La bataille de Tewkesbury a lieu le au confluent de l'Avon et de la Severn, dans le Gloucestershire. Elle marque la fin d'une phase de la guerre des Deux-Roses et oppose une armée royale légitime, comprenant de guerre, commandée par Marguerite d'Anjou, épouse d'Henri VI, à celle, inférieure en nombre, de l'ancien roi Édouard IV d'Angleterre, chef de la maison d'York à la rose blanche, récemment déposé par la maison de Lancastre à la rose rouge.
Pilonnée par l'artillerie de bombardes yorkiste, l'aile droite lancastrienne commandée par le duc de Somerset quitte ses positions, puis passe à l'offensive sur le flanc gauche commandé par le jeune duc de Gloucester, frère d'Édouard. Mais elle est repoussée par une forte résistance ennemie, puis taillée en pièces par une attaque surprise de la cavalerie adverse d'Édouard, qui, renforcée par les troupes mobiles du duc de Gloucester, cause la dispersion des combattants royaux. L'armée des Lancastre prend alors la fuite, laissant plus de sur le champ de bataille, et Édouard IV remporte une victoire décisive.
La maison de Lancastre n'a plus d'espoir de reprendre le trône d'Angleterre. Édouard de Westminster, prince de Galles et seul héritier de la maison de Lancastre, a été tué lors des combats. De nombreux captifs, dont le duc de Somerset, sont exécutés à l'issue de la bataille. Marguerite d'Anjou est faite prisonnière. Henri VI, mentalement inapte et incarcéré à la tour de Londres, meurt, sans doute assassiné, quelques semaines plus tard. Marguerite d'Anjou, captive désormais inutile, est libérée contre rançon en 1476. La victoire du clan yorkiste, se saisissant de la couronne, restaure une stabilité politique précaire sur l'Angleterre jusqu'à la mort d'Édouard IV en 1483.
Restauration d'Henri VI vignette|Mariage d'Henri VI et de Marguerite d'Anjou. Richard Neville, comte de Warwick, ancien compagnon d'armes et favori du roi Édouard IV d'Angleterre, s'est brouillé avec lui et a fomenté avec l'aide de Georges, duc de Clarence et frère cadet d'Édouard, une révolte qui a échoué à la suite de la bataille de Losecoat Field le . Tous deux ont été déclarés traîtres et forcés de fuir en France, où ils sont accueillis à la cour du roi Louis XI. Le seul espoir du comte de Warwick de récupérer son influence est désormais de restaurer Henri VI d'Angleterre sur le trône. Louis XI, craignant une alliance entre Édouard IV et Charles le Téméraire, est prêt à apporter son soutien au comte mais celui-ci doit obtenir l'assentiment de la reine Marguerite d'Anjou, épouse d'Henri VI, pour légitimer sa cause. Richard Neville et Marguerite sont d'anciens ennemis jurés mais Louis XI et John Fortescue, conseiller de Marguerite, persuadent celle-ci de se réconcilier avec Neville. Richard Neville demande à genoux et obtient le pardon de la reine lors d'une entrevue à Angers. Édouard de Westminster, fils et héritier d'Henri VI, est fiancé à Anne Neville, la fille du comte de Warwick. Leur mariage sera célébré à Amboise le .. Richard Neville jure sa loyauté à Henri VI sur un fragment de la Vraie Croix dans la cathédrale Saint-Maurice d'Angers. Marguerite refuse cependant de débarquer en Angleterre, ou de laisser débarquer son fils, tant que Neville n'a pas établi un gouvernement et rendu le pays sûr.
