Omar KhayyāmPrononcé « omar khayam ». Son nom complet en persan est غياث الدين ابو الفتح عمر بن ابراهيم خيام نيشابوري [ḡīyāṯ ad-dīn abū al-fatḥ ʿumar ben ibrāhīm ḫayām nīšābūrī]. (v. 1048 ? à Nichapur en Perse (actuel Iran) - v. 1131.) est un poète et savant persan. On trouve son nom orthographié Omar Khayam dans les traductions d'Armand Robin (1958) ou de M. F. Farzaneh et Jean Malaplate (dans l'édition critique de Sadegh Hedayat, Corti, 1993). Sa date de naissance est supposée. Ses poèmes sont principalement écrits en persan alors que ses traités scientifiques le sont en arabeBoris A. Rosenfeld «Umar al-Khayyam» dans Helaine Selin, Encyclopaedia of the History of Science, Technology, and Medicine in Non-Western Cultures, Springer-Verlag, 2008, p. 2175-2176.

Biographie La vie de Khayyam est entourée de mystère, et la rareté des sources disponibles empêche de la retracer avec précision. pensent généralement qu’Omar Khayyam est né dans une famille d'artisans de Nichapur . Il passe son enfance dans la ville de Balhi, où il étudie sous la direction du cheik Mohammad Mansuri, . Dans sa jeunesse, Omar Khayyām étudie aussi sous la direction de l'imam Mowaffak de Nishapur, .

En 1074, il est invité par le sultan seldjoukide Mālikshāh Jalāl al-Dīn à Ispahan pour entreprendre la réforme du calendrier solaire à laquelle il consacrera cinq années, et organiser des observations astronomiques. À la mort de Mālikshāh, il tombe en disgrâce. Il est possible que certains de ses poèmes non orthodoxes en soient la cause. Pour couper court à tout soupçon, il entreprend alors un pèlerinage à la Mecque. On le retrouve ensuite à Merv, alors capitale de l'empire des Seldjoukides. Il finit ses jours à Nichapur, où il vit en reclus les vingt dernières années de sa vie.

Nom de Khayyam , le résultat donne al-Ghaqi, le « dissipateur de biens », expression qui dans la terminologie soufie est attribuée à « celui qui distribue ou ignore les biens du monde constituant un fardeau dans le voyage qu'il entreprend sur le sentier soufi »Les quatrains d'Omar Khayyâm (trad. et présentés par Omar Ali-Shah), Albin Michel, 2005, 160 p...

Mathématicien et astronome vignette|gauche|redresse=1.2|Résolution de l'équation selon la méthode d'Omar Khayyam. , , ABmn est un carré. Le demi-cercle de diamètre [AC] rencontre la parabole, de sommet A, d'axe (AB) perpendiculaire à (AC) et passant par m, en D. Le point D se projette orthogonalement sur [AC] en E. La distance AE est solution de l'équation.

Omar Khayyâm est considéré comme « l'un des grands mathématiciens du Moyen Âgehttps://www.dailymotion.com/video/xavbu9_les-mathematiques-arabes-3-6_tech?ralg=meta2-only#from=playrelon-3. » Mais ses travaux algébriques ne furent publiésFranck Woepcke L'algèbre d'Omar Alkhayyämi, publiée, traduite et accompagnée de manuscrits inédits, 51 + 127p. Paris, 1851. Lire l'ouvrage sur Gallica- Préface en Europe qu'au Armand Robin, Un algébriste lyrique, Omar Khayam, in La Gazette Littéraire de Lausanne, les 13 & 14 décembre 1958..

On lui doit deux traités importants dans l'histoire des mathématiques.

Dans son Risāla fī’l-barāhīn ˓ala masā’il al-jabr wa’l-muqābala (Démonstrations de problèmes d'algèbre) écrit en 1070 à Samarcande et dédié à son protecteur le juge Abu Tahir, al-Khayyam entreprend une classification des équations de degré 3 avec leurs racines positives. Il échoue dans sa tentative de résoudre ces équations par radicaux mais il décrit le moyen d'obtenir ces racines à l'aide d'intersection de coniques (cercles, hyperboles équilatères, paraboles), pp. 94-95. Il démontre que les équations cubiques peuvent avoir plus d’une racine. Il fait état aussi d’équations ayant deux solutions, mais n'en trouve pas à trois solutions.

vignette|Quadrilatère dit « de Saccheri».

