La bataille de Barnet, qui a lieu le , est un engagement décisif de la guerre des Deux-Roses. Elle se déroule près de la ville de Barnet, à au nord de Londres en Angleterre. La victoire d' d'Angleterre sur l'armée des Lancastres commandée par Richard Neville, suivie par une nouvelle victoire d' à Tewkesbury, assure à celui-ci le trône d'Angleterre ainsi que la prédominance de la maison d'York pendant quatorze ans.

Richard Neville, qui est à l'origine l'un des artisans de la victoire des York sur les Lancastres, se rallie à ces derniers en raison de désaccords avec concernant son mariage secret et sa politique étrangère. Neville rassemble une armée et force le roi à fuir pour le duché de Bourgogne. Édouard persuade son hôte, Charles le Téméraire, de l'aider à reconquérir son trône et lève à son tour une armée avec son soutien financier. Il débarque en Angleterre et affronte l'armée de Neville au nord de Barnet. La bataille se déroule au milieu d'un épais brouillard et les troupes lancastriennes de John sont attaquées par erreur par celles, alliées, de John Neville. La rumeur d'une trahison parcourt alors les lignes des Lancastres, brisant leur moral et provoquant leur déroute. Au cours de celle-ci, John et Richard Neville sont tués.

Privée du soutien de Neville, la maison de Lancastre subit moins d'un mois plus tard une nouvelle défaite à Tewkesbury qui provoque sa chute définitive. L'Angleterre connaît alors la paix jusqu'à la mort d'. William Shakespeare évoque la bataille de façon romancée dans sa pièce de théâtre . Trois siècles après la bataille, un obélisque en pierre est élevé à l'endroit où Richard Neville a prétendument perdu la vie.

Contexte La guerre des Deux-Roses, conflit opposant la maison d'York à la maison de Lancastre pour s'assurer le trône du royaume d'Angleterre, connaît son premier tournant décisif en 1461 quand , chef de la maison d'York, triomphe des Lancastres à la bataille de Towton. , déchu de son trône, est capturé en 1465 et emprisonné à la tour de Londres. Marguerite d'Anjou, l'épouse d', et leur fils Édouard de Westminster fuient en Écosse afin d'y organiser la résistance. écrase les soulèvements organisés par les Lancastres et fait pression sur les Écossais, obligeant Marguerite et son fils à s'exiler en France. , désormais solidement installé sur le trône, récompense ses partisans et élève notamment Richard Neville aux plus hautes dignités, lui donnant également des terres confisquées aux partisans des Lancastres.

Neville prévoit d'organiser le mariage du roi avec Bonne de Savoie, belle-sœur du roi de France, dans le but d'établir une alliance entre les deux pays. préfère toutefois nouer des liens avec le duché de Bourgogne et, en 1464, se marie secrètement avec Élisabeth Woodville, la veuve d'un partisan des Lancastres, au grand ressentiment de Neville. attribue des terres et des titres aux membres de la famille de sa femme et arrange leurs unions avec de riches et puissantes familles, ce qui amoindrit les perspectives de mariage pour les filles de Neville. De plus, Neville se sent personnellement offensé par deux mariages organisés par le roi. Le premier unit sa tante, Katherine Neville, alors âgée de soixante ans, à John Woodville, le frère d'Élisabeth âgé de vingt ans. Le second est celui de la fille de Henri Holland, alors fiancée à son neveu, avec Thomas Grey, fils d'Élisabeth et de son premier mari. Exaspéré, Neville en conclut que les Woodville ont une très mauvaise influence sur son souverain. Il perd son ascendant sur le roi et, se sentant marginalisé, décide de prendre des mesures draconiennes. Le plan de Neville est de remplacer sur le trône par son frère cadet, Georges, duc de Clarence, avec qui il conspire.

