Séverine, pseudonyme de Caroline Rémy, née le à Paris et morte le à Pierrefonds, est une écrivaine et une journaliste française, libertaire et féministeDictionnaire des anarchistes, « Le Maitron » : SÉVERINE (Caroline RÉMY, dite)...
Elle est la première femme à diriger un grand quotidien, Le Cri du peuple, de 1885 à 1888.
Biographie Famille et vie privée Caroline Rémy est la fille d’un inspecteur des nourrices à la préfecture de police de Paris. En 1871, elle est mariée, sans son consentement, à Antoine-Henri Montrobert, un employé du gaz, dont elle se sépare rapidement, malgré la naissance d'un fils. Elle devient ensuite la compagne d’Adrien Guebhard (1849-1924), professeur de médecine, issu d’une famille suisse fortunée, qu’elle épouse en 1885, quand le divorce est de nouveau autorisé en France ; elle a avec lui un autre fils, Roland (1880-1929)..
Journalisme et féminisme C'est à l'occasion de cette naissance qu'elle fait la connaissance, à Bruxelles, du proscrit Jules Vallès, en 1879, peu avant l'amnistie des Communards, qui allait permettre à ce dernier de rentrer en France. Cette rencontre change complètement le cours de sa vie. : outre une profonde amitié qui les unit jusqu'à la mort de Vallès, elle devient bientôt « le » secrétaire de celui-ci. À ses côtés, elle apprend le journalisme et s'initie au socialisme. Elle lui procure le soutien financier d'Adrien Guebhard pour relancer Le Cri du peuple, qu'elle dirige avec lui, et dont elle reprend la direction après la mort de Vallès, en 1885, dans l'esprit qu'il avait insufflé au journal. Elle est la seule femme de la rédaction et signe ses premiers articles « Séverin », avant de féminiser le nom en Séverine.
Première femme à diriger un grand quotidien, elle doit quitter Le Cri du peuple, en , à cause d'un conflit idéologique de fond avec le marxiste Jules Guesde. Elle est également en conflit avec des membres de la rédaction, qui lui reprochent sa liaison avec le rédacteur Georges de Labruyère et ses prises de position en faveur du général Boulanger. Elle continue à écrire, de manière indépendante, dans de très nombreux journaux, dont les conservateurs Le Gaulois et Gil Blas, vivant confortablement de sa plume (plus de ). En , elle est invitée par Pierre Martinet, futur théoricien de l'anarchisme individualiste, à participer à l'une des soupes-conférences qu'il organise à la salle Favier et qui visent à distribuer de la nourriture et des journaux anarchistes aux personnes se présentant et ensuite de leur faire des discours anarchistes.. Elle s'engage ensuite dans l'organisation de telles rencontres - Le Petit Journal, , page 2, ..
Son indépendance et son antiparlementarisme la conduisent parfois sur des chemins incertains. Ainsi, elle écrit, en 1893-1894, dans La Libre Parole du pamphlétaire antisémite Édouard Drumont, dont elle ne partage pas l'antisémitisme théorisé et systématique ; néanmoins, elle se laisse parfois aller à la dénonciation de l'« esprit juif » ou des « grands Juifs »..
Tombée amoureuse, en 1885, de Georges de Labruyère, journaliste à L'Écho de Paris rencontré après la mort de Vallès, elle vit avec lui jusqu’à la mort de ce dernier en 1920, avant de reprendre la vie commune avec son second mari, Adrien Guebhard, qui, lui, disparaît en 1924.
Engagement féministe gauche|vignette|Portrait photographique de Séverine en extérieur (musée de Bretagne). À partir de 1897, elle publie chaque jour ses « Notes d'une frondeuse » dans La Fronde, le quotidien féministe de son amie, la journaliste Marguerite Durand avec laquelle elle avait été engagée dans le mouvement du général Boulanger. Elle devient l'amie de lors de leur collaboration à La Fronde (1897-1903), puis participe à la création du prix Vie Heureuse (ancêtre du prix Femina) en 1904 (elle en est présidente en 1906 quand le jury se réunit chez , celle-ci lui succédant l'année suivante) et reste membre du jury jusqu'à sa mort. Elle publie l'ouvrage pour enfants Sac à Tout, Mémoires d'un petit chien., un récit-photos, en 1903, chez Félix Juven. Le , sa pièce en deux actes À Sainte-Hélène, qui met en scène une confrontation entre Napoléon et une gouvernante anglaise qui a perdu son fils à Waterloo., est créée au théâtre Antoine., où elle est jouée pendant une semaine.. En 1905, elle prononce l'éloge funèbre de Louise Michel, figure de la Commune de Paris..
