La bataille de Bannockburn est une écrasante victoire de l’armée écossaise menée par Robert Bruce sur les troupes anglaises dirigées par Édouard II d'Angleterre les 23 et pendant la première guerre d'indépendance écossaise. Elle est marquée par l'utilisation par Robert Bruce de carrés de piquiers nommés schiltrons sur lesquels vinrent s'écraser les charges de cavalerie anglaises Tony Pollard et Neil Oliver, A Soldier's View of Battle through the Ages, site de la BBC.. Cette bataille entraîne une remise en question tactique de l'armée anglaise, ce qui aura un impact majeur sur les tactiques de combat de la guerre de Cent Ans.
Contexte vignette|Écosse médiévale.
Six mois après l'exécution par les Anglais du héros écossais William Wallace, un nouveau meneur, Robert de Bruce, parvient à un poste de commandement. Le , il se fait couronner roi d'Écosse sous le nom de Robert .
Édouard d'Angleterre ne tarde pas à réagir en envoyant ses forces vers le nord. Elles rencontrent les combattants de Robert Bruce et les mettent en déroute. Sa tête mise à prix, entré en clandestinité, Robert devient, après Wallace, un héros de l'indépendance écossaise.
Le , le roi Édouard meurt après avoir fait promettre à son fils de poursuivre la campagne et de toujours faire porter, en tête de son armée, son cercueil, afin que les Écossais aient une image de leur vainqueur…
Mais Édouard II ne suit pas ses instructions : prétextant des funérailles royales, il regagne Londres alors qu'un dernier effort lui suffisait pour mater l'insurrection. Bénéficiant d'un sursis inespéré, Robert déclenche une guérilla et reprend progressivement le contrôle de la plupart des châteaux restés aux mains des Anglais.
En 1310, Édouard II lance une nouvelle offensive, mais échoue devant la politique de terre brûlée des Écossais. Le roi d'Angleterre envisage d'autres expéditions mais ses propres chefs militaires, peu désireux de suivre un souverain jugé incompétent, s'acharnent eux-mêmes à les faire échouer.
En 1313, à nouveau en confiance, Édouard Bruce (le frère du roi d’Écosse) met le siège devant le château de Stirling qui est de grande importance stratégique. , qui défend le château, passe un accord avec les assiégeants : il se rend s'il n'est pas secouru avant le . Ceci laisse le temps à Édouard II d'organiser une nouvelle expédition pour lever le siège et si possible y écraser l'armée de Robert Bruce, mettant ainsi fin au conflit. Il réunit entre , et entre , hommes d'armes ou simples paysans.
Pour contrer l'offensive, Robert Bruce ne peut rassembler que sûrs et une piétaille hétérogène.
Première journée : 23 juin 1314 Préparatifs Les troupes anglaises arrivent sans encombre dans la région de Stirling et avancent jusqu’à la rivière Bannock.
Près de quatre fois inférieur en nombre, Robert Bruce sait qu'il doit s'organiser défensivement s'il veut éviter un massacre. Il choisit une position surélevée adossée à une colline () qui n'est accessible facilement que de front : le flanc gauche est protégé par un marécage, le flanc droit par les marais s'étendant de part et d'autre du Forth en aval du pont de Stirling (voir la bataille du pont de Stirling). Sur le front coule une rivière aux rives rocheuses (la Bannock). Celle-ci est moins profonde en regard du flanc gauche de l'armée écossaise. Prévoyant une charge de la chevalerie contre son aile gauche, il fait creuser des trous d'un mètre de profondeur qu'il dissimule sous des branchages et ses hommes répandent des chausse-trapes sur le sol Henrietta Elizabeth Marshall, Robert the Bruce: How sir Henry de Bohun met his Death, Scotland's Story The Baldwin Project.. L'objectif est de concentrer l'assaut ennemi sur la route qui mène à ses troupes.