Son deuxième traité Sharḥ mā ashkala min muṣādarāt kitāb Uqlīdis (Commentaires sur les difficultés de certains postulats du livre d'Euclide) écrit en 1077 à Ispahan offre une réflexion sur l'axiome des parallèles, pp. 151-153. Son raisonnement s'appuie sur un quadrilatère dont les deux angles de base sont droits, et les côtés latéraux de même longueur. Le but est de démontrer que les deux autres angles ne sont ni aigus ni obtus. Ce même quadrilatère sera repris plusieurs siècles plus tard par le mathématicien Giovanni Girolamo Saccheri. On trouve également dans ce traité des réflexions sur les fractions.

À ces deux ouvrages, on peut ajouter un Traité sur la division d'un quart de cercle dans lequel al-Khayyam détermine la valeur approchée d'une racine d'une équation cubique et un traité Problème d'arithmétique cité par ses successeurs et qui devait contenir des méthodes des binômes et de calculs approchés de racines nièmes.

Directeur de l'observatoire d'Ispahan en 1074, il réforme, à la demande du sultan Malik Shah, le calendrier persan (la réforme est connue sous le nom de réforme djelaléenne). Il construit des tables astronomiques connues sous le nom de Zidj-e Malikshahi. Il introduit à la manière du calendrier julien une année bissextile et mesure la longueur de l’année comme étant de (2137×365 + 683×366) / 2820 = 365,242198. Voir calendrier persan#Années bissextiles. L'estimation djélaléenne se montrera plus exacte que la grégorienne créée cinq siècles plus tard, bien que leur résultat pratique soit exactement le même, une année devant comporter un nombre entier de jours.

Dans le domaine de la physique, al-Khayyam s'est intéressé au problème de la balance et de la détermination de la composition des alliages (Fī ikhtiyāl ma˒rifa miqdāray al-dhahab wa’l-fiḍḍa fī jism murakkab minhumā - Sur l'art de déterminer la quantité d'or et d'argent dans un corps constitué de ces deux matières et Fī’l-qusṭās al-mustaqīm - Sur la balance). Ses traités seront repris par son élève à Merv, al-Khazini (Fī’l-qusṭās al-mustaqīm Le Livre de la balance de la sagesse).

Al-Khayam a également écrit un traité sur les divisions de gammes musicales.

Poète et philosophe vignette|Quatrain de Khayyâm« Là-bas, nous ne pouvons espérer justice, ni toi ni moi / nous ne pouvons percer les mystères du monde, ni toi ni moi / car qu'est-ce que le rideau, le devinons-nous, toi et moi / quand le rideau tombe, rien ne reste, ni toi ni moi » (Trad. effectuée à partir du texte en croate, avec translate.google.) dans le caravansérail appelé à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine).

Ses poèmes sont appelés « rubaiyat »persan: [rabāʿi], pluriel [rubāʿiyāt]De l'arabe [rubāʿīya], pluriel [rubāʿiyāt] ; « quatrains » (c.f. ). Le rythme des vers 1, 2 et 4 de chaque quatrain doivent en principe être sur le modèle « ¯ ¯ ˘ ˘ ¯ ¯ ˘ ˘ ¯ ¯ ˘ ˘ ¯ », (son bref : ˘ ; long : ¯) (c.f. ). Le nombre 4 se dit ʾarbaʿa, et dérive de rubʿ, , « le quart » en arabe et se dit šahār, en persan., mot qui signifie « quatrains ». Les quatrains de Khayyam, souvent cités en Occident pour leur scepticisme, recèleraient, selon Idries Shah, des « perles mystiques », faisant de Khayyam un soufi. Il aurait prôné l'ivresse de Dieu, et se disait infidèle mais croyantIl écrit cependant : Sur la Terre bariolée, chemine quelqu'un qui n'est ni musulman ni infidèle, ni riche, ni humble. / Il ne révère ni Dieu, ni les lois. / Il ne croit pas à la vérité, il n'affirme jamais rien. / Sur la Terre bariolée, quel est cet homme brave et triste ? (Roubaïat 108, Toussaint). Au-delà du premier degré hédoniste, les quatrains auraient donc selon ce commentateur une dimension mystique.

Dans la pratique, si l'on s'en tient au texte, Khayyam se montre bel et bien fort critique vis-à-vis des religieux de son temps. Quant au vin dont la mention revient fréquemment dans ses quatrains, le contexte où il se place constamment (agréable compagnie de jeunes femmes ou d'échansons, refus de poursuivre la recherche de cette connaissance que Khayyam a jadis tant aimée) ne lui laisse guère de latitude pour être allégorique.