Elle défend les femmes qui ont recours à l'avortement : Gil Blas, , , cité par Bertrand Matot.. Son engagement lui vaut d'être accusée d'apologie de l'avortement et menacée d'inculpation. Elle apporte aussi son soutien au droit des femmes à plaider en tant qu'avocates, ce qui soulève de fortes oppositions. vignette|Portrait de Séverine (musée de Bretagne).
Séverine s’engage dans la lutte en faveur du droit de vote des femmes, notamment à travers un billet hebdomadaire qu'elle publie à partir de 1906 dans Nos loisirs, diffusé à plus d'un demi-million d'exemplaires. En 1905, elle est en tête, avec Marguerite Durand, d'une manifestation de « suffragettes » qui réunit à Paris quelque qui revendiquent le droit de vote. En 1910, elle commente ainsi la prescription de la loi électorale qui interdit à la femme l’entrée du Parlement :
En , tandis que René Viviani devenait président du Conseil, Séverine organise une manifestation qui rassemble en faveur du vote des femmes. Un cortège défile des Tuileries à la statue de Condorcet. La guerre arrête momentanément le mouvement.. La volonté de Séverine était d'unifier les associations suffragistes en une entente fédérale pour le suffrage des femmes qui oublierait les désaccords entre les associations..
Elle continue à écrire pour de nombreux journaux dans lesquels elle défend la cause de l’émancipation des femmes et dénonce les injustices sociales. Elle s'engage aussi dans l’affaire Dreyfus aux côtés des dreyfusards, dont Mécislas Golberg. Très généreuse, elle organise de nombreuses souscriptions. Elle soutient certaines causes anarchistes, prend la défense de Germaine Berton et, en 1927, s'associe aux vains efforts entrepris pour sauver Sacco et Vanzetti.
Pacifiste durant la Première Guerre mondiale, elle se positionne en faveur de la Révolution russe de 1917 et adhère à la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) en 1918 puis au Parti communiste français (PCF) en 1921. Elle écrit des articles dans L'Humanité mais finit par quitter le parti, refusant de rompre avec la Ligue des droits de l'homme, que les communistes considèrent alors .
En 1921, elle raconte son enfance dans un récit autobiographique, Line (1855-1867), publié aux éditions Crès..
En 1927, elle signe la pétition publiée, le , dans la revue Europe, contre le projet de loi sur l’organisation générale de la nation pour le temps de guerre, qui abroge toute indépendance intellectuelle et toute liberté d’opinion, aux côtés d’Alain, Lucien Descaves, Louis Guilloux, Henry Poulaille et Jules Romains.
Elle est membre du Cercle de la Russie neuve, fondé en 1927-1928, et auquel participa notamment Gabrielle Duchêne. Il s'agissait d'un groupe d'intellectuels favorables à la Révolution russe, souhaitant approfondir leur connaissance du marxismeMichel Dreyfus et Nicole Racine, « DUCHÊNE Gabrielle [DUCHÊNE Mathilde, Denise, dite », maitron.fr, 25 octobre 2008, consulté le 16 mai 2020.. Elle écrit encore des articles sur la montée du fascisme en Italie pour Paris-Soir et La Volonté.
Peu avant sa mort, elle participe à la campagne de soutien à la candidature du docteur Albert Besson, qui est élu conseiller municipal du quartier Saint-Fargeau, conseiller général de la Seine puis vice-président du Conseil de Paris et du conseil général de la Seine. En 1933, en mémoire de celle-ci, il fait attribuer son nom au square Séverine, qu'il fait réaliser, porte de Bagnolet.
Sa maison de Pierrefonds, qu'elle avait baptisée « Les Trois marches » en souvenir de l'hôtel de Rennes où elle logeait pendant le procès en révision de Dreyfus en 1899, est rachetée à sa mort par Marguerite Durand, qui en fait une résidence d'été pour les femmes journalistesAnnie Metz, « Acquisitions remarquables », Archives du féminisme, bulletin , 2020, .. La bibliothèque Marguerite-Durand possède de nombreux documents de et sur Séverine, parmi lesquels des manuscrits, de la correspondance, ainsi que quelques objets lui ayant appartenu.
