Caius Julius Caesar, dit Germanicus (né à Rome le 15 , mort près d'Antioche le ), prince issu de la famille impériale julio-claudienne, est un des chefs militaires les plus populaires, et sans doute aussi l'un des plus doués, de toute l'histoire romaine. Le nom de Germanicus lui fut donné lorsqu'il fut attribué à son père Drusus à titre posthume en l'honneur de ses nombreuses conquêtes et victoires en Germanie.. Il est le père de l'empereur Caligula et d'Agrippine la Jeune (future femme de Claude et mère de Néron)..
Biographie
Jeunesse Fils de Drusus et d'Antonia, il est par sa mère le petit-fils de Marc Antoine et d'Octavie, la sœur d'Auguste. Germanicus est adopté, en l'an 4, par le futur empereur Tibère. Il est l'auteur d'épigrammes, de comédies et de poèmes perdus. Il accède à la questure et au consulat, bien avant l'âge légal prévu par la Constitution romaine.
À vingt ans, il dirige déjà une armée pour soumettre les peuples de Dalmatie et de Pannonie.
Il est nommé consul en 12 et commandant de l'armée de Germanie où, profitant de la popularité de son père Drusus et doté de l'imperium proconsulaire sur la Gaule, il devient, souhait d'Auguste, le successeur potentiel de Tibère..
Consécration
À trente ans, en 14, il se trouve à la tête de huit légions en Germanie pour venger la défaite infligée par Arminius à Varus, cinq ans auparavant. Il réussit à pacifier momentanément cette turbulente province jusqu'à l'Elbe. À la mort d'Auguste, les légions romaines proclament Germanicus empereur. Mais celui-ci, légaliste, refuse cette chargeTacite, Annales, , 31 à 44 ; Dion Cassius, Histoire romaine, , 5-6.. Tibère, jaloux de Germanicus, dont Auguste pensait faire son successeur, le rappelle. Ce dernier l'envoie en Asie Mineure le chargeant de mater des révoltes. Une seconde fois, Germanicus réussit et pour se faire apprécier des indigènes, voyage en Judée et en Égypte, recueille à son passage les acclamations des plèbes.
En l'an 15, à la tête de , il retrouve les morts des légions de Varus tombés lors de la Bataille de Teutoburg, les fait enterrer dignementTacite, Annales, , 61-62., et multiplie les raids de représailles sur les tribus environnantesTacite, Annales, , 56 et suiv.. Arminius résiste cependant avec succès, et manque d'anéantir les troupes d'Aulus Caecina Severus.
Il mène une autre campagne en 16En 1967 fut trouvé l'emplacement d'un Camp romain à Delbrück, construit en l'an 4 ou 5 de notre ère, abandonné en 9 après la Bataille de Teutoburg, et qui fut certainement réutilisé ponctuellement lors des expéditions punitives de 14 à 16 __ Sources : et . On peut remarquer que le deuxième lien parle de campagnes effectuées entre l'an 14 et l'an 16., et remporte la victoire d'Idistavisus Campus, puis une autre bataille sur le territoire des Angrivarii, toujours face à Arminius, et capture son épouse Thusnelda.
Mais la conquête de la Germanie n'est plus un objectif depuis le désastre de Varus, les campagnes de Germanicus étant aussi très difficiles et coûteuses, elles ne sont donc que des démonstrations d'intimidation, et lorsque le danger germanique cesse en 17 , Tibère le rappelle à Rome.. Germanicus célèbre son triomphe, le avant les calendes de juin, selon TaciteTacite, Annales, , 41..
Imperium maius (pouvoir suprême) En 18 ap. J.-C., Germanicus est de nouveau nommé consul, partageant cette fois avec l'empereur les honneurs accordés aux futurs héritiers, tandis que Gnaeus Calpurnius Piso est nommé gouverneur de Syrie. Tibère lui avait conféré l'imperium maius (autorité suprême sur les territoires à l'est de l'Adriatique), qui supplantait les pouvoirs des gouverneurs de la région. La nécessité de cette autorité est née des luttes de pouvoir au sein du royaume romain d'Asie Mineure et de la nécessité de donner à Germanicus une responsabilité à la mesure de sa position de successeur désigné. Germanicus navigue à travers la Méditerranée orientale, s'arrêtant aux ruines d'Actium, d'Athènes et de l'ancienne Troie, avant de se diriger vers Antioche, dans la province impériale de Syrie.