On ne peut donc que constater l'existence de ces deux points de vue.

Traduction de Franz Toussaint pour les quatrains ci-après. Chagrin et désespoir (VIII)

(CXX)

Lucidité et scepticisme (CXLI)

Sagesse et épicurisme (XXV)

(CLXX)

C'est sur cette , comme en conclusion de ce qui précède, que se termine le recueil.

Distance par rapport à l'islam orthodoxe (CVII)

(CLIX)

(CLIII)

Notoriété et image vignette|Mausolée d'Omar Khayyam à Nishapur. Les agnostiques voient en lui un de leurs frères né trop tôt, tandis que certains musulmans perçoivent plutôt chez lui un symbolisme ésotérique, rattaché au soufisme.

Khayyam indiquerait, comme le fera Djalâl ad-Dîn Rûmî plus tard, que l'homme sur le chemin de Dieu n'a pas besoin de lieu dédié pour vénérer celui-ci, et que la fréquentation des sanctuaires religieux n'est ni une garantie du contact avec Dieu, ni un indicateur du respect d'une discipline intérieure.

L'actuelle république islamique d'Iran ne nie pas les positions de Khayyam, mais a fait paraître au début des années 1980 une liste officielle des quatrains qu'elle considérait comme authentiques (comme pour les Pensées de Pascal, leur nombre et leur numérotation diffèrent selon les compilateurs).

La vision d'un Khayyam ésotériste n'est pas partagée par ceux qui voient en lui surtout un hédoniste tolérant et sceptique. En effet, si assimilent dans ses poèmes le vin à une sorte de manne céleste, d'autres comme Sadegh Hedayat considèrent plutôt le poète comme un chantre de la liberté individuelle, qui refuse de trancher sur des mystères lui semblant hors de portée de l'homme. Son appréciation simple des plaisirs terrestres après la quadruple déception de la religion (quatrains 25, 76, 141), des hommes (quatrains 8, 18, 33) de la science (quatrains 26 à 30, 77, 81) et de la condition humaine elle-même (quatrains 32, 67, 107, 120, 170) n'exclut aucune hypothèse (quatrains 1, 23 à 25, 52)Les numéros se réfèrent à la traduction de Toussaint.

Si chacune des deux interprétations est controversée par les tenants de l'autre, elles ne s'excluent cependant pas nécessairement : Khayyam présente sans ordre et sans méthode, pour reprendre une expression de Montaigne dans la préface des Essais - donc sans stratégie visant à convaincre - ses espoirs, ses doutes et ses découragements dans ce qui semble un effort de vérité humaine. C'est peut-être une des raisons du succès mondial des quatrains.

Traductions Controverses autour des manuscrits et des traductions La diversité des manuscrits et le problème de leur authenticité, ainsi que la nécessité de connaître la langue et la civilisation perses du onzième siècle montrent les difficultés d'une traduction. Marguerite Yourcenar dit à ce propos : « Quoi qu'on fasse, on reconstruit toujours le monument à sa manière. Mais c'est déjà beaucoup de n'employer que des pierres authentiques »Carnets de notes de « Mémoires d'Hadrien », Folio Gallimard, impr de 2007, .. En annexe de sa traduction, Armand Robin dresse une liste de ces « pierres »Texte repris dans l'édition « Poésie/Gallimard ». Voir . Manuscrit de 1460 de la Bibliothèque bodléienne d'Oxford, soit traduits, en anglais par FitzGerald (1859), en français par Charles Grolleau (1909). Une centaine de ces quatrains sont incertains. Manuscrit de traduits en français par J.-B. Nicolas (1861). Manuscrit d'Istanbul, étudiés fin début Manuscrit de Lucknow, étudiés fin début Manuscrit de 1259 dit de « Chester-Beatty », du scribe Mohammed al Qâwim de Nichapour, traduits en français par Vincent Monteil (1983). Manuscrit de 1207 dit de « Cambridge », acheté en 1950. Anthologie de traduits par Arthur John Arberry (1952, il avait expertisé le manuscrit « Chester-Beatty »). Manuscrit de 1153 découvert « dans une immense bibliothèque familiale », traduits en anglais par Omar Ali-Shah « de langue maternelle persane, soufi… » (1964).

Traductions et interprétations.