avec à sa tête un général d'armée ou un maréchal d'Empire. Le vélite est un futur garde destiné à être versé dans les effectifs des deux premiers bataillons si besoin est pour les besoins de l'encadrement (départ pour les vétérans de la Garde, pertes subies, mutations, promotions ou exclusions). Une taille minimale est imposée, environ pour les grenadiers et pour les chasseurs (cela était valable aussi pour les unités de cavalerie).
Il faut un minimum de dix ans de service pour entrer au de grenadiers à pied de la Garde impériale, et huit pour le second, ainsi qu'avoir eu au cours de combats un comportement irréprochable, être de bonne moralité et savoir lire et écrire. Bien que cette dernière consigne semble avoir été quelquefois oubliée, elle est néanmoins une condition d'entrée. Pour les officiers, deux ans sont ajoutés à chaque critère. La valeur de ces régiments provient ainsi des rigoureuses conditions de recrutement. Les soldats sont admis dans la Garde pour leurs qualités de soldat, non par qualité de naissance ou par népotisme. La discipline au sein de ce corps est dure, mais humaine. Une sanction d'expulsion vers la ligne est définitive. Chaque garde obtient le grade supérieur dans la ligne. Un caporal de la Garde, par exemple, est caporal-chef dans la ligne.
Les châtiments corporels y sont interdits, les gardes se vouvoient et s'appellent « monsieur ». Le port de la moustache « en crosse de pistolet » est obligatoire, ainsi que celui des pattes ou favoris. La moustache est cependant rasée pendant les quatre mois d'hiver. Les sapeurs portaient la barbe. La Vieille Garde porte les cheveux longs en deux tresses nouées sur la nuque et poudrées de blanc/gris, attachées avec un cordonnet frappé d'une grenade d'argent ou à l'Aigle. Les cheveux poudrés blancs virant au gris contribuent à son appellation « Vieille » Garde. Chaque soldat de la Vieille Garde porte aussi, à chaque lobe d'oreille, un anneau d'or de la taille d'un écu. Le port des boucles d'oreille est en vogue dès l'époque du Directoire. Sous l'Empire, leur usage s'étend à l'ensemble de l'armée, touchant toutes les hiérarchies, du simple soldat au maréchal. Dans la Garde impériale, leur achat figure même parmi les premières dépenses du soldat nouvellement incorporé..
Outre la Vieille Garde, se trouve aussi la Moyenne Garde constituée en 1806 avec les vélites de la Garde et composée de fusiliers-grenadiers et de fusiliers-chasseurs, puis la Jeune Garde créée en 1809, composée de tirailleurs (futurs grenadiers) et de voltigeurs (futurs chasseurs), unités destinées à servir de pépinière à la Vieille Garde. La Moyenne Garde est plus exposée au combat que ses aînés. Quant à la Jeune Garde, elle y est engagée sans précautions particulières, et presque systématiquement ; ses membres sont destinés in fine à rejoindre la Vieille Garde et doivent donc être des combattants expérimentés. À Waterloo, la Moyenne Garde n'existe plus car elle est officiellement intégrée à la Vieille Garde. Néanmoins, ses effectifs sont toujours appelés Moyenne Garde par les autres troupes.
Tous les officiers de la Garde sont de Vieille Garde, les sous-officiers montent d'un cran dans la hiérarchie, un sous-officier de la Jeune Garde faisant partie de la Moyenne Garde, et ainsi de suite. Napoléon veille soigneusement à ce que rien ne soit écrit sur la Garde impériale. Même le journal militaire officiel ne publie jamais une seule ligne sur elle. Ainsi, l'ennemi peut difficilement en pénétrer la nature, ou en savoir la composition.
Effectifs