Germanicus fait couronner un nouveau roi en Arménie, ; transforme la Cappadoce en province romaine; rattache la Commagène à la Syrie, et passe ensuite l'hiver en Égypte, où il est acclamé par la population. Au dire de Tacite, Tibère n'apprécia pas ce séjour de Germanicus en Égypte effectué sans son autorisationTacite, Annales, , 53-61..
Mort De retour à Antioche en 19, il constate que ses mesures ont été annulées en son absence par Cnaeus Calpurnius Piso. Il tombe brusquement malade et meurt avant d'avoir pu régler ce problème. Il est possible qu'il soit mort de maladie, mais beaucoup de gens soupçonnaient Piso, gouverneur de Syrie, de l'avoir empoisonné sur les ordres de l'empereur Tibère, qui vivait en reclus sur l'île de Capri...
Selon Tacite et Dion Cassius, son décès parut suspect avec la découverte de tablettes de défixion le visant et d'autres traces de rituels d'exécration, tandis que Germanicus aurait accusé Cnaeus Calpurnius Piso et son épouse Munatia Plancina de l'avoir empoisonné, et aurait prié son épouse Agrippine de venger sa mortTacite, Annales, , 69 à 72 ; Dion Cassius, Histoire romaine, , 18.. Revenu à Rome, Piso est mis en accusation. Tibère ne se prononce pas et renvoie l'affaire devant le Sénat. Sans espoir d’être acquitté à l'issue des débats, Piso se suicide en 20Tacite, Annales, , 10-15...
Quoi qu'il en soit, la mort de Germanicus est ressentie comme un deuil national et à Rome on compare, au milieu des cris de douleur, la carrière et le destin de Germanicus à ceux d'Alexandre le Grand. De son mariage, il a neuf enfants dont le futur empereur Caligula (38-41) et Agrippine la Jeune.
Funérailles et postérité vignette|La mort de Germanicus, tableau de Nicolas Poussin, 1627. vignette|Agrippine débarquant à Brundisium avec les cendres de Germanicus, Benjamin West, vers 1768. Les funérailles de Germanicus furent célébrées à Antioche, sans le cérémonial romain de procession funèbre et d'exhibition des portraits d'ancêtres. Le corps fut exposé sur la place publique, puis incinéré. Son épouse Agrippine ramena ensuite ses cendres à Rome par la voie maritimeTacite, Annales, , 73 et 75.. À Rome, la nouvelle de la maladie puis de la mort de Germanicus provoqua dans la population de vives réactions de chagrin et de colère contre les dieux qui lui avaient enlevé la vieTacite, Annales, , 82 ; Suétone, Vie des douze Césars, Caligula, 5 et 6... Les honneurs funèbres qui lui sont décernés comme l'attribution de statues et des célébrations en sa mémoire sont connus grâce à plusieurs inscriptions latines, en particulier la Tabula Hebana et la Tabula Siarensis, qui décrit la statuaire d'un arc à l'entrée du cirque Flaminius : outre Germanicus sur un char, y figurent ses parents, son frère Claude et sa sœur Livilla, et ses enfants, à l'exclusion de Tibère et de la descendance de ce dernierInscription référencée ..
Germanicus jouit d'une popularité qui dépasse de loin ses mérites militaires. Symbole même du jeune homme bon et vertueux que tout destine à la gloire du principat, adulé par la population et par les troupes, il ne peut que faire de l'ombre à Tibère. Suétone écrit : « Les horreurs des années suivantes augmentèrent encore la gloire de Germanicus et le regret de sa perte, car tout le monde estimait, non sans raison, qu'inspirant à Tibère du respect et la crainte il avait contenu sa férocité, qui éclata bientôt après.. »
Son fils Caligula, sa fille Agrippine la Jeune et le fils de celle-ci, Néron, exploiteront l'incroyable prestige de Germanicus.
Le souvenir de Germanicus perdure à travers les siècles : un papyrus découvert à Doura Europos et daté du début du règne de Alexandre Sévère (222-235) contient le calendrier de la cohorte des Palmyréniens, dans lequel est prescrit pour le 24 mai, jour de naissance de Germanicus, une en sa mémoireBenoist Stéphan, « L’usage de la memoria des Sévères à Constantin : notes d’épigraphie et d’histoire », Cahiers du Centre Gustave Glotz, 19, 2008. pp. 129-143, lire en ligne..