Le comte de Warwick débarque dans le West Country le avec le duc de Clarence et plusieurs nobles fidèles aux Lancastre, dont John de Vere, comte d'Oxford, et Jasper Tudor, comte de Pembroke. Édouard IV fait route vers le sud pour affronter Richard Neville mais apprend que son frère John Neville, marquis Montagu, qui lui était demeuré loyal jusqu'ici, a changé de camp à la tête d'une grande armée dans le Nord de l'Angleterre. Voyant que sa cause est perdue, Édouard IV fuit à King's Lynn, d'où il embarque pour le continent. Il se réfugie en Bourgogne en compagnie de son plus jeune frère, Richard, duc de Gloucester, et de quelques fidèles. À Londres, Richard Neville libère Henri VI et le restaure en tant que roi d'Angleterre. Toutefois, sa position demeure précaire car son alliance avec Louis XI et son intention de déclarer la guerre à la Bourgogne menace le commerce avec la Flandre et est donc contraire aux intérêts des riches marchands. De son côté, Georges, privé de ses espoirs d'accéder au trône par la restauration de la lignée des Lancastre, se réconcilie secrètement avec son frère Édouard IV.
Retour d'Édouard IV et mort de Richard Neville vignette|Miniature sur la rentrée victorieuse d'Edouard VI en Angleterre Charles le Téméraire fournit à Édouard IV , des navires et plusieurs centaines d'hommes. Édouard part du port de Flessingue le avec 36 navires et . Il débarque brièvement à Cromer mais découvre que le duc de Norfolk, qui devait le soutenir, n'est pas au rendez-vous et que le comte de Warwick contrôle la région. Il accoste le à Ravenspurn, près de l'embouchure de l'Humber, dans des conditions difficiles car sa flotte est dispersée par le mauvais temps et ses hommes débarquent par petits groupes et à plusieurs endroits. Édouard IV se dirige vers le sud du pays et échappe à l'armée de John Neville près du château de Pontefract. Il atteint la ville de Warwick, où il rassemble suffisamment de partisans pour se proclamer roi à nouveau. Richard Neville demande urgemment des renforts à Marguerite d'Anjou, qui rassemble des troupes en France, et se rend à Coventry pour barrer la route de Londres à Édouard IV tandis que John Neville poursuit les forces de ce dernier.
Édouard IV sait toutefois que son frère Georges s'apprête à trahir Richard Neville pour passer dans son camp et se dirige à marche forcée vers l'ouest afin d'opérer sa jonction avec ses troupes. Le duc de Clarence rejoint son aîné dans le Gloucestershire et appelle le comte de Warwick à se rendre mais ce dernier refuse de parlementer avec lui. Les troupes d'Édouard se dirigent rapidement sur Londres, poursuivies par les armées des frères Neville. Londres est censée être défendue par Edmond Beaufort, duc de Somerset, mais celui-ci est absent à l'arrivée d'Édouard IV et la ville lui ouvre ses portes. Henri VI est alors de nouveau emprisonné dans la tour de Londres. Édouard se prépare ensuite à affronter l'armée des Neville et les deux armées se rencontrent le à la bataille de Barnet. Au cours d'un combat confus dans un épais brouillard, une partie des troupes des Neville en attaque d'autres par erreur et toute l'armée se débande en croyant à une trahison. Richard et John Neville sont tous les deux tués lors de cette déroute.
Campagne de Tewkesbury Pendant ce temps, Marguerite d'Anjou, pressée d'agir par Louis XI, embarque pour l'Angleterre le avec son fils Édouard. Mais des tempêtes obligent sa flotte à regagner plusieurs fois les côtes françaises et elle ne débarque finalement à Weymouth que le jour même de la bataille de Barnet. Le duc de Somerset apprend à Marguerite la nouvelle de la défaite de Richard Neville alors qu'elle campe à l'abbaye de Cerne. Marguerite envisage alors de retourner en France mais le prince Édouard la persuade de livrer bataille.. Edmond Beaufort et Jean de Courtenay, comte de Devon, ont levé une armée dans le West Country et leur meilleur espoir de vaincre les Yorkistes est de rejoindre les forces de Jasper Tudor qui se trouvent au pays de Galles. Une flotte commandée par Thomas Neville, un cousin de Richard Neville, se prépare de son côté à débarquer dans le Kent, où la famille Neville a toujours été populaire.
thumb|Le château de Berkeley.