Richard Neville organise des rébellions dans le Nord de l'Angleterre afin d'attirer loin du Sud du pays, son principal bastion. Apprenant que les rebelles sont beaucoup plus nombreux que ses propres troupes, bat en retraite et apprend peu après que Neville et son propre frère apportent ouvertement leur soutien aux rebelles. Le , l'armée de Richard Neville bat celle des comtes de Pembroke et de Devon, venus renforcer le roi, à la bataille d'Edgecote Moor. Désormais isolé, est emmené « pour sa protection » au château de Warwick. Néanmoins, la plupart des grands seigneurs yorkistes refusent de se rallier à Neville et celui-ci est obligé de relâcher le roi. Les deux hommes font mine de se réconcilier mais Neville organise une autre conspiration avec le duc de Clarence. écrase une nouvelle révolte à la bataille de Losecoat Field le et les deux conspirateurs doivent fuir pour la France lorsque le roi apprend par des lettres en possession des rebelles et par les confessions des meneurs que tous deux sont derrière cette révolte. négocie alors un accord par lequel Neville se met au service de Marguerite d'Anjou et des Lancastres. En , Neville envahit l'Angleterre à la tête d'une armée lancastrienne et, en octobre, , se sachant en position défavorable, se réfugie en Bourgogne. est alors restauré sur le trône d'Angleterre. Mais Charles le Téméraire, le duc de Bourgogne, fournit à de l'argent, des hommes et des navires et Édouard part du port de Flessingue le avec et .

Campagne précédant la bataille Le , débarque à Ravenspurn avec son armée. Rassemblant des troupes au cours de leur marche, les Yorkistes se dirigent sur York. La progression de l'armée n'est pas entravée car elle se trouve sur les terres de Henry Percy, à qui a restitué le comté de Northumberland et qui se sent redevable. De plus, annonce qu'il revient seulement pour réclamer le titre de duc d'York et non pour contester le trône à . Cette ruse réussit, et John Neville, qui surveille les mouvements de l'armée yorkiste, ne réussit pas à convaincre ses troupes de marcher contre elle.

dévoile ses véritables intentions une fois rassemblées des troupes suffisantes pour marcher vers le sud du pays. Repoussant les attaques lancées par John de Vere et Henri Holland, il met le siège devant Coventry où se trouve Richard Neville dans l'espoir de le pousser à combattre. Bien qu'il dispose d'un avantage numérique, Neville refuse de relever le défi. Il préfère attendre l'arrivée de Georges, duc de Clarence, afin de submerger les Yorkistes sous le nombre. Quand il apprend cela, envoie son frère Richard, duc de Gloucester, proposer à son autre frère de passer de son côté, une offre que Georges accepte sans hésiter. Désormais réconciliés, ils marchent sur Coventry et Georges conseille à Neville de se rendre. Furieux de la traîtrise de son beau-fils, Neville refuse de lui parler. Étant dans l'incapacité de mener un siège, se dirige alors sur Londres.

thumb|alt=Un mannequin portant une armure de plates et tenant une masse d'armes.|Les nobles présents à la bataille de Barnet portaient des armures semblables à celle-ci.

Ayant reçu les renforts des troupes de John Neville, John de Vere et Henri Holland, Richard Neville se lance à la poursuite des Yorkistes. Il espère de Londres, sous le contrôle d'Edmond Beaufort, qu'elle ferme ses portes à l'armée d', lui permettant ainsi de rattraper son adversaire dans un endroit dégagé. Mais la cité accueille chaleureusement les Yorkistes, Beaufort ayant quitté la ville et les Londoniens préférant à . reçoit son rival et se place de lui-même sous sa garde, affirmant que sa . Les éclaireurs lancastriens arrivent à Barnet, à au nord de Londres, mais sont repoussés. Le corps d'armée principal de Neville prend position sur une crête au nord de Barnet le . Neville le dispose en ordre de bataille sur une ligne d'est en ouest de chaque côté de la grande route du Nord.. John de Vere commande le flanc droit et Henri Holland le flanc gauche. John Neville tient le centre et Richard Neville se place à la tête du corps de réserve.. Il se tient légèrement à l'ouest, une dépression à l'arrière de son flanc gauche pouvant gêner les troupes de Holland si elles devaient battre en retraite.