Les Écossais peuvent compter sur l'organisation tactique inventéeIl ne semble pas qu'il ait lu les auteurs antiques ni qu'il se soit inspiré des phalanges d'Alexandre le Grand qui fonctionnaient sur le même principe : Robert M. Gunn, The Battle of Falkirk (1298) and the Execution of Wallace-Chapitre I, Scottish History. et utilisée par William Wallace à la bataille de Falkirk en 1298 : l'armée écossaise brise les charges de cavalerie grâce à des unités de piquiers alignés sur trois rangs appelés schiltrons Robert M. Gunn, The Battle of Falkirk (1298) and the Execution of Wallace-Chapitre I, Scottish History.. Robert Bruce organise son armée en trois lignes. La première ligne est constituée par trois schiltrons. La cavalerie est placée à l'arrière de ce dispositif. Robert Bruce sort des rangs ses hommes les moins aguerris en et les place en réserve derrière Gillies Hill, invisibles aux yeux de l'ennemi. Il les commande en personne Henrietta Elizabeth Marshall, Robert the Bruce: How sir Henry de Bohun met his Death, Scotland's Story page 172 The Baldwin Project..
Discours de Robert Bruce thumb|left|Robert the Bruce.
Il galvanise ses troupes et prie ceux qui ne sont pas prêts à combattre à mort de quitter le champ de bataille. Le poète écossais Robert Burns le met en vers en 1793 sous le titre Robert Bruce's March To Bannockburn et ce chant deviendra un hymne patriotique écossais officieux avant d'être supplanté par The Flower of Scotland.
La bataille vignette| de la bataille de Bannockburn. gauche|vignette|La bataille de Bannockburn est l'un des premiers exemples de l'utilisation victorieuse de formations de piquiers pour briser les charges de cavalerie. Elle entraîne une révolution tactique.
Ainsi que Robert Bruce l'a prévu, la chevalerie anglaise se lance à l'assaut en chargeant l'aile gauche écossaise. Sûrs de leur force, les Anglais chargent sans attendre l'arrivée des troupes de soutien. L'assaut se brise dans les pièges et les pieux. Au cours de ce premier contact, un chevalier anglais, Henri de Bohun, repère Robert Bruce et le provoque en combat singulier, selon la coutume féodale. Celui-ci tourne au bénéfice de l'Écossais qui aurait coupé son adversaire en deux avant de rejoindre la réserve.
Un second assaut de la chevalerie anglaise, mené par sept cents cavaliers, contraint la gauche écossaise au repli et isole une partie des combattants écossais. Conscient de ne pouvoir refermer la brèche, Robert Bruce laisse son aile gauche se tirer seule du mauvais pas, au risque de la voir anéantie. Mais l'aile gauche écossaise, malmenée, soutient les autres chocs et Clifford, le nouveau commandant anglais du secteur, meurt au cours d'une de ces charges. La tombée de la nuit arrête le carnage, les deux adversaires campant sur leurs positions.
Seconde journée : vignette|Deuxième jour de la bataille de Bannockburn.
Le au matin, Édouard II a toujours une supériorité numérique importante, disposant de près de , il demande au comte de Gloucester de mener une charge générale contre les écossais.
Mal coordonnée, la charge de la chevalerie anglaise s'empale sur les piques écossaises. Édouard II tente un ultime effort en engageant ses archers gallois. Mal ajustés, leurs tirs tombent au-delà des schiltrons écossais ou, pire, sur les premières lignes anglaises.
Jugeant le moment de la contre-attaque venu, Bruce engage sa cavalerie et sa réserve, et force les Anglais au repli sur un terrain difficile. Les archers gallois sont rapidement dispersés par une charge de la cavalerie écossaise. L'intervention de la réserve écossaise amène la déroute définitive de l'armée anglaise : les Écossais coincent l'armée anglaise entre deux ruisseaux, le Pelstream Burn et le . Sans espace pour manœuvrer ni pour charger, la cavalerie lourde anglaise, fleuron de l’armée d’Édouard, est paralysée et se fait massacrer sur place. Le reste de la cavalerie prend la fuite, entraînant une réaction en chaîne : les cavaliers ayant pris la fuite, Édouard II décide () de les suivre. Les réserves anglaises, n’ayant pas pu combattre, faute de place, et voyant le roi se retirer, effectuent une retraite. Enfin, les Anglais du front, se trouvant tout d’un coup tout seuls, se débandent.
