L'île Tristan da Cunha () est l'île principale de l'archipel du même nom, ensemble d'îles volcaniques situé dans l'océan Atlantique Sud, au nord des quarantièmes rugissants, et découverte au début du .
L'île Tristan da Cunha fait partie du territoire britannique d'outre-mer de Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha. L'île est à à l'ouest-sud-ouest du district de West Coast, sur la municipalité de Saldanha Bay (Afrique du Sud), et à au sud-est de Barra do Açu, dans l'État brésilien de Rio de Janeiro. La terre la plus proche est l'île de Sainte-Hélène, à au nord-nord-est. Avec de superficie, l'île Tristan da Cunha culmine à .
En 1961-1962, l'éruption volcanique du Queen Mary's Peak provoque l'évacuation des habitants au Royaume-Uni métropolitain. La majorité d'entre eux reviennent sur l'île après quelques années. Elle est considérée comme la terre habitée la plus isolée au monde. Son accès est particulièrement difficile en raison des conditions climatiques, de son éloignement (au mieux sept jours de mer depuis l'Afrique du Sud) et de la rareté des bateaux.
L'île ne disposant pas de piste d'atterrissage, le seul moyen de se rendre à Tristan ou d'en revenir est le bateau. Des traversées de six jours sont proposées au départ du Cap, en Afrique du Sud, et certaines croisières sont proposées au départ d'Ushuaïa, en Argentine.
Histoire Les îles ont été signalées pour la première fois en 1506 par l'explorateur portugais Tristan da Cunha, mais l'agitation de la mer a empêché une visite à terre. Le navigateur donne son nom à l'île principale de l'archipel, Ilha de Tristão da Cunha, qui est anglicisé lors de la première mention sur les cartes de l'Amirauté britannique. En 1643, l'équipage du Heemstede accoste pour la première fois selon les annales marines internationales tandis que la première prospection de l'archipel est menée par la frégate française L'Heure du Berger en 1767.
Découverte de l'île En 1506, le roi de Portugal Manuel charge les navigateurs Tristão da Cunha et Afonso de Albuquerque de s'emparer de l'archipel de Socotra, sous domination musulmane, afin de porter secours aux chrétiens y résidantM. d'Avezac, L’Univers: histoire et description de tous les peuples, éd. Firmin Didot frères, 1848, . L'escadre de Tristão da Cunha se compose de 14 vaisseaux et et appareille de Lisbonne le pour suivre la traditionnelle route des Indes. Après avoir relâché au Cap-Vert et reconnu le cap Saint-Augustin, l'escadre fait route vers le sud portée par le courant du BrésilTristan da Cunha Government and the Tristan da Cunha Association, History : Discovery & Early History 1506 - 1817, Tristan da Cunha Website, 2006, (page consultée le 17 août 2010), mais la flotte s'enfonce trop loin dans les mers australes (des hommes d'équipage meurent de froid) et Tristão da Cunha découvre l'île qui porte désormais son nom alors que la flotte utilise les vents d'ouest afin de passer le cap de Bonne-Espérance et rejoindre l'océan Indien. Le navigateur se contente de noter la position sans y accoster et poursuit sa route.
L'île commence à apparaître sur les cartes à partir de 1509 et sert de point de repère sur la route des Indes. Les tempêtes étant fréquentes, les navires évitent de trop s'en approcherArnaldo Faustini, The Annals of Tristan da Cunha , 67 p.. La première exploration connue de Tristan da Cunha fut menée le par le vaisseau Heemstede de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dirigé par le capitaine Claes Gerritszoon BierenbroodspotRobert Headland, Chronological list of Antarctic expeditions and related historical events, Cambridge University Press, 1989, . Le navire se ravitaille en eau douce, poissons, phoques et manchots et laisse une plaque portant l'inscription : Aujourd'hui, , de la flûte hollandaise Heemstede, Gerrits en Bier, Brootsfot de Hoorn, et Jan Coertsen Van den Broec, ont débarqué ici"Today, February 17, 1643, from the Dutch Flute Heemstede Clases Gerrits en Bier, Brootsfot de Hoorn, and Jan Coertsen Van den Broec, landed here.". La plaque est retrouvée le par le navire hollandais Nachtglas. L’île Inaccessible et l'île Nightingale, à seulement au sud-ouest de l’île principale, ne sont découvertes qu’en 1652 par un navigateur hollandais. L’île Gough, la plus éloignée de ce territoire, est aussi découverte en 1506 par un autre navigateur portugais, Gonçalo Álvares.
En 1670, Jean-Jacques de Melet, seigneur de Rochemon en Agenais, à bord de la Sultane, allant du Brésil au Cap de Bonne-Espérance, vient y trouver les alizés par un détour qu'il estime de 400 lieues. (Relation de mon voyage aux Indes Orientales ... sous le commandement de M. de La Haye).
En 1767, l’archipel est arpenté pour la première fois par l’équipage de la frégate française l’Heure du Berger. Le travail comprenait plusieurs sondages, un aperçu approximatif des littoraux, l’emplacement des sources d’eau potable, y compris les chutes du Big Watron et le positionnement de trois petits étangs sur le haut des escarpements aujourd’hui nommés The Ponds up the East’ard. En 1781, un hydrographe de la Royal Navy publie ces résultats.
Mais cette escale demeure exceptionnelle en raison d'une mer houleuse et des conditions météorologiques qui peuvent s’avérer inhospitalières, du manque de ressources naturelles exploitables et de l'isolement de tous les grands centres de peuplement. Ainsi, les îles demeurent peu visitées à l’exception de quelques baleiniers, chasseurs de phoques ou bâtiments marchands de passage. Les escales sont habituellement de très courte durée et ayant pour but le réapprovisionnement en eau potable et en bois.
Premières occupations humaines Refreshment Islands En 1811, une première colonisation est tentée par deux natifs de Salem au Massachusetts. Le navigateur, Jonathan Lambert, est un homme excentrique qui prend possession des terres en son nom propre et les rebaptise « Refreshment Islands ». Il publie une déclaration officielle dans une gazette de la Nouvelle-Angleterre en 1811. Son gouvernement dure peu : il périt avec un de ses compatriotes dans un accident de chaloupe en 1812. Le titre de gouverneur est transféré à l’unique survivant, Thomaso Curri, rejoint par deux autres marins qui décident de s'y établir peu de temps après. Ils survivent en cultivant des pommes de terre, du blé et des légumes, et en élevant des porcs. Ils font commerce d’eau potable, de bois et des surplus de la récolte avec les navires de passage.
Colonisation britannique vignette|Drapeau de Tristan da Cunha. vignette|Armoiries de Tristan da Cunha.
Le , la Grande-Bretagne s’empare des îles Refreshment en les annexant officiellement. L'armée britannique depuis le prend possession de l'île au nom du roi George III. Le nom de Tristan da Cunha est restauré et les îles placées sous le contrôle et l’administration du gouverneur de la colonie du Cap (Afrique du Sud). La Grande-Bretagne revendique cette possession pour prévenir toute tentative d’évasion de l’ex-empereur Napoléon Bonaparte détenu après la défaite de Waterloo sur l’île de Sainte-Hélène à au nord de l’archipel de Tristan da Cunha. Les Britanniques souhaitent également priver les vaisseaux de guerre américains d’un havre ; lors de la guerre de 1812-1814, ceux-ci concurrençaient les navires marchands britanniques en liaison avec les pays de l’Orient.
Les militaires britanniques installent une garnison à Fort Malcolm près de la baie de Falmouth, où Jonathan Lambert avait fondé sa colonie, à l’extrémité Nord-Est du plateau côtier principal, aujourd’hui The Plains. L’unité est composée d’environ une centaine de militaires et de leurs familles, surtout originaires du Cap. L'Amirauté britannique dénonce l'importance stratégique de Tristan, en particulier après le naufrage du HMS Julia en qui cause la perte de 55 hommes, et la garnison est réembarquée à bord du HMS Euridice en . William Glass, soldat de l’artillerie, demande la permission de demeurer sur l’île. Glass, son épouse et leurs deux enfants sont accompagnés de deux autres célibataires, les maçons Samuel Burnell et John Nankivel, et les deux compatriotes de Thomaso Curri, décédés à la suite d'une intoxication alcoolique. Les affaires de la petite colonie se portent bien si l'on excepte que la population est toujours composée d’une famille et de cinq célibataires. Une invitation à cinq femmes du territoire de Sainte-Hélène à rejoindre la colonie est effective en 1827.
En 1867, le prince Alfred, duc d’Édimbourg, deuxième fils de la reine Victoria, visite les îles. En son honneur, les habitants de la colonie renomment leur bourg Edinburgh-of-the-Seven-Seas (Édimbourg-des-sept-mers), mais préfèrent toujours l’appeler plus intimement The Settlement (la Colonie). En 1957, lors d’un voyage autour du monde à bord du yacht royal Britannia, le prince Philip, duc d’Édimbourg (le troisième prince à porter ce titre), époux de la reine Elizabeth II, visite l’archipel de Tristan da Cunha.
Le , par lettre patente, le territoire est initialement désigné sous le nom de Sainte-Hélène et dépendances (Saint Helena and Dependencies), la colonie est ainsi attachée à celle du territoire de Sainte-Hélène, très au nord, comme dépendance, et l'on peut imaginer que ce titre ne fut pas bien reçu des Tristanais. Tristan da Cunha était en effet le seul territoire d’outre-mer du Royaume-Uni à ne pas être subventionné. Il tirait sa prospérité de l'industrie lucrative de la pêche à la langouste. Tandis que le territoire de Sainte-Hélène recevait une grande partie de son budget sous forme de subventions de la métropole. La constitution du impose aux trois îles un statut égalitaire The St Helena, Ascension and Tristan da Cunha Constitution Order 2009. Sainte-Hélène, Ascension et Tristan da Cunha (Saint Helena, Ascension and Tristan da Cunha) est désormais territoire britannique d'outre-mer, composé de huit îles, dont la principale est Sainte-Hélène pour au total.
Périodes d'isolement vignette|La culture de pomme-de-terre (potato patches). Lorsque l’ère des voiliers se termine, remplacée par les grands bateaux à vapeur qui n’ont pas besoin de ravitaillement, ainsi qu'avec le déclin de l’industrie de la chasse à la baleine, les visites à Tristan sont de plus en plus rares. L’ouverture du canal de Suez en Égypte en 1869, puis celle du canal de Panama en 1904, annoncent un réalignement des routes maritimes traditionnelles. Les transporteurs n’ont plus besoin de contourner le continent africain en passant par Tristan da Cunha. Le commerce des Tristanais est durement touché. Il s’agit alors d’une période d’isolement presque total et la population parvient à survivre par ses propres moyens. Cette autosuffisance, qui perdure actuellement, caractérise le peuple tristanais.
En 1873, après avoir tenté une colonisation de l’île Inaccessible qui a duré deux ans, les deux frères Stoltenhoff sont déposés au Cap, et n'ont plus donné de nouvelles depuis. En 1881, la communauté invite le révérend (frère cadet du célèbre auteur Lewis Carroll) à enseigner le catéchisme et les sciences. Il reste jusqu’en 1884, convaincu à son départ que la colonie doit être déplacée dans celle du Cap. Il persuade quelques habitants d’abandonner l'île, mais pour la plupart il n’en est pas question.
Entre 1909 et 1919, en raison de la Première Guerre mondiale, la Royal Navy se détourne des visites périodiques aux îles de Tristan da Cunha, initiant une seconde période d’isolement total. Les Tristanais n’auraient alors reçu ni courrier, ni nouvelles du monde pendant près de dix ans, n'étant informés du déclenchement et de l'armistice de la Grande Guerre qu'en 1919, lors du débarquement du HMS Yarmouth en juillet. Cet isolement permit par ailleurs aux habitants d'échapper ultérieurement à la pandémie de la grippe espagnole.
De la Seconde Guerre mondiale à l'opération Argus vignette|Opération Argus, 1958.