L'armée lancastrienne est supérieure en nombre mais les sources diffèrent sur le nombre exact des deux armées. La plupart des historiens estiment néanmoins que l'armée yorkiste compte entre alors que son homologue en compte . Face à ce désavantage numérique, projette de lancer une attaque surprise.. Il éloigne afin d'empêcher les Lancastriens de le lui reprendre et atteint Barnet le soir venu. Il place son armée en ordre de bataille sans même connaître la position exacte de ses adversaires. William Hastings est placé à la tête du flanc gauche et Richard, duc de Gloucester, à celle du flanc droit. se réserve le commandement du centre de son armée, gardant son frère Georges avec lui afin de conserver un œil sur lui. Un contingent de réserve est placé à l'arrière, prêt à se déployer sur l'ordre d'Édouard.. À la nuit tombée, Édouard prépare son attaque surprise du lendemain matin en faisant discrètement avancer ses troupes en direction de l'armée lancastrienne. Aucun des commandants n'aperçoit l'armée adverse pendant la nuit, un fait qui va s'avérer crucial lors de la bataille du lendemain.

Pendant la nuit, Richard Neville donne l'ordre à son artillerie de bombarder sans arrêt la position estimée du campement yorkiste. Mais les Yorkistes se sont rapprochés à son insu et la canonnade passe au-dessus d'eux. Dans le même temps, l'artillerie yorkiste a ordre de ne pas riposter afin de ne pas trahir son emplacement. Alors que les hommes vont se coucher, John Neville prévient son frère que le moral des troupes est bas. Il lui suggère qu'en tant que commandants, ils combattent à pied plutôt qu'à cheval afin que leurs hommes ne pensent pas qu'ils vont s'enfuir si la bataille tourne mal. Richard accepte la suggestion de son frère et leurs chevaux sont attachés à l'arrière, près de ..

Commandants Yorkistes Comme à son habitude, le roi d'Angleterre conduit personnellement son armée. Il mesure et constitue un spectacle imposant quand il se lance à l'assaut dans son armure dorée. Les textes médiévaux vantent sa belle allure et sa puissante musculature. Avenant et charismatique, le roi est également un tacticien compétent qui a déjà repéré et exploité des failles dans les lignes adverses plusieurs fois par le passé, souvent avec des résultats décisifs.. Le roi est un chef militaire très respecté mais a néanmoins fait l'objet de critiques après son accession au trône en 1461, rechignant à mater personnellement les rébellions. L'historien Charles Ross loue plus ses qualités de meneur d'hommes et son expertise au combat rapproché que son sens de la stratégie et de la tactique. Édouard, très populaire au début de son règne, particulièrement auprès des classes sociales les plus pauvres et des marchands, voit cette popularité s'éroder au fil des ans, le peuple lui reprochant notamment d'avoir laissé impunis les abus de ses principaux partisans. À son débarquement en Angleterre en 1471, peu de gens du commun célèbrent ouvertement son retour.

Aux côtés du roi se trouvent ses deux frères cadets, Richard, duc de Gloucester, et Georges, duc de Clarence. Contrairement à Édouard, Richard est élancé et semble fragile. Il est alors âgé de dix-huit ans et Barnet constitue son premier engagement majeur. Ses compétences militaires sont toutefois respectées et il est jugé comme un combattant et un commandant compétent. Georges n'a pas une aussi bonne réputation que ses frères, particulièrement en matière de loyauté. À l'accession au trône d'Édouard, Georges est désigné comme son héritier mais le mariage de ce dernier avec Élisabeth Woodville menace de l'éloigner de la succession. Georges participe donc aux complots de Richard Neville et se marie avec sa fille, Isabelle. Il perd néanmoins confiance en Neville quand celui-ci se rallie aux Lancastre et marie son autre fille, Anne, à Édouard de Westminster pour cimenter son alliance avec eux. Georges accepte donc l'offre de pardon de son frère et le rejoint à Coventry le .