Les Écossais poursuivent et massacrent ces fuyards, à l'exception des nobles anglais et des Écossais de l’armée d’Édouard qui sont faits prisonniers, les premiers pour être libérés contre rançon, les seconds pour être exécutés publiquement ultérieurement, montrant ainsi ce qui arrive aux traîtres à leur pays.
S'enfuyant au galop, Édouard II ne s'arrêtera qu'à l'abri des remparts du château de Dunbar.
Conséquences Conséquences politiques Cette victoire parachève de facto l’indépendance du pays et consolide définitivement Robert Bruce comme roi. Les années suivantes le royaume d'Angleterre est sur la défensive, tandis que Robert Bruce garde l'initiative militaire (avec des campagnes en Irlande et le nord de l'Angleterre) et diplomatique (pour faire reconnaitre son indépendance par les autres puissances). Il obtiendra finalement la reconnaissance de jure de sa dynastie et de l'indépendance de son royaume au traité d'Édimbourg-Northampton en 1328.
Il restera indépendant jusqu’en 1707, quand le « Union Act » unifie les deux pays. Jacques VI d'Écosse, descendant de Bruce, devint à la fois roi d’Angleterre et d’Écosse en 1603 mais les pays sont restés indépendants jusqu'en 1707. thumb|right|250px|Piquiers suisses pendant les guerres d'Italie.
Conséquences tactiques Cette bataille est, après celle de Falkirk en 1298 et de Courtrai en 1302, l'un des premiers exemples de l'utilisation coordonnée de piquiers sur les champs de bataille médiévaux et remet en cause la place prépondérante de la cavalerie lourde sur le champ de bataille. En effet, depuis le et l'apparition des étriers et de la selle profonde, les chevaliers chargent lance tenue « en chantaîne » c’est-à-dire horizontale, ce qui leur confère avec l'inertie de leur destrier une puissance dévastatrice considérableLaurent Vissière, Le chevalier, un héros laborieux.« La France féodale », Historia, , juillet 2004.. L'infanterie, ne pouvant résister à un tel assaut frontal, a perdu toute influence en terrain découvert (elle reste utile en cas de siège). D'autre part, pour justifier son statut social, la noblesse doit conjuguer richesse, pouvoir et bravoure sur le champ de bataille : vivant du labeur paysan, le maître se doit de manifester sa largesse en entretenant la masse de ses pendantsPatrick Boucheron, Michel Kaplan, Histoire Médiévale tome 2, Le Moyen Âge , Bréal, 1994, chapitre 3 : « Noblesse, féodalité et monarchies » .. L'Église a œuvré pour canaliser les chevaliers-brigands dès la fin du .vignette|Yvain secourant la damoiselle. Enluminure tirée d'une version de Lancelot du Lac du . Le chevalier doit avoir un comportement loyal, le combat est l'occasion de prouver son statut social. À partir du concile de Charroux en 989, les hommes en armes sont priés de mettre leur puissance au service des pauvres et de l'Église et deviennent des milites Christi (Soldats du Christ)Laurent Bourquin, « Qu'est-ce que la noblesse ? », L'Histoire décembre 1995, .. La noblesse se différencie donc du reste de la population par son sens de l'honneur et doit faire montre d'esprit chevaleresque, protéger le peuple et rendre justice en préservant un certain confort matériel. Elle doit justifier sur le champ de bataille son statut social : l’adversaire doit être vaincu face à face dans un corps à corps héroïque. Cette volonté de briller sur les champs de bataille est accrue par l’habitude de l’époque de faire des prisonniers et de monnayer leur libération contre rançon. La guerre devient donc très lucrative pour les bons combattants et les risques d’être tués sont donc amoindris pour les autresMichel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, .. vignette|Bataille de Poitiers : la chevalerie française est taillée en pièces par les archers gallois.