À Londres, Édouard IV a appris l'arrivée de Marguerite d'Anjou deux jours après son débarquement. Bien qu'il ait laissé repartir bon nombre de ses partisans après sa victoire à Barnet, il rassemble rapidement des forces substantielles à Windsor. Malgré les feintes des Lancastriens qui tentent de lui faire croire qu'ils vont marcher directement sur Londres, Édouard IV part vers l'ouest du pays quelques jours plus tard. Le , l'armée de Marguerite atteint Bath avant de se détourner brièvement de son chemin pour obtenir des armes, des renforts et de l'argent de la ville de Bristol. Le même jour, Édouard IV arrive à Cirencester et, apprenant que Marguerite est à Bristol, part aussitôt à sa rencontre. Mais une partie des troupes lancastriennes occupent , une colline fortifiée datant de l'âge du fer à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Bristol, et les éclaireurs yorkistes subissent de lourdes pertes lorsqu'ils atteignent cette colline. Croyant que les Lancastre sont sur le point de livrer bataille, Édouard IV fait halte afin que les traînards rejoignent le corps principal de son armée. Les Lancastriens en profitent pour faire rapidement mouvement vers le nord en passant de nuit à moins de cinq kilomètres de l'armée yorkiste. Au matin du , ils sont en sécurité au château de Berkeley avec plus de vingt kilomètres d'avance sur les Yorkistes.
Édouard IV se rend compte que les Lancastriens cherchent à traverser la Severn pour passer au pays de Galles et que le plus proche point de passage qu'ils peuvent utiliser est à Gloucester. Il envoie un message urgent au gouverneur de la ville, Richard Beauchamp, lui donnant l'ordre de fermer les portes de Gloucester à Marguerite et de se tenir prêt à défendre la ville. Quand les Lancastriens arrivent devant Gloucester au matin du , Beauchamp refuse de les laisser passer et Marguerite comprend qu'elle n'a pas suffisamment de temps pour s'emparer de la ville avant l'arrivée d'Édouard IV. Ses troupes se dirigent alors à marche forcée sur Tewkesbury, à seize kilomètres de Gloucester, pour atteindre le pont de Upton-upon-Severn, encore onze kilomètres plus loin. L'armée d'Édouard IV parcourt cinquante kilomètres, passant à Cheltenham en fin d'après-midi. La journée est très chaude et les deux armées sont épuisées. Les Lancastriens sont forcés d'abandonner une partie de leur artillerie, qui est capturée par les renforts yorkistes venant de Gloucester.
Les Lancastriens font halte pour la nuit à Tewkesbury car la plupart de leurs hommes sont des fantassins et ne peuvent pas continuer leur route sans prendre du repos. L'armée yorkiste est en revanche constituée en majeure partie de troupes montées. Renseigné par ses éclaireurs sur la position de l'armée adverse, Édouard IV fait faire à ses troupes une nouvelle marche de dix kilomètres depuis Cheltenham, s'arrêtant finalement à moins de cinq kilomètres des Lancastriens. Ceux-ci savent qu'ils ne pourront pas faire retraite sans être attaqués par l'arrière et qu'ils sont donc forcés de livrer bataille.
Bataille thumb|L'abbaye de Tewkesbury.
Le matin du , les Lancastriens prennent une position défensive au sud de Tewkesbury avec l'Avon et la Severn derrière eux. L'abbaye de Tewkesbury se trouve juste derrière le centre de leur armée. Marguerite d'Anjou a passé la nuit dans la ferme de avant de trouver refuge dans un sanctuaire religieux le jour de la bataille.. La force principale des positions lancastriennes leur est fournie par la nature du sol devant eux, constitué de haies, de bois et de talus, particulièrement sur leur aile droite. L'armée lancastrienne compte environ . Elle est organisée en trois corps de bataille. L'aile droite est commandée par Edmond Beaufort. Un ruisseau, le Colnbrook, s'écoule au milieu de ses positions, ce qui rend certains déplacements difficiles. Le centre lancastrien est commandé par John Wenlock, qui a rejoint le camp yorkiste après la première bataille de St Albans en 1455 avant de repasser du côté des Lancastre quand Richard Neville a fait défection. Le prince Édouard de Westminster est également présent au centre. L'aile gauche est dirigée par Jean de Courtenay. Une petite rivière, la Swilgate, protège son flanc avant que son cours ne rejoigne l'Avon devant ses positions.