La cathédrale Notre-Dame-de-Grâce de Cambrai est à la fois basilique et ancienne église métropolitaine (ancien siège de l'archevêché de Cambrai regroupant les diocèses suffragants d'Arras et de Lille).
L'ancienne cathédrale de Cambrai ayant été détruite pendant la Révolution française, le siège épiscopal fut transféré en 1804 dans l'église de l'abbaye du Saint-Sépulcre, qui date de la fin du .
Elle fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le .. À la suite de travaux importants entre 2000 et 2007 concernant la restauration des toitures, l'intérieur et les vitraux sont restaurés depuis 2022 et pour une durée prévue de 7 ans..
Historique Fondation de l'abbaye du Saint-Sépulcre vignette|200px|gauche|La basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre. vignette|195px|Jules-Hippolyte Boedt, ancien chanoine honoraire de la cathédrale Notre-Dame-de-Grâce.
En 1054, Liébert de Cambrai, évêque d'Arras et de Cambrai, partit en pèlerinage à Jérusalem, mais il ne put dépasser Chypre et dut rentrer à Cambrai sans avoir vu les lieux saints.. En compensation il voulut recréer dans sa ville épiscopale, aussi fidèlement que possible, les lieux du pèlerinage de Jérusalem. Cambrai s'y prêtait bien, puisqu'on y trouvait une colline (le Mont-des-Bœufs) plantée du verger de l'abbaye de Saint-Géry et séparée de la ville par le riot Saint-Géry, topographie qui pouvait rappeler la colline de Gethsémani et le torrent du Cédron. Il s'y trouvait déjà une chapelle du Saint-Sépulcre construite en 1047 par l'évêque Gérard de Cambrai sur l'emplacement d'un ancien charnier où on avait enterré les morts d'une épouvantable famine de 1031Bouly, Histoire de cambrai tome 1, p. 97.
Liébert fit construire à quelque distance un monastère de bénédictins, avec une église sur le plan de celle du Saint-Sépulcre de Jérusalem, composée d'une nef rectangulaire réservée aux moines à laquelle était accolée un édifice circulaire destiné aux pèlerins. Le monastère fut consacré le . L'abbaye était alors hors les murs, et Liébert la fit mettre à l'abri en agrandissant l'enceinte de la ville.
Le seul vestige de cette église est le pilier en grès de l'église actuelle auquel est accrochée la chaire, et qui devait être l'un des piliers de soutènement du clocher..
La basilique de Neuvy-Saint-Sépulchre, construite à l'image du Saint-Sépulcre de Jérusalem à la même époque, donne une idée de ce que devait être l'édifice de Cambrai..
Reconstructions de l'église Cette première église fut remaniée ou reconstruite à de nombreuses reprises : elle fut d'abord réparée après un incendie en 1145. Au l'abbé décida de remplacer l'église de Liébert par une construction de plan cruciforme classique. En 1498 un autre abbé, Guillaume Courtois, la fit rebâtir et agrandir. L'abbaye et la chapelle furent incendiés à nouveau en 1553 par les troupes du roi de France . Les travaux de reconstruction, qui comprenaient un clocher séparé de l'édifice, ne furent achevés qu'en 1602, date à laquelle l'église fut à nouveau consacrée par l'archevêque Guillaume de Berghes.. L'église fut une nouvelle fois rebâtie telle que nous la connaissons aujourd'hui ou presque, à la fin du .
L'église actuelle vignette|La nef rénovée en 2025|gaucheC'est en 1695, l'année même où Fénelon devint archevêque de Cambrai, que l'abbé du Saint-Sépulcre Louis de Marbaix décida de reconstruire le chœur. Le projet s'étendit bientôt à la nef et on ne conserva finalement que le clocher, qui avait été édifié en 1542. Les travaux, rapidement menés sous la direction de l'architecte douaisien Anselme Estienne, s'achevèrent en 1703..
Cambrai ayant été annexé à la France par les traités de Nimègue de 1678, l'influence française se faisait désormais sentir dans l'architecture civile et religieuse. La nouvelle église était représentative du style du règne de , compromis entre baroque et classicisme.. Les travaux furent poursuivis par le successeur de Marbaix, l'abbé Joseph Dambrinne, qui fit reconstruire le quartier des hôtes, seul bâtiment de l'abbaye qui ait subsisté, aujourd'hui occupé par l'hôtel de La Poste, ainsi que le quartier abbatial, le réfectoire et la bibliothèque. Ces travaux considérables étaient rendus possibles par la richesse des abbayes, notamment en Cambrésis où l'église possédait 40 % du sol. Les reconstructions étaient ainsi un moyen d'échapper à l'impôt..
Période révolutionnaire
vignette|310px|gauche|Cette gravure de 1810 intitulée « Les formes acerbes » montre Joseph Le Bon, debout sur les corps de ses victimes entre les guillotines d'Arras et de Cambrai et s'abreuvant de leur sang dans deux calices.
Contrairement à la plupart des édifices religieux de Cambrai, l'église du Saint-Sépulcre réussit à traverser intacte la période des troubles révolutionnaires.
Le , les députés des trois ordres du Cambrésis s'assemblent dans l'église abbatiale. Le , l'Assemblée nationale constituante adopte le décret sur le clergé régulier : les religieux sont « libérés », les biens confisqués. En novembre l'église abbatiale est fermée. Le prince-archevêque Ferdinand-Mériadec de Rohan ayant refusé de prêter serment à la constitution civile du clergé, il est destitué et c'est un oratorien, Claude Primat, qui est élu pour le remplacer, tandis que le curé assermenté Pierre Renaud s'installe dans l'église, rouverte en 1791 comme église paroissiale.
Le clocher, lézardé, doit être démoli en 1792. En , l'abbaye est transformée en hôpital de galeux. À la même époque les grilles du chœur sont arrachées et servent à entourer l'arbre de la liberté planté sur la grand-place.
En , le Comité de salut public envoie Joseph Le Bon pour .. Après avoir servi de grange, l'église du Saint-Sépulcre est transformée en temple de la Raison : Le Bon y harangue le peuple depuis la chaire qu'il appelle son « tonneau de Diogène ».. L'église est finalement vendue comme bien national au marchand Blanquart de Saint-Quentin. Toutefois l'administration municipale en interdit la destruction en 1800, sauvant ainsi l'édifice d'une probable disparition. Pendant ce temps la cathédrale, « merveille des Pays-Bas », vendue au même Blanquart, est démolie. En 1809, il n'en reste que la tour, qui s'effondre lors d'une tempête.
Destruction et restauration au Après la signature du concordat de 1801, l'évêque constitutionnel Louis Belmas rouvre l'église du Saint-Sépulcre, rebaptisée Saint-Géry. En 1804, il achète l'ancienne demeure de l'abbé pour y installer l'évêché, et érige l'église en cathédrale.
En 1823, il fut décidé d'ériger un monument funéraire à Fénelon dans la cathédrale. C'est David d'Angers qui fut chargé de sculpter le bloc de marbre offert par le roi de France . Le monument fut inauguré le et les restes de Fénelon y furent déposés le 22..
La cathédrale fut gravement endommagée par un incendie dans la nuit du au . La toiture et le mobilier furent détruits et les voûtes très endommagéesArchives nationales, dossiers de travaux conservés sous les cotes F/19/7667 et F/19/7669.. La municipalité et l'archevêque René-François Régnier voulurent d'abord construire un édifice entièrement nouveau. Sur les conseils de l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, qui y vit un bel exemple du style classique caractérisant le règne de , la cathédrale fut restaurée sous la direction de Henri de Baralle. On l'agrandit de cinq chapelles autour du déambulatoire ainsi que de la chapelle Saint-Michel à côté de celle de Notre-Dame-de-Grâce, et un nouveau clocher haut de fut achevé en 1876. La consécration eut lieu le . Le , la cathédrale fut élevée au rang de basilique mineure par le pape .
La cathédrale dévastée pendant la Grande Guerre vignette|Des soldats canadiens assistent à un service d'action de grâce dans la cathédrale de Cambrai (). La cathédrale fut encore sérieusement endommagée dans les derniers mois de la Première Guerre mondiale. Le clocher reçut un obus qui laissa un trou béant dans le milieu de la structure qui ne s'effondra pas. La volonté des Cambrésiens le fit survivre à une démolition.
L'architecture
La cathédrale aujourd'hui vignette|La façade de la cathédrale. La cathédrale abrite aujourd'hui notamment : le monument funéraire à Fénelon, œuvre de David d'Angers ; neuf grandes grisailles en trompe-l'œil du peintre anversois Martin-Joseph Geeraerts ; les ossements des évêques et archevêques de Cambrai, retrouvés sous l'ancienne cathédrale et aujourd'hui conservés dans la crypte ; l'icône de Notre-Dame de Grâce, qu'une ancienne tradition attribue à saint Luc. Rappelant le style des icônes de l'église orthodoxe, elle fut donnée à la cathédrale de Cambrai le par le chanoine Fursy de Bruille, archidiacre de Valenciennes, qui lui-même la tenait du cardinal Jean Allarmet de Brogny, à qui un patriarche de l'Église grecque l'avait remise au concile de Constance. ; les grandes orgues : l'instrument construit par la maison Pierre Schyven d'Ixelles en 1897 comprenait répartis en sur trois claviers et un pédalier. Avec la guerre de 1914–1918 une importante restauration fut entreprise par le facteur d'orgues Auguste Convers qui porta l'instrument actuel à (). L'instrument fut inauguré le par Joseph Bonnet. D'esthétique symphonique de transition, l'orgue de la cathédrale de Cambrai excelle dans le répertoire romantique et moderne. Le buffet d'orgue est l'œuvre d'Aimé-Joseph Carlier et date de la seconde moitié du . Il fut assemblé par l'ébéniste lillois Buisine, sur les dessins de l'architecte diocésain Guidasci. L'Oculus de l'Assomption de la Vierge Marie : cette œuvre d'Augustin Frison-Roche de 3,78 mètres de diamètre a été présenté au public en avant d'être installée à 21 m de hauteur à la croisée du transept..
Le monument funéraire de Fénelon vignette|Fénelon par David d'Angers (1826).|gauche À sa mort en 1715, François de Salignac de la Mothe Fénelon est inhumé dans l'ancienne cathédrale de Cambrai. La première se fait sans pompe. Des funérailles solennelles sont organisées du 18 au . Dès 1720, son corps est transféré dans le caveau des évêques alors construit. Quelques années plus tard, un mausolée est érigé en l'honneur de Fénélon. Ce mausolée est constitué du buste de Fénelon par Lemoyne, aujourd'hui conservé au Musée de Cambrai.
Au début du , alors que la Révolution a détruit l'ancienne cathédrale de Cambrai, le corps de l'archevêque est transféré dans la nouvelle cathédrale. David d'Angers est chargé de réaliser la statue et les bas reliefs d'un mausolée. La première pierre est posée le 16 aout 1823, pour une inauguration en 1826. Plusieurs donateurs importants ont participé à ce projet dont Louis XVIII qui a donné le bloc de marbre.
L'icône Notre Dame de Grâce
gauche|vignette|Icône Notre Dame de Grâce Notre-Dame de Grâce est une icône () italo-byzantine de type éléousa (ou Vierge de Tendresse), réalisée vers 1340, et actuellement conservée à la cathédrale Notre-Dame de Grâce de Cambrai. Elle est acquise par cardinal Jean Allarmet, qui la lègue à sa mort en 1426 à Rome à son secrétaire Fursy de Bruille, chanoine du chapitre de la cathédrale de Cambrai. De Bruille la rapporte à Cambrai en 1440, la tenant pour une œuvre peinte par saint Luc. À sa mort en 1450, il la lègue à son tour à la cathédrale de Cambrai. Presque immédiatement, elle devient l'objet d'un fervent pèlerinage, traduisant le goût de l'époque pour les images iconiques. Une confrérie est fondée en 1453 pour les « soins et la vénération » de la relique, qui est, pour la première fois en 1455, portée en procession à travers la ville lors de l'Assomption, le .
La légende veut que l’icône ait été secrètement vénérée à Jérusalem pendant les persécutions des chrétiens relatées dans le Nouveau Testament. Elle aurait été offerte à Pulchérie, la fille de l'empereur romain d'Orient Arcadius en 430, et conservée dans une église construite par la sainte à Constantinople, où elle aurait été adorée publiquement au cours des siècles.