En astronomie, l'astéroïde (10208) Germanicus a été nommé en son hommage.
Exploits militaires
Mutinerie des légions du Rhin Auguste est mort en 14. La stabilité de l'Empire romain est mise à l'épreuve par le premier changement de pouvoir impérial.
Une rébellion éclate sur le Danube et à la frontière germanique, où Germanicus est le gouverneur. À l'époque, il est un chef très populaire, encore plus que Tibère, et sa loyauté envers les commandants sur le terrain était une évidence pour les légions romaines. Les légionnaires lui proposent l'empire à la place de Tibère. Germanicus refuse et entreprend d'étouffer la rébellion tout en conservant le soutien de ses soldats. Il doit agir rapidement en raison de la menace d'une attaque ennemie. Il menace de se suicider, ce qui s'avère inefficace car plusieurs soldats lui offrent leurs épées pour se donner la mort. Il choisit alors de falsifier une lettre de Tibère qui donnerait aux soldats tout ce qu'ils demanderaient. Payer les légions était le moyen le plus rapide de régler la rébellion et d'augmenter la popularité de Germanicus parmi les soldats. Les messagers de Tibère arrivent alors de Rome, et les soldats se rendent vite compte que la lettre est un faux. Les soldats trainent Germanicus hors du lit et menacent sa femme et son fils Caligula qui étaient avec lui.
Selon Tacite, il supplie en larmes ses hommes de permettre de laisser s'échapper sa femme et son fils en bas âge. Ce discours, prononcé devant l'armée alors qu'Agrippine et Caligula s'apprêtaient à quitter le camp, a plus d'impact que ses autres actions. Germanicus exhorte ses soldats à se repentir et réussit à mettre fin à la rébellion. Les soldats ont honte et sont prêts à punir et à exécuter eux-mêmes les chefs rebelles. Germanicus toujours soucieux de son image laisse ses soldats gérer les choses. Il choisit de ne pas intervenir, de cette façon, il peut traduire les chefs rebelles en justice sans susciter de ressentiment contre lui. Dans les coulisses, cependant, Germanicus ordonne au général Aulus Caechina Severus de rassembler quelques hommes de confiance et de faire tuer le chef de la rébellion dans sa tente. Après la fin de la rébellion, Germanicus paye ses soldats de sa poche pour lui garantir leur loyauté.
Traversée du Rhin vignette|Le Rhin traversant actuellement la Suisse, le Liechtenstein, l'Autriche, l'Allemagne, la France, et les Pays-bas. Afin de détourner l'attention des soldats et de récupérer les trois insignes qui avaient été perdus par les légions de Varus, Germanicus traverse le Rhin avec avec des troupes auxiliaires et un détachement de cavalerie.
En 15 ap. J.-C., il attaque les Chattes. Au milieu de cette guerre, Tibère ordonne la victoire à Germanicus et le nomme membre du nouveau collège du clergé d'Auguste. Étant en pleine guerre, il doit reporter son retour à Rome pour voir la victoire promise. Il refuse de négocier la paix. Avec diplomatie, il sauve le chef des tribus germaniques, Ségeste et ses frères du siège d'Arminius, qui vainquit Varus et ses légions, gagnant la gratitude de Ségeste et de Tibère.
L'an 16 est marqué par des troubles à l'Est. Germanicus construit une grande flotte de , dont la destination est le delta du Rhin. Son père Drusus fut le premier romain à naviguer sur la mer germanique. Le voyage de retour est troublé par de graves dommages causés aux navires par une violente tempête. Germanicus réussit malgré tout à atteindre le continent en toute sécurité, et envoie des bateaux pour sauver les survivants. Ils regagnent ensuite leurs quartiers d'hiver. Une lettre urgente de Tibère l'exhorte enfin à retourner à Rome pour célébrer sa victoire. Son triomphe a lieu le 26 mai 17 ap. J.-C..
Activités intellectuelles vignette|Pléiades de l' Aratea de Leyde , un manuscrit illustré des Phénomènes de Germanicus datant du siècle .