Ses obsèques, en 1929, ont lieu en présence de plus de deux mille personnes.. Elle est enterrée au cimetière communal de Pierrefonds (monument funéraire de grès rose, section périmètrale, numéros 201/202/203)..
Hommages Une rue à Pierrefonds (Oise) porte son nom. Elle vécut au de cette voie. Une plaque commémorative y est inaugurée en 1930 et une autre en 2011. À Paris, un square et une station du tramway T3b portent son nom de plume, Rennes a aussi un square Séverine, Le Pré-Saint-Gervais et La Seyne-sur-Mer une place Séverine et Saint-Mandrier-sur-Mer un quai Séverine Plusieurs autres communes ont donné ce nom à une de leurs voies : Arles, Arras, Auterive, Auzeville-Tolosane, Avignon, Champigneulles, Limoges, Marseille, Nîmes, Préfontaines, Rezé, Ribécourt-Dreslincourt, Saint-Étienne, Saint-Nazaire, Saint-Vallier-de-Thiey, Sallaumines, Tarascon, Tours et Villeurbanne En Île-de-France : Aulnay-sous-Bois, Champigny-sur-Marne, Châtenay-Malabry, Chilly-Mazarin, Courbevoie, Goussainville, Houilles, Issy-les-Moulineaux, Juvisy-sur-Orge, Le Kremlin-Bicêtre, Les Pavillons-sous-Bois, Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Ouen-sur-Seine, Villejuif. Ce nom est aussi donné à des écoles à Arras et Villeparisis En est créée l'association des Ami.e.s de Séverine, dans le sillage d'une autre association fondée en 1929... Elle est affiliée à la Fédération des Maisons d'écrivain & des Patrimoines littéraires et au Réseau des maisons d'écrivain et patrimoines littéraires des Hauts-de-France.
Œuvres Œuvres personnelles vignette|upright=1.5|La crèche de Babel, illustrations d'André Cahard. Pages rouges, Paris, H. Simonis Empis, 1893
Pages mystiques, Paris, H. Simonis Empis, 1895
La Crèche de Babel, 1898, Paris-Noël
La Toute-puissance de la bonté, [S. l.], 1900 Sac à tout : mémoires d’un petit chien, Paris, F. Juven, 1903 À Sainte-Hélène, pièce en 2 actes, Paris, V. Giard et E. Brière, 1904 Line : 1855-1867, Paris, Crès, 1921 Choix de papiers, annotés par Évelyne Le Garrec, Paris, Tierce, 1982 Impressions d’audience, [Émile Zola, "J’accuse !", réactions nationales et internationales], Valenciennes, Presses universitaires de Valenciennes, 1999 .
Œuvres en collaboration Octave Aubry, De l’amour, de l’ironie, de la pitié, avec une lettre liminaire de , Paris, Plon-Nourrit et , 1904 Félix Desvernay, Laurent Mourguet et Guignol. La Vie de Laurent Mourguet, discours prononcés à l’inauguration du monument par Justin Godart, Édouard Herriot, Joanny Bachut, R. Du Marais et Séverine, Lyon, A. Rey, 1912 Ferdinand Buisson, Victor Bérard, Paul Painlevé, Séverine, Pour l’Arménie indépendante, Paris, Ligue des droits de l’homme et du citoyen, 1920 Séverine, la comtesse de Noailles, J.-G. Frazer et Paul-Louis Couchoud, Quatre témoignages sur Anatole France, La Charité-sur-Loire, A. Delayance, 1924.
Préfaces Raymond Péricat, Être un homme, préface inédite et posthume de Madame Séverine, Courbevoie, La Cootypographie, [s. d.] Gabriel Nigond, Les Contes de la Limousine, Paris, P. Ollendorff, 1912 Henriette Sauret, Les Forces détournées, 1914-1917, Paris, Librairie d’action d’art de la ghilde « les Forgerons », 1918 Henry Torrès, Histoire d’un complot, Paris, Éditions Clarté, 1921 Stanislas Zwick, La voix qui s'étrangle, Paris, Daragon, 1909.
Pour approfondir
Bibliographie
(CR: http://rh19.revues.org/index976.html)
Séverine Garnier, Séverine, une journaliste pour le peuple, Paris, Les Pérégrines, coll. « Les audacieuses », 2026, 248 p. Hélène Tierchant, Séverine, la belle lutteuse (1855-1929), Paris, L'Harmattan, coll. Biographies, 2026, 264 p.
